Miser (vraiment) sur la transition écologique

J’ai le plaisir de vous annoncer la naissance d’un livre sur la transition écologique rédigé par Hélène Le Téno et moi-même.

Il sort le 13 mars en librairie et nous en ferons une  présentation  au public à l’occasion d’une table-ronde sur ce sujet, le 19 mars en fin de soirée.
Vous serez les bienvenus (détails pratiques à venir).
Voici les éléments vous permettant d’en savoir un peu plus sur cet opus !

Bien cordialement.
Alain Grandjean

Et la couverture :

Epreuve de couverture "Miser (vraiment) sur la transition écologique"

Epreuve de couverture « Miser (vraiment) sur la transition écologique »

Crise financière en préparation : un ancien banquier sonne l’alarme

Une voix de plus se lève contre l’aveuglement des politiques publiques en matière de régulation financière ; un « citoyen » particulièrement informé.

Jean-Michel Naulot, après 37 ans de carrière bancaire et dix ans de régulation financière (Au sein du Collège de l’AMF, qu’il quitte en décembre pour retrouver sa capacité de lanceur d’alerte), profite de la fenêtre médiatique offerte par la sortie de son excellent livre « Crise financière : Pourquoi les gouvernements ne font rien » pour un cri d’alarme, un « cri du cœur ».
Crise financière : pourquoi les gouvernements ne font rien - Un banquier sort du silence
Le livre décrit avec rigueur les risques de « la centrale nucléaire de la finance », l’histoire récente des tentatives de régulation financière et leur (faible) avancement mais surtout, explique en quoi le système financier, aussi dangereux qu’en 2007, fait peser à nos sociétés d’autant plus de risques que :

-       les politiques monétaires accommodantes de la FED sont en train d’alimenter de nouvelles bulles financières (3000 milliards de dollars d’actifs rachetés par la FED, et plus encore pour la BCE),

-       les politiques de rachats d’actifs risqués par la BCE menacent l’euro : les bilans des banques centrales sont désormais aussi peu présentables que celui de Lehman Brothers avant sa chute, grandement fragilisées,

-       les puissances publiques ont grillé toutes leurs cartouches lors de la précédente crise et ne pourront pas faire face à une nouvelle crise financière mondiale.

Il revient par ailleurs sur la crise de la zone Euro et son origine idéologique. Il appelle comme d’autres à poursuivre la renationalisation de la dette et à cesser de considérer que la fin de l’Euro (tel qu’il a été conçu et tel qu’il est géré aujourd’hui) serait le chaos et envisage que l’Euro pourrait devenir une monnaie commune. Son dernier chapitre se consacre aux réformes qui restent à faire au plan financier (il évalue le taux d’avancement des reformes engagées à ce jour à 25% aux USA et 34 % en Europe…).

Inutile de paraphraser l’auteur sur une grande variété de sujet comme la monnaie unique, les régulations financières, Bâle III, le shadow banking, les paradis fiscaux… Voici plutôt quelques bonnes recensions déjà publiées ailleurs :

Une interview de JM Naulot sur Lalibre.be : « On a oublié les bonnes résolutions »

Une interview plus fournie sur Le Point : « On s’attaque surtout à la fraude, alors que 90 % du problème vient d’un système parfaitement légal. »

- Cette excellente intervention sur France Culture :


les matins – Europe et Etats-Unis secoués par… par franceculture

 

Pour plus d’information sur la nécessité de réguler la finance, (re) voir les 20 propositions pour réformer le capitalisme » par un collectif d’auteurs coordonné par Cécile Renouard et Gaël Giraud, notamment :

- les propositions de régulation du Shadow Banking,

celles sur la titrisation, la séparation bancaire, les règles prudentielles, les produits dérivés,

- celles sur le Trading High Frequency, les effets de levier, le private equity,etc,

celles sur la financiarisation des matières premières

Voir aussi le livre de P. Canfin : Ce que les banques vous disent et pourquoi il ne faut presque jamais les croire

Où vont-ils chercher ces milliards qu’ils n’ont pas?

Où vont-ils chercher ces milliards qu’ils n’ont pas?

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Fin 2008, les banques françaises ont été sauvées de la gigantesque crise de liquidités à laquelle elles étaient confrontées grâce à un montage aussi astucieux qu’éclairant sur les mystères de la création monétaire. L’économiste Bernard Vallegeas en a fait un décodage percutant dans un article paru dans la revue Regulations du premier semestre 2009. Voir http://regulation.revues.org/7544

 

En voici ici le résumé, l’article complet étant accessible via le lien ci-dessus.

 
« Le premier volet du plan de sauvetage du système financier français d’octobre 2008 prévoit qu’une société ad hoc, filiale de l’État et des banques, empruntera avec la garantie de l’État sur les « marchés ». Les capitaux ainsi amassés seront reprêtés aux banques pour qu’elles puissent financer l’économie. Ce plan est curieux car il fait fi de la création monétaire comme si c’étaient les « marchés » qui créaient la monnaie. En réalité il est montré que les banques peuvent utiliser la société ad hoc pour se créer de la monnaie à leur profit puis la reprêter à l’économie et utiliser les titres obligataires garantis par l’État comme outil de refinancement auprès de la Banque centrale européenne. L’État se comporte ainsi comme un assureur permettant l’accès aux crédits de la Banque centrale européenne. »

Panorama monétaire en 2013

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Panorama monétaire

 Le tabou monétaire reste toujours aussi vivace. 
C’est leur pouvoir de création monétaire qui  a permis aux banques de financer la croissance des « produits dérivés », autrement dit de la spéculation, 
Elles ont été sauvées par les interventions des Etats, qui se sont surendettés,  et par  l’intervention de la BCE qui a mis à leur disposition des tombereaux de liquidités créées ex nihilo.
Mais nous ne sommes toujours pas à l’abri d’une nouvelle crise financière, qu’elle vienne de difficultés dans les pays émergents, de la montée des conflits au Moyen-Orient ou d’ailleurs.
Nous ne sommes pas non plus capable d’utiliser l’arme monétaire en Europe pour financer les investissements stratégiques (qui visent à réduire  notre consommation et notre dépendance énergétiques)
ni pour améliorer notre compétitivité.  Faute de quoi nous restons collés dans une dépression économique, diagnostic que  le petit rebond du deuxième trimestre ne permet pas d’invalider.
 
La  création monétaire reste obscure, tabou. La politique monétaire qui est l’un des leviers macroéconomiques le plus puissant reste aussi 
incompris. Nous laissons les « autorités’ » faire sans contrôle démocratique. 
Plus que jamais il nous faut tenter de lever le voile sur le tabou.
Ce texte de Jean Bayard fruit de décennies de travail indépendant  peut nous y aider. Je ferai passer dans les prochaines semaines dans ce blog d’autres contributions et quelques posts ayant d’éclairer cette question.

Alain Grandjean

 

Panorama monétaire en 2013

 

Comment se peut-il que l’on soit impuissants face à une crise qui dure maintenant depuis près de 6 ans et qui a atteint progressivement une dimension planétaire ?

A notre avis il apparait de plus en plus clairement, même si les autorités monétaires ne veulent pas en convenir, qu’il s’agit d’une crise monétaire d’une ampleur inégalée.

Quelles en sont les origines et les causes réelles ?

Essayons de répondre à ces questions en voyant au préalable comment fonctionnait le système monétaire en période normale, disons avant le premier choc systémique de 2007/2008 analysé plus bas.

 

A – L’indépendance de la Banque centrale

 

Les Banques centrales disposent d’une indépendance totale qu’elles ont arrachée aux gouvernants, d’autant plus facilement que l’Etat a, de tout temps, fait la preuve de ses goûts dispendieux. Alors, lui confier la planche à billets suppose qu’elle l’aurait entraîné à toutes les extravagances.

Mais, comme l’exercice d’un pouvoir sans contrôle, ou qui s’autocontrôle, aboutit inexorablement aux pires excès, nous sommes passés d’un pouvoir sous contrôle démocratique à un pouvoir absolu.

Il apparait désormais que les autorités monétaires font passer les intérêts de la corporation bancaire, avant et – si besoin est – contre l’intérêt public.

Mais, comme le pouvoir absolu et ses excès ne peuvent s’étaler au grand jour, il leur a fallu s’organiser pour dissimuler leurs faiblesses, leurs écarts et masquer chaque fois que nécessaire leur incompétence.

Pour conserver taboue la monnaie et mettre ses secrets à l’abri des indiscrets – ce qui est assez facile étant donné l’étendue et la complexité du sujet – la puissance monétaire s’est employée à entretenir la confusion dans les esprits :

 

                1 - A commencer par l’inflation, terme désignant pêle-mêle la cause et ses effets, mais soutenue avec force par la théorie quantitative de la monnaie.

Il y a bien longtemps que l’inflation monétaire n’est plus la cause de la hausse des prix, laquelle s’explique plus simplement par l’attitude de ceux qui ont le pouvoir de les modifier, à la recherche de toujours plus de profits.

