Aux sources de la (quasi)religion monétaire des allemands

22 mai 2014

monnaieAu vu des problèmes posés par la gestion actuelle de l’Euro  le débat sur une sortie éventuelle de l’Euro prend un peu plus d’ampleur chaque jour . C’est pourquoi il devient nécessaire de tenter d’évaluer ce qui est négociable ou non avec nos voisins sur le sujet monétaire, indépendamment de toute considération politique. Car l’enjeu ne porte pas seulement sur « une monnaie unique ou pas », mais sur le dispositif qui l’accompagne, défini pour l’essentiel  dans le traité de Maastricht. Les statuts de la BCE sont calqués sur ceux de la BundesBank et les dispositions de contrôle budgétaire sur le modèle « ordo libéral » . Or ces éléments sont profondément  liés à l’histoire allemande du XX ème siècle.

 

Cette histoire est notamment marquée par trois épisodes monétaires tous les 3 traumatisants.

 

  • l’hyperinflation de Weimar en 1923 qui a marqué les esprits par l’image des  brouettes de billets; cette hyperinflation  résulta principalement du traité de Versailles et des demandes excessives des alliés en matière de réparation des dommages de guerre[1] ; la planche à billets fut une tentative (vaine) de contourner ces contraintes de fer.

 

  • la déflation aggravée par les mesures d’austérité du chancelier Heinrich Brüning qui facilita la montée au pouvoir d’Hitler
  • la relance allemande à partir de 1933, financée grâce à l’inventivité de Hjalmar Schacht  par la création de« bons de travail », forme de monnaie astucieuse, dont le nom, le MEFO[1]qui peut évoquer le raccourci de MEPHISTO (voir plus loin) ne manque pas d’humour inconscient…

 

Le drame allemand est double : d’une part c’est en partiegrâce à cette création monétaire que l’Allemagne est devenue une puissance militaire redoutable,  mais, pire encore si l’on peut dire, cette relance conduisit, le travail et la prospérité revenus, à une forte adhésion populaire à Hilter en 1936.

 

Le Deutsche Mark fut créé en 1948 par Ludwig Erhardt  en remplacement du Reichsmark. Cette nouvelle monnaie, créée dans une période inflationniste (comme en France après-guerre, ce qui conduisit au nouveau franc en 1958),  avait aussi pour finalité de tourner la page et de faire oublier le passé.

 

Dans les propos publics actuels, il est surtout question de l’hyperinflation qui a traumatisé le peuple allemand. Je pense que, bien plus profondément, c’est le contrôle de la monnaie par un génie du mal qui marque nos voisins. Rappelons cet extrait du Faust II de Goethe,  génie littéraire allemand né… à Francfort, siège de la BCE et de la BundesBank :

 

«L’Empereur est à court d’argent. Il se lasse des propositions mesurées qui lui sont faites et proclame : « J’en ai assez de ces éternels « Mais » et « Si » ; Je manque d’argent, alors qu’on en crée donc ! » Et le Diable, Mephisto, d’abonder dans le sens du Souverain : « Je crée ce que vous voulez, et j’en fais même bien plus. »

 

Se rappeler ces tragédies permet d’imaginer qu’il serait très  difficile aux allemands d’abandonner :

 

  • l’indépendance de la Banque Centrale (pour éviter que la « planche à billets » soit utilisée à par un pouvoir soit trop faible (Weimar) soit trop fort (IIIeme Reich)

 

  • la discipline budgétaire, pour les mêmes raisons

 

  • la valeur symbolique d’une monnaie forte, image du renouveau allemand d’après-guerre

 

D’autant plus difficile à imaginer que ces choix semblent ne pas trop mal leur réussir en ce moment.

 

Mais ces périodes tragiques de leur histoire  font aussi douter du recours à la création monétaire publique pour financer un programme de grands travaux, écologiques  énergétiques et sociaux.

 

Conclusion : la discussion sur la question monétaire avec l’Allemagne nécessite une très forte volonté politique de notre côté et une fermeté sans faille dans les propositions et ce dans tous les cas : qu’il s’agisse de faire évoluer la gestion de l’Euro (avec son package actuel) ou de passer à une monnaie commune. On en est encore loin !

 

Ce post a été relu par Michèle Grandjean.

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[1] Voir le chapitre 6 du livre La Monnaie dévoilée ; Gabriel Galand et Alain Grandjean

(L’harmattan, 1997) qui justifie cette thèse

[2] Les MEFO sont les titres  d’une société, la MetallurgischeForschungsgesellschaft, m.b.H., qui servent de monnaie d’échange convertible en Reichmarks sur demande.

[3]Voir la proposition de Frédéric Boccara  et le livre« Une autre Europe. Contre l’austérité. Pour le progrès social en coopération. Un autre Euro » 140 p., Petite collection Ecopo)

La libre circulation des capitaux

20 mai 2014

De Pierre Mendès-France à  Pascal Lamy

 

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Que l’Union Européenne ait adopté le principe de libre circulation des capitaux au sein de l’Union, peut se comprendre, même si ça se discute (ce principe ne peut pas être respecté par exemple en cas de crise bancaire, comme lors de la crise Chypriote). Mais   que ce principe soit mis en place et revendiqué avec les pays tiers reste un grand  objet d’étonnement. Pierre Mendès-France[1] l’explique de manière limpide :

« Nos partenaires (européens) veulent conserver l’avantage commercial qu’ils ont sur nous du fait de leur retard en matière sociale. Notre politique doit continuer à résister coûte que coûte, à ne pas construire l’Europe dans la régression au détriment de la classe ouvrière (…)

Il est prévu que le Marché commun comporte la libre circulation des capitaux. Or si l’harmonisation des conditions concurrentielles n’est pas réalisée et si, comme actuellement, il est plus avantageux d’installer une usine ou de monter une fabrication donnée dans d’autres pays, cette liberté de circulation des capitaux conduira à un exode des capitaux français (…)

Les capitaux ont tendance à quitter les pays socialisants et leur départ exerce une pression dans le sens de l’abandon d’une politique sociale avancée. On a vu des cas récents où des gouvernements étrangers ont combattu des projets de lois sociales en insistant sur le fait que leur adoption provoquerait des évasions de capitaux (…)

L’abdication d’une démocratie peut prendre deux formes, soit le recours à une dictature interne par la remise de tous les pouvoirs à un homme providentiel, soit la délégation de ces pouvoirs à une autorité extérieure, laquelle, au nom de la technique, exercera en réalité la puissance politique, car au nom d’une saine économie on en vient aisément à dicter une politique monétaire, budgétaire, sociale, finalement “une politique”, au sens le plus large du mot, nationale et internationale ».

Mais ce qui est encore plus sidérant c’est le rôle des socialistes dans cette décision et en particulier de Pascal Lamy, ancien directeur général de l’Organisation Mondiale du Commerce et dont on sait l’influence actuelle.

Un petit résumé du parcours de Pascal Lamy

Membre du comité directeur du PS de 1985 à 1994, il fut conseiller du ministre de l’Économie et des Finances Jacques Delors (avril1981-juillet1984) et directeur adjoint du cabinet du Premier ministre Pierre Mauroy (1983-1984). Il a exercé de 1983 à 1994 les fonctions de directeur de cabinet du président de la Commission européenne Jacques Delors, dont il fut par ailleurs le collaborateur au G7. Il est ensuite directeur général du Crédit lyonnais jusqu’en 1999. Il occupe le poste de commissaire européen au Commerce sous la présidence de Romano Prodi. Il est élu en 2005directeur général de l’Organisation mondiale du commerce (OMC) et quitte le poste fin 2013.

Tout s’est en effet joué sous Mitterrand dans les années 80[2]Le principe de la libre circulation des capitaux étaitinscrit dès 1957 par le traité de Rome (art. 56 du Traité instituant la Communauté Européenne ou T.C.E.), mais il n’était pas effectif. L’idée de constituer un grand marché européen fut relancée lors du sommet de Fontainebleau en 1984 organisé par François Mitterrand alors que la France occupait la présidence de l’U.E, ce qui aboutira à la signature de l’Acte unique européen en 1986. Cet Acte Unique  fut complété par la directive Delors-Lamy 88/361/CEE du 24 juin 1988  interdisant toute entrave à la circulation des capitaux.

L’article premier stipule : «Les États membres suppriment les restrictions aux mouvements de capitaux intervenant entre les personnes résidant dans les États membres», et dans son article 7 : «Les États membres s’efforcent d’atteindre, dans le régime qu’ils appliquent aux transferts afférents aux mouvements de capitaux avec les pays tiers, le même degré de libération que celui des opérations intervenant avec les résidents des autres États membres, sous réserve des autres dispositions de la présente directive». L’objectif estbien de créer une entière mobilité des capitaux au sein de l’Union Européenne et entre les pays membres de l’U.E. et les pays tiers.
La directive entra en vigueur en 1990.

