Un peu d’humour !

En 2009 après Jésus-Christ, Dieu visite Noé et lui dit :
« Une fois encore, la terre est devenue invivable et surpeuplée.
Construis une arche et rassemble un couple de chaque être vivant ainsi que quelques bons humains. Dans six mois, j’envoie la pluie durant quarante jours et quarante nuits, et je détruis tout ! »
Six mois plus tard, Dieu retourne visiter Noé et ne voit qu’une ébauche de construction navale.
« Mais, Noé, tu n’as pratiquement rien fait ! Demain il commence à pleuvoir!
- Pardonne-moi, Tout Puissant, j’ai fait tout mon possible mais les temps ont changé :
J’ai essayé de bâtir l’arche mais il faut un permis de construire et l’inspecteur me fait des ennuis au sujet du système d’alarme anti-incendie.
Mes voisins ont créé une association parce que la construction de l’échafaudage dans ma cour viole le règlement de copropriété et obstrue leur vue. J’ai dû recourir à un conciliateur pour arriver à un accord.
Mais l’Urbanisme m’a obligé à réaliser une étude de faisabilité et à déposer un mémoire sur les coûts des travaux nécessaires pour transporter l’arche jusqu’à la mer. Pas moyen de leur faire comprendre que la mer allait venir jusqu’à nous. Ils ont refusé de me croire.
La coupe du bois de construction navale s’est heurtée aux multiples associations pour la protection de l’environnement sous le triple motif que je contribuais à la déforestation, que mon autorisation donnée par les Eaux et Forêts n’avait pas de valeur aux yeux du Ministère de l’Environnement, et que cela détruisait l’habitat de
plusieurs espèces animales. J’ai pourtant expliqué qu’il s’agissait, au contraire, de préserver ces espèces, rien n’y a fait.
J’avais à peine commencé à rassembler les couples d’animaux que la SPA et WWF me sont tombés sur le dos pour acte de cruauté envers les animaux puisque je les soustrayais contre leur gré à leur milieu naturel et que je les enfermais dans des pièces trop exiguës.
Ensuite, l’agence gouvernementale pour le Développement Durable a exigé une étude de l’impact sur l’environnement de ce fameux déluge.
Dans le même temps, je me débattais avec le Ministère du Travail qui me reprochait de violer la législation en utilisant des travailleurs bénévoles. Je les avais embauchés car les Syndicats m’avaient interdit d’employer mes propres fils, disant que je ne devais employer que des travailleurs hautement qualifiés et, dans tous les cas, syndiqués.
Enfin le Fisc a saisi tous mes avoirs, prétextant que je me préparais à fuir illégalement le pays tandis que les Douanes menaçaient de m’assigner devant les tribunaux pour tentative de franchissement de frontière en possession d’espèces protégées ou reconnues comme « dangereuses ».
Aussi, pardonne-moi, Tout Puissant, mais j’ai manqué de persévérance et j’ai abandonné ce projet. »

Aussitôt les nuages se sont dissipés, un arc-en-ciel est apparu et le soleil a lui.
« Mais, tu renonces à détruire le monde ? demanda Noé.
- Inutile, répondit Dieu, l’administration s’en charge. »

La taxe carbone, le plus juste des impôts

Le débat qui a suivi la présentation du rapport Rocard a pu faire naître le sentiment que la taxe carbone serait un impôt injuste. Nous allons montrer qu’il n’en est rien, bien au contraire, si on la compense adéquatement.