Cette théorie définit le niveau des prix en fonction de la masse monétaire (laquelle ?) et de sa vitesse de circulation. Bien qu’ébranlée par les faits depuis de nombreuses années, elle n’a jamais été abattue pour autant, c’est dire son pouvoir de séduction sur les esprits les plus évolués.

Elle sert d’alibi aux banquiers centraux qui n’ont rien d’autre pour justifier leur lutte contre l’inflation – qui n’est qu’un simulacre – qu’ils ont réussi à faire inscrire dans le marbre de leurs statuts. S’en servant comme d’une arme de dissuasion, ils ont réussi l’exploit d’inoculer dans le corps économique de la planète un mal que l’on peut appeler « syndrome de l’inflation », mal qui s’est répandu jusque chez nos élites sous la forme d’un réflexe pavlovien.

Tous les paramètres retenus sont pipés. Il s’agit là de la plus grande imposture monétaire de notre époque (voir ici).

 

                2 – La théorie du multiplicateur monétaire qui « explique quel montant de crédit (de masse monétaire) peut être distribué par les banques à partir de la base monétaire créée par la Banque Centrale » dixit Natixis. Si l’on analyse les informations données par la Banque de France, c’est exactement l’inverse qui se produit.

Encore une théorie tout aussi fausse,  mais redoutable d’efficacité car diffusée – on vient de le voir – et admise par la plupart des économistes.

 

                3 – La mesure de la masse monétaire délibérément faussée. Il en est ainsi :

-  des banques créatrices de monnaie mêlée aux établissements financiers (qui n’ont d’autre pouvoir que celui de la faire circuler), pratique légalisée par la loi du 24 janvier 1984,

- de la monnaie scripturale mêlée aux instruments monétaires, alors que rien n’est plus facile à mesurer que la monnaie scripturale puisqu’elle est faite d’écritures comptables, et que toute écriture comptable laisse une trace indélébile dans les comptes,

- des dépôts à un terme supérieur à 2 ans qui sont écartés des instruments de mesure sur lesquels s’appuie toute politique monétaire,

tous éléments concourant paradoxalement à fausser les paramètres de la théorie monétariste, mais on n’en est pas à une contradiction prés.

 

                4 - L’utilisation d’un vocabulaire trompeur, des inexactitudes et des discours tronqués. Et de nombreuses incohérences non relevées, car affirmées avec autorité.

Ainsi, la Banque de France a toujours prétendu que sur le marché interbancaire ne s’échangeait que de la monnaie centrale émise par elle, ce qui est faux (voir plus bas). Mais, les enseignants, les étudiants, les chercheurs et les économistes le croient, puisqu’on le leur a appris. Et, pourquoi douteraient-ils de l’affirmation faite par pareille autorité ?

 

                5 – La circulation de la monnaie et la place de l’épargne dans l’économie sont manifestement méconnues en raison d’informations restrictives sinon fausses.

A titre d’exemple, il faut savoir que l’épargne réglementée fait l’objet d’un simulacre de transfert. Elle est amassée dans une monnaie (secondaire) qui ne quitte pas la banque de dépôt, et conservée en l’état. Elle est ensuite – ainsi que la loi l’y oblige – versée dans une autre monnaie (centrale) à la banque chargée de son affectation, si bien qu’elle donne lieu à une seconde émission de monnaie (secondaire) quand elle est attribuée au gestionnaire des fonds (ANB) en vue de financer des projets sociaux. La Banque centrale ne peut pas ignorer cette entourloupe à moins qu’elle ne soit d’une incompétence rare.

 

                6 – Enfin, le summum des excès : les banques centrales décident elles-mêmes des règles comptables qui s’appliquent à leur activité, au mépris des règles les plus élémentaires de la comptabilité. Les irrégularités comptables et le bidouillage des comptes sont ainsi autorisées !

 

B – Son pouvoir sur l’émission de monnaie par les banques de dépôts

 

Le lecteur est aimablement invité à se reporter à une étude complète, grâce à ce lien.

En voici les conclusions :

Ayant abandonné aux banques de dépôt le droit et le pouvoir d’émettre la monnaie, dite secondaire, sans réel contrôle, la banque centrale n’a aucun pouvoir sur l’émission de monnaie par les banques et par voie de conséquence aucun pouvoir sur la stabilité des prix dont elle s’est elle-même investie de la responsabilité suprême !

Elle abuse l’opinion publique en prétendant lutter contre une inflation monétaire qui n’existe plus depuis longtemps, la hausse des prix ayant une origine qu’il faut rechercher dans les comportements de ceux qui par ce moyen font leurs profits.

Elle utilise le seul instrument de bord – la masse M3 – complètement déboussolé, car reposant sur une mesure pertinemment fausse, et elle le sait ! De plus, elle ne peut ignorer que la Fed a abandonné cet indicateur (en 2006) car son évolution est sans corrélation, ni avec celle du PIB, ni avec celle de l’inflation.

Enfin, des réserves obligatoires qui ne servent à rien ! Bref, tout n’est que faux-semblants à destination de l’opinion pour masquer ses carences !

Les autorités monétaires ne maitrisent rien du tout et on peut même se poser la question de savoir si la complexité du système et le voile qu’elles ont jeté délibérément sur la monnaie – pour la conserver taboue – ne les ont pas aveuglées au point de les priver de la lucidité indispensable pour assurer une saine gestion monétaire.

 

C – Deux monnaies scripturales, deux compartiments à circuits indépendants l’un de l’autre

 

Ainsi que le savent les initiés, il existe deux monnaies scripturales – issues d’écritures comptables – la monnaie centrale émise par la Banque centrale et la monnaie secondaire émise par les banques de dépôt.

On suppose généralement que ces deux monnaies sont substituables, alors qu’il n’en est rien. C’est une particularité de la monnaie scripturale qui semble échapper à la connaissance des initiés, puisque tout le monde s’étonne de voir que les liquidités massivement émises en faveur des banques par la super-banque ne servent pas l’économie réelle, mais alimentent la trappe à liquidités.

Pour qu’une monnaie scripturale donnée puisse s’échanger, il faut nécessairement deux comptes ouverts dans la même monnaie, celui qui est débité et celui qui est crédité. Ainsi,

- la monnaie centrale ne peut s’échanger qu’entre titulaires de comptes ouverts à la Banque centrale : les banques et le Trésor Public ; il n’existe plus de comptes d’agents non bancaires (ANB) depuis longtemps à la Banque de France, par exemple,

- la monnaie secondaire ne peut s’échanger qu’entre titulaires de comptes ouverts dans une banque de dépôt, soit les ANB.

La Banque centrale qui ne peut ignorer cette caractéristique spécifique de la monnaie scripturale entretient ici aussi la confusion, en se taisant.

 

D – Compensation et règlements interbancaires

 

Le lecteur est aimablement invité à se reporter à une étude complète, grâce à ce lien.

On est ici au cœur du système monétaire, fortement endommagé par 2 chocs systémiques (voir chapitre suivant).

La compensation est l’outil qui traite quotidiennement – par dizaines de millions – les instruments de paiement que s’échangent entre eux les ANB disposant de comptes dans des banques différentes. S’il n’existait qu’une banque, il n’y aurait pas de système de compensation.

De plus, abusant de leur position dans la place, les banques utilisent la compensation pour un grand nombre de leurs opérations pour propre compte. La Banque centrale le sait, mais laisse faire.

La compensation est un système binaire dans lequel les positions débitrices et créditrices s’annulent à tout moment, ce qui fait que le marché interbancaire sur lequel elles se règlent n’est pas un marché au sens habituel du terme puisque l’offre est égale à la demande.

Après compensation, les opérations de traitement s’opèrent à trois niveaux :

 

                1 - Les banques débitent ou créditent les comptes de leurs clients, selon le sens des transactions, en monnaie secondaire, la seule qui a cours entre ANB comme il a été dit au-dessus.

 

                2 - Les banques ont et constatent des positions parallèles à celles de leurs clients.

Quand une banque débite le compte de son client, la somme quitte son établissement ; elle doit donc constater une dette envers la banque adverse. Et inversement, quand une banque crédite le compte de son client, la somme entre dans son établissement ; elle doit donc constater une créance sur la banque adverse.

Constater une dette ou une créance ne signifie pas règlement.

 

                3 - Elles doivent donc solder leurs positions les unes envers les autres, à la sortie de la compensation.

Elles ont pour cela accès au marché interbancaire. Les banques en position créditrice consentent des prêts à leurs consœurs en position débitrice, contre garanties naturellement. Ces garanties sont représentés par des titres, appelés aussi collatéraux, bénéficiant des meilleures notes de la part des agences de notation (principalement les titres subprimes avant qu’ils ne deviennent toxiques et les titres souverains avant que n’apparaissent les risques de défaut).

Sur le marché interbancaire, contrairement à ce que prétend la Banque de France, il ne s’échange pas de monnaie centrale. Il ne s’échange que des accords de prêts/emprunts contre garanties, sans monnaie donc. Et ce n’est pas l’obligation de faire passer toutes les transactions par les comptes des banques chez elle, qui va nous faire croire que les transactions sur le marché interbancaire se font en monnaie centrale, monnaie créée par elle, comme elle le dit. Encore un leurre.

