Mercredi 21 mars : le colloque « L’économie publique au service de la transition énergétique »

J’ai le plaisir de vous annoncer la tenue mercredi du colloque de la FNH (Fondation Nicolas Hulot), sur nos propositions de création monétaire pour financer la transition écologique.

Voici le blog de notre groupe de travail : Financer l’avenir sans creuser la dette.

Voici le texte de notre proposition (ainsi qu’une présentation en vidéo)

Et notre compte Twitter.

 

Enfin, voici l’invitation de la FNH :

La Fondation Nicolas Hulot pour la Nature et l’Homme Et   L’Université Paris-Sud

Ont le plaisir de vous convier au colloque

 

« L’économie publique de la transition énergétique »

En présence de :

Alain Grandjean, Carbone 4 et expert de la Fondation ; Miren Lafourcade et Alain Rallet, professeurs d’économie à Paris Sud ; Bruno Marotte, Bouygues construction ; Laure Lampin, CIRED ; Alain Quinet, directeur général de RFF ; Jean-Guillaume Pelladan, Ademe…

Mercredi 21 mars 2012 de 8h30 à 18h

Faculté Jean Monnet,

Université Paris-Sud, Sceaux

RER B – Robinson

Nombre de places limité

INSCRIPTION AVANT LE 16 MARS

CLIQUEZ ICI

 

4 tables rondes pour débattre sur la transition énergétique et de son financement

 

La transition écologique et sociale de nos sociétés nécessite des investissements aujourd’hui non financés, que ce soit par le secteur privé, dominé par le court terme ou par le secteur public, privé de moyens. La Fondation Nicolas Hulot propose de redonner aux Etats européens la possibilité de se financer auprès de leur Banque centrale afin d’être en mesure d’investir dans l’avenir.

À l’occasion de ce colloque, la Fondation et l’Université Paris Sud souhaitent s’intéresser plus précisément aux investissements nécessaires pour financer la transition énergétique. Quels chantiers financer ? Comment le faire ? Deux questions auxquelles une dizaine d’experts tenteront de répondre lors de 4 tables rondes.

Télécharger le programme

 

La BCE finance directement l’industrie automobile

La mesure que nous proposons « le financement par la Banque Centrale de la transition écologique » est parfois considérée comme très hétérodoxe, voire franchement délirante1.

La technique la plus précise consiste en l’émission d’obligations de projet (project bonds en eurolang) susceptible d’être accepté en « collatéral « (en jargon financier) par la BCE en contrepartie d’euros.

La BCE ne voudra jamais, nous dit-on. Voire.

La BCE n’a pas les scrupules ou les pudeurs qu’on lui prête. Le 29 février, elle procédera à une nouvelle opération de prêts à 3 ans pour soutenir le système financier européen. Le Comité Français des Constructeurs Automobiles nous apprend que « Cette aide s’adresse en priorité aux banques, mais les branches financières des constructeurs d’automobiles sont aussi éligibles au guichet de la BCE, bien moins onéreux que les marchés obligataires; »
Le lobby automobile sera-t-il plus puissant que le lobby écolo? Ou simplement plus imaginatif? ou les deux?
Quoi qu’il en soit cette décision me semble un pas de plus en faveur de cette idée et doit nous donner un sérieux espoir. Quel gouvernement peut résister à l’idée de financer des investissements, créateurs d’emplois et porteurs d’avenir? Sans doute la seule solution concrète pour nous sortir de la seringue suicidaire des politiques d’austérité.

Alain Grandjean

  1. Voir les réponses aux questions fréquentes relatives à la proposition []

Scénarios comparés de sortie de la crise de la dette

Ce post fait suite à la deuxième édition de la conférence « ni Dupes, ni Devins à l’ ENS », à l’ENS, où j’étais invité aux côtés de Michel Aglietta et Pascal Canfin.

Après l’intervention de Pascal Canfin qui présentait son analyse de la crise de l’Euro et en particulier ce qu’il a pu faire en tant que député européen en particulier sur la réglementation des CDS, puis celle de Michel Aglietta (on ne le présente pas!) qui présentait sa vision des causes de la crise et le séquencement de ce qu’il fallait faire à son avis pour en sortir, j’ai présenté en quelques 10 minutes (Voir vidéo ci-après) le contexte, les causes de la crise, mon opinion sur les plans d’austérité, puis le plan de sortie de crise et de transition par création monétaire que nous défendons avec la FNH.

En le revoyant, je me rends compte que je m’exprime de manière un peu trop décontractée : j’ai sans doute abusé d’un parti pris de vulgarisation …mille excuses! Sur le fond j’ai trouvé qu’il y avait beaucoup de convergences sur le diagnostic et la nécessité de changer assez fortement de modèle, une convergence aussi sur l’importance des enjeux écologiques. Sur la porte de sortie le débat est ouvert!

Ce que les banques vous disent et pourquoi il ne faut presque jamais les croire. Pascal Canfin

Achetez et lisez ce petit livre (5 euros, 123 pages, chez l’éditeur « les petits matins »). Vous ne le regrettez pas.

Très clair sur un sujet complexe (les réglementations à imposer aux financiers). Vivant et parfois captivant car parlant d’une expérience de député européen[1] qui se bat sur ce terrain. Qui a réussi à créer l’ONG FinanceWatch (voir http://www.finance-watch.org/?lang=fr) pour contrebalancer le lobby  des acteurs financiers à Bruxelles. Jamais inutilement polémique sans être langue de bois. Synthétique (il propose dix réformes), il ne se perd pas dans les détails inutiles.