On comprend mieux avec ce petit rappel historique la difficulté du PS à faire son aggiornamento sur la construction économique européenne : il va lui falloir d’une part reconnaître sa responsabilité historique, puis que ce fut une grave erreur. Il n’y a aucune justification sérieuse à la libre circulation mondiale des capitaux et pour le cas de l’Europe  ce n’est pas dans son intérêt. La débâcle annoncée du PS aux élections européennes  va peut-être le réveiller ?

 

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[1] En 1957, dans un discours prononcé à l’Assemblée Nationale, découverte due à Frédéric Lordon, voir son blog et son livre La Malfaçon. Monnaie européenne et souveraineté démocratique. 2014. Les liens qui libèrent.

[2] Pour plus de détails voir le post d’Olivier Berruyer

L’étrange suicide de l’Europe (et de la France)

14 mai 2014

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Si elle ne change pas de cap, l’Europe pourrait entrer à nouveau dans une nouvelle période de grandes difficultés. Chômage de masse, émigrations des jeunes, pertes de savoir-faire et de technologies stratégiques, dépendance énergétique, gouvernance affaiblieet divisions dans la gestion de l’Europe…tout cela désenchante, fait le lit des extrêmes, et, dans un monde toujours plus dangereux, du fait notamment de la raréfaction en cours des ressources et de la détérioration de l’environnement et de la montée des inégalités,  ne présage vraiment rien de bon.

 

Ce n’est pas la première fois que l’Europe aborde une situation « explosive » : invasions « barbares » du haut moyen-âge, guerre de cent ans et peste noire, guerres de religion, guerres mondiales…Mais cette fois-ci la situation  est   vraiment paradoxale. Alors que l’Europe dominait le monde il y a à peine plus d’un siècle, grâce à ses conquêtes intellectuelles, scientifiques et morales, elle semble n’avoir de cesse de s’acharner à disparaître. La première guerre mondiale fait naître l’Amérique, la deuxième la hisse au rang de première puissance, décrédibilise pour de longues années tout propos moral ou éthique tenu par l’Europe. L’après-guerre semble être consacré  à  la constitution méthodique des puissances orientales et au laminage de la puissance européenne.

 

Les instruments principaux de cette autodestruction sont économiques :

 
1 Nous avons laissé le Japon, les « tigres » puis la Chine bénéficier :

  • de monnaies clairement et durablement sous-évaluées
  • de politiques salariales et environnementales peu exigeantes si l’on ose cet  euphémisme

Ce qui leur a permis de conquérir des places de choix dans la guerre commerciale mondiale.

 

2 Nous avons laissé se démanteler les régulations créées à Bretton-Woods et voir triompher une finance de marché, favorable aux américains, qui délite le corps social, pousse au laminage des amortisseurs sociaux et fait perdre à l’Europe son identité.

 

3 Nous laissons nos dettes publiques se faire financer par les marchés financiers, pour mettre délibérément notre modèle social sous leur férule !

 

4 Non seulement nous nous refusons à toute forme de protection économique, mais nous nous faisons le héraut glorieux du libre-échangismequi n’est évidemment plus dans nos intérêts : comment résister à un concurrent comme la Chine, aujourd’hui ? Et qui n’est pas non plus conforme à nos valeurs : il est clair que l’accroissement considérables de inégalités sociales et l’incapacité mondiale à éradiquer la pauvreté sont liées à la concurrence impitoyable de tous contre tous baptisée « mondialisation ». Or l’Europe reste le creuset de l’humanisme.

 

Le paradoxe est évident : les invasions « barbares » se font dans un monde en complète recomposition,  la peste est clairement subie et longtemps mystérieuse, la première guerre mondiale encore mal comprise résulte sans doute d’obscures rivalités pour l’hégémonie, la deuxième est la suite de la première et plus exactement des défauts majeurs du traité de Versailles, mais ce que nous faisons depuis 60 ans, est de l’ordre du choix. C’est donc bien un suicide !Paradoxe encore plus sidérant quand on prend en considération deux éléments, la passé et l’avenir : la puissance européenne de départ, sa capacité à continuer à incarner un idéal humain, même si elle a été affaiblie par les horreurs de la deuxième guerre mondiale.

 

La bonne nouvelle donc c’est que ce n’est pas une fatalité. Pourquoi serions-nous incapables de trouver en nous le ressort pour survivre, pour,  a minima, ne pas disparaître dans la mondialisation que nous appelons de nos vœux depuis les années 70 et, soyons fous, pour pouvoir ré-exister politiquement et moralement afin de peser sur l’avenir du monde ?

 

Peser sur l’avenir du monde est maintenant vu par beaucoup d’intellectuels et de dirigeants comme un vieux fantasme. C’est pourtant toujours la responsabilité de l’Europe. Elle seule continue à incarner vaille que vaille le chantier de la lutte contre le changement climatique, à incarner un « ordre mondial » qui ne soit pas fondé sur la force mais sur l’équilibre ; elle seule défend une conception de la culture qui ne soit pas marchande. La Chine et les USA sont installés durablement dans un conflit de leadership, la Russie rêve d’une nouvelle puissance. Quant aux autres émergents leur priorité c’est l’accès de leur population au mode de vie occidentale, dont nous savons qu’il est impossible, avec les technologies actuelles. Le poids de l’avenir du  monde continue à peser sur l’Europe. Elle doit et peut se relever.

 

Tout cela est encore accessible, mais suppose de bien fonder le diagnostic et le pronostic : de quoi souffrons-nous et où allons-nous sans traitement ? Il me semble que le cœur de notre maladie est une croyance : nous continuons à croire en la vertu de l’économie de marché livrée à elle-même. Nous n’assumons pas la nécessité de sa régulation que nous voyons majoritairement aujourd’hui comme un mal nécessaire ; nous la construisons et  la défaisons, en fonction de l’air du temps et des rapports de force. A l ‘évidence nous n’avons pas encore purgé la grande période de la planification et du centralisme d’après-guerre et nous continuons à adorer une contre-idole. Contre-idole qui nous pousse à croire qu’une Europe transformée en grand marché ouvert aux quatre vents serait un « optimum » (un idéal ?) économique. Or nous savons, car les économistes sérieux nous l’ont montré depuis longtemps et que les faits sont parlants, que cette idole, comme toutes les idoles, ne tient pas ses promesses. Pire, le modèle « darwinien » vanté par nos économistes prétendument[1]  libéraux,  ne peut que conduire à la destruction des plus faibles : ce que nous allons finir par devenir si nous continuons !

 

Bref nous souffrons d’idéalisme face à des concurrents qui ne le sont pas. Il ne viendrait pas à l’esprit des présidents américain, chinois et russe de soumettre leurs impératifs stratégiques et géopolitiques au primat de la concurrence économique. Encore moins de les soumettre à des technocrates édictant et contrôlant l’application de règles issues d’un raisonnement économique théorique[2]. Mais il est vrai que leur primat est celui de la puissance, qui n’est plus celui de l’Europe !

 

Que nous faut-il donc pour guérir et éviter la mort sans phrases ? Cesser d’assimiler nécessité de régulation et rejet de la concurrence et de l’entreprise. Un capitalisme régulé repose toujours sur ces deux piliers (entreprises et concurrence) mais en exige un troisième qui est là pour faire face précisément à toutes les défaillances de marché[3].Ce troisième pilier c’est celui des biens communs, dont la définition et la gestion nécessitent une approche coopérative[4]. Ne devrait-il pas être évident qu’une société humaine ne peut se fonder sur le primat de la compétition mais sur celui de la coopération entre humains et de l’équilibre avec la Nature, notre « mère nourricière ».

 

Essayons tout bêtement de retrouver le bon sens de nos aïeuls, qui savaient la valeur de la terre, l’importance du climat et de la météo, qui prenaient en charge intuitivement le sort de leurs descendants, bref qui vivaient chaque jour les « idéaux » du développement durable. Cela ne se fera sans doute pas par une conversion spontanée mais par un « combat idéologique et politique »; nous devons en finir avec les dogmes et les carcans idéologiques qui nous conduisent au suicide.

 

C’est une condition nécessaire pour l’Europe, mais pas suffisante. Comment en effet faire vivre cet idéal sans recourir à la force et sans en être empêché par les puissances prédatrices qui nous entourent ? Il me semble que la réponse tient d’une certaine manière dans la célèbre question de Staline : « Le pape combien de divisions ? ». Il nous faut abandonner le primat suicidaire (et mortifère) de la compétition mais aussi celui du matérialisme : l’humanité, et plus généralement l’ évolution, ne sont pas mues par les seuls rapports de force. Les graines que nous plantons par nos actions portent des fruits qui vont bien au-delà de leur simple poids matériel !

