Qu’est-ce qu’un coût ? 8/8 : Optimum social et réduction du coût pour la collectivité

Posté le novembre 17th, 2009

Les différentes méthodes d’analyse de choix publics tout comme le cœur de la théorie économique du choix social raisonnent en généralisant à l’ensemble de la collectivité des agents le raisonnement de l’individu.

Ce raisonnement consisterait à maximiser sa satisfaction (pour éviter tout interprétation, les économistes ont inventé le terme « d’utilité ») sous contrainte budgétaire. Pour la collectivité la fonction d’utilité est une fonction de « bien-être social ». Si l’économie est divisée en entreprises et ménages le bien-être de l’entreprise c’est son profit (résultat net comptable). Pour le ménage les économistes retiennent une variation de revenu, la mesure la plus fine pour un projet public est celle du « surplus ». Au total, ce critère s’approche de la variation du PIB24.

Le raisonnement d’optimisation consiste donc à chercher une satisfaction collective agrégée en limitant au maximum possible les coûts, au sens où ce terme a été pris, (cf ci-dessus).

Coût marginal d’abattement et valeur marginale sociale des dommages

Le calcul économique vise à permettre de corriger les décisions individuelles des agents économiques de manière qu’ils intègrent les coûts et bénéfices sociaux, ce qu’ils ne font pas dans le cas où le marché ne répercute pas ces coûts , ce sont les cas de défaillance de marché, (cf encadré ci-dessus).

Dans le cas de la lutte contre l’effet de serre, l’idée est que chaque émetteur de CO2 paie un prix (sous forme d’achats de quotas ou de taxe, ceci est un autre débat) qui le conduise à réduire ses émissions pour que l’ensemble des agents économiques réduisent la pollution à un niveau acceptable. Deux méthodes : la méthode coûts avantages vise à définir les coûts et les avantages de tel ou tel niveau, la méthode coût-efficacité vise à définir le coût, la cible étant définie par ailleurs.

Dans une méthode coûts-avantages, la « valeur carbone » est supposée être celle qui égalise le coût marginal d’abattement et le coût social marginal des dommages.

L’idée en simplifiant c’est que l’optimum est atteint quand la réduction d’émission d’une tonne à la marge est égale au gain (marginal) d’utilité sociale.

Dans une méthode coûts-efficacité la valeur carbone est celle qui conduit les agents à réduire leurs émissions de manière à atteindre l’objectif social retenu. Cela se calcule en gros par itération, et en fonction de l’élasticité supposée des agents au signal prix. (un signal insuffisamment fort, compte tenu de cette élasticité le conduit à une réduction insuffisante).

Dans les deux cas cette valeur carbone donne une indication des actions prioritaires à mener : par ordre croissant de coût jusqu’au plafond indiqué par cette valeur carbone, celles pour lequel le coût d’abattement est inférieur à la valeur carbone.

J’attire l’attention ici sur la notion de coût (qu’il soit d’abattement ou non est second par rapport à mon propos) : de quels coûts , et pour qui, parle-t-on ?

Si nous raisonnons sous postulat de soutenabilité forte, cette approche est pour le moins contestable. De fait, elle conduit à mettre sous le même plan, entièrement substituables la consommation de capital naturel (des ressources et des coûts comme l’énergie, les matières premières et les capacités de régulation de la nature) et le recours à la main d’œuvre ; elle conduit à ne pas tenir compte dans la « fonction d’utilité collective » de la reconstitution du capital naturel ; or comme on l’a démontré tout à l’heure cette reconstitution n’est pas comptée non plus. Si la collectivité a une fonction d’utilité « hédoniste » ou consumériste, il est facile de comprendre que son calcul économique rationnel, la conduit à l’auto destruction.

Il nous paraît à nouveau nécessaire de séparer le niveau microéconomique des agents et de leur éventuelle agrégation et le niveau « macroéconomique » qui tient compte de ressources et gains collectifs, comme les conditions de la survie de la collectivité.

Analyse coûts-avantages et coûts efficacité

L’analyse coût efficacité vise à optimiser les coûts d’une action ou d’un programme au vu de contraintes exogènes données. En matière de lutte contre l’effet de serre, l’analyse couts avantages (à la Stern ) va chercher à faire un arbitrage entre les coûts et les avantages sociaux de cette lutte, versus les coûts et avantages de l’inaction ; l’analyse coût efficacité va prendre un objectif (du type concentration de CO2eq plafonnée à 450 ppm) et chercher à déterminer les scénarios et les signaux prix qui permettent au système économique de respecter cette contrainte. C’est elle aussi qui fonde l’intérêt de la recherche de solutions aux moindres coûts pour réduire les émissions de CO2 (on ne cherche pas à évaluer les avantages de cette réduction et à les comparer à ses coûts).