Une très bonne introduction pour pénétrer dans cet étrange univers où personne ne s’étonne qu’il est possible pour une banque qui prête à un Etat de vendre par ailleurs une assurance (un CDS) contre le défaut de cet Etat qui probablement ferait faire faillite à la dite banque…(même pas mal puisque dans ce cas ce sont les autres Etats qui paieront…).

Un seul regret : sur la question monétaire, Pascal Canfin se limite à évoquer les expériences de monnaie locale et l’idée d’emprunts populaires, sans jamais dire à quel point il est étrange que le pouvoir de création monétaire ait été accaparé par les banques pour se livrer à toutes ces opérations qu’il dénonce.

En conclusion, un livre qui donne le moral : oui on peut y comprendre quelque chose, oui on peut agir, non la finance n’est pas toute-puissante.

Alain Grandjean


[1] Europe Ecologie Les Verts, groupe européen verts/ALE , membre de la commission économique et monétaire.

Le Dogme terrassé par l’effet boule de neige ?

Les taux d’intérêt auxquels l’Italie peut emprunter pour  se financer sont en ce moment supérieurs à  6%. Avec une dette de 120% du PIB cela pourrait poser quelques menus problèmes. S’il était appliqué à toute la dette (ce qui n’est pas le cas car une partie est financée à des taux plus bas) la charge d’intérêt alourdirait mécaniquement le déficit public italien de 7,2% du PIB…

Rappelons que les ratios Maastrichtiens (déficit public inférieur à 3% du PIB et dette inférieure à 60% du PIB) ne tiennent sur la durée que si le taux de croissance est supérieur au taux réel de la dette. Dans le cas inverse, on observe  un effet boule de neige, qui se formalise simplement.

L’effet boule de neige

Une petite démonstration vaut mieux qu’un long discours.

D = dette réelle (i.e., déflatée du niveau général des prix) d’un Etat

G= recettes réelles publiques

T = dépenses réelles publiques

r = taux d’intérêt réel moyen auquel l’Etat peut emprunter sur un marché

La variation de l’endettement est égale à :

G − T + rD. (1)

où G − T représente la dette primaire et rD, le service de la dette.

En l’absence de croissance du PIB et d’inflation, l’équilibre des comptes publics est très simple, puisqu’il se résume à :

G − T = rD.

Si le volume réel des transactions et de la production (pour simplifier le PIB), Y , varie, et que l’on note g son taux de croissance (ou de décroissance) : ∂ Y = gY , alors la variation du ratio dette/transactions réelles est égal à :

∂ (D/Y ) = (G – T)/Y + (r − g)D/Y

C’est ici qu’apparaît la règle simple : tant que r − g ≤ 0, le service de la dette ne pèse pas sur l’équilibre budgétaire de l’Etat. Il l’allège même, lorsque r < g.

L’effet « boule de neige ⟩⟩ apparaît à partir du moment où r > g : dans ce cas, en effet, même lorsque le budget est à l’équilibre, G = T, le ratio dette/transactions réelles augmente : ∂ (D/Y) > 0.  Malgré un équilibre budgétaire « primaire », le ratio dette /PIB ne cesse de se dégrader. Les intérêts de la dette s’ajoutent à la dette qui s’envole, alimentant la peur des marchés qui demandent des taux d’intérêt plus élevés, qui accroissent la dette…

Dans la première décennie de la vie de l’Euro, les ratios d’endettement des Etats[1] européens tenaient grâce à un des taux d’intérêt de l’ordre de 4 à 5 %[2], voisins les uns des autres, une inflation et une croissance de l’ordre de 2% chacun.

Les taux d’intérêt réels (4-5% – 2% = 2 % à 3%) ont été jusqu’en 2008 un peu supérieurs à la croissance mais pas de plus de 1%.  Du coup, au total le taux moyen de la dette publique/PIB de la zone euro a été stable aux environs  de 69% en moyenne sur la période 1999-2008.

En 2008, la crise venue d’outre-atlantique a changé radicalement la donne. La croissance s’est effondrée, l’année 2009 est une année de décroissance de -4 % pour l’Union européenne et la zone Euro[3]. Les taux d’intérêt se sont mis à diverger entre les pays de la zone  Euro et à exploser pour les plus fragiles comme le montre le beau graphique ci-après[4] . La spéculation s’est déchaînée et l’effet boule de neige s’est manifesté immédiatement. La dette publique moyenne de la zone Euro  est passée à 80  % en 2009 puis à 85% en 2010[5]….


(Merci à Olivier Berruyer pour son graphique, à consulter dans son contexte ici)

La raison des plans d’austérité est tout simplement là : pour que la dette ne se mette pas à exploser, il faut générer des excédents budgétaires, à un niveau qui dépend de ces deux variables : le taux d’intérêt et le taux de croissance. La situation présente rend peu crédible une croissance élevée, indépendamment du fait qu’elle pourrait buter sur des questions de ressources matérielles et écologiques. Du côté des taux d’intérêt les marchés financiers doutent de la capacité de remboursement des Etats concernés,  notamment du fait de la faible croissance, ils demandent donc une « prime de risque ».