Les banques centrales servent de simple chambre d’enregistrement pour ces opérations interbancaires, dans lesquelles elles n’interviennent pas. Et, si elles ne se prenaient pas les pieds dans les ficelles qu’elles ont placées pour se protéger, elles auraient depuis longtemps trouvé la solution technique au problème de la dégradation du marché interbancaire1.

 

E – Les deux chocs qui ont profondément ébranlé le système monétaire

 

La crise que nous subissons impuissants depuis près de 6 ans trouve son origine dans deux chocs systémiques qui ont ébranlé les systèmes monétaires nationaux et internationaux, les uns et les autres copiés sur le modèle américain, car en ayant adopté ses normes et ses pratiques plus ou moins douteuses. Enfin, elle s’est internationalisée avec la mondialisation des échanges.

 

Le premier choc est parti en 2007/2008 des Etats-Unis avec l’affaire dite des « surprimes », gigantesque escroquerie montée de toutes pièces par les banques américaines sous l’œil bienveillant et complice de la Fed, laquelle l’a chèrement payé (tout est relatif) puisqu’elle a dû se mettre – en état de quasi-faillite – sous la protection  du Trésor au début de l’année 2011.

La Fed prêteur en dernier ressort a cédé sa place à l’Etat américain payeur en dernier ressort !

Les titres « subprimes » mêlés par titrisation avec d’autres valeurs ont été diffusés par dizaines ou centaines de millions dans le monde de la finance internationale (banques, fonds de pension ..) appâté par des taux d’intérêt élevés. Mais, en devenant toxiques ils perdaient de leur valeur et généraient des pertes dues à leur dépréciation, si bien que l’on a assisté dans l’ombre à un sauve-qui-peut général. Les banques, tant américaines qu’européennes, qui possédaient ces titres en grand nombre ont cherché à s’en débarrasser vers des bad banks ou structures de défaisance, avec plus ou moins de succès selon les pays. Mais, dans la plupart des cas, avec l’aide de leur Banque centrale (vers la SFEF en France).

Conséquence immédiate, les marchés interbancaires s’en trouvent immédiatement affectés car ces titres – appelés aussi collatéraux – ne sont plus acceptés en garantie par les banques prêteuses, d’où le premier choc systémique.

 

Le deuxième choc provient, semble-t-il, d’une erreur (ou manipulation ?) de politique monétaire invraisemblable de la part de la BCE qui a voulu faire respecter soudainement en 2010 le ratio de l’endettement public (60% du PIB) fixé par Maastricht. Pourquoi ? Alors qu’avant la crise, en 2006, les taux d’endettement avaient déjà dépassés le seuil critique dans bon nombre de pays européens, notamment l’Italie (107%), la Grèce (105%), la Belgique (89%) et l’Allemagne (68%).

S’agit-il d’une politique de diversion destinée à dissimuler les dégâts considérables causés par le premier choc au sein de la profession bancaire, qui ne s’en est pas encore remise ? Ou bien d’une utilisation conjoncturelle des événements visant à favoriser le capitalisme monétaire toujours à l’affut de bonnes affaires ? Ou des deux ?

Jusque là les Etats plaçaient les bons et obligations du Trésor selon leurs besoins propres sur les marchés, principalement auprès des banques (collatéraux), assurances et fonds de placement. Puis jugeant que les limites étaient largement dépassées, la BCE a imposé aux Etats les plus exposés de réduire leur taux d’endettement, sans se poser la question de savoir si sa décision était judicieuse et pertinente, dans l’intérêt public évidemment.

C’est ainsi que l’émission de nouveaux titres a été pratiquement interdite, ne laissant la place qu’au roulement (reports d’échéances) de la dette, ce qui s’appelle de la cavalerie. Si en avril 2013 le Président de la BCE a donné pouvoir à la Banque de France de battre monnaie, cela veut bien dire qu’il en a levé l’interdiction pour la France.

Conséquence de cette politique absurde, il est apparu très vite que les Etats concernés ne pourraient pas rembourser, ce que les marchés ont bien anticipé. Les titres souverains ont subi alors des décotes de plus en plus fortes à mesure que leurs économies se dégradaient et que la spéculation s’en emparait.

Autre conséquence immédiate, les marchés interbancaires ne veulent plus de ces titres en raison de leur risques de défaut et ils ne sont plus acceptés en garantie par les organismes prêteurs, d’où le deuxième choc systémique.

Dès que ces garanties ont été refusées à la sortie de la compensation, les banques emprunteuses se sont alors retournées vers leur Banque centrale : Fed aux USA, BCN en Euro zone. Le règlement des positions se faisant alors pour la première fois véritablement en monnaie centrale, « sonnante et trébuchante ». Les banques centrales acceptent les garanties dépréciées, refusées par les banques de dépôt, alimentant ainsi la trappe à liquidités (selon C ci-dessus).

En Europe en outre, celles qui disposaient de liquidités ont profité de la circonstance pour se débarrasser des titres souverains qu’elles possédaient contre monnaie centrale, les unes et les autres se défaussant alors sur leur banque centrale des pertes passées et prévisibles dues à la dépréciation.

C’est ainsi que la Fed possède pour plus de 1.000 mds $ de titres toxiques et les BCN, devenues bad banks, possèdent des centaines de mds € de titres souverains déprécies, dépréciations que les autorités monétaires européennes se refusent à constater car ce serait reconnaitre l’échec de leur politique.

Le système monétaire est donc en pleine crise systémique, crise due au dysfonctionnement des marchés interbancaires. Cette crise durera tant que ces marchés ne fonctionneront pas à nouveau convenablement, ce qui parait exclu dans l’état actuel du système sauf à le remettre totalement à plat.

Le pouvoir monétaire et les banques ne sont plus très loin de faire passer une annonce du type :

 

Recherche collatéral désespérément

supposant sans doute que la découverte de nouveaux collatéraux redonnerait vie au marché interbancaire.

Voyons maintenant qu’elle pourrait être la solution évoquée plus haut.

 

Les marchés interbancaires seraient supprimés. A la sortie de la compensation, les positions des banques, débitrices et créditrices, seraient enregistrées à un compte bloqué à leur nom à la Banque centrale en position ouverte, c’est-à-dire sans règlement. Par le fait même, les dettes et les créances des unes envers les autres deviendraient des dettes et des créances envers la Banque centrale.

Ce qui est totalement différent et contrairement à la situation antérieure, d’une Banque centrale simple chambre d’enregistrement, celle-ci pourrait alors exercer pleinement son rôle de gardienne de la monnaie. On entrevoit aussitôt les perspectives de changement de politique monétaire.

Enfin, n’oublions pas que ces positions résultent de transactions des ANB, opérées dans le cadre des concours à l’économie qui leur ont été consentis. Il est insupportable de voir que les agents non bancaires sont les victimes d’une organisation inadaptée et qui devrait leur être totalement neutre.

De plus, cette solution aurait l’avantage de supprimer les besoins de collatéraux !

 

F – Relations monétaires internationales

 

Réservons quelques lignes aux échanges internationaux et intra-frontières de la zone euro pour mettre en évidence le fait que tout se tient en macroéconomie.

 

Je te tiens, tu me tiens par la barbichette !

C’est Jens Weidman, le président de la Bundesbank, qui a soulevé – sans doute involontairement – le problème dans toute sa dimension quand il a dit notamment en mars 2012 :

Aujourd’hui, la Bundesbank est la seule banque centrale nationale avec celle de Finlande et d’Autriche à afficher un solde positif considérable de près de 500 milliards d’euros sur Target.

Pour de plus amples informations, voir à ce lien.

En matière d’échanges internationaux, il existe une règle fondamentale que les initiés ne peuvent pas ignorer, mais dont ils ne veulent pas tirer les conséquences.

Quand il y a un exportateur dans un pays, il y a un importateur dans un autre pays, et comme la valeur de l’échange est la même pour les deux parties, on peut avancer qu’à l’échelle de la planète, les exportations sont égales par définition aux importations, ce qui veut dire en clair que l’exportation des uns ne peut pas se réaliser sans l’importation des autres.

Autrement dit, les bénéfices des uns se font au détriment des autres.

De la règle exposée ci-dessus découle une autre égalité, généralement oubliée – mais redécouverte par le Gouverneur de la Buba -, c’est que :

A la somme des balances bénéficiaires d’un ensemble de pays correspond par symétrie la somme des balances déficitaires de l’ensemble des autres pays.

La Grèce, pour ne citer qu’elle, subit les effets dramatiques de cette règle. Depuis le début du siècle, elle a notamment importé, pour des dizaines de milliards d’euros, d’Allemagne, de France et des Etats-Unis, des armements – parfaitement inutiles (sauf pour les intermédiaires), si l’on prend en considération l’Union Européenne faite pour la protéger. Elle a émis de la monnaie qui a fait grimper sa dette souveraine dont elle doit maintenant s’acquitter sous le prétexte qu’elle a dépassé les critères de Maastricht !

Il n’est évidemment pas question de lui saisir le matériel militaire fourni !