 

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 [1] Prétendument car la liberté ne peut évidemment pas résulter de la loi de la jungle. C’est vrai en politique comme en économie.

[2] C’est pourtant ce que nous avons fait avec la BCE, la Commission Européenne et le traité de Maastricht.

[3] Je ne développe pas ici tout ce pan de la littérature économique ; on peut lire le livre d’un économiste libéral qui explique cependant bien ce que sont les défaillances de marché ; Bernard Salanié, L’économie sans tabou (préface d’Edmond Malinvaud), Le Pommier, 2004

[4]Voir Gouvernance des biens communs. Pour une nouvelle approche des ressources naturelles, ElinorOstrom, Ed. de Boeck, 2010.

 

La déflation arrive…sauf à sortir du Dogme

21 novembre 2013

La déflation arrive, et nous restons immobiles. Sommes-nous victimes d’une hallucination collective[1] ?

Même la Banque Centrale Européenne (voir cet article sur la politique de la BCE), dont l’obsession a toujours été de lutter contre le risque d’inflation[2] (pourtant largement imaginaire depuis une décennie) le reconnaît. La  déflation pourrait arriver en Europe et il faut vraiment se prémunir de ce risque, porteur de conséquences plus graves qu’un typhon ou une nuée de sauterelles…Nous n’entendons pas ces avertissements, continuons très majoritairement à soutenir une politique d’austérité (moins de dépenses publiques, et encore moins d’impôts pour rétablir les sacro-saints équilibres budgétaires) alors qu’ils sont à l’évidence la cause de ce risque déflationniste. Sommes-nous victimes d’hallucinations ? Quitte à nous répéter, il est nécessaire de revenir sur nos lunettes comptables et économiques (Voir cet article et ceux auxquels il renvoie)  qui sont à l’origine de cette déformation de la vue et, par conséquence, du jugement.

Source : Gaël Giraud, d'après Eurostat

Source : Gaël Giraud, d’après Eurostat

 

Le risque déflationniste est avéré ; ses conséquences sont funestes

La déflation se caractérise par 4 paramètres  principaux: des prix stables pouvant devenir décroissants, une absence de croissance économique, un taux d’intérêt directeur de la Banque Centrale proche de zéro (il est aujourd’hui de 0,25), une baisse des prêts à l’économie. Dans ce contexte, les acheteurs repoussent leur décision : je n’achète pas aujourd’hui car demain le produit ou le bien sera moins cher ; demain je constate que j’ai eu raison, j’attends encore. Les vendeurs « pressés « finissent par accepter des baisses de prix déraisonnables et vendent à perte. Les entreprises licencient, le pouvoir d’achat des ménages baisse. Les banques prêtent moins à l’économie réelle, faute de demandes de prêts et par peur de difficultés de remboursement.

C’est ce que vit le Japon depuis la chute du Nikkei en 1991, c’est ce que les USA et l’Europe ont vécu après la crise de 1929. Il n’y pas de recettes pacifiques connues pour sortir de la déflation. Les « grands travaux » japonais n’ont pas suffi. La relance actuelle du premier ministre Shinzo Abe ne semble pas certaine de réussir malgré son ampleur et la conjugaison des moyens (monétaires et budgétaires) mis en place.

Ce n’est pas le New Deal qui a sorti les USA de la crise ; elle  ne s’en est « sortie », si on ose le dire, que via une guerre mondiale qui a fait tourner à fond les usines civiles reconverties en production de matériel militaire[3]. Quant à l’Allemagne elle est sortie de la déflation, provoquée par le chancelier Bruning[4],  via un plan massif de grands travaux de réarmement financés par une politique monétaire très active[5] et évidemment une politique aussi peu souhaitable que possible. La France est arrivée « en short » en 1939, d’où une drôle de guerre, qui pour finir n’a été gagnée que grâce à la conjonction d’une volonté de fer de nos alliés anglais, de la puissance industrielle américaine dont nous venons de parler, et bien sûr de la puissance militaire et politique de la Russie.

L’austérité mène à  la déflation

Face au risque d’une telle situation, la plus mauvaise des politiques publiques, est celle que prônent de fait les dirigeants de la zone Euro : la politique d’austérité. Cette politique réduit les revenus, favorisent les anticipations déflationnistes et accélèrent sa venue. Les indicateurs montrent mois après mois que cette politique ne marche pas Pourquoi cet entêtement dans l’erreur ?

Cette erreur repose sur la confusion entretenue par nos lunettes comptables entre la macroéconomie et la microéconomie, confusion propagée en permanence par les économistes « libéraux[6] ». Quand une entreprise ou un ménage voient ses recettes ou ses perspectives de recettes durablement  baisser il est de bonne gestion de serrer la toile et de réduire les dépenses. C’est le point de vue microéconomique, comptable. Ne pas prendre ses mesures c’est s’exposer à terme à de gros ennuis (dans l’ordre nécessité d’augmenter son endettement si possible, puis perte du contrôle du capital puis risque de faillite).

Pour un pays et pour un Etat, garant de la situation économique de son pays, il n’en va pas du tout de même. Les dépenses des uns étant les revenus des autres, et dans les pays développés la part des dépenses publiques représentant 40 à 50 % en moyenne du PIB) une action de restriction budgétaire se traduit ipso facto par une baisse du PIB. C’est l’effet multiplicateur[7], bien connu, surtout depuis que le FMI a reconnu qu ‘il avait eu tendance à le sous-estimer (Voir un des articles sur le sujet).

Cette confusion conceptuelle rend les politiques déflationnistes étrangement plus acceptables que les autres : « puisque je suis obligé de me serrer la ceinture, j’en attends autant de l’Etat et des administrations dont le gaspillage m’ulcère. Et de toutes façons, puisqu’ il n’y a plus de sous dans aucune caisse comment faire autrement ? » Convergence curieuse mais dramatique : la majorité des citoyens, des dirigeants et des élites (Exemple avec Philippe Aghion) se met à appeler de ses voix une politique totalement contraire à l’intérêt collectif. Une telle politique n’est même pas favorable aux intérêts des épargnants et des financiers. S’ils sont demandeurs d’une inflation aussi basse que possible pour sauvegarder le pouvoir d’achat de l’épargne, ils n’ont pas intérêt à la récession. Pour autant les agences de notation ne cessent d’exiger des Etats des réformes structurelles qui aujourd’hui seraient déflationnistes. Elles sont manifestement victimes d’un biais idéologique.

Plus grave au  niveau européen, la conduite actuelle de l’Euro ne peut que nous conduire à la déflation. Les pays « fourmis » pour reprendre l’image du post précédent ne veulent pas payer pour les pays « cigales » qui sont pourtant leurs clients. Aux cigales de faire des efforts et de se montrer vertueux. Malheureusement ce raisonnement teinté de moralisme bute sur les réalités économiques. La baisse de leur pouvoir d’achat réduit les ventes des « fourmis ». Raisonnement partiel nous dit-on. Les pays émergents prendront le relais… Cela ne semble plus être le cas. Et l’Europe s’enfonce.

La réaction des banques centrales

La banque centrale américaine, la Fed, a lancé les programmes de Quantitative Easing qui visent à faire baisser les taux d’intérêt et à briser les anticipations déflationnistes en créant des quantités importantes de  monnaie centrale (M0). Elles veulent sortir l’économie du risque de trappe à liquidité (Voir le post « L’Europe dans la trappe à liquidité ? » dans ce blog). La banque du Japon a fait de même au début des années 2000 puis depuis 2009. La BCE vient d’annoncer qu’elle était prête à prendre ce type de dispositions[8].

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Ces interventions massives des banques centrales ont cependant deux inconvénients majeurs.

D’une  part, faites dans un univers financier globalisé toujours ni régulé ni réglementé sérieusement,  elles réalimentent la formation de bulles financières. Le risque d’une crise épouvantable ne peut être sous-estimé [9] : quand la bulle éclatera les Etats ne pourront ni sauver les banques ni garantir l’épargne.

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D’autre part la monnaie de base  M0 créée ne conduit pas mécaniquement les banques à prêter à l’économie « réelle ». Les banques privilégient toujours  les opérations les plus rentables (alimentant la bulle…). Mais plus profondément encore, elles constatent l’anémie de l’économie et l’absence de demandes de prêts, ce qu’on ne peut leur reprocher.

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Que faire ?

Quitte à me répéter,  la seule voie rationnelle aujourd’hui me semble être de relancer l’économie par des programmes d’investissements vers une économie plus sobre en énergies fossiles. La voie de l’austérité est suicidaire ; celle de la relance par la consommation vouée à l’échec économique, car elle butera sur la contrainte commerciale. Celle d’investissements « à la japonaise ou à l’espagnole » (grands programmes d’autoroutes, d’aéroports, et de construction immobilière, sans discernement énergétique) ne fonctionne manifestement pas non plus.