Pas facile facile. Nous voilà dans la seringue, non ? Seules solutions, réduire les dépenses publiques ou augmenter les impôts, et pas dans des petites proportions. En France un écart de 1 % sur les taux d’intérêt appliqué à une dette supérieure à 80% du PIB c’est toute de suite 0,8 % du PIB soit 16 milliards d’euros, ca ne se trouve pas sous les pieds d’un cheval. Augmenter les impôts ? Nicolas Sarkozy y est arrivé par petites touches plus ou moins invisibles. Y aller franchement c’est plus compliqué. Qui est vraiment prêt à voter pour un tel programme ?

Du coup le plus simple c’est de faire faire le sale boulot par des experts, des technocrates. C’est l’idée qui  vient spontanément à l’esprit et pas qu’à l’esprit d’où les « troikas »,  et plus récemment la mise sous tutelle puis la démission forcée de Sylvio Berlusconi.

Il y aurait bien deux autres solutions, non pas pour régler définitivement la question mais, comme déjà dit ici, pour alléger le fardeau et organiser la transition vers un modèle économique et financier durable :

  • que la Banque Centrale rachète la dette (on dit « monétiser ») , ce qu’elle fait un peu, contrainte et forcée ; 180 milliards à ce jour, ce n’est pas grand-chose –rien par rapport aux achats de la FED, qui se mesurent en millier de milliards de dollars. C’est ce qui est recommandé par maints économistes (comme Helene Rey, professeur d’économie à la London Business School, voir les Echos du 9 novembre).
  • que les Etats retrouvent la capacité de création monétaire (ce qui  réduit à due concurrence les intérêts à payer, ce recours ne réglant évidemment pas l’intégralité de la dette).

Mais vous n’y pensez pas : c’est interdit par le Traité, les Allemands y sont opposés et à juste titre ! C’est grâce à ces interdits que, précisément, les Etats, sous la pression des marchés (et de leur jugement sur leur crédibilité, leur crédit, au sens strict) sont obligés de mettre de l’ordre dans leurs comptes. Bref ces interdits mettent les mauvais gestionnaires « sous la tutelle des marchés » et c’est bien leur rôle. Et nous sommes les gardiens du Dogme.

Nos démocraties vont-elles accepter ce petit jeu, dû, rappelons-le à l’effet boule de neige ? Vont-elles supporter longtemps un dispositif qui transforme nos élus en pantins (version « guignol » ou version « rond de cuir gestionnaire ») de fait, puisqu’ils n’ont plus les leviers de l’exercice des choix politiques les plus importants, et prennent leurs instructions à Bruxelles via des mercenaires de la finance ?

Pas sûr, il est tout-à-fait possible qu’elles préfèrent remettre en cause le Dogme.

Alain Grandjean

Sur le Dogme, lire aussi :

Le Dogme contre la démocratie et …l’Europe. La Grèce rejoint l’Islande ?

Sommet du 26 octobre : le social et l’écologique sacrifiés à l’autel du Dogme

Notes :


[1] Plus précisément les dettes des « APU » administrations publiques (état+ administrations territoriales + sécurité sociale).

[2] En fait, les taux sont différents selon leur « maturité » et il faudrait en toute rigueur de parler de la courbe des taux pour chaque dette. Pour les taux des OAT à 10 ans la moyenne de la zone Euro sur la période est de 4,6%.

[3] Voir par exemple http://www.gecodia.fr/PIB-zone-euro–Taux-de-croissance-PIB-zone-euro–Croissance-economique-zone-euro_a491.html

[4] Voir http://www.les-crises.fr/meteo-des-taux/ pour plus de détails.

[5] Voir http://epp.eurostat.ec.europa.eu/tgm/refreshTableAction.do?tab=table&plugin=1&pcode=tsieb090&language=fr

Sommet du 26 octobre : le social et l’écologique sacrifiés à l’autel du Dogme

Le sommet du 26 octobre est présenté par ses participants comme celui qui sauve l’Euro. Il m’est toujours désagréable de critiquer des négociateurs, confrontés à une situation si difficile. A leur place,  aurait-on  fait mieux dans le jeu serré de contraintes qui semblent s’imposer ? Non, à mon avis, si l’on ne remet pas en cause précisément la contrainte qui a tout bloqué dans cette négociation.

Les occidentaux se sont scandalisés de la pratique aztèque des sacrifices humains. Les dieux aztèques, tout comme leurs bras armés, les prêtres, n’étaient que des brutes sanguinaires. Il me semble bien que le Dogme et ses grands prêtres  (les zélateurs du monétarisme) n’ont rien à envier aux Aztèques.

Crédits image : La cité du Dieu perdu, Thorgal

Le Dogme c’est ce qu’il ne fallait pas toucher, c’est ce qui est au cœur de la naissance de l’Euro et que Guillaume Hannezo a rappelé dans sa note pour Terra Nova. C’est le monétarisme au nom de quoi les Etats européens ont abandonné leur souveraineté monétaire et tout recours à la Banque Centrale pour financer leur déficit. Qu’ils ont livré intégralement le pouvoir de création monétaire aux banques privées. Dans un contexte où simultanément le capitalisme a été dérégulé, le Dogme a donné aux banques tous les moyens de financer toutes les  opérations les plus folles, de développer le « shadow banking[1] »,  de spéculer contre les dettes publiques européennes. Et cerise sur le gâteau de faire des cours de morale aux Etats mal gérés (tout en vendant l’arsenal permettant de ne pas payer d’impôts…). Ce sont des dealers qui se permettent d’accuser leurs victimes d’être des drogués…

On comprend que le Dogme soit considéré comme intouchable par tous les spécialistes qui sont a minima dépendants du secteur financier quand il ne les a pas franchement enrichis. La reconnaissance du ventre existe aussi dans cet univers.