Les pays déficitaires doivent donc de l’argent aux pays bénéficiaires, par symétrie.

Autrement dit – revers de la médaille – ceux qui exportent sont amenés à prêter à ceux qui importent.

Le cas des Etats-Unis paraît bien être l’exception à cette règle, car ils font fonctionner la planche à billets en dollar selon leurs besoins. Commerçant tant à l’exportation et qu’à l’importation uniquement dans leur propre monnaie, ils ont pu se permettre de lancer en 1971 cette phrase désormais célèbre et toujours d’actualité :

 » Le dollar est notre monnaie, mais c’est votre problème. »

De plus, à l’intérieur de leurs frontières, ils se sont bien gardés de signer notre équivalent du traité de Maastricht.

La lutte à laquelle se livrent tous les pays au monde pour exporter est devenue une guerre économicide. La paix commerciale ne peut s’exercer qu’en passant des accords bi-ou multinationaux afin que l’équilibre des échanges soit garanti, leur solde devant être voisin de zéro. Mais, on préfère sans doute la guerre à la paix !

La recherche de toujours plus de compétitivité, et – on ne se cache même plus de le dire – de faire baisser toujours plus les salaires n’a d’autre effet que de ruiner le peuple et de l’amener à l’esclavage économique. Et dans tous les cas de figure, c’est la recherche de toujours plus de profits pour les intermédiaires et multinationales qui surfent sur la mondialisation des échanges.

C’est la plus grande arnaque de notre temps.

 

G – Sombres perspectives

 

Faisons le point de la situation.

Des banques centrales qui abusent de leur indépendance. Des banques centrales qui défendent bec et ongles la corporation bancaire, contre l’intérêt public si nécessaire. Des banques centrales qui ont abandonné aux banques commerciales le pouvoir de l’émission de monnaie secondaire en dehors de tout contrôle et qui prétendent malgré tout diriger la politique monétaire ! Une banque centrale américaine qui a couvert, sinon accompagné, la plus gigantesque escroquerie monétaire faite par les banques américaines dans l’affaire des subprimes. Enfin, des banques centrales qui dissimulent leur incapacité à diriger une politique monétaire responsable, en usant de toutes sortes de moyens pour tromper l’opinion et en particulier le syndrome de l’inflation qu’elles ont réussi à inoculer dans le corps économique de la planète entière.

L’affaire des subprimes a provoqué un premier choc systémique dont la corporation bancaire a été la première victime. C’est l’histoire de l’arroseur arrosé.

En Europe, une politique insensée de la part de la BCE a provoqué le deuxième choc systémique avec l’affaire des titres souverains, au prétexte d’un endettement considéré soudainement excessif si on le rapporte aux taux fixés par les critères de Maastricht, déjà dépassés avant la crise de 2007/2008 !

Aux Etats-Unis, la Banque centrale s’est arrangée pour faire supporter le poids de ses erreurs à l’Etat. La Fed – prêteur en dernier ressort – s’est mise sous la protection du Trésor début 2011, cédant ainsi la place à l’Etat américain devenu pour l’occasion payeur en dernier ressort.

En Europe, la BCE et ses BCN accumulent à leur bilan des titres dépréciés sans vouloir en constater les dépréciations financières. La BCE espère sans doute obliger les pays de la zone à réduire leur dette souveraine de telle façon que leur valeur d’origine soit rétablie. Très mauvais calcul, si c’est le cas, puisque de restrictions monétaires en restrictions monétaires le remède est en train de tuer le malade.

Partout dans le monde (excepté en Zone Euro) aux USA, en Grande Bretagne et au Japon, notamment, les banques centrales déversent des milliards de monnaie nationale dans le but de redresser leur économie en récession ou en très faible croissance. Le résultat est évidemment déprimant, car le diagnostic est faussé par des raisonnements archaïques qui ont pourtant fait la preuve de leur incapacité à redresser l’économie. Malheureusement on n’a rien d’autre à se mettre « sous la dent » pour l’instant.

En Euroland, il apparait d’évidence que l’application stricte des critères de Maastricht nous prive de tout espoir de redressement – si l’on peut dire – par cette voie. On ne peut pas faire du Quantitative Easy chez nous, puisqu’il est quasiment interdit aux BCN de prêter à leur Etat supposé trop endetté. Et les marchés ne sont pas assez fous pour prêter à des Etats considérés déjà en voie de cessation de paiement.

 

H – Monnaie d’endettement et monnaie permanente – Effets macro-économiques

 

Règle n° 1 du capitalisme monétaire : le prêteur peut et doit vivre aux dépens de l’emprunteur.

La dette permet au créancier d’exploiter le débiteur quand le taux d’intérêt est supérieur à celui de l’inflation et de le spolier quand il fait défaut. Les garanties s’exerçant alors, le plus souvent, aux dépens du second.

Pire est le cas de la banque qui prête de l’argent qu’elle n’a pas, puisqu’elle le crée.

Il n’est de pays qui ne vit de dette, publique ou privée.

Le principe même de la monnaie-dette, c’est que s’il n’y a plus de dettes alors il n’y a plus de monnaie, et toute l’économie marchande s’arrête. C’est déjà une situation ubuesque.

Et d’ajouter que :

S’il n’y a plus de dettes, il n’y a plus de monnaie, mais aussi que s’il n’y a plus de monnaie, il y a encore des dettes, parce qu’il n’y a pas que les banques qui prêtent de l’argent, la même monnaie étant prêtée plusieurs fois.

Il faut savoir en outre que les banques sont généralement destructrices nettes de monnaie. Voir ici une étude sur le sujet.

Les effets du capitalisme monétaire sont dévastateurs, car celui qui ne peut plus payer doit vendre ses biens pour rembourser.

Les exemples ne manquent pas d’entreprises en panne de trésorerie qui déposent leur bilan. Mais aussi, dans une autre dimension :

- endettement privé : les millions de ménages américains spoliés dans l’affaire des subprimes,

- endettement public : le désastre économique de la Grèce et de Chypre, pour ne citer que ceux-là. Le tour du Portugal, de l’Espagne et de l’Italie ne sont plus très loin. Mais pour tous la politique est à la privatisation généralisée des biens publics. Il faut rembourser nos dettes ; c’est la priorité des créanciers.

On ferait bien de réfléchir aux conséquences des restrictions monétaires imposées par la Troïka en Europe qui ne visent qu’un but : faire passer les biens publics aux mains de capitalistes de plus en plus avides de richesse et de puissance.

L’examen des publications de l’Insee, l’Institut de statistiques français, sur une longue période (1988-2012) montre que les revenus du capital, appelés revenus de la propriété, se situent en moyenne à un tiers du PIB, avec des pointes à 44,5% en 1993 et à 46,2% en 2008. Et, les loyers (logements, magasins, bureaux, entrepôts, terrains..) ne sont pas compris dans ces chiffres. Exception faite des loyers d’habitation, ils ne sont pas communiqués ou très difficile d’accès. Il est donc permis de supposer que les revenus du capital pourraient être égaux sinon supérieurs aux revenus du travail.

 

Il y a trop d’épargne.

Le capitalisme envahit petit à petit l’espace économique, réduisant la part du travail dont il tire toujours plus de profit. C’est pourquoi, il faut réduire les salaires de plus en plus pour être compétitifs !

Esclavage économique, avez-vous dit ?

 

I – Loi macro-économique

 

Fruit des travaux de recherche de l’auteur de ces lignes, il existe une loi macroéconomique qui commande l’allure de marche de toute activité nationale, donc la croissance. Celle que l’on cherche à obtenir par incantation, ce qui évidemment ne marche pas.

Elle démontre que la sphère de l’activité de production connaît l’expansion ou la récession selon qu’elle est alimentée plus ou moins en monnaie. L’activité nationale fonctionne à peu près comme le moteur d’un engin mécanique. Elle tourne plus ou moins vite selon qu’elle est alimentée plus ou moins en carburant, c’est-à-dire en monnaie.

La conjoncture n’est rien d’autre qu’une économie libérale livrée à l’influence désordonnée, parce que non régulée, des facteurs endogènes opposés que sont l’épargne et le crédit. L’épargne dans le rôle du frein et le crédit dans celui de l’accélérateur. Etant précisé de plus, qu’une balance extérieure déficitaire amplifie l’effet de frein, tandis qu’au contraire si elle est bénéficiaire elle amplifie l’effet d’accélérateur.

Cet aspect macroéconomique et les effets de frein de l’épargne échappent totalement aux théories actuelles. Et, il ne faut pas croire que l’épargne finance l’investissement, comme le laisse supposer la théorie de l’égalité de ces deux termes, à laquelle échappe curieusement le troisième et dernier terme : les échanges extérieurs.

Il apparaît ainsi que la croissance dépend en premier lieu de l’abondance monétaire au sein de la sphère réelle, et ensuite de la maîtrise de ses effets sur les prix, donc sur les revenus.

Le système actuel nous mène lentement mais sûrement à notre perte, avec une accélération due à la crise, car il repose pour fonctionner sur une progression constante du recours au crédit, d’abord pour neutraliser les effets négatifs de l’épargne bancaire, épargne morte, ensuite pour rembourser les emprunts antérieurs sans oublier les intérêts de la dette (nourriture du capital).