Qu’est-ce qui s’oppose à nous engager dans cette voie ?

Le premier obstacle est idéologique comme on vient de le voir. Une politique d’austérité semble plus facile à vendre à l’opinion et aux agences de notation. C’est pourtant une erreur gravissime dont j’espère nous allons sortir avant que notre pays connaisse émeutes et blocage politique complet, dont l’intérêt  pour chacun d’entre nous pour le moins discutable.

Le deuxième obstacle est celui du financement. Comment faire quand les agents privés et publics sont endettés et les banques en mauvais état (Voir ce graphique) ? Comment faire dans le cadre de la gouvernance actuelle de la zone Euro (Voir post précédent qui décortique la gestion de la monnaie unique) ? Il me semble que la seule voie praticable est de lancer des chantiers (dans la transition énergétique) au niveau national, où les rapports de force, en démocratie, sont moins favorables au Dogme (Voir « Pour en finir avec le Dogme » et d’autres articles sur le dogme ici ou encore ici ). Ces chantiers sont générateurs d’emplois et d’activité économique. Ils ont besoin de banquiers. Une coalition d’intérêt est donc à portée de main. Plusieurs mécanismes financiers innovants sont à l’étude aujourd’hui (voir l’étude de la CDC sur le financement de la rénovation thermique, et le lancement de l’étude de faisabilité de la création d’une Société de Financement de la Transition Energétique) pour apporter à ces chantiers des financements à bas taux, condition sine qua non de leur rentabilité.

Le fléchage de la création monétaire

Ces mécanismes visent à « flécher » une partie de la création monétaire vers l’économie réelle et précisément vers les investissements permettant d’en réduire la dépendance aux énergies fossiles. Ce fléchage pourrait être interprété comme un retour à la nationalisation du crédit ou à un dirigisme monétaire excessif. Ce n’est pas le cas. Il s’agit simplement de prendre acte du fait qu’aujourd’hui, avec leurs instruments, les banques centrales n’ont le choix qu’entre déflation et bulle financière. Il faut donc bien inventer des mécanismes qui permettent que la création monétaire (endogène, c’est-à-dire créée par les banques commerciales) soit :

- d’une part au service de l’économie réelle et

- d’autre part stimulée par des « grands projets » initiés par des politiques publiques, quand les mécanismes de marché sont défaillants, ce qui est le cas dans une situation de quasi-déflation.

Remettre en cause les dogmes

Un tel fléchage est donc bien sûr contraire au dogme de l’efficience des marchés financiers, puisqu’au fond il repose sur l’idée que les marchés peuvent être défaillants. Mais qui peut croire encore, après 30 ans de crises répétées, à cette faribole (l’efficience des marchés) ? Encore beaucoup de monde[10] au sein des élites dirigeantes. Ce qui est sans doute le problème central actuel. Comment faire évoluer la gestion de l’Euro (question posée lors du dernier post) ? Sans aucun doute, en commençant par une remise à zéro des « idées reçues et des dogmes » qui ont présidé à la construction actuelle.

Alain Grandjean 

 


[1] Ce post doit beaucoup à l’intervention de Gael Giraud dans le séminaire  d’économie de la transition énergétique (voir la présentation du séminaire et en bas de page, les slides des intervenants)

[2] Le risque est imaginaire pour les prix des biens et services. Il ne l’est pas pour celui des actifs, notamment immobiliers, mais ce n’est pas la préoccupation de la BCE !

[3] voir le chapitre 5 du livre « c’est maintenant, trois ans pour sauver le monde« , Jean-Marc Jancovici et Alain Grandjean, Le seuil 2009

[4] Contrairement à une fable répétée régulièrement la venue au pouvoir d’Hitler est sans lien avec l’hyperinflation de Weimar qui s’est produite en 1923,soit 10 ans avant. L’économie allemande a pâti de la crise américaine de 1929 qui a « traversé l’Atlantique » et surtout de la politique absurde qui a été menée pour y faire face, celle du chancelier Bruning.

[5] Voir le livre La monnaie dévoilée, chapitre 8 « Histoire de monnaie », pages 229 à 253, Gabriel Galand et Alain Grandjean, L’harmattan, 1997.

[6] Ce terme est très flou. Personnellement je me sens libéral au sens où j’apprécie la liberté d’entreprendre et le principe de subsidiarité (les décisions doivent être prises le plus possible « près du terrain »). En revanche je ne crois pas à l’efficience des marchés, dogme des économistes « libéraux » et suis donc convaincu que l’Etat doit jouer un rôle de régulation économique, et dans certains cas de planification (c’est le cas de la politique énergétique qui suppose des temps longs).

[7] Voir à ce sujet l’analyse de Gabriel Galand (Sur le site de l’association « chômage et monnaie« ) qui montre que cet effet ne se limite évidemment aux dépenses publiques, et qui re-modélise le multiplicateur.

[8] Notons que l’intention en est différente de celle qui a conduit à  la mise en place de lignes de prêts massifs de monnaie centrale par Mario Draghi en 2011. Elles visaient à réanimer le marché interbancaire alors complètement mort.

[9] Voir par exemple, François Morin, Grande Saignée. Contre le cataclysme financier à venir (Lux, 10 euros).

[10] Apparemment l’académie royale de Suède qui a osé donner le prix Nobel à Fama (voir ici)

Crise financière en préparation : un ancien banquier sonne l’alarme

30 octobre 2013

Une voix de plus se lève contre l’aveuglement des politiques publiques en matière de régulation financière ; un « citoyen » particulièrement informé.

Jean-Michel Naulot, après 37 ans de carrière bancaire et dix ans de régulation financière (Au sein du Collège de l’AMF, qu’il quitte en décembre pour retrouver sa capacité de lanceur d’alerte), profite de la fenêtre médiatique offerte par la sortie de son excellent livre « Crise financière : Pourquoi les gouvernements ne font rien » pour un cri d’alarme, un « cri du cœur ».
Crise financière : pourquoi les gouvernements ne font rien - Un banquier sort du silence
Le livre décrit avec rigueur les risques de « la centrale nucléaire de la finance », l’histoire récente des tentatives de régulation financière et leur (faible) avancement mais surtout, explique en quoi le système financier, aussi dangereux qu’en 2007, fait peser à nos sociétés d’autant plus de risques que :

-       les politiques monétaires accommodantes de la FED sont en train d’alimenter de nouvelles bulles financières (3000 milliards de dollars d’actifs rachetés par la FED, et plus encore pour la BCE),

-       les politiques de rachats d’actifs risqués par la BCE menacent l’euro : les bilans des banques centrales sont désormais aussi peu présentables que celui de Lehman Brothers avant sa chute, grandement fragilisées,

-       les puissances publiques ont grillé toutes leurs cartouches lors de la précédente crise et ne pourront pas faire face à une nouvelle crise financière mondiale.

Il revient par ailleurs sur la crise de la zone Euro et son origine idéologique. Il appelle comme d’autres à poursuivre la renationalisation de la dette et à cesser de considérer que la fin de l’Euro (tel qu’il a été conçu et tel qu’il est géré aujourd’hui) serait le chaos et envisage que l’Euro pourrait devenir une monnaie commune. Son dernier chapitre se consacre aux réformes qui restent à faire au plan financier (il évalue le taux d’avancement des reformes engagées à ce jour à 25% aux USA et 34 % en Europe…).

Inutile de paraphraser l’auteur sur une grande variété de sujet comme la monnaie unique, les régulations financières, Bâle III, le shadow banking, les paradis fiscaux… Voici plutôt quelques bonnes recensions déjà publiées ailleurs :

Une interview de JM Naulot sur Lalibre.be : « On a oublié les bonnes résolutions »

Une interview plus fournie sur Le Point : « On s’attaque surtout à la fraude, alors que 90 % du problème vient d’un système parfaitement légal. »

- Cette excellente intervention sur France Culture :


les matins – Europe et Etats-Unis secoués par… par franceculture

 

Pour plus d’information sur la nécessité de réguler la finance, (re) voir les 20 propositions pour réformer le capitalisme » par un collectif d’auteurs coordonné par Cécile Renouard et Gaël Giraud, notamment :

- les propositions de régulation du Shadow Banking,

celles sur la titrisation, la séparation bancaire, les règles prudentielles, les produits dérivés,

- celles sur le Trading High Frequency, les effets de levier, le private equity,etc,

celles sur la financiarisation des matières premières

Voir aussi le livre de P. Canfin : Ce que les banques vous disent et pourquoi il ne faut presque jamais les croire

Où vont-ils chercher ces milliards qu’ils n’ont pas?

9 septembre 2013

Où vont-ils chercher ces milliards qu’ils n’ont pas?