Mais le Dogme ne se suffit pas de l’enrichissement colossal des acteurs financiers. Le Dogme a besoin de sang. L’accord européen va avoir deux conséquences désastreuses :

  • les peuples européens vont être soumis à des politiques d’austérité qui vont leur faire perdre progressivement les bénéfices du contrat social  qui jusqu’à présent faisait la spécificité de l’Europe, la région au monde la plus équilibrée socialement.
  • ces politiques vont conduire à sacrifier les investissements et dépenses « écologiques » qui vont paraître comme un luxe byzantin dans une période de récession.

L’appel au financement des pays émergents  va évidemment aggraver ces deux effets : comment limiter l’ouverture de nos marchés à leurs produits. Au moment précis où le protectionnisme européen est enfin considéré comme une nécessité et où les conséquences désastreuses du libre-échangisme mondial sont comprises, cette contrepartie est une catastrophe. Elle va accélérer le processus qu’il faut ralentir, celui de la désindustrialisation européenne. Elle va accélérer la destruction de l’environnement en intensifiant la concurrence internationale sans frein.

Le Dogme, s’il n’est terrassé très vite, aura la peau de l’Europe  et de son âme. Parions cependant que nos concitoyens ont gardé encore assez de bon sens pour  ne pas se transformer en malheureux aztèques.

Alain Grandjean


[1] Voir le livre de Marc Roche » Le capitalisme hors la loi » chez Albin Michel. Une initiation aux charmes feutres de la banque de l’ombre.

Affligeant : une analyse du sommet de Bruxelles qui dénonce la seule proposition qu’il faut pousser : le recours à la création monétaire par la BCE

Terra Nova vient de publier une note rédigée par Guillaume Hannezo[1] : « Sommet européen du 26 octobre : une digue européenne face au tsunami financier »

Cette note très synthétique  comporte des éléments d’analyse intéressants mais concentre sa critique de la position française dans la négociation ayant précédé  ce sommet sur ce qui me semble au contraire mériter un coup de chapeau. La France a en effet proposé que le FESF devienne une banque et puisse ainsi avec 250 mds de capital disponible, acheter 2 000 milliards d’obligations d’Etat avec des fonds fournis par la banque centrale.

Guillaume Hannezo écrit : « La technique utilisée permet d’éviter le recours à la monétisation, que la France n’aurait pas du demander car elle n’est pas du ressort du Conseil européen, mais du conseil des gouverneurs, qui décideront en toute indépendance du réglage de la masse monétaire, comme le prévoit le Traité. »

Il fait appel à trois arguments aussi faibles l’un que l’autre pour justifier cette critique :

  • l’absence de recours à la création monétaire par la BCE serait au cœur de l’identité allemande  traumatisée par 2 épisodes d’hyper inflation.

Que nos partenaires allemands attachent de l’importance au dispositif central du traité de Maastricht est une évidence. Et qu’ils soient issus d’expériences  douloureuses également. Que cela suffise à ne pas proposer une modification de ce dispositif en pleine crise européenne ne s’en déduit pas du tout.

Nos intérêts ne sont pas alignés sur les intérêts allemands avec lesquels nous avons des marges de négociation. Mais surtout comme le FESF devait être « démultiplié » c’était la moins mauvaise des solutions. Le recours au financement par la Chine sera soumis à des conditions autrement douloureuses au plan social et écologique. J ‘y reviendrai.

  • ce serait contraire à l’Etat de droit, puisqu’interdit formellement par le TUE. (Traité sur l’Union Européenne)

D’une part le TUE est vidé de son contenu du fait de multiples écarts à son esprit et à sa lettre (les critères de Maastricht ne sont pas respectés et la Banque Centrale rachète des titres d’Etat). En particulier l’aide négociée au sommet est elle aussi contraire au Traité qui interdit cette solidarité (par son article 125 connu sous le nom de clause de no bail out[2]).

D’autre part ce traité va être renégocié. C’est donc  le moment ou jamais de faire des propositions nouvelles.

Enfin je ne suis pas sûr qu’un traité qui a été voté dans l’inconscience des citoyens de ses conséquences (savaient-ils qu’il transformait la doxa monétariste en principe intangible ?)  puis qui a reçu un désaveu lors du vote négatif au projet de Constitution Européenne, ait un poids démocratique très élevé…

  • enfin Guillaume Hannezo évoque un argument qui ne mériterait qu’un haussement d’épaule s’il n’était pas malheureusement pris au sérieux par de nombreux citoyens.
    «  D’un point de vue allemand, faire financer par la planche à billets les déficits budgétaires, c’est-à-dire faire acheter par la banque centrale les émissions obligataires nouvelles des Etats, c’est exactement ce que fait Robert Mugabe, ou les autres Etats impécunieux d’Afrique. Autoritarisme politique, laxisme économique, inflation de la masse monétaire : mauvais souvenirs. »

Notre auteur sait bien et rappelle que les USA et la Grande-Bretagne monétise des déficits budgétaires.  Mais, dit-il, en toute indépendance et pour assurer la liquidité de l’économie. C’est évidemment une contre-vérité. Les opérations de quantitative easing ont bien d’autres objectifs. Au fond tout en s’en défendant « nous ne sommes pas des ayatollahs du monétarisme » , il s’en fait l’apôtre  zélé. Affligeant !