Ainsi, nous acheminons-nous progressivement vers une économie comparable à celle du Japon d’aujourd’hui, anémiée depuis deux décennies malgré sa puissance industrielle.

Rappelons que le Japon a l’un des taux d’épargne parmi les plus forts au monde et ses tentatives de redressement de ses exportations, insuffisantes, se heurtent à une conjoncture mondiale déprimée.

Quant aux USA, ils souffrent de deux maux convergents :

- une balance extérieure en déficit chronique, facteur de ralentissement de l’activité de production (cf. loi macroéconomique),

- un fort ralentissement du recours au crédit (consommation, investissement, logement, etc.).

En Europe, outre les restrictions monétaires exigées, la BCE et l’Union Européenne imposent à nos gouvernants une politique de compétitivité qui ruine nos masses laborieuses par la perte de pouvoir d’achat (baisse des salaires, chômage) qu’elle engendre. C’est le prix qu’a dû payer l’Allemagne pour améliorer sa rentabilité et ses ventes à l’exportation sa Parité de Pouvoir d’Achat (PPA), meilleure que celle de la France en 2001 (+3,9%) lui est devenue inférieure (-8,5%) en 2012 (cf. Statistiques OCDE).

La conséquence en est le ralentissement de l’activité de production, car ce sont les revenus modestes qui ont la plus grande propension à consommer face aux revenus élevés qui ont une plus grande propension à épargner.

Dans tous les cas, on observe un déséquilibre épargne/crédit, les effets de frein (épargne) sont plus puissants que les effets d’accélération (crédit).

 

L’épargne monétaire n’est ni mesurée, ni maitrisée.

J – Solutions

 

Si l’on veut sortir de cette impasse, il est vital d’émettre de la monnaie dite permanente, c’est-à-dire sans intérêt, ni échéance de remboursement, afin de neutraliser les effets nocifs des destructions monétaires dues aux remboursements des crédits bancaires.

Si l’on veut diriger l’allure de marche de l’activité nationale vers la croissance et l’amélioration du pouvoir d’achat de nos populations laborieuses :

La régulation monétaire est l’unique moyen d’y parvenir et seul l’Etat est apte à en assumer la fonction.

La gouvernance d’un pays ne doit plus être affaire de fiscalité, mais de finance et de monnaie.

Des solutions pour une réforme du système monétaire et de sortie de crise ont été données par ailleurs.

 

Jean Bayard

 

  1. voir chapitre suivant []

Transition énergétique : le gouvernement doit tracer un cap ambitieux et clair

Article publié dans le Nouvel Observateur : http://leplus.nouvelobs.com/contribution/910426-transition-energetique-le-gouvernement-doit-tracer-un-cap-ambitieux-et-clair.html

2791374393871Le débat national sur la transition énergétique s’est terminé le 18 juillet 2013 (capture d’écran)

 

Le débat national sur la transition énergétique (DNTE) se termine avec plus de 150 propositions d’actions, dont une dizaine ne font pas consensus. Certes, ce ne sont pas les moins importantes. Mais en déduire que ce débat est un échec, comme le titrent certains médias, est une contre-vérité, blessante pour tous ceux qui sont engagés ensemble pour réfléchir à l’avenir de la France.

 

Divergences et mesures claires

 

Sur la forme, rappelons d’abord que la synthèse produite le 18 juillet a bien été signée par tous les acteurs (regroupés dans sept collèges), à l’exception du syndicat FO, qui avait pris cette décision de principe depuis fort longtemps. Ensuite, pourquoi mettre l’expression de divergences, formulées précisément, au débit d’un débat démocratique ? Nous ne sommes ni au pays des bisounours ni dans un pays totalitaire. C’est donc au contraire une preuve de sérieux et de maturité. Les parties prenantes ne se sont pas voilé la face.

 

Sur le fond, les grands enjeux de la transition énergétique ont tous été abordés, de manière sérieuse et documentée – il suffit pour s’en convaincre de lire les centaines de pages des annexes du rapport de synthèse et des études fournies par les experts. Les investissements à réaliser et les économies d’énergies fossiles qui en résultent ont été chiffrés en ordre de grandeur ainsi que les emplois générés.

 

Comment maîtriser la facture d’énergie (par une baisse de la consommation), comment développer les énergies renouvelables, comment décentraliser notre politique énergétique alors qu’elle s’inscrit dans un cadre européen ? Sur ces trois sujets, quels financements mettre en place ? Les orientations fournies par le débat et les mesures proposées sont claires, même si elles restent à préciser dans certains cas.

 

Réduire la consommation d’énergie, un défi

 

La divergence principale est relative à l’ambition à 2050 en matière de consommation d’énergie. Certes, diviser par deux la consommation à cet horizon (c’est-à-dire réduire notre consommation de 2% par an en moyenne) est un défi, qui ne convient sans doute pas aux énergéticiens (plus précisément, à ceux qui vendent de l’énergie : tout le secteur des services à l’énergie est intéressé à une ambition forte en matière d’efficacité énergétique), dont l’intérêt est globalement inverse.

 

Mais les gains de productivité réalisés par l’industrie ou l’agriculture depuis les années 1950 sont de cet ordre de grandeur, ou supérieurs. Pourquoi refuser a priori que ce soit impossible au plan de l’efficacité énergétique ?

 

Quand le président du comité énergie du Medef (également président de l’Union française des industries pétrolières) déclare « cet objectif nous semble totalement utopique » et qu’il lui « paraît impossible de concilier une telle baisse de la consommation d’énergie avec le développement de l’économie et de l’emploi en France », ne manque-t-il pas d’ambition et de confiance en l’avenir ?

 

Le gouvernement, garant de l’intérêt général

 

Quoi qu’il en soit, ce « facteur 2″ est simplement apparu comme nécessaire pour diviser par 4 nos émissions de gaz à effet de serre à cet horizon, suite à l’analyse objective des 15 scénarios énergétiques dont nous disposons. Cet objectif n’a pas été remis en cause formellement dans le débat. Cela étant, les discussions vraiment difficiles sur la fiscalité écologique et la taxe carbone montrent là aussi qu’il faut que le gouvernement assume son rôle de garant de l’intérêt général…

 

Précisons toutefois la formulation nuancée qui a été proposée par le Medef dans le document final :

 

« Ils proposent ainsi de le ramener à un rythme moins élevé, avec une réduction minimale de -20% à 2050, en recourant dès que possible, quand elles seront commercialement disponibles, aux nouvelles technologies nécessaires, notamment aux techniques de capture et de stockage de CO2. »

 

Pour finir sur ce point, le DNTE a recommandé de faire un bouclage macroéconomique des quatre différentes trajectoires en comparant les résultats de plusieurs modèles. Cet exercice est souhaitable pour éclairer le gouvernement et le Parlement sur la question de la faisabilité économique de telle ou telle trajectoire.

Crainte d’un effet d’éviction dans le bâtiment

 

Dans la cinquantaine de mesures proposées pour réduire la consommation d’énergie, celle qui a polarisé les divergences est l’obligation de travaux dans le logement – pour le sectaire tertiaire, l’obligation de travaux est « dans les tuyaux », encore un peu bouchés à ce jour ; le DNTE demande à raison de publier au plus vite le décret d’application de l’obligation de rénovation des bâtiments tertiaires publics et privés.

 

La  formulation retenue est prudente :

 

« Ces conditions, si elles sont réunies, doivent permettre d’envisager progressivement l’introduction d’obligations de travaux aux grands moments de la vie des bâtiments (par exemple travaux de gros œuvre), en particulier collectifs. »

 

Pourtant, « certains acteurs économiques sont opposés à cette obligation ». Quelle n’a pas été la surprise de la majorité des présents de constater que les fédérations d’entreprises concernées (la FFB et la CAPEB pour ne pas les nommer) ont fait un blocage de principe sur une mesure dont on pourrait penser qu’elles vont en bénéficier massivement ? L’analyse de leur blocage révèle l’une des clefs de ce débat.

 

Dans une économie en stagnation, les entreprises du bâtiment craignent un « effet d’éviction ». Si on rend obligatoires certains types de travaux, ce sera, à leurs yeux, au détriment d’autres travaux. La solution à ce dilemme a été proposée et nécessite des innovations, comme la création de la Société de financement de la transition énergétique, qui permettent de développer des crédits privés avec garanties publiques partielles – légitimes, car il s’agit d’opérations d’intérêt général – vers les actions de rénovation thermique des bâtiments. Gageons que sa mise en œuvre lèvera bien des réticences !

Dissensus ordinaire sur le nucléaire

 

Concernant le nucléaire, qu’un débat participatif ne conduise pas à un consensus en France, ce n’est quand même pas une surprise. La nécessaire diversification des sources de production électrique est plutôt consensuelle en France. Il est raisonnable de ne pas dépendre d’une technologie ne pouvant exclure un accident majeur ni  des défauts génériques (position de l’Autorité de Sûreté Nucléaire [1]).