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Fin 2008, les banques françaises ont été sauvées de la gigantesque crise de liquidités à laquelle elles étaient confrontées grâce à un montage aussi astucieux qu’éclairant sur les mystères de la création monétaire. L’économiste Bernard Vallegeas en a fait un décodage percutant dans un article paru dans la revue Regulations du premier semestre 2009. Voir http://regulation.revues.org/7544

 

En voici ici le résumé, l’article complet étant accessible via le lien ci-dessus.

 
« Le premier volet du plan de sauvetage du système financier français d’octobre 2008 prévoit qu’une société ad hoc, filiale de l’État et des banques, empruntera avec la garantie de l’État sur les « marchés ». Les capitaux ainsi amassés seront reprêtés aux banques pour qu’elles puissent financer l’économie. Ce plan est curieux car il fait fi de la création monétaire comme si c’étaient les « marchés » qui créaient la monnaie. En réalité il est montré que les banques peuvent utiliser la société ad hoc pour se créer de la monnaie à leur profit puis la reprêter à l’économie et utiliser les titres obligataires garantis par l’État comme outil de refinancement auprès de la Banque centrale européenne. L’État se comporte ainsi comme un assureur permettant l’accès aux crédits de la Banque centrale européenne. »

Panorama monétaire en 2013

27 août 2013

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Panorama monétaire

 Le tabou monétaire reste toujours aussi vivace. 
C’est leur pouvoir de création monétaire qui  a permis aux banques de financer la croissance des « produits dérivés », autrement dit de la spéculation, 
Elles ont été sauvées par les interventions des Etats, qui se sont surendettés,  et par  l’intervention de la BCE qui a mis à leur disposition des tombereaux de liquidités créées ex nihilo.
Mais nous ne sommes toujours pas à l’abri d’une nouvelle crise financière, qu’elle vienne de difficultés dans les pays émergents, de la montée des conflits au Moyen-Orient ou d’ailleurs.
Nous ne sommes pas non plus capable d’utiliser l’arme monétaire en Europe pour financer les investissements stratégiques (qui visent à réduire  notre consommation et notre dépendance énergétiques)
ni pour améliorer notre compétitivité.  Faute de quoi nous restons collés dans une dépression économique, diagnostic que  le petit rebond du deuxième trimestre ne permet pas d’invalider.
 
La  création monétaire reste obscure, tabou. La politique monétaire qui est l’un des leviers macroéconomiques le plus puissant reste aussi 
incompris. Nous laissons les « autorités’ » faire sans contrôle démocratique. 
Plus que jamais il nous faut tenter de lever le voile sur le tabou.
Ce texte de Jean Bayard fruit de décennies de travail indépendant  peut nous y aider. Je ferai passer dans les prochaines semaines dans ce blog d’autres contributions et quelques posts ayant d’éclairer cette question.

Alain Grandjean

 

Panorama monétaire en 2013

 

Comment se peut-il que l’on soit impuissants face à une crise qui dure maintenant depuis près de 6 ans et qui a atteint progressivement une dimension planétaire ?

A notre avis il apparait de plus en plus clairement, même si les autorités monétaires ne veulent pas en convenir, qu’il s’agit d’une crise monétaire d’une ampleur inégalée.

Quelles en sont les origines et les causes réelles ?

Essayons de répondre à ces questions en voyant au préalable comment fonctionnait le système monétaire en période normale, disons avant le premier choc systémique de 2007/2008 analysé plus bas.

 

A – L’indépendance de la Banque centrale

 

Les Banques centrales disposent d’une indépendance totale qu’elles ont arrachée aux gouvernants, d’autant plus facilement que l’Etat a, de tout temps, fait la preuve de ses goûts dispendieux. Alors, lui confier la planche à billets suppose qu’elle l’aurait entraîné à toutes les extravagances.

Mais, comme l’exercice d’un pouvoir sans contrôle, ou qui s’autocontrôle, aboutit inexorablement aux pires excès, nous sommes passés d’un pouvoir sous contrôle démocratique à un pouvoir absolu.

Il apparait désormais que les autorités monétaires font passer les intérêts de la corporation bancaire, avant et – si besoin est – contre l’intérêt public.

Mais, comme le pouvoir absolu et ses excès ne peuvent s’étaler au grand jour, il leur a fallu s’organiser pour dissimuler leurs faiblesses, leurs écarts et masquer chaque fois que nécessaire leur incompétence.

Pour conserver taboue la monnaie et mettre ses secrets à l’abri des indiscrets – ce qui est assez facile étant donné l’étendue et la complexité du sujet – la puissance monétaire s’est employée à entretenir la confusion dans les esprits :

 

                1 - A commencer par l’inflation, terme désignant pêle-mêle la cause et ses effets, mais soutenue avec force par la théorie quantitative de la monnaie.

Il y a bien longtemps que l’inflation monétaire n’est plus la cause de la hausse des prix, laquelle s’explique plus simplement par l’attitude de ceux qui ont le pouvoir de les modifier, à la recherche de toujours plus de profits.

Cette théorie définit le niveau des prix en fonction de la masse monétaire (laquelle ?) et de sa vitesse de circulation. Bien qu’ébranlée par les faits depuis de nombreuses années, elle n’a jamais été abattue pour autant, c’est dire son pouvoir de séduction sur les esprits les plus évolués.

Elle sert d’alibi aux banquiers centraux qui n’ont rien d’autre pour justifier leur lutte contre l’inflation – qui n’est qu’un simulacre – qu’ils ont réussi à faire inscrire dans le marbre de leurs statuts. S’en servant comme d’une arme de dissuasion, ils ont réussi l’exploit d’inoculer dans le corps économique de la planète un mal que l’on peut appeler « syndrome de l’inflation », mal qui s’est répandu jusque chez nos élites sous la forme d’un réflexe pavlovien.

Tous les paramètres retenus sont pipés. Il s’agit là de la plus grande imposture monétaire de notre époque (voir ici).

 

                2 – La théorie du multiplicateur monétaire qui « explique quel montant de crédit (de masse monétaire) peut être distribué par les banques à partir de la base monétaire créée par la Banque Centrale » dixit Natixis. Si l’on analyse les informations données par la Banque de France, c’est exactement l’inverse qui se produit.

Encore une théorie tout aussi fausse,  mais redoutable d’efficacité car diffusée – on vient de le voir – et admise par la plupart des économistes.

 

                3 – La mesure de la masse monétaire délibérément faussée. Il en est ainsi :

-  des banques créatrices de monnaie mêlée aux établissements financiers (qui n’ont d’autre pouvoir que celui de la faire circuler), pratique légalisée par la loi du 24 janvier 1984,

- de la monnaie scripturale mêlée aux instruments monétaires, alors que rien n’est plus facile à mesurer que la monnaie scripturale puisqu’elle est faite d’écritures comptables, et que toute écriture comptable laisse une trace indélébile dans les comptes,

- des dépôts à un terme supérieur à 2 ans qui sont écartés des instruments de mesure sur lesquels s’appuie toute politique monétaire,

tous éléments concourant paradoxalement à fausser les paramètres de la théorie monétariste, mais on n’en est pas à une contradiction prés.

 

                4 - L’utilisation d’un vocabulaire trompeur, des inexactitudes et des discours tronqués. Et de nombreuses incohérences non relevées, car affirmées avec autorité.

Ainsi, la Banque de France a toujours prétendu que sur le marché interbancaire ne s’échangeait que de la monnaie centrale émise par elle, ce qui est faux (voir plus bas). Mais, les enseignants, les étudiants, les chercheurs et les économistes le croient, puisqu’on le leur a appris. Et, pourquoi douteraient-ils de l’affirmation faite par pareille autorité ?

 

                5 – La circulation de la monnaie et la place de l’épargne dans l’économie sont manifestement méconnues en raison d’informations restrictives sinon fausses.

A titre d’exemple, il faut savoir que l’épargne réglementée fait l’objet d’un simulacre de transfert. Elle est amassée dans une monnaie (secondaire) qui ne quitte pas la banque de dépôt, et conservée en l’état. Elle est ensuite – ainsi que la loi l’y oblige – versée dans une autre monnaie (centrale) à la banque chargée de son affectation, si bien qu’elle donne lieu à une seconde émission de monnaie (secondaire) quand elle est attribuée au gestionnaire des fonds (ANB) en vue de financer des projets sociaux. La Banque centrale ne peut pas ignorer cette entourloupe à moins qu’elle ne soit d’une incompétence rare.

 

                6 – Enfin, le summum des excès : les banques centrales décident elles-mêmes des règles comptables qui s’appliquent à leur activité, au mépris des règles les plus élémentaires de la comptabilité. Les irrégularités comptables et le bidouillage des comptes sont ainsi autorisées !

 

B – Son pouvoir sur l’émission de monnaie par les banques de dépôts

 

Le lecteur est aimablement invité à se reporter à une étude complète, grâce à ce lien.