Alain Grandjean


[1] Guillaume Hannezo, 48 ans, est associé gérant de Rothschild et cie. Ancien élève de l’ENS et de l’ENA, inspecteur des finances, il a été conseiller technique au cabinet de Pierre Beregovoy, puis conseiller économique à l’Elysée sous Francois Mitterrand. Directeur financier des AGF (93/97),puis de la Compagnie générale des eaux/Vivendi universal (97/2002),il crée en 2003 une « boutique » de conseil en fusions acquisitions (FDR finance),intégrée depuis 2007 dans la banque Rothschild . Guillaume Hannezo est par ailleurs vice Président du conseil de surveillance de Libération et membre fondateur des Gracques

[2] Voir par exemple http://www.telos-eu.com/fr/article/l_ue_a_t_elle_le_droit_de_renflouer_la_grece

Pour une sixième République écologique

Dominique Bourg et ses co-auteurs nous livrent un ouvrage remarquable. Pas long (moins de 200 pages) agréable à lire, solide et innovant.

En voici le propos en quelques mots :

Une analyse lumineuse des contradictions entre notre système démocratique et les défis écologiques vitaux auxquels nous sommes confrontés, et la proposition d’une architecture d’ensembles et des propositions concrètes pour faire place à une sixième république où :
- Le président a une fonction et des moyens pour incarner le long terme
- Une troisième chambre , une assemblée du long terme, a un pouvoir d’initiative et de véto pour ce qui ressort de son champ de compétence
- Un collège du futur composé pour moitié d’experts et pour moitié de citoyens travaille pour éclairer solidement et démocratiquement les enjeux de l’avenir
- Le droit de l’environnement est renforcé
- Des dispositifs de démocratie participative sont mis en place.

Serait-ce trop demander à la future campagne électorale de poser le débat à ce niveau de réflexion, plus que jamais d’actualité ?

Et pour ceux que la création monétaire et le financement du long terme intéressent notons ce propos et cette proposition :

Le propos :
« il est grand temps de sortir des dogmes néolibéraux, de mettre fin au monopole privé, via les banques et le crédit, de la création monétaire; de rendre à nouveau possible une création monétaire publique, dédiée au seul financement des infrastructures destinées à faire face à la nouvelle donne naturelle planétaire » (page 164)

La proposition : Reformulation de l’article 1 de la Constitution

« La France est une république indivisible, laïque démocratique et sociale. (…) Son organisation est décentralisée.
La République veille à un usage économe et équitable des ressources, respectueux des limites de la biosphère. elle organise le financement des investissements nécessaires à l’adaptation publique aux grands changements naturels en cours et à venir »

(ce qui est en italique sera rajouté après le premier paragraphe actuel de  la constitution)

Voir également cette recension par le site de la FNH

Et l’article de la Tribune :

Pour une 6ème république écologique

Le révisionnisme monétaire

Par Gabriel Galand et Alain Grandjean, économistes, membre du groupe de travail sur les questions financières mis en place par la FNH – A lire également sur le blog dédié.


Tout à leur conviction que lacréation monétaire ne peut être mise au service de tous, et notamment ne peut financer des investissements collectifs, certains économistes en viennent à nier la possibilité même de la création monétaire.

Faisons d’abord une description rapide des mécanismes bancaires qui conduisent à la création monétaire.

L’opération comptable fondamentale est la suivante (opération I).

ACTIF PASSIF
Banque A Créance sur X ……+  100 Compte à vue X … + 100

La banque A prête 100 € à l’agent X. Elle inscrit 100 € sur le compte de X et constate à son actif une créance de 100 € sur X. La banque a créé ex-nihilo les 100 € du compte de X.

Ceci n’est pas la seule manière de prêter de l’argent à X. La Banque A peut aussi « mobiliser de l’épargne » par l’écriture suivante (opération II) (nous supposons pour l’instant que tout se passe dans la même banque).

ACTIF PASSIF
Banque A Compte à vue Y

Compte à terme Y

… – 100

…+ 100

Banque A Créance sur X …… + 100 Compte à vue X …+ 100

L’agent Y a épargné 100 euros en les transférant de son compte à vue à son compte d’épargne. Lorsque Y épargne ces 100 € et les soustrait du circuit de la monnaie circulante, la Banque les remet dans le circuit en prêtant à X comme précédemment. Ici on a une destruction création.

Les choses sont en réalité un peu moins simples car la Banque A n’est pas seule au monde. Dans l’opération I, la banque A, du seul fait de la création des 100 euros, va subir des « fuites » vers le monde extérieur.

  • D’abord la Banque centrale va lui demander de mettre en réserve environ 2 € de monnaie centrale (celle que la banque A possède sur son compte à la Banque centrale). Ce sont les « réserves obligatoires ».
  • Ensuite, X, comme tout agent titulaire d’un compte à vue, va avoir besoin de billets et les retirera au distributeur. Ces billets, la banque A devra les acheter à la Banque centrale. En moyenne, le volume de billets est de 10 à 15% du montant des comptes à vue.
  • Ce n’est pas tout. Il reste le plus important. Lorsque X va utiliser ces 100 €, il va les dépenser auprès d’autres agents qui ont des comptes dans d’autres banques. Si par exemple l’agent Z dans la banque B reçoit un chèque de X de 20 € et le remet à sa banque, celle-ci va demander à la banque A de lui verser 20 € pour qu’elle puisse créditer Z. Comme les banques règlent leurs dettes et créances mutuelles par mouvements de leurs comptes en Banque centrale, A va se trouver débitrice de B pour 20 € de monnaie centrale. On conçoit que compte tenu des millions de chèques qui circulent dans tous les sens, les dettes et créances des banques les unes envers les autres (en raison de ces chèques) se compensent en grande partie.

