Qu’est-ce qu’un coût ? 5/8 : Le travail n’est pas infini

Posté le novembre 17th, 2009

Notre raisonnement est excessif : le travail humain est quand même fini, il est opportun pour une collectivité de ne pas le gaspiller et donc d’avoir en conscience que cela coûte de faire travailler. Faire des trous , les reboucher et les refaire, ce n’est sans doute pas la meilleure des choses à faire au plan économique. La guerre d’Irak ne fait pas rire du tout : c’est à l’évidence une énorme absurdité au plan humain, stratégique, politique et économique : certes elle a mis du monde au travail ; elle a généré des profits ; mais il y avait vraiment beaucoup mieux à faire pour procurer des revenus.

D’autre part, le travail est très hétérogène. Le travail humain a un coût d’opportunité18, d’autant plus important qu’il est difficile à remplacer (le tour de main d’un chirurgien est plus difficile à remplacer que celui du manoeuvre, qu’on trouve cela juste ou injuste).

Néanmoins quand des millions de personnes cherchent du travail ou plus de travail, cela veut dire que le coût d’opportunité du travail pour la collectivité est nul, voire négatif, et qu’il serait infiniment préférable de faire travailler ces personnes que de gaspiller de l’énergie, elle coûteuse. De manière un peu brutale, la mise au chômage dans le monde entier de paysans remplacés par des machines et déplacés de fait dans des zones urbaines inhospitalières n’est pas rationnelle au plan de l’intérêt économique collectif bien compris. Il est d’ailleurs hautement probable que ce grand mouvement se ralentisse puis s’inverse…

Le vrai coût du travail pour la collectivité dépend donc de l’état du marché du travail. (qu’il faut segmenter soigneusement, car certaines compétences peuvent manquer quand d’autres sont en quantité excessive).

L’économiste orthodoxe dira que si une forme de travail est surabondante son prix de marché devrait tendre vers zéro ! et que si ce n’est pas le cas c’est que des rigidités empêchent le marché de bien fonctionner. Heureusement ce n’est pas ainsi que les choses se passent… et les calculs des entreprises et les calculs publics intègrent bien un prix non nul, qui n’est pas un coût collectif. Ce qui ne serait valide que pour les compétences rares (les spécialistes hautement qualifiés).

Dans un calcul de comparaisons de solutions permettant de réduire les émissions de Gaz à effet de serre il est donc souhaitable de corriger le coût de la main d’œuvre en fonction de sa rareté ; concrètement cela conduira à compter la main d’œuvre non-qualifiée à un coût nul ou négatif.

Les « défaillances de marché »

En théorie les prix reflètent les coûts. Cela se démontre dans un modèle de concurrence parfaite qui n’a qu’un lointain rapport avec la réalité, pour employer une litote. Mais cette démarche permet précisément de mettre en évidence les écarts entre modèle et réalité, qui sont appelés « cas de défaillance de marché». Pour notre propos, les deux cas les plus importants sont les biens publics et les effets externes. Dans ces cas, que nous n’analyserons pas en détail ici, on voit bien que le prix de marché n’est pas suffisant pour orienter correctement l’activité économique, vu du point de vue de la collectivité. Pour les « externalités » coûts sociaux non supportés directement par l’agent économique qui en est la cause, c’est une tautologie. Dans ce cas là, l’économiste recommande de recréer un signal prix équivalent par le biais d’une taxe ou d’un mécanisme équivalent (normes ou marché de quotas).

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Notes :
18 Un coût d’opportunité se mesure à la perte provoquée par le non emploi d’une ressource à un usage : si je suis capable de gagner 200 euros de l’heure, mon emploi à faire un travail à 20 euros de l’heure a un coût d’opportunité de 180.

Plan de la note

(Introduction) Qu’est-ce qu’un coût ? Application au changement climatique

1/8 : Quelques questions apéritives

2/8 : Les dépenses des uns sont les revenus des autres

3/8 : Un petit rappel : l’argent ne se consomme pas

4/8 : Le « vrai » coût pour la collectivité : prix et coût

5/8 : Le travail n’est pas infini

6/8 : Quid des « ressources » publiques ?

7/8 : Le taux d’actualisation

8/8 : Optimum social et réduction du coût pour la collectivité


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