Qu’est-ce qu’un coût ? 6/8 : Quid des « ressources » publiques ?

Posté le novembre 17th, 2009

L’Etat a trois vocations et un rôle macroéconomique de fait. C’est le bras armé d’un gouvernement supposé incarner l’intérêt général, un « redistributeur » et un prestataire de services. D’autre part, l’Etat a un rôle bien connu depuis Keynes que n’a aucune autre entreprise: ses dépenses (d’investissement ou de fonctionnement) d’aujourd’hui ont un effet sur ses recettes de demain. Des dépenses publiques « vertueuses », génère de l’activité, des revenus et donc des recettes fiscales ; un déficit d’aujourd’hui c’est (peut-être) une recette demain.

En tant qu’entreprise de services et redistributeur, l’Etat a des dépenses et des recettes. Ses coûts-là sont « microéconomiques » ce sont des coûts mesurés par la comptabilité publique. Ce ne sont pas des coûts pour la collectivité (au sens précédent).

Quelques exemples montrent que, du coup, le raisonnement assimilant l’Etat à une entreprise conduit à des conclusions erronées : la première guerre mondiale ne pouvait durer longtemps (quelques semaines pour certains économistes) car elle ne pouvait être financée ; l’Etat n’avait pas les reins assez solides. Or on a fini par trouver l’argent (certes en montant l’impôt et la dette, mais c’est un autre sujet). Le redressement de l’Allemagne en 1933-34 puis la puissance du troisième Reich ont été financés aisément par la planche à billets : les vraies contraintes et c’est celles qui ont été au cœur de la stratégie économique de ce pays ont toujours été son approvisionnement « physique » d’où les substituts du pétrole pendant le blocus, d’où les conquêtes d’accès aux sources d’énergie, d’où les difficultés contre la Russie (par manque d’énergie).

Le coût des subventions et des aides publiques  

A supposer que le prix d’un bien ou d’un service reflète bien son coût, il faut faire attention à la notion de coût pour l’Etat de l’aide à une technologie. Prenons l’exemple de l’énergie solaire. Si le prix de revient du kwh électrique d’origine photovoltaïque est de 50 centimes et que le prix de revient du kwh moyen du réseau est de 8 centimes, l’Etat peut être amené à financer l’écart entre les deux prix ; en l’occurrence 42 centimes le kwh. Cet écart peut être amené à baisser du fait de l’augmentation tendancielle du prix de l’énergie et des gains de productivité du photovoltaïque. Il importe donc de bien préciser ce dont on parle quand on parle de coût des subventions. En effet si cette source d’énergie permet de réduire les émissions de Co218 , quel coût faut-il prendre comme chiffre du coût de la tonne de CO2 évitée : 50 centimes ou 42 ou moins (sachant par ailleurs que cet écart va baisser)? Ce chiffre a-t-il un sens indépendamment du prix de l’énergie de référence ? c’est ainsi que pour Henri Prévôt la valeur carbone (autrement dit le prix qu’il faut donner à l’émission de la tonne de CO2) n’a pas de sens intrinsèque , elle doit être indiquée en même temps que le prix de l’énergie de référence.
Quand le baril de pétrole est à 140 dollars il est certain que l’Etat a moins d’incitations à donner pour le remplacer que quand il était à 20.
Cette remarque a tout son sens quand on parle de coûts des subventions publiques, pas quand on parle en soi des avantages et coûts des émissions de CO2.

Néanmoins, le budget de l’Etat n’est pas infini. Certains pensent même que les caisses sont vides19. C’est sans doute abusif, mais, quoi qu’il en soit, il y a là quand même une ressource rare à gérer avec précaution, en utilisant notre bon vieux critère micro. Et il est très différent de piloter l’action publique en utilisant un critère macroéconomique, sous contrainte budgétaire, que de la piloter uniquement avec de critères microéconomiques. L’exemple (caricaturé massivement bien sûr) de l’Ile de Pâques peut faire comprendre les différences.

Dans un premier cas (cf paragraphe 1) l’Etat réaliserait ses statues en économisant la main d’œuvre, coûteuse, et en utilisant du bois énergie à forte dose. Dans l’autre cas, l’Etat conscient de la nécessité de reconstituer en permanence le capital forêt de la collectivité, limiterait la production de statues au maximum compatible avec la ressource humaine…et avec un usage raisonné du bois énergie

Conclusion : gérer les comptes de l’Etat en bon père de famille n’est pas les gérer comme un chef d’entreprise. La gestion du secteur public doit intégrer deux critères : le critère macro, et le critère micro.

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Notes :
19 Je me permettrais de douter de cette affirmation, mais cela nous conduit à un autre débat

Plan de la note

(Introduction) Qu’est-ce qu’un coût ? Application au changement climatique

1/8 : Quelques questions apéritives

2/8 : Les dépenses des uns sont les revenus des autres

3/8 : Un petit rappel : l’argent ne se consomme pas

4/8 : Le « vrai » coût pour la collectivité : prix et coût

5/8 : Le travail n’est pas infini

6/8 : Quid des « ressources » publiques ?

7/8 : Le taux d’actualisation

8/8 : Optimum social et réduction du coût pour la collectivité


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