Restons en là, mais remarquons pour finir que dans l’opération II la banque n’a pas tous ces soucis car elle n’a pas créé de monnaie, il n’y a donc pas de fuites en moyenne, ni en réserves, ni en billets, ni vers les autres banques.

Passons maintenant aux arguments des révisionnistes. On peut les répartir en trois catégories

1. La création monétaire n’existe pas.

Cette position est la plus excessive. Elle consiste à nier toute création monétaire par les banques. Pour l’étayer, ils prennent argument de toutes les fuites lors de la création monétaire et prétendent que la banque A peut créer cette monnaie provisoirement, mais qu’elle doit rapidement trouver une ressource d’épargne pour annuler cette création, car sinon les fuites (surtout vers les autres banques), vont annuler tout bénéfice de l’opération. Autrement dit la banque n’a d’autre choix que de se comporter comme un organisme non bancaire, qui, n’ayant pas de compte à la Banque centrale, ne prête que des ressources d’épargne collectée.

Cette position est tout simplement erronée.

Il a été montré que si toutes les banques augmentent leur volume de prêts au même rythme, les compensations de dettes entre banques se font parfaitement et que la masse monétaire augmente régulièrement au même rythme, les banques ne subissant que les fuites de billets et de réserves obligatoires. Qui plus est, il y a le marché interbancaire permet aux banques bénéficiaires des fuites de prêter aux banques qui en souffrent.

Il y a surtout la Banque centrale qui prend en pension les créances contreparties de la création monétaire, et qui fournit autant de monnaie centrale que nécessaire. Si ces prises en pension augmentent également au même rythme que le reste, elles financent les billets et les réserves obligatoires sans problème et restent de volume très inférieur à celui de la monnaie créée. Les banques peuvent donc créer de la monnaie en assurant des ressources de monnaie centrale d’environ 15% du montant de la monnaie créée. C’est la notion de multiplicateur du crédit.

La preuve absolue que notre démonstration est correcte est qu’il existe bel et bien une masse de monnaie M1 (somme des comptes à vue, des billets et des pièces) d’environ 4500 milliards d’euros dans la zone euro, et que cette monnaie, il a bien fallu la créer avec des opérations bancaires du type de l’opération I. Ni l’or (10 000 tonnes soit 300 à 400 milliards d’euros à l’actif du SEBC)  ni les devises possédées par les banques centrales (250 milliards environ au même actif)  ne suffisent, et de loin, pour expliquer la monétisation d’une telle somme. Ni à expliquer comment cette masse monétaire fait pour augmenter chaque année (M1 est passée de 2000 milliards en 2001 à 4500 en 2010, soit une croissance annuelle moyenne de l’ordre de 8%).

2. Pas besoin de création monétaire pour financer l’investissement.

Ceci est un révisionnisme un peu plus subtil. Il consiste à accepter la création monétaire, mais à soutenir que dans le cas de l’investissement, il n’y a pas en fait de création monétaire car celle-ci en quelque sorte s’auto-exclut. Cette position s’appuie en général sur l’égalité d’origine keynésienne selon laquelle l’investissement est égal à l’épargne et plus précisément que l’investissement génère l’épargne nécessaire à son financement et qu’il n’y a besoin d’aucune création monétaire dans ce cas. Il faut donc faire appel à l’épargne pour financer l’investissement et non à la création monétaire.

Ce sophisme repose sur l’utilisation abusive d’un modèle. Les modèles économiques analytiques, comme le modèle keynésien utilisé ici, sont des représentations simplifiées du monde. Ils sont vérifiées pour certains points de vue sur ce monde (d’où leur utilité), mais pas du tout pour d’autres. Aucun modèle ne prétend représenter le monde économique sous tous ses aspects. Il y a toujours des hypothèses restrictives qui pèsent plus ou moins lourd suivant les résultats cherchés. D’ailleurs, certains keynésiens considèrent que,  même en acceptant ce modèle, le financement de départ doit fournir un financement ex-nihilo, et que l’égalité de l’investissement et de l’épargne n’intervient qu’après, voire même à long terme. Dans ce cas, le raisonnement keynésien est parfaitement compatible avec notre démarche.

En effet, supposons que, en suivant la logique du modèle, on crée régulièrement de la monnaie qu’on investit dans l’économie avec un multiplicateur keynésien et avec fuites à chaque tour en épargne. Au premier tour les investissements peuvent être ciblés pour minimiser ces fuites, mais à partir du 2ème tour celles-ci sont conformes à la moyenne nationale. Les fuites en épargne  vont générer l’épargne  nécessaire, qui conduira au financement complet de l’investissement conformément au modèle (1). Dès lors la création monétaire initiale s’est bien transformée en épargne. La seule question qui se pose est celle de l’ajustement de la création monétaire aux besoins d’investissements mais la création monétaire reste un besoin évident.