 

Cela étant, comment réconcilier les intérêts économiques et industriels d’EDF et d’Areva, les intérêts scientifiques et technologiques du CEA, ceux de la défense des emplois existants par les syndicats, avec la demande exprimée clairement des ONG de sortir du nucléaire, selon un calendrier plus ou moins rapide, et celle des citoyens de « diversifier nos moyens de production » ? Sachant qu’il s’agit de résoudre cette équation tout en réduisant nos émissions de gaz à effet de serre…

 

Il appartient maintenant au gouvernement d’indiquer sa feuille de route, qui permettra de définir aussi l’objectif (non consensuel à ce jour) sur les énergies renouvelables électriques (y compris hydraulique). En produire 130 TWh en 2030 est accessible techniquement, mais est-ce utile si la production nucléaire est maintenue au niveau actuel  et la consommation stabilisée (du fait d’une diminution de la demande sur les usages actuels compensée par des reports d’usage) ? Soulignons cependant que, sur la biomasse, un objectif ambitieux de 20 MTep (équivalent à  230 TWh) a été fixé de manière consensuelle.

 

Proposition de loi charpentée

 

Quant aux gaz de schiste, objets de dissensus, le gouvernement a pris une position assez ferme mais contraire aux intérêts de certains acteurs. La fièvre liée à son développement aux USA fait espérer que son exploitation en Europe pourrait permettre de réduire la dépendance énergétique européenne. Avant de lancer la moindre exploration (séparer l’exploration de l’exploitation est artificiel : quel acteur privé pourrait envisager d’explorer sans bénéficier des droits à exploiter si l’exploration s’avère positive ?) et de prendre des risques de jacquerie, il est raisonnable de faire une étude d’impacts sociaux, écologiques (dont climatiques) et économiques pour avoir une meilleure estimation des enjeux réels de l’exploration en France de cette source d’énergie. C’est précisément l’une des recommandations issues du débat…

 

Pour conclure, la synthèse du débat est consistante. La vraie question maintenant, c’est ce que va faire le gouvernement de l’ensemble de ces recommandations. Il doit lancer plusieurs approfondissements ou concertations complémentaires (il lui est recommandé par exemple d’organiser une conférence bancaire et financière de la transition énergétique et Instaurer un groupe de travail partenarial ad hoc pour définir la feuille de route « mobilité des personnes et des marchandises »).

 

L’essentiel, c’est qu’il fasse une proposition de loi charpentée sur la transition énergétique, après avoir affirmé un cap convaincant. Voilà qui serait à son honneur et lui permettrait sans doute de redonner du sens à son action politique, qui en a bien besoin.

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[1]  »L’expérience a montré que la standardisation comporte aussi le risque qu’un défaut grave, que l’on ne peut exclure a priori, soit générique et affecte plusieurs réacteurs. Dans une telle situation, l’ASN pourrait juger nécessaire, au regard des exigences de sûreté, de suspendre sans délai le fonctionnement de ces réacteurs. L’arrêt rapide d’une part significative des moyens de production électrique provoquerait, en l’absence de marges, une pénurie d’électricité avec des conséquences sociales et économiques considérables. » Pierre-Franck Chevet, président de l’ASN. Contribution au débat national sur la transition énergétique, le 16 mai 2013.

synthèse du Debat National sur la Transition Energétique

Voici la synthèse finale des débats du Debat National sur la Transition Energétique, suite à la réunion du 18 juillet 2013. Contrairement à ce qui a été affirmé par certains medias, la réunion a été
de bonne qualité et faite comme les précédentes dans un esprit de compromis entre les parties prenantes. Seul le syndicat FO avait (et ce depuis longtemps) indiqué qu’il ne signerait aucun document
issu de ce débat. Les documents complémentaires (annexes et compilation des travaux des experts) sont ou seront disponibles sur le site du débat : http://www.transition-energetique.gouv.fr/.

 

 

Financer la transition énergétique : comment faire concrètement?

15 juillet 2013 – Comment financer 100 milliards de travaux de rénovation thermique des bâtiments publics dans les 10 prochaines années? Carbone 4 et Global Warning lancent une étude visant à préciser et documenter une des propositions les plus innovantes faites dans le cadre du Débat National sur la Transition Energétique.

 

Etude Sfte 0 by Alain Grandjean

Bercy : des comptables qui ne savent pas compter, la preuve en 4 exemples

Article publié dans le nouvel Observateur : http://leplus.nouvelobs.com/contribution/908081-bercy-des-comptables-qui-ne-savent-pas-compter-la-preuve-en-4-exemples.html

 

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Ministère de l’Économie et des finances à Bercy, Paris (GELEBART/20 MINUTES/SIPA)

Le pouvoir de Bercy est de notoriété publique : le grand jeu de ces hauts fonctionnaires est de savoir combien de temps il leur faudra pour mettre au pas le ministre de l’Économie et des finances…

 

Concernant l’actuel, Pierre Moscovici, le jeu n’aura pas duré très longtemps. Il a rapidement compris qu’il ne fallait pas se compliquer la vie. Son projet de loi sur la séparation bancaire, préparée avec les banques et la direction du Trésor, en est une preuve suffisante [1].

 

Les fonctionnaires de Bercy ont le pouvoir [2]. Dont acte. Leur job c’est de compter. Dont acte. Ce sont donc les comptables qui nous dirigent. Dont acte. Mais savent-ils compter ? Rien n’est moins sûr. Il se trouve qu’une nation n’est pas une entreprise et que l’application de préceptes microéconomiques à la macroéconomie, la doctrine actuelle des néoclassiques qui règnent à Bercy, ne marche tout simplement pas. Exemples.

 

1- Les  3% : une marotte sans fondement, stupide et anti-sociale

 

Qu’il faille gérer avec soin l’usage de nos impôts, éviter des dépenses clientélistes ou simplement inutiles, aucune personne sensée ne le conteste. Que le bon objectif de déficit public soit 3% au plus du PIB, il est de notoriété publique que c’est sans fondement [3].

 

Qu’il faille réduire les dépenses publiques dans la période actuelle pour viser un objectif de 3% de déficit public, c’est en plus stupide. La démonstration complète se trouve dans ce bon papier de Guillaume Duval. Tout tient dans l’effet multiplicateur des dépenses publiques (qui a fait couler un peu d’encre quand le FMI a reconnu son erreur à ce sujet). Autrement dit 1 point de PIB de restriction budgétaire entraîne probablement une perte de l’ordre de 1,5 point de PIB d’activité économique [4] et des pertes de rentrées fiscales. Du coup le ratio qu’on cherche à améliorer (déficit/PIB) se détériore !

 

Rappelons que la Cour des Comptes anticipe un déficit de 4% du PIB pour 2013 (après un déficit de 5,3% en 2012). Si l’obsession maladive du 3% n’avait pas été au pouvoir, et si par exemple avait été visé un déficit de 3,7 (soit 16 milliards d’euros de restriction budgétaire au lieu des 30 milliards qui ont été engagés) nous aurions probablement eu 1 point de PIB d’activité en plus cette année. Et l’objectif aurait été atteint…L’agence de notation Fitch aurait peut-être gardé le triple A. Et nous aurions eu 300.000 chômeurs de moins. Cette obsession (partagée pour des raisons inexplicables par nos dirigeants) est donc non seulement stupide mais anti-sociale.

 

Gageons pourtant que nos « comptables ne sachant pas compter », mais également sourds et aveugles, vont poursuivre leur sinistre besogne. Ils vont demander des efforts supplémentaires pour 2014. Le résultat est prévisible [5] : plus de chômage et de détresse sociale, un vote de l’extrême-droite croissant et, cerise sur le gâteau, la perte du « doubleA+ » ; les agences de notation constatant que le pays n’est toujours pas sur la voie du redressement…

 

2- Infrastructures, climat social et compétitivité

 

Dans cette bien trop longue période de récession et face à l’augmentation des impôts, le MEDEF demande, c’est son rôle, des baisses des charges pesant sur les entreprises. La priorité pour eux c’est la compétitivité de nos entreprises, créatrices de richesses et d’emploi.

 

S’il est assez clair au plan économique qu’il est de bonne guerre économique de ne pas surcharger les entreprises soumises à la concurrence internationale, il faut faire bien attention à la notion de compétitivité d’un pays. Cette notion n’a rien d’évident. On se rappelle même que pour les économistes classiques comme Ricardo, elle n’avait pas de sens. Ce qui comptait à ses yeux c’était l’avantage comparatif : si le Portugal est relativement plus efficace que l’Angleterre dans le vin par rapport au textile, il faut qu’il se spécialise dans le vin. Peu importe qu’il soit, dans l’absolu, moins compétitif.

 

Les raisonnements économiques se sont complexifiés depuis mais il n’en reste pas moins que ce qui fait qu’une nation est « compétitive », ce n’est pas le niveau de ses prélèvements obligatoires, dans l’absolu.

 

En particulier, la qualité de ces infrastructures est un élément déterminant de son attractivité. Investir insuffisamment, au motif qu’il n’y a plus de sous dans les caisses, dit autrement au motif qu’on est obsédé par le chiffre fétiche des 3%, est donc de nature à réduire notre compétitivité.