Le changement climatique en cours depuis quelques décennies est globalement bien compris. Ses impacts dans un scénario « tendanciel » seront dramatiques. Ce seront évidemment les plus pauvres qui en supporteront le plus durement les conséquences et ils ne pourront pas se payer les moyens, s’ils existent,  permettant d’en tempérer les effets. Les causes du changement climatique font l’objet d’un large consensus scientifique.  Ce sont les émissions de « gaz à effet de serre »  (GES) , le gaz carbonique, le méthane, le protoxyde d’azote, et des gaz fluorés, d’origine anthropique qui sont à la manœuvre. Si l’on veut, pour des raisons socialement évidentes, éviter le scénario du pire, il faut  réduire nos émissions annuelles de gaz à effet de serre (50 milliards de tonnes de CO2eq) de  manière drastique d’ici 2050. Elles doivent en outre plafonner au niveau mondial dans les 10 prochaines années environ.
Sur le front énergétique, l’urgence est du même ordre. Nous approchons du « pic de production » du pétrole ; celui du gaz suivra puis celui du charbon. Le prix des énergies va augmenter inexorablement dans les prochaines années ; il est urgent de réduire fortement notre dépendance à l’égard des énergies fossiles. Sinon ce seront évidemment les plus modestes qui en subiront les conséquences les plus graves, comme on l’a déjà vu lors de l’envolée du baril à 140 dollars. La lutte contre le changement climatique et la conquête de notre indépendance des énergies fossiles, sont  donc avant tout des nécessités sociales.

Malheureusement pour l’organiser il ne peut suffire de réduire émissions de gaz à effet de serre des plus riches. Les faits sont là. 75% des GES émis sur le territoire métropolitain sont liés à nos activités diffuses (transport, chauffage, agriculture, produits de la vie courante), seulement 25% sont dus aux gros émetteurs (principalement de gaz carbonique) que sont les producteurs d’électricité et de matériaux de base (ciment, acier, verre, papier…), qui sont soumis à des quotas. Les émissions de GES réalisées en France métropolitaine sont de l’ordre de 9 tonnes par habitant dont 6 à 7 pour le seul CO2. Si l’on tient compte en plus des émissions faites en amont hors de France (pour fabriquer les produits importés) l’empreinte carbone  par français est estimée à environ 13 tonnes par habitant. Or en 2050 nous serons 9 milliards et nos émissions ne devront pas dépasser 20 milliards de tonnes, soit, dans un monde équitable, un peu plus de 2 tonnes par habitant. C ‘est 6 fois moins que ce chaque Français émet aujourd’hui directement ou indirectement. Nous sommes donc, du plus modeste au plus riche, bien au-dessus du plafond d’ émissions qui soit équitable et compatible avec la stabilité du climat. Le changement climatique et la pression sur l’énergie sont des effets de masse dus à la généralisation progressive à des humains de plus en plus nombreux d’un mode de vie carboné.

Pour réduire nos émissions, il est nécessaire que les gaz à effet de serre ait un prix. C’est le « signal » économique qui nous fera en tenir compte et agir. La priorité étant les énergies fossiles, la solution est d’ incorporer dans leur prix une taxe sur le carbone progressivement croissante : il sera alors rentable pour les ménages et les entreprises de faire des économies d’énergie et pour les entreprises de vendre des produits et services basse énergie et bas carbone. Nous pourrons en outre garder dans nos pays le produit de cette taxe plutôt que d’en faire bénéficier les Etats producteurs ou les compagnies pétrolières. Notre balance commerciale s’améliorera et l’emploi avec.

La solution la plus efficace et la plus juste pour lutter contre le changement climatique est donc bien la taxe carbone. Le mérite de la conférence d’experts et de la table ronde présidée par Michel Rocard aura été de montrer qu’il n’y a pas d’alternative à la contribution climat énergie  si l’on souhaite mener une vraie politique de lutte contre le changement climatique.

Il n’en reste pas moins qu’il faut la rendre supportable aux ménages et entreprises dans la période de transition. En effet  l’absence de taxe carbone dans les années passées a créé des situations difficiles, avec peu d’alternatives,  mis des ménages dans des impasses. Elle a créé des injustices qu’il s’agit maintenant de corriger pour éviter des drames futurs.

C’est pourquoi il faut que ce prélèvement sur la consommation soit compensé par une baisse de charges pour les entreprises et par un retour vers les ménages, indépendant de leur consommation. Par exemple sous forme d’allocation forfaitaire (qui peut être modulée en fonction des revenus, de la distance au centre ville et qui peut tenir compte des situations de travail exceptionnelles comme des horaires atypiques). Cette redistribution peut être  sous une autre forme, le débat est maintenant lancé.