En voici les conclusions :

Ayant abandonné aux banques de dépôt le droit et le pouvoir d’émettre la monnaie, dite secondaire, sans réel contrôle, la banque centrale n’a aucun pouvoir sur l’émission de monnaie par les banques et par voie de conséquence aucun pouvoir sur la stabilité des prix dont elle s’est elle-même investie de la responsabilité suprême !

Elle abuse l’opinion publique en prétendant lutter contre une inflation monétaire qui n’existe plus depuis longtemps, la hausse des prix ayant une origine qu’il faut rechercher dans les comportements de ceux qui par ce moyen font leurs profits.

Elle utilise le seul instrument de bord – la masse M3 – complètement déboussolé, car reposant sur une mesure pertinemment fausse, et elle le sait ! De plus, elle ne peut ignorer que la Fed a abandonné cet indicateur (en 2006) car son évolution est sans corrélation, ni avec celle du PIB, ni avec celle de l’inflation.

Enfin, des réserves obligatoires qui ne servent à rien ! Bref, tout n’est que faux-semblants à destination de l’opinion pour masquer ses carences !

Les autorités monétaires ne maitrisent rien du tout et on peut même se poser la question de savoir si la complexité du système et le voile qu’elles ont jeté délibérément sur la monnaie – pour la conserver taboue – ne les ont pas aveuglées au point de les priver de la lucidité indispensable pour assurer une saine gestion monétaire.

 

C – Deux monnaies scripturales, deux compartiments à circuits indépendants l’un de l’autre

 

Ainsi que le savent les initiés, il existe deux monnaies scripturales – issues d’écritures comptables – la monnaie centrale émise par la Banque centrale et la monnaie secondaire émise par les banques de dépôt.

On suppose généralement que ces deux monnaies sont substituables, alors qu’il n’en est rien. C’est une particularité de la monnaie scripturale qui semble échapper à la connaissance des initiés, puisque tout le monde s’étonne de voir que les liquidités massivement émises en faveur des banques par la super-banque ne servent pas l’économie réelle, mais alimentent la trappe à liquidités.

Pour qu’une monnaie scripturale donnée puisse s’échanger, il faut nécessairement deux comptes ouverts dans la même monnaie, celui qui est débité et celui qui est crédité. Ainsi,

- la monnaie centrale ne peut s’échanger qu’entre titulaires de comptes ouverts à la Banque centrale : les banques et le Trésor Public ; il n’existe plus de comptes d’agents non bancaires (ANB) depuis longtemps à la Banque de France, par exemple,

- la monnaie secondaire ne peut s’échanger qu’entre titulaires de comptes ouverts dans une banque de dépôt, soit les ANB.

La Banque centrale qui ne peut ignorer cette caractéristique spécifique de la monnaie scripturale entretient ici aussi la confusion, en se taisant.

 

D – Compensation et règlements interbancaires

 

Le lecteur est aimablement invité à se reporter à une étude complète, grâce à ce lien.

On est ici au cœur du système monétaire, fortement endommagé par 2 chocs systémiques (voir chapitre suivant).

La compensation est l’outil qui traite quotidiennement – par dizaines de millions – les instruments de paiement que s’échangent entre eux les ANB disposant de comptes dans des banques différentes. S’il n’existait qu’une banque, il n’y aurait pas de système de compensation.

De plus, abusant de leur position dans la place, les banques utilisent la compensation pour un grand nombre de leurs opérations pour propre compte. La Banque centrale le sait, mais laisse faire.

La compensation est un système binaire dans lequel les positions débitrices et créditrices s’annulent à tout moment, ce qui fait que le marché interbancaire sur lequel elles se règlent n’est pas un marché au sens habituel du terme puisque l’offre est égale à la demande.

Après compensation, les opérations de traitement s’opèrent à trois niveaux :

 

                1 - Les banques débitent ou créditent les comptes de leurs clients, selon le sens des transactions, en monnaie secondaire, la seule qui a cours entre ANB comme il a été dit au-dessus.

 

                2 - Les banques ont et constatent des positions parallèles à celles de leurs clients.

Quand une banque débite le compte de son client, la somme quitte son établissement ; elle doit donc constater une dette envers la banque adverse. Et inversement, quand une banque crédite le compte de son client, la somme entre dans son établissement ; elle doit donc constater une créance sur la banque adverse.

Constater une dette ou une créance ne signifie pas règlement.

 

                3 - Elles doivent donc solder leurs positions les unes envers les autres, à la sortie de la compensation.

Elles ont pour cela accès au marché interbancaire. Les banques en position créditrice consentent des prêts à leurs consœurs en position débitrice, contre garanties naturellement. Ces garanties sont représentés par des titres, appelés aussi collatéraux, bénéficiant des meilleures notes de la part des agences de notation (principalement les titres subprimes avant qu’ils ne deviennent toxiques et les titres souverains avant que n’apparaissent les risques de défaut).

Sur le marché interbancaire, contrairement à ce que prétend la Banque de France, il ne s’échange pas de monnaie centrale. Il ne s’échange que des accords de prêts/emprunts contre garanties, sans monnaie donc. Et ce n’est pas l’obligation de faire passer toutes les transactions par les comptes des banques chez elle, qui va nous faire croire que les transactions sur le marché interbancaire se font en monnaie centrale, monnaie créée par elle, comme elle le dit. Encore un leurre.

Les banques centrales servent de simple chambre d’enregistrement pour ces opérations interbancaires, dans lesquelles elles n’interviennent pas. Et, si elles ne se prenaient pas les pieds dans les ficelles qu’elles ont placées pour se protéger, elles auraient depuis longtemps trouvé la solution technique au problème de la dégradation du marché interbancaire1.

 

E – Les deux chocs qui ont profondément ébranlé le système monétaire

 

La crise que nous subissons impuissants depuis près de 6 ans trouve son origine dans deux chocs systémiques qui ont ébranlé les systèmes monétaires nationaux et internationaux, les uns et les autres copiés sur le modèle américain, car en ayant adopté ses normes et ses pratiques plus ou moins douteuses. Enfin, elle s’est internationalisée avec la mondialisation des échanges.

 

Le premier choc est parti en 2007/2008 des Etats-Unis avec l’affaire dite des « surprimes », gigantesque escroquerie montée de toutes pièces par les banques américaines sous l’œil bienveillant et complice de la Fed, laquelle l’a chèrement payé (tout est relatif) puisqu’elle a dû se mettre – en état de quasi-faillite – sous la protection  du Trésor au début de l’année 2011.

La Fed prêteur en dernier ressort a cédé sa place à l’Etat américain payeur en dernier ressort !

Les titres « subprimes » mêlés par titrisation avec d’autres valeurs ont été diffusés par dizaines ou centaines de millions dans le monde de la finance internationale (banques, fonds de pension ..) appâté par des taux d’intérêt élevés. Mais, en devenant toxiques ils perdaient de leur valeur et généraient des pertes dues à leur dépréciation, si bien que l’on a assisté dans l’ombre à un sauve-qui-peut général. Les banques, tant américaines qu’européennes, qui possédaient ces titres en grand nombre ont cherché à s’en débarrasser vers des bad banks ou structures de défaisance, avec plus ou moins de succès selon les pays. Mais, dans la plupart des cas, avec l’aide de leur Banque centrale (vers la SFEF en France).

Conséquence immédiate, les marchés interbancaires s’en trouvent immédiatement affectés car ces titres – appelés aussi collatéraux – ne sont plus acceptés en garantie par les banques prêteuses, d’où le premier choc systémique.

 

Le deuxième choc provient, semble-t-il, d’une erreur (ou manipulation ?) de politique monétaire invraisemblable de la part de la BCE qui a voulu faire respecter soudainement en 2010 le ratio de l’endettement public (60% du PIB) fixé par Maastricht. Pourquoi ? Alors qu’avant la crise, en 2006, les taux d’endettement avaient déjà dépassés le seuil critique dans bon nombre de pays européens, notamment l’Italie (107%), la Grèce (105%), la Belgique (89%) et l’Allemagne (68%).

S’agit-il d’une politique de diversion destinée à dissimuler les dégâts considérables causés par le premier choc au sein de la profession bancaire, qui ne s’en est pas encore remise ? Ou bien d’une utilisation conjoncturelle des événements visant à favoriser le capitalisme monétaire toujours à l’affut de bonnes affaires ? Ou des deux ?

Jusque là les Etats plaçaient les bons et obligations du Trésor selon leurs besoins propres sur les marchés, principalement auprès des banques (collatéraux), assurances et fonds de placement. Puis jugeant que les limites étaient largement dépassées, la BCE a imposé aux Etats les plus exposés de réduire leur taux d’endettement, sans se poser la question de savoir si sa décision était judicieuse et pertinente, dans l’intérêt public évidemment.