 

De la même manière un climat social délétère, un manque d’espoir, un manque de débouché pour les jeunes, aucune perspective d’avenir (ce dont nos « comptables qui ne savent pas compter » se moquent, car ils seront souvent recasés chez leurs amis banquiers) c’est évidemment très mauvais pour la compétitivité de notre pays. Une nouvelle erreur de raisonnement ?

 

3- Privatisations et recettes futures

 

Pris à la gorge (les fameux 3%) notre gouvernement envisage pour financer sa rallonge au Programme d’Investissement d’Avenir de vendre quelques titres d’entreprises. Les privatisations partielles ne sont pas nées aujourd’hui. Sont-elles pour autant une bonne affaire économique ?

 

On peut vraiment en douter au plan strictement financier (nous ne rentrerons pas ici dans le vaste débat sur l’intérêt géostratégique ou politique [6] de conserver le contrôle de telle ou telle entreprise publique). Supposons qu’il ne s’agisse que de titres d’entreprises cotées.

 

1. Il n’y aucune raison que la vente se fasse au bon moment. Tout le monde sait qu’à la Bourse il ne faut pas être pressé. Dans un cas précis (celui d’EDF) l’Etat a la possibilité de manipuler le cours (en annonçant des hausses de tarifs pour faire monter le cours). Mais ce n’est pas le cas général. Donc la vente ne se fera pas nécessairement au bon moment. Il est probable que vendre en période de récession n’est pas un excellent calcul…

2. L’Etat se prive donc de recettes futures (les dividendes attachés aux titres vendus) dont on se rendra compte plus tard qu’elles manquent…et obligent à plus de rigueur. Le bilan actualisé sera alors fait, mais un peu trop tard. On se rendra souvent compte que les pertes de rentrée ne compensent pas le gain initial.

3. L’Etat a un autre moyen de valoriser ses actifs ; c’est tout simplement d’accroître les garanties qu’ils donnent. Il existe plusieurs montages qui permettent de générer du cash (certes avec un petit coût lié au mécanisme attaché à la transformation de la garantie en espèces sonnantes et trébuchantes). Pourquoi se séparer de ses bijoux de famille quand on connaît une passe difficile et ne pas se limiter à les mettre en garantie ? Ah, dogmatisme, quand tu nous tiens….

 

4- Développement des énergies renouvelables et CSPE

 

Nos comptables n’aiment pas la contribution au service public de l’électricité (CSPE). Pourquoi financer les énergies renouvelables quand on a un parc nucléaire qui peut produire encore longtemps une électricité bon marché ? Et regardez l’Allemagne ou l’Espagne, ils en reviennent car les énergies renouvelables (ENR) leur coûtent un bras. Laissons nos citoyens s’exprimer, dans le cadre du débat national sur la transition énergétique, de toutes façons au moment de l’addition ils refuseront de passer à la casserole, et nous, les « comptables ne sachant pas compter », nous les protégeront de ses doux rêveurs que sont les « anti-nucléaires [11]« .

 

La réalité économique est largement plus complexe, comme l’a précisément montré le débat. Les ENR, notamment le solaire photovoltaïque, voient leur coût de revient baisser selon une belle courbe d’expérience.

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Si la CSPE croît encore de manière significative, c’est au titre des engagements passés [8] sur lesquels même nos comptables ne peuvent revenir.

 

De l’autre côté, les coûts du nucléaire ne cessent de croître. Rappelons que l’AIE annonce qu’en 2016 au niveau mondial les ER électriques (dont l’hydraulique) produiront plus que le gaz et deux fois plus que le nucléaire. C’est donc le moment de relancer progressivement le solaire en France, pour ne pas rater une nouvelle révolution technologique mondiale. Cela peut se faire avec un impact modéré sur la CSPE (sous réserve que les prix de marche de l’électricité en Europe ne s’effondrent pas, mais c’est un autre problème. Encore faut-il donc pouvoir en parler et passer par dessus les oukazes de nos « comptables ne sachant pas compter ».

 

En finir avec la doxa ?

 

On pourrait multiplier les exemples ; comme celui des cadeaux extraordinaires faits aux banques sans véritable contrepartie.

 

Mais ces quatre premiers me semblent suffisants. En résumé, nos comptables sont les gardiens du temple, du dogme. Raisonnant à courte vue, ils assimilent la gestion de la France à celle d’une entreprise dont le cours serait coté en bourse et qui devrait donc rendre des comptes tous les trimestres. En faisant ainsi, ils finiront par mettre le pays à feu et à sang.

 

Une conclusion toute bête mais opérationnelle pour le débat national sur la transition énergétique : les évaluations macroéconomiques qui seront faites par « nos comptables ne sachant pas compter » ne doivent tout simplement pas être prises au  sérieux. On ne saura jamais comment leur beau modèle (Mésange, pour les intimes) aura été paramétré mais on ne saura que trop que, dans tous les cas, ce sera pour démontrer qu’en dehors de leur vision comptable, point de salut !

 

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[1] Voir notre série de posts sur le sujet http://alaingrandjean.fr/2012/12/26/separation-bancaire-un-projet-a-lemporte-piece-quil-est-encore-temps-darreter/ et suivants

[2] Certains diront que le pouvoir est à Bruxelles ; si c’est vrai leurs fondés de pouvoir sont à Bercy, ce qui revient au même pour la présente note.

[3] Voir par exemple http://www.leparisien.fr/economie/3-de-deficit-le-chiffre-est-ne-sur-un-coin-de-table-28-09-2012-2186743.php

[4]Le  consensus est quand même assez large chez large chez les économistes pour estimer que le « multiplicateur » comme on dit est supérieur à 1, surtout lorsqu’on se trouve déjà en phase de ralentissement économique et que les principaux partenaires commerciaux du pays mènent eux aussi des politiques d’austérité.

[5] Voir également la note de Gael Giraud http://alaingrandjean.fr/2013/05/09/la-dette-publique-francaise-justifie-t-elle-lausterite-budgetaire/

[6] Ni dans celui très pittoresque de l’intérêt pour l’Etat de réduire sa participation dans EDF au moment où il veut s’affirmer comme un Etat stratège, qui définit la politique énergétique de la Nation…

[7] Que le monde ne soit pas manichéen et qu’il soit possible en France de prôner la diversification croissante du mix électrique sans être antinucléaire échappe en général à nos bons comptables

[8] Voir http://www.carbone4.com/fr/l_actu_de_carbone_4/pourquoi-le-photovolta%C3%AFque-est-l%E2%80%99%C3%A9nergie-renouvelable-qui-profite-le-plus-de-la. En 2020 les raccordements antérieurs à 2012 représenteront 40% de la puissance installée mais 60% de la part de la CSPE liée au solaire.

Transition énergétique : le gouvernement sait-il où il va ?

 

Le débat sur la transition énergétique va se conclure le 18 juillet. Il en ressort[1] qu’il serait possible, techniquement économiquement et financièrement  de mettre le pays sur la voie d’un nouveau modèle  énergétique, reposant sur quatre piliers :

 

-une réduction de la consommation d’énergie de l’ordre de 2% par an, avec une priorité massive dans les bâtiments et le transport

-une diversification du mix énergétique avec une montée en puissance progressive des énergies renouvelables (ER), dans le sillage de ce qui se passe au niveau mondial[2]

-une plus grande implication des territoires dans la définition et la mise en œuvre de projets locaux

-des dispositifs innovants de financement pour des opérations à rentabilité positive mais retours sur investissement longs

 

Rappel : les enjeux du débat national sur la transition énergétique

(DNTE pour les intimes)

 

Notre niveau de vie dépend de l’énergie que nous utilisons directement ou indirectement. En France, 70 % de l’énergie finale consommée est issue de sources fossiles, pétrole et gaz principalement, ce qui pose plusieurs problèmes bien connus. Notre facture extérieure est élevée (70 milliards d’euros en 2012) et probablement croissante, la combustion de ces sources d’énergie émet du COalors que nous avons pris des objectifs ambitieux[3] de réduction de nos émissions de gaz à effet de serre (GES). Nos concitoyens en situation de précarité énergétique sont de plus en plus nombreux et nos entreprises sont soumises à une concurrence internationale rude dans laquelle le prix de l’énergie est un facteur de compétitivité. Par ailleurs, que ce soit dans la production, le transport et la distribution d’électricité ou dans celui des transports et du logement, nous avons à réaliser dans les prochaines années des investissements considérables, de l’ordre de la centaine de milliards d’euros annuels. Enfin la question énergétique se pose certes en France mais plus généralement dans un cadre européen et mondial.