3. La création monétaire est limitée par le comportement des agents économiques.

Cette idée, est d’origine monétariste. Elle consiste à dire que la création monétaire est inefficace parce que la masse monétaire est limitée par un comportement stable des agents à propos de l’affectation de leurs liquidités. Si les agents décident de garder 25% du PIB en encaisses liquides, on ne pourrait augmenter celles-ci d’une grande quantité sans déséquilibrer le système et provoquer une hausse des prix.

Etant donné qu’on est dans ce cas face à des opposants au keynésianisme, il faut rester sur le terrain exclusif de la monnaie et rappeler à ces contradicteurs que même les monétaristes admettent que lorsque de la monnaie est créée et mise à disposition des agents, cette augmentation nominale des revenus se partage entre hausse de la demande réelle et hausse des prix, sans qu’on puisse dire la part de l’un et de l’autre. Cette position suppose donc au moins que la masse monétaire puisse augmenter. Si par ailleurs cette création monétaire finance des investissements productifs, on augmente les revenus en même temps que l’offre et on ne voit pas pourquoi il y aurait « trop » de monnaie.

Une variante de cette limitation imaginaire est celle du bilan de la Banque centrale. Le passif de ce bilan, ou son poste M0 (comptes des établissements financiers et billets papier en circulation), seraient limités en fonction du PIB et des habitudes des agents. Les justifications de ces limitations ne sont pas claires, mais le meilleur moyen de montrer la fausseté de cette affirmation est de disposer d’un bon contrexemple.

Entre le 31 Décembre 2007 et le 31 Décembre 2010, la FED a multiplié son passif et le montant de M0 par 2,8 (il est passé de  800 milliards de dollars à 2300 milliards de dollars). Le moins qu’on puisse dire est que cette croissance n’a rien à voir avec celle du PIB, ni de celle de l’économie réelle.

Conclusion

Il paraît clair que les justifications des contradicteurs ne sont pas scientifiquement fondées. Elles semblent plutôt motivées par le désir de conserver à tout prix en l’état le mode de fonctionnement actuel de financement des investissements collectifs par le marché.

Gabriel Galand et Alain Grandjean

NOTE

1. Il ne parait pas certain qu’en modèle ouvert l’égalité ex-post I=S puisse être réalisée. A étudier.

Chronique d’un krash annoncé

Même si cette hypothèse est envisagée depuis plusieurs mois par plusieurs économistes1, il est difficile de croire  à un effondrement financier. Pourtant des événements de moins grande ampleur, comme  le dépôt de bilan de Lehman Brothers et plus récemment celui de Dexia n’étaient pas imaginables  avant qu’ils se produisent. Et la crise de 1929 a bien eu lieu. Enfin les marchés n’obéissent pas à un hasard « normal » mais à un hasard « sauvage »2, avec une probabilité d’apparition des événements extrèmes plus élevée. Mais croire vraiment à une catastrophe prochaine n’est jamais facile.

Crédits photo : foxypar4, CC, Flickr

Il est tentant de se rassurer : les marchés sont irrationnels  et la situation n’est pas si dramatique (l’actuelle crise de panique peut cesser du jour au lendemain), la Grèce n’est qu’un petit pays, nos banques ont toujours été bien gérées, nos gouvernements feront tout  pour empêcher une crise majeure, la construction politique européenne avance à grands pas, Merkel et Sarkozy ont enfin pris la mesure de la crise, la Slovaquie a signé la mise en place du FESF, etc.

Malheureusement, les choses sont beaucoup plus brutales que cela : plusieurs des banques et compagnies d’assurance européennes sont virtuellement  en situation de cessation de paiement. Les banques parce qu’ elles ont été autorisées3 à masquer des pertes latentes liées à la crise des subprimes (et elles détiennent encore des « actifs toxiques ») et qu’elles sont exposées à des défauts massifs sur les dettes souveraines de la Grèce des autres pays européens « du sud » ((Les GIPSI -Grèce, Italie, Portugal, Espagne, Irlance – . Voir par exemple l’article de Gaël Giraud dans le numéro d’octobre 2011 de la revue Etudes  « Après le krash des dettes publiques, reconstruire ».)) . Les compagnies d’assurance pour la deuxième raison : les portefeuilles d’assurance-vie sont gorgés de prêts aux Etats européens en difficulté. Or la restructuration de ces dettes est maintenant inévitable : la récession qui s’installe –en partie due aux plans d’austérité européens- rend vain tout espoir de remboursement de l’intégralité des emprunts publics de ces pays.

Les montants sont si importants que ce ne sont pas les recapitalisations envisagées qui régleront ces problèmes. Quelles sont les compagnies les plus en risque ? Impossible de le savoir, d’une part parce que les comptes ne sont pas « sincères », et parce que leur santé dépend d’éléments difficiles à objectiver, comme leur capacité à convaincre de leur  solidité. C’est pourquoi la défiance mutuelle des banques entre elles est au plus haut : le marché interbancaire ne fonctionne plus que parce que la BCE y agit tous les jours4.

Si la vigie du Titanic est convaincante, elle rapproche l’iceberg !