C’est ainsi que l’émission de nouveaux titres a été pratiquement interdite, ne laissant la place qu’au roulement (reports d’échéances) de la dette, ce qui s’appelle de la cavalerie. Si en avril 2013 le Président de la BCE a donné pouvoir à la Banque de France de battre monnaie, cela veut bien dire qu’il en a levé l’interdiction pour la France.

Conséquence de cette politique absurde, il est apparu très vite que les Etats concernés ne pourraient pas rembourser, ce que les marchés ont bien anticipé. Les titres souverains ont subi alors des décotes de plus en plus fortes à mesure que leurs économies se dégradaient et que la spéculation s’en emparait.

Autre conséquence immédiate, les marchés interbancaires ne veulent plus de ces titres en raison de leur risques de défaut et ils ne sont plus acceptés en garantie par les organismes prêteurs, d’où le deuxième choc systémique.

Dès que ces garanties ont été refusées à la sortie de la compensation, les banques emprunteuses se sont alors retournées vers leur Banque centrale : Fed aux USA, BCN en Euro zone. Le règlement des positions se faisant alors pour la première fois véritablement en monnaie centrale, « sonnante et trébuchante ». Les banques centrales acceptent les garanties dépréciées, refusées par les banques de dépôt, alimentant ainsi la trappe à liquidités (selon C ci-dessus).

En Europe en outre, celles qui disposaient de liquidités ont profité de la circonstance pour se débarrasser des titres souverains qu’elles possédaient contre monnaie centrale, les unes et les autres se défaussant alors sur leur banque centrale des pertes passées et prévisibles dues à la dépréciation.

C’est ainsi que la Fed possède pour plus de 1.000 mds $ de titres toxiques et les BCN, devenues bad banks, possèdent des centaines de mds € de titres souverains déprécies, dépréciations que les autorités monétaires européennes se refusent à constater car ce serait reconnaitre l’échec de leur politique.

Le système monétaire est donc en pleine crise systémique, crise due au dysfonctionnement des marchés interbancaires. Cette crise durera tant que ces marchés ne fonctionneront pas à nouveau convenablement, ce qui parait exclu dans l’état actuel du système sauf à le remettre totalement à plat.

Le pouvoir monétaire et les banques ne sont plus très loin de faire passer une annonce du type :

 

Recherche collatéral désespérément

supposant sans doute que la découverte de nouveaux collatéraux redonnerait vie au marché interbancaire.

Voyons maintenant qu’elle pourrait être la solution évoquée plus haut.

 

Les marchés interbancaires seraient supprimés. A la sortie de la compensation, les positions des banques, débitrices et créditrices, seraient enregistrées à un compte bloqué à leur nom à la Banque centrale en position ouverte, c’est-à-dire sans règlement. Par le fait même, les dettes et les créances des unes envers les autres deviendraient des dettes et des créances envers la Banque centrale.

Ce qui est totalement différent et contrairement à la situation antérieure, d’une Banque centrale simple chambre d’enregistrement, celle-ci pourrait alors exercer pleinement son rôle de gardienne de la monnaie. On entrevoit aussitôt les perspectives de changement de politique monétaire.

Enfin, n’oublions pas que ces positions résultent de transactions des ANB, opérées dans le cadre des concours à l’économie qui leur ont été consentis. Il est insupportable de voir que les agents non bancaires sont les victimes d’une organisation inadaptée et qui devrait leur être totalement neutre.

De plus, cette solution aurait l’avantage de supprimer les besoins de collatéraux !

 

F – Relations monétaires internationales

 

Réservons quelques lignes aux échanges internationaux et intra-frontières de la zone euro pour mettre en évidence le fait que tout se tient en macroéconomie.

 

Je te tiens, tu me tiens par la barbichette !

C’est Jens Weidman, le président de la Bundesbank, qui a soulevé – sans doute involontairement – le problème dans toute sa dimension quand il a dit notamment en mars 2012 :

Aujourd’hui, la Bundesbank est la seule banque centrale nationale avec celle de Finlande et d’Autriche à afficher un solde positif considérable de près de 500 milliards d’euros sur Target.

Pour de plus amples informations, voir à ce lien.

En matière d’échanges internationaux, il existe une règle fondamentale que les initiés ne peuvent pas ignorer, mais dont ils ne veulent pas tirer les conséquences.

Quand il y a un exportateur dans un pays, il y a un importateur dans un autre pays, et comme la valeur de l’échange est la même pour les deux parties, on peut avancer qu’à l’échelle de la planète, les exportations sont égales par définition aux importations, ce qui veut dire en clair que l’exportation des uns ne peut pas se réaliser sans l’importation des autres.

Autrement dit, les bénéfices des uns se font au détriment des autres.

De la règle exposée ci-dessus découle une autre égalité, généralement oubliée – mais redécouverte par le Gouverneur de la Buba -, c’est que :

A la somme des balances bénéficiaires d’un ensemble de pays correspond par symétrie la somme des balances déficitaires de l’ensemble des autres pays.

La Grèce, pour ne citer qu’elle, subit les effets dramatiques de cette règle. Depuis le début du siècle, elle a notamment importé, pour des dizaines de milliards d’euros, d’Allemagne, de France et des Etats-Unis, des armements – parfaitement inutiles (sauf pour les intermédiaires), si l’on prend en considération l’Union Européenne faite pour la protéger. Elle a émis de la monnaie qui a fait grimper sa dette souveraine dont elle doit maintenant s’acquitter sous le prétexte qu’elle a dépassé les critères de Maastricht !

Il n’est évidemment pas question de lui saisir le matériel militaire fourni !

Les pays déficitaires doivent donc de l’argent aux pays bénéficiaires, par symétrie.

Autrement dit – revers de la médaille – ceux qui exportent sont amenés à prêter à ceux qui importent.

Le cas des Etats-Unis paraît bien être l’exception à cette règle, car ils font fonctionner la planche à billets en dollar selon leurs besoins. Commerçant tant à l’exportation et qu’à l’importation uniquement dans leur propre monnaie, ils ont pu se permettre de lancer en 1971 cette phrase désormais célèbre et toujours d’actualité :

 » Le dollar est notre monnaie, mais c’est votre problème. »

De plus, à l’intérieur de leurs frontières, ils se sont bien gardés de signer notre équivalent du traité de Maastricht.

La lutte à laquelle se livrent tous les pays au monde pour exporter est devenue une guerre économicide. La paix commerciale ne peut s’exercer qu’en passant des accords bi-ou multinationaux afin que l’équilibre des échanges soit garanti, leur solde devant être voisin de zéro. Mais, on préfère sans doute la guerre à la paix !

La recherche de toujours plus de compétitivité, et – on ne se cache même plus de le dire – de faire baisser toujours plus les salaires n’a d’autre effet que de ruiner le peuple et de l’amener à l’esclavage économique. Et dans tous les cas de figure, c’est la recherche de toujours plus de profits pour les intermédiaires et multinationales qui surfent sur la mondialisation des échanges.

C’est la plus grande arnaque de notre temps.

 

G – Sombres perspectives

 

Faisons le point de la situation.

Des banques centrales qui abusent de leur indépendance. Des banques centrales qui défendent bec et ongles la corporation bancaire, contre l’intérêt public si nécessaire. Des banques centrales qui ont abandonné aux banques commerciales le pouvoir de l’émission de monnaie secondaire en dehors de tout contrôle et qui prétendent malgré tout diriger la politique monétaire ! Une banque centrale américaine qui a couvert, sinon accompagné, la plus gigantesque escroquerie monétaire faite par les banques américaines dans l’affaire des subprimes. Enfin, des banques centrales qui dissimulent leur incapacité à diriger une politique monétaire responsable, en usant de toutes sortes de moyens pour tromper l’opinion et en particulier le syndrome de l’inflation qu’elles ont réussi à inoculer dans le corps économique de la planète entière.

L’affaire des subprimes a provoqué un premier choc systémique dont la corporation bancaire a été la première victime. C’est l’histoire de l’arroseur arrosé.

En Europe, une politique insensée de la part de la BCE a provoqué le deuxième choc systémique avec l’affaire des titres souverains, au prétexte d’un endettement considéré soudainement excessif si on le rapporte aux taux fixés par les critères de Maastricht, déjà dépassés avant la crise de 2007/2008 !

Aux Etats-Unis, la Banque centrale s’est arrangée pour faire supporter le poids de ses erreurs à l’Etat. La Fed – prêteur en dernier ressort – s’est mise sous la protection du Trésor début 2011, cédant ainsi la place à l’Etat américain devenu pour l’occasion payeur en dernier ressort.

En Europe, la BCE et ses BCN accumulent à leur bilan des titres dépréciés sans vouloir en constater les dépréciations financières. La BCE espère sans doute obliger les pays de la zone à réduire leur dette souveraine de telle façon que leur valeur d’origine soit rétablie. Très mauvais calcul, si c’est le cas, puisque de restrictions monétaires en restrictions monétaires le remède est en train de tuer le malade.