 

 

Sortir de la fascination des leurres introduits sur la scène médiatique par les « technoptimistes »

 

Il s’agit bien d’une inflexion dans un pays où la priorité a toujours été la production d’électricité d’origine nucléaire et l’importation d ‘énergies fossiles. Il n’est d’ailleurs pas anecdotique que le nucléaire et les gaz de schiste aient été considérés médiatiquement comme les sujets clefs, alors qu’ils ne le sont qu’en creux. Ils incarnent une croyance en l’absence de limites, alors que le DNTE a eu pour but, précisément,  de faire face à la réalité des dites limites.  Si les technologies nucléaires actuelles se heurtent au stocks limités d’uranium, la génération 4 (surrégénérateurs, à l’instar de Super Phénix, dont il est espéré qu’elle soit disponible industriellement avant le  milieu de ce siècle) et encore plus la fusion (dont rien ne garantit qu’elle débouche un jour !) font encore rêver d’un  monde sans limite énergétique. Quant aux gaz de schiste, ils semblent permettre de démentir les tenants du peak oil : « vous voyez bien les hydrocarbures, quand il n’ y en a plus il y en a encore !!! »

 

Il est pourtant clair qu’il s’agit dans les deux cas de dangereux leurres. S’il est indéniable que les gaz et pétroles non-conventionnels permettraient de prolonger un peu les plateaux de production mondiaux des gaz et pétrole, ils ne changent pas radicalement la donne. En Europe, il est bien établi que la production éventuelle d’hydrocarbures non conventionnels ne changerait en rien les prix du gaz et encore moins du pétrole[4]. Plus profondément, qu’il y ait sous terre plus d’hydrocarbures qu’imaginé il y a quelques années ne change rien : c’est toujours trop par rapport à ce qu’il suffit de brûler pour augmenter trop la température moyenne planétaire[5]. Quant au nucléaire, si son développement n’a pas été arrêté net par Fukushima, il reste modeste et n’est pas non plus de nature à changer la donne : son déploiement est inconcevable à grande échelle dans bien trop de pays. En énergie primaire, il ne représente que 7 % du mix mondial et sa part relative est amenée à décroître.

 

Bref qu’on le veuille ou non, notre monde énergétique reste obstinément fini et pour les décennies qui viennent nous allons devoir à partager et…à consommer moins.

 

 

Retour en France : que doit-on faire ?

 

Le DNTE va produire des recommandations, certaines assez précises (réduire les vitesses sur autoroute, route, et en ville,  mettre en place un Conseil  d’Orientation de la Transition Energétique) d’autres plus générales (développer les mécanismes permettant le financement participatif des citoyens). Elles vont cependant dans le bon sens. Il appartient maintenant au gouvernement d’en faire un projet de loi de programmation et de le soumettre au Parlement. Le plus dur reste donc à faire.

 

La baisse de la consommation d’énergie nécessite :

-une hausse de la fiscalité sur les carburants et les combustibles fossiles

-un plan d’investissement ambitieux (de l’ordre  de  la dizaine de milliards d’euros privés ou publics, en plus chaque année, de la tendance actuelle[6]) en particulier dans la rénovation thermique du bâtiment (tertiaire ou résidentiel)

-une hausse des prix de l’électricité

 

La montée en puissance des ER suppose :

-pour les ER électriques,  une hausse de la Contribution de Service Public de l’Energie (aujourd’hui de 13,5 euros le MWh soit 10 % du prix TTC de l’électricité au particulier) pour financer l’écart entre le prix de marché et le coût de revient de ces ER. En ordre de grandeur elle pourrait doubler dans la décennie qui vient, mais tout dépendra bien sûr de l’ambition politique et de l’évolution du prix de marché européen de l’électricité

-pour les autres ER il faudra des dispositifs de soutien (doubler le fonds chaleur, créer un fonds de mobilisation de la biomasse etc.)

 

Pour que les territoires puissent prendre une part plus active dans la maîtrise de l’énergie il leur faudra des responsabilités nouvelles et a minima des pouvoirs d’expérimentation.

 

Le gouvernement va-t-il initier ce changement de cap ?

 

Le gouvernement doit faire face à au moins 5 obstacles :

 

-une Direction Générale du Trésor obsédée par la peur des dépenses publiques, très hostile à toute hausse de la CSPE  et à tout mécanisme d’aide dans le domaine des ER et de l’efficacité énergétique.

-le PDG actuel d’EDF qui affiche sans complexe- et surtout sans être contredit par le gouvernement- sa propre stratégie, (pas de fermeture de Fessenheim et prolongement  à 50-60 ans du parc nucléaire[7]) fondamentalement différente de celle sur laquelle s’est engagée le Président de la République.

-des producteurs d’énergie de taille mondiale dont l’intérêt semble  être globalement celui d’une hausse des consommations

-des organisations syndicales qui défendent les emplois protégés  d’aujourd’hui et sont majoritairement[8] peu ouvertes au changement

-une opinion publique qui voit d’un très mauvais œil toute hausse d’impôts ou de l’énergie

 

Par ailleurs, le calendrier politique et électoral (débat sur les retraites à la rentrée, puis discussion sur un budget d’austérité, municipales en mars et européennes en qui s’annoncent mal pour la majorité actuelle) n’est sans doute pas favorable à un débat parlementaire de fond sur un changement de trajectoires et des mesures difficiles à faire passer.

 

Le gouvernement hésite. Quelques mesures semblent aller dans le bon sens (hausse du prix de l’électricité, une rallonge du Plan d’Investissement d’Avenir vers la transition énergétique, une grande fermeté sur les gaz de schiste[9]) mais comment ne pas constater :

 

-une absence de prise de parole du Président de la République et de son Premier Ministre sur le rappel des  grandes orientations que le gouvernement souhaite faire prendre en matière énergétique

-l’annonce d’un plan d’investissement le 8 juillet concernant la transition énergétique, sans attendre la fin du débat prévue…le 18 juillet, et le limogeage le 2 juillet du ministre en charge de ce débat et du choix de ses orientations finales

-un financement du PIA par la cession annoncée de participations de l’Etat dans des entreprises publiques : la vente d’actions d’EDF aurait-elle motivé la hausse des prix de l’électricité[10] ? Une privatisation accrue d’EDF conduirait-elle à une meilleure prise de l’Etat sur la politique énergétique du pays ?

-la non publication d’un décret rendant obligatoire la rénovation des bâtiments tertiaires (amendement Gauchot[11], négocié et rédigé dans le dernier quinquennat, suite au Grenelle de l’environnement et toujours enterré)

-un plan bâtiment à ce stade sans aucune ambition

 

Bref ses atermoiements actuels font douter de la volonté du gouvernement de transformer l’essai après ce débat plus productif sans doute qu’attendu. Si le débat au Parlement sur la proposition de loi de programmation est repoussé au-delà  des élections européennes (fin mai 2014), que restera-t-il des recommandations faites mi-2013 ?

 

Il me semble qu’il appartient aux acteurs de ce débat de défendre leur travail et leur engagement, afin d’éviter toute tentation à l’équipe au pouvoir. La transition énergétique reste la meilleure solution pour sortir du marasme économique actuel (voir http://alaingrandjean.fr/2013/05/13/la-transition-energetique-est-la-clef-de-la-sortie-du-marasme-actuel/). Elle est la base d’un nouveau projet de société et d’un nouveau modèle économique. Ne perdons pas de temps.

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[1] http://www.transition-energetique.gouv.fr/ Pour information : ont été organisés près de 1000 débats rassemblant 170000 personnes, une journée citoyenne impliquant 1115 citoyens dans 14 régions ; 36 cahiers d’acteurs, 1200 contributions citoyennes sur internet ont été fournies. Le débat se conclura par une quinzaine de grandes recommandations et une centaine de propositions assez concrètes.

[2] Selon l’AIE,  les ER électriques (dont l’hydraulique) produiront dans le monde en 2016 plus que le gaz et deux fois plus que le nucléaire (Voir www.iea.org/Textbase/npsum/MTrenew2013SUM.pdf)

[3] La France s’est engagée à diviser par 4 ses émissions de GES en 2050 par rapport à leur niveau de 1990, malgré la hausse sur ces 60 ans de sa démographie. Cet objectif concerne tous les gaz et ne pourrait être atteint aujourd’hui que par une ambition encore plus forte sur le CO2. (voir..)

[4] Ces affirmations ont été bien documentées dans le débat ; dès que possible les documents seront accessibles sur le site du débat. En attendant voir par exemple l’article que j’ai écrit dans les cahiers français n°373 « Gaz de schiste, miracle ou mirage ? »

[6] Une centaine de milliards d’euros dans la production le transport et la distribution d’énergie, le batiment et le transport

[7] Moyennant une opération dite de « grand carénage » coûtant selon  les dernières estimations environ 70 Milliards d’euros ; voir http://tempsreel.nouvelobs.com/economie/20130710.OBS8853/edf-reviserait-le-cout-des-travaux-sur-ses-centrales.html

[8] La CFDT reste l’exception notable, qu’il faut souligner ; c’est la seule centrale syndicale qui assume la nécessaire transition des emplois et compétences professionnelles.

[9] Qui s’explique surtout par des considérations politiques évidentes : le risque est très élevé de faire face à une « jacquerie » ingérable

[10] En 2005 la première  privatisation partielle d’EDF avait été précédée d’une hausse des tarifs. Là après l’annonce des deux fois 5% le cours d’EDF a cru de près de 10%…

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