La méthode coûts avantages est considérée par de nombreux économistes comme non pertinentes quand il s’agit d’enjeux globaux ; en effet ce type d’analyse est faite pour permettre des calculs à la marge d’un « sentier de croissance » ou d’un scénario.

Du point de vue développé, ici les distinctions entre les deux méthodes ne sont pas significatives. Dans les deux cas on met sur le même plan des coûts de natures profondément différentes.

Le cas particulier des infrastructures publiques peut nous permettre d’approfondir l’analyse. Très utilisée dans la planification nationale, l’analyse coûts avantages vise à faire un bilan des coûts (au sens ci-dessus) et des avantages. Elle prend en compte non seulement les recettes et les coûts conventionnels, mais également les avantages et les coûts sociaux. Par exemple, si l’on décide de construire une nouvelle autoroute, la méthode rajoute au coût du projet (au sens de l’ensemble des dépenses réalisées sur la période) le « coût » que représente l’enlaidissement d’un paysage naturel, la perte d’un habitat pour une espèce sauvage rare, ou l’augmentation du bruit et de la pollution atmosphérique, et plus récemment l’impact sur le changement climatique, via une valeur du carbone. Côté avantages, la méthode va chiffrer les gains de temps, les gains en morts et blessés évités, les profits économiques d’un désenclavement etc.

On voit que cette méthode met sur le même plan et en quelque sorte permet la substituabilité complète de valeurs microéconomiques comme le gain de temps individuel et des valeurs macroéconomiques comme la destruction éventuellement irréversible du patrimoine naturel.

9 Conclusion générale et opérationnelle

Si l’on vise à orienter l’action publique vers les actions de réduction de GES à moindre coût, il est indispensable de bien préciser de quels coûts on parle. Il est tout sauf évident qu’il suffise pour faire correctement cet exercice d’empiler les coûts microéconomiques tels qu’ils sont calculables à partir des coûts moyens ou marginaux des entreprises.

Notamment il me paraît indispensable de faire la distinction entre les coûts en travail (et assimilés, y compris profits et rentes), en ressources naturelles renouvelables et non renouvelables. A défaut de pouvoir faire autrement chacun de ces coûts doit se voir affecter avant addition d’un coefficient de rareté, éventuellement négatif pour le travail humain.

Pour ce qui concerne l’actualisation, elle doit également être faite différemment en fonction de la nature du coût. Les coûts en travail ou en ressources renouvelables peuvent être actualisés au taux de 4% par an : cette actualisation reflète la préférence pour le présent et la « foi » dans le progrès humain ; pour les autres l’actualisation doit se faire à des taux plus élevés (ou dit autrement ils doivent voir leur prix relatif augmenter plus vite que le taux d’actualisation).

Télécharger le document


Notes :
24 C’est d’ailleurs pour cela que de fait la variation du PIB, malgré ses insuffisances bien connues, continue à être considérée comme un bon indicateur de la variation du bien-être collectif

Plan de la note

(Introduction) Qu’est-ce qu’un coût ? Application au changement climatique

1/8 : Quelques questions apéritives

2/8 : Les dépenses des uns sont les revenus des autres

3/8 : Un petit rappel : l’argent ne se consomme pas

4/8 : Le « vrai » coût pour la collectivité : prix et coût

5/8 : Le travail n’est pas infini

6/8 : Quid des « ressources » publiques ?

7/8 : Le taux d’actualisation

8/8 : Optimum social et réduction du coût pour la collectivité


3 Responses to 'Qu’est-ce qu’un coût ? 8/8 : Optimum social et réduction du coût pour la collectivité'

Subscribe to comments with RSS

  1. sceptique Carlier said,

    on novembre 25th, 2009 at 15 h 58 min

    Tout a fait d’accord (dans le modèle d’hottelling tout est beau sauf l’actualisation) et la remarque sur EDF est fort pertinente
    a un détail prêt sur ton glissement sémantique du positif vers le normatif : il n’est pas necessaire de faire croire le prix des énergies fossiles plus vite que le taux d’actu car, en tendance, le prix des énergies va naturellement croitre plus vite que le taux d’actu

    par contre je suis frustré sur Stern et le taux d’actu : il faut te positionner plus précisement alain, pas tant sur la pure préference pour le présent que sur l’élasticité de l’utilité marginale de consommation (pour ma part j’ai pas encore de religion)

  2. admin said,

    on novembre 25th, 2009 at 17 h 35 min

    « Merci François de ces remarques précises.
    Tu me laisses quelques jours pour te répondre? »
    Amicalement.

    Alain.

  3. calculatrice said,

    on mai 8th, 2010 at 15 h 29 min

    merci pour l’article

Post a comment