Partout dans le monde (excepté en Zone Euro) aux USA, en Grande Bretagne et au Japon, notamment, les banques centrales déversent des milliards de monnaie nationale dans le but de redresser leur économie en récession ou en très faible croissance. Le résultat est évidemment déprimant, car le diagnostic est faussé par des raisonnements archaïques qui ont pourtant fait la preuve de leur incapacité à redresser l’économie. Malheureusement on n’a rien d’autre à se mettre « sous la dent » pour l’instant.

En Euroland, il apparait d’évidence que l’application stricte des critères de Maastricht nous prive de tout espoir de redressement – si l’on peut dire – par cette voie. On ne peut pas faire du Quantitative Easy chez nous, puisqu’il est quasiment interdit aux BCN de prêter à leur Etat supposé trop endetté. Et les marchés ne sont pas assez fous pour prêter à des Etats considérés déjà en voie de cessation de paiement.

 

H – Monnaie d’endettement et monnaie permanente – Effets macro-économiques

 

Règle n° 1 du capitalisme monétaire : le prêteur peut et doit vivre aux dépens de l’emprunteur.

La dette permet au créancier d’exploiter le débiteur quand le taux d’intérêt est supérieur à celui de l’inflation et de le spolier quand il fait défaut. Les garanties s’exerçant alors, le plus souvent, aux dépens du second.

Pire est le cas de la banque qui prête de l’argent qu’elle n’a pas, puisqu’elle le crée.

Il n’est de pays qui ne vit de dette, publique ou privée.

Le principe même de la monnaie-dette, c’est que s’il n’y a plus de dettes alors il n’y a plus de monnaie, et toute l’économie marchande s’arrête. C’est déjà une situation ubuesque.

Et d’ajouter que :

S’il n’y a plus de dettes, il n’y a plus de monnaie, mais aussi que s’il n’y a plus de monnaie, il y a encore des dettes, parce qu’il n’y a pas que les banques qui prêtent de l’argent, la même monnaie étant prêtée plusieurs fois.

Il faut savoir en outre que les banques sont généralement destructrices nettes de monnaie. Voir ici une étude sur le sujet.

Les effets du capitalisme monétaire sont dévastateurs, car celui qui ne peut plus payer doit vendre ses biens pour rembourser.

Les exemples ne manquent pas d’entreprises en panne de trésorerie qui déposent leur bilan. Mais aussi, dans une autre dimension :

- endettement privé : les millions de ménages américains spoliés dans l’affaire des subprimes,

- endettement public : le désastre économique de la Grèce et de Chypre, pour ne citer que ceux-là. Le tour du Portugal, de l’Espagne et de l’Italie ne sont plus très loin. Mais pour tous la politique est à la privatisation généralisée des biens publics. Il faut rembourser nos dettes ; c’est la priorité des créanciers.

On ferait bien de réfléchir aux conséquences des restrictions monétaires imposées par la Troïka en Europe qui ne visent qu’un but : faire passer les biens publics aux mains de capitalistes de plus en plus avides de richesse et de puissance.

L’examen des publications de l’Insee, l’Institut de statistiques français, sur une longue période (1988-2012) montre que les revenus du capital, appelés revenus de la propriété, se situent en moyenne à un tiers du PIB, avec des pointes à 44,5% en 1993 et à 46,2% en 2008. Et, les loyers (logements, magasins, bureaux, entrepôts, terrains..) ne sont pas compris dans ces chiffres. Exception faite des loyers d’habitation, ils ne sont pas communiqués ou très difficile d’accès. Il est donc permis de supposer que les revenus du capital pourraient être égaux sinon supérieurs aux revenus du travail.

 

Il y a trop d’épargne.

Le capitalisme envahit petit à petit l’espace économique, réduisant la part du travail dont il tire toujours plus de profit. C’est pourquoi, il faut réduire les salaires de plus en plus pour être compétitifs !

Esclavage économique, avez-vous dit ?

 

I – Loi macro-économique

 

Fruit des travaux de recherche de l’auteur de ces lignes, il existe une loi macroéconomique qui commande l’allure de marche de toute activité nationale, donc la croissance. Celle que l’on cherche à obtenir par incantation, ce qui évidemment ne marche pas.

Elle démontre que la sphère de l’activité de production connaît l’expansion ou la récession selon qu’elle est alimentée plus ou moins en monnaie. L’activité nationale fonctionne à peu près comme le moteur d’un engin mécanique. Elle tourne plus ou moins vite selon qu’elle est alimentée plus ou moins en carburant, c’est-à-dire en monnaie.

La conjoncture n’est rien d’autre qu’une économie libérale livrée à l’influence désordonnée, parce que non régulée, des facteurs endogènes opposés que sont l’épargne et le crédit. L’épargne dans le rôle du frein et le crédit dans celui de l’accélérateur. Etant précisé de plus, qu’une balance extérieure déficitaire amplifie l’effet de frein, tandis qu’au contraire si elle est bénéficiaire elle amplifie l’effet d’accélérateur.

Cet aspect macroéconomique et les effets de frein de l’épargne échappent totalement aux théories actuelles. Et, il ne faut pas croire que l’épargne finance l’investissement, comme le laisse supposer la théorie de l’égalité de ces deux termes, à laquelle échappe curieusement le troisième et dernier terme : les échanges extérieurs.

Il apparaît ainsi que la croissance dépend en premier lieu de l’abondance monétaire au sein de la sphère réelle, et ensuite de la maîtrise de ses effets sur les prix, donc sur les revenus.

Le système actuel nous mène lentement mais sûrement à notre perte, avec une accélération due à la crise, car il repose pour fonctionner sur une progression constante du recours au crédit, d’abord pour neutraliser les effets négatifs de l’épargne bancaire, épargne morte, ensuite pour rembourser les emprunts antérieurs sans oublier les intérêts de la dette (nourriture du capital).

Ainsi, nous acheminons-nous progressivement vers une économie comparable à celle du Japon d’aujourd’hui, anémiée depuis deux décennies malgré sa puissance industrielle.

Rappelons que le Japon a l’un des taux d’épargne parmi les plus forts au monde et ses tentatives de redressement de ses exportations, insuffisantes, se heurtent à une conjoncture mondiale déprimée.

Quant aux USA, ils souffrent de deux maux convergents :

- une balance extérieure en déficit chronique, facteur de ralentissement de l’activité de production (cf. loi macroéconomique),

- un fort ralentissement du recours au crédit (consommation, investissement, logement, etc.).

En Europe, outre les restrictions monétaires exigées, la BCE et l’Union Européenne imposent à nos gouvernants une politique de compétitivité qui ruine nos masses laborieuses par la perte de pouvoir d’achat (baisse des salaires, chômage) qu’elle engendre. C’est le prix qu’a dû payer l’Allemagne pour améliorer sa rentabilité et ses ventes à l’exportation sa Parité de Pouvoir d’Achat (PPA), meilleure que celle de la France en 2001 (+3,9%) lui est devenue inférieure (-8,5%) en 2012 (cf. Statistiques OCDE).

La conséquence en est le ralentissement de l’activité de production, car ce sont les revenus modestes qui ont la plus grande propension à consommer face aux revenus élevés qui ont une plus grande propension à épargner.

Dans tous les cas, on observe un déséquilibre épargne/crédit, les effets de frein (épargne) sont plus puissants que les effets d’accélération (crédit).

 

L’épargne monétaire n’est ni mesurée, ni maitrisée.

J – Solutions

 

Si l’on veut sortir de cette impasse, il est vital d’émettre de la monnaie dite permanente, c’est-à-dire sans intérêt, ni échéance de remboursement, afin de neutraliser les effets nocifs des destructions monétaires dues aux remboursements des crédits bancaires.

Si l’on veut diriger l’allure de marche de l’activité nationale vers la croissance et l’amélioration du pouvoir d’achat de nos populations laborieuses :

La régulation monétaire est l’unique moyen d’y parvenir et seul l’Etat est apte à en assumer la fonction.

La gouvernance d’un pays ne doit plus être affaire de fiscalité, mais de finance et de monnaie.

Des solutions pour une réforme du système monétaire et de sortie de crise ont été données par ailleurs.

 

Jean Bayard

 

  1. voir chapitre suivant []

Transition énergétique : le gouvernement doit tracer un cap ambitieux et clair

21 juillet 2013

Article publié dans le Nouvel Observateur : http://leplus.nouvelobs.com/contribution/910426-transition-energetique-le-gouvernement-doit-tracer-un-cap-ambitieux-et-clair.html

2791374393871Le débat national sur la transition énergétique s’est terminé le 18 juillet 2013 (capture d’écran)

 

Le débat national sur la transition énergétique (DNