Qu’est-ce qu’un coût ? 1/8 : Quelques questions apéritives

Posté le novembre 17th, 2009

Quand on lit les phrases suivantes, sait-on vraiment ce qu’elles veulent dire ?

« Voilà le coût pour la collectivité du changement climatique, et voilà le coût de l’inaction » (rapport Stern)

« Voilà le coût pour la collectivité d’une cellule photovoltaïque »

« L’éolien c’est coûteux, car c’est subventionné, donc ça coûte pour la collectivité «

« Une infrastructure ferroviaire, ça coûte très cher … »

Prenons quelques exemples plus détaillés, en se posant la même question.

Le véritable coût d’une salade

Un article paru en avril 2006 dans The independant répondait ainsi à la question :le véritable coût d’une salade, vous payez 99 cent l’Afrique paye 50 litres d’eau potable. En effet la salade venue du Kenya consomme 50 litres d’eau. Le Lac Naivasha s’assèche tout simplement « il est en train d’être sacrifié parce que nous avons besoin de trop d’eau »1

Une guerre à 3000 milliards de dollars

Joseph Stiglitz vient de sortir un livre sur les coûts de la guerre d’Irak2, en indiquant qu’il est très sous-évalué par l’administration en place. A la fois parce que les dépenses militaires de cette guerre sont minorées dans la communication de l’administration américaine mais aussi parce que de nombreux coûts ne sont pas comptabilisés (comme ceux consécutifs aux décès américains par exemple ou comme les coûts macroéconomiques consécutifs à cette guerre)

Pourtant un petit doute vient à l’esprit : la guerre de l’Irak a été très profitable à l’industrie de l’armement3 et probablement à l’industrie pétrolière, et à bien d’autres acteurs économiques…elle a donc rapporté énormément d’argent et donné beaucoup de travail aux salariés concernés. Joseph Stiglitz a -t-il défalqué ces gains de son calcul ?

Autre exemple bien connu : le plan Marshall qui a consisté de dons importants de l’Amérique à l’Europe a-t-il coûté ou rapporté aux USA ?

Du coût de la pêche au prix du poisson

Comme l’agriculture, la pêche en mer a longtemps été considérée comme « trop coûteuse, insuffisamment productive ». La politique européenne de la pêche a donc consisté à subventionner la « rationalisation » de cette activité pour réduire ses coûts en modernisant le matériel. En clair, l’Europe a subventionné l’équipement des pêcheurs jusqu’à ce que, pour les plus efficaces d’entre eux, leurs bateaux de pêche soient de véritables navires de guerre. La productivité de la pêche s’est accrue considérablement. Le coût de la pêche étant après-guerre essentiellement constitué de main d’œuvre, il a donc dû se réduire significativement.

Pourtant le prix du poisson (pêché en mer) s’est mis à flamber… Pour des raisons bien connues : la raréfaction du poisson, sur pêché, conduit du fait de la loi de l’offre et de la demande à la hausse de son prix. Les pêcheurs par ailleurs se sentent égorgés à chaque hausse du prix du baril, ils n’arrivent plus à faire face à leurs échéances (remboursement d’emprunts nécessaires aux investissements considérables qu’ils ont réalisés et augmentation des frais de fonctionnement). Il y a fort à parier que le flux de subventions publiques en faveur de cette activité ne va pas se tarir facilement. Une action apparemment rationnelle conduit à une catastrophe humaine, écologique et financière.

Où est l’erreur ?

Les économistes de l’Ile de Paques.

Jared Diamond4 et 5 explique la disparition de civilisation Pascuane par une surexploitation de la forêt, le bois étant la seule source d’énergie des Pascuans. Les économistes n’existaient pas sur cette île. Mais on peut reconstituer un semblant de calcul à la base de ce désastre : à un instant donné la valeur accordée aux statues , moins le coût de la main d’œuvre, a été jugée de fait supérieure à la valeur des forêts dévastées, probablement comptée et valorisée pour…rien. Jusqu’à ce que soit dépassé le seuil de renouvellement de la forêt…et il était alors trop tard. Plus de forêt, plus de bois, plus de matériaux pour faire des pirogues pour pêcher au loin, plus de gros poissons, plus de bois, plus d’énergie,…et pour finir plus de civilisation.

Le coût de la lutte contre le changement climatique

Les différentes estimations de la « valeur carbone » sur la période 2010-2050, c’est-à-dire le prix de la tonne de CO2éq qu’il faudrait faire subir à un émetteur pour obtenir une réduction compatible avec le « facteur 4 » se situent, selon les modèles économiques, entre 20 et 600 euros la tonne ; le chiffre de 100 euros a été retenu par le CAS à horizon 2030. La France émet environ 500 millions de tonnes de CO2. Si chaque tonne était payée 100 euros, l’addition s’élèverait à 50 milliards d’euros, soit moins de 3% du PIB ; c’est en gros le montant de l’impôt sur le revenu. Si l’on introduisait une écotaxe (ou assimilé) de ce montant et qu’on réduisait d’autres prélèvements obligatoires d’autant, devrait-on toujours dire que la lutte contre le changement climatique coûte 50 milliards ? Et si oui à qui ?

Et si ce montant conduisait à une baisse permanente de l’assiette (les tonnes émises) que devrait-on conclure ? Quelle est la signification de cette valeur carbone ?

image-17ou télécharger l’article entier


Notes :
1 David Harper, biologiste à l’université de Leicester
2 Une guerre à 3000 milliards de dollars, Fayard, avec Linda J. Bilmes
3Alliburton, entre bien d’autres a fait des profits considérables et son cours de bourse s’est envolé
4 Voir son livre Effondrement
5 Voir Effondrement

Plan de la note

(Introduction) Qu’est-ce qu’un coût ? Application au changement climatique

1/8 : Quelques questions apéritives

2/8 : Les dépenses des uns sont les revenus des autres

3/8 : Un petit rappel : l’argent ne se consomme pas

4/8 : Le « vrai » coût pour la collectivité : prix et coût

5/8 : Le travail n’est pas infini

6/8 : Quid des « ressources » publiques ?

7/8 : Le taux d’actualisation

8/8 : Optimum social et réduction du coût pour la collectivité


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