Il faut également un ensemble de mesures d’accompagnement (crédit d’impôt, prêt à taux zéro, subventions, aides personnalisées) dont certaines ont été prises dans le cadre du Grenelle de l’environnement, pour faciliter une transition énergétique qui sera d’autant moins douloureuse qu’elle aura été anticipée.

Mais ne nous trompons pas de débat. Invoquer l’argument de la justice sociale pour s’opposer à la taxe carbone, c’est prendre une lourde responsabilité vis-à-vis des victimes présentes et futures du changement climatique et c’est enfoncer les plus modestes dans leur dépendance aux énergies fossiles.

Alain Grandjean

Ce texte a été également publié sur le site contre-feux.com.

Vidéo synthèse à voir

La vidéo suivante, The Story of Stuff, dure 20 mn.
Sa qualité pédagogique, son rythme et son format en font un excellent support de vulgarisation pour les problèmes globaux que l’environnement pose à l’économie.

A voir absolument et à faire passer.

Précision sur la vidéo : Les incinérateurs n’émettent plus de dioxines.

« The level of the CO2 tax is crucial to the initiative’s credibility »

L’article suivant est extrait de « European Power Daily », package d’information B to B sur les marchés de l’énergie et des métaux. European Power Daily est édité par Platts*.

* : Platts is the leading global provider of energy and metals information, and the world’s foremost source of price assessments in the physical energy markets.

France needs CO2 tax to cut fuel demand

France should put in place a tax on carbon emissions if the country is to manage down its demand for fuel, a French economist said Wednesday in an interview with a business daily.

Alain Grandjean, the co-founder of Carbone 4 consultants, told French newspaper Les Echos that only taxation would entice consumers to cut back on fuel use. “Only the creation of a climate-energy contribution allows the development of a price signal sufficient to have a chance of respecting the CO2 emission reduction objectives taken [on] by France,” Grandjean said.

His comments were in response to recently released figures that show French fuel consumption increasing by 7.7% in June and 2.1% in July year on year, with July petrol consumption in

France reaching its highest level since July 2003. “Fundamentally, consumers are rational,” Grandjean said. “They react to price evolution and start to drive again when the price of oil falls.” According to Platts data, front-month Brent crude averaged 65.22/barrel in July 2009, less than half the $133.82/b average in the same month of 2008.

“Clearly, the drop in consumption recorded last summer wasn’t linked to heightened awareness of the danger of [global] warming,” Grandjean added. Asked about the government-appointed Rocard commission’s progress on establishing a framework for a carbon tax, Grandjean said communication and education would be essential in preparing the ground for new fiscal measures. “The general public must absolutely understand that it’s better to tolerate a tax that evolves each year and that leads us to change behavior rather than continuing to fill the coffers of oilproducing countries,” Grandjean told the paper.

The level of the tax is crucial to the initiative’s credibility, according to Grandjean. “Establishing a tax [that is] too weak, as France has always done with environmental taxes, [would] not produce a change in behavior,” he said.

A committee headed by former French Socialist prime minister Michel Rocard recommended July 29 that a carbon tax be paid “by everybody without exception and exemption.”

French President Nicolas Sarkozy is to have the final word on Rocard’s recommendations, possibly before the end of the year. Consultations before Sarkozy’s final decision are to be held with the ministries and economic sectors most concerned by the new tax.

The prospective “climate-energy contribution” on fossil fuels— oil, gas and coal—is aimed at steering consumers and business away from energy-hungry goods and services. Under Rocard’s recommendations, France would charge Eur32/mt ($45.35/mt) of carbon dioxide emitted in 2010, rising to Eur100/mt in 2030 and to Eur200/mt in 2050. The climate-energy contribution, which could be implemented from 2010, is separate from a proposal floated by Sarkozy in March for a carbon tax on imports from countries that have lower environmental standards than France.—Anna Crowley

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