La date du krash annoncé (dépôt de bilan de grandes  banques et compagnies d’assurance européennes et multiples conséquences en cascade) est impossible  à prédire pour une raison également simple à comprendre. Elle sera d’autant plus proche que le mouvement de ce qui est appelé pudiquement la « décollecte » (le fait pour les épargnants de sortir leur épargne des banques et des assurances pour la placer « ailleurs ») peut s’accélérer à mesure que le krash est de plus en plus considéré comme fatal. C’est cette crainte qui conduit les politiques et les économistes à nier tout risque de crise majeure, la défiance  entraînant la défiance. C’est elle aussi qui a poussé les autorités à faire des stress tests visant à  rassurer les déposants et épargnants. Erreur de raisonnement magistral : Dexia avait passé en juillet 2010  les stress tests qui viennent donc de perdre tout crédit, à supposer qu’ils en aient jamais eu. Les discours rassurants n’ont plus beaucoup de crédibilité. Le temps apparemment gagné à l’époque est perdu aujourd’hui : la course contre la montre est lancée.

Que faire ?

La seule arme pour tenter d’éviter ce qui sera une gigantesque catastrophe financière puis économique  est l’injection massive de liquidités par la Banque Centrale Européenne, directement –par achat de dettes souveraines et autres actifs plus ou moins risqués- ou via le FESF (comme le souhaite la France qui propose d’en faire une banque). Cette mesure est envisagée aujourd’hui  comme une solution centrale,  malgré l’opposition de l’électorat allemand et probablement de bien d’autres pays qui l’interpréteraient comme un cadeau fait aux actionnaires des banques  et aux épargnants fortunés, payable in fine- quand il  faudra bien solder les comptes-  par les contribuables, c’est-à-dire les classes moyennes. C’est cette solution qui a été défendue par Tim Geitner quand il est venu en Europe.

Si elle peut choquer, n’est-elle cependant pas la voie de la sagesse, car elle  permet de gagner un temps précieux et d’éviter le krash majeur, qui serait une prise de risque social politique et économique dont il ne faut pas sous-estimer les conséquences. Il est très difficile, long et douloureux de sortir d’une crise majeure. Comme l’a montré celle des années 30 qui n’a été résolue que par la guerre. Quant au Japon, il ne s’est jamais vraiment remis du krash de 1989.

Voie de la sagesse, modulo trois conditions essentielles, sans lesquelles il ne s’agirait que d’une fuite en avant :

1 – Que les mécanismes non conventionnels envisagés soient activés simultanément pour financer la transition écologique et sociale (voir nos propositions sur www.financerlavenir.fnh.org). Cela permettra :

  • de passer rapidement des commandes publiques, ce qui reste la méthode la plus rapide pour recréer du  travail et limiter les dépôts de bilan des entreprises ; et qui faire croître les recettes fiscales
  • de parer  le credit crunch en cours (la réduction en cours  des crédits qui contribuent à la récession en limitant le financement des projets et des entreprises)
  • de traiter les causes profondes de la crise et de transformer notre modèle économique pour qu’il devienne durable (bas-carbone et sobre en ressources)

2 – Que  le temps gagné permette de faire , dans l’urgence, les réformes monétaires et financières qui n’ont toujours pas été faites, consistant globalement à mettre au pas la finance et sur lesquelles je reviendrai dans un autre post.

3 - Que l’organisation monétaire de la zone Euro soit refondée, pour passer d’une monnaie unique à une monnaie commune5.

4 – Qu’ on en finisse enfin avec un libre-échangisme mondial dogmatique et naïf en commençant à mettre en place un protectionnisme européen, seul garant de la pacification économique du monde.

En un mot, la crise actuelle doit nous permettre de tourner définitivement la page après 40 ans d’eurolibéralisme.

Programme trop ambitieux ?  Impossible à réaliser dans l’urgence ? Contraire aux conceptions des principaux dirigeants européens ?

Probablement. Mais pas certainement. Ne désespérons pas des capacités humaines qui peuvent se révéler dans ces périodes exceptionnelles ! Et tentons tout ce qui est possible pour éviter le kash annoncé.

Alain Grandjean

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  1. Voir par exemple l’article de Jean-Luc Gréau  « Le rétablissement ou la rechute, Le Débat, 13 juillet 2010. Mais aussi bien sûr les chroniques de Jacques Sapir et Frédéric Lordon. Voir également l’excellent blog d’Olivier Berruyer http://www.les-crises.fr/. []
  2. Cf http://www.communication-sensible.com/articles/article0111.php.  Voir aussi Benoit Mandelbrot  « Une approche fractale des marchés », Odile Jacob, 2009 et   Christian Walter et Michel de Pracontal « Le virus B, crise financière et mathématique », Seuil  2009 []
  3. Les Etats européens ont  autorisé, fin 2008, un régime d’exception comptable aux normes internationales IAS qui permet aux banques de ne plus comptabiliser les pertes induites par le krach des subprimes à leur prix de marché mais à des prix « théoriques » facilement manipulables. []
  4. Quand la confiance est là les opérations de compensation sur le marché interbancaire se font entre banques qui dénouent leurs soldes de manière bilatérale. Dans les périodes de crise comme aujourd’hui, elles passent systématiquement par la Banque Centrale de crainte d’un dépôt de bilan. []
  5. Voir par exemple http://www.chomage-et-monnaie.org/2011/07/et-si-leuro-sombrait/ et les travaux de Jacques Sapir. J’ai défendu, avec l’association Chomage et Monnaie,  cette solution de monnaie commune en 1993, voir http://www.chomage-et-monnaie.org/1993/07/limiter-la-contrainte-internationale/#more-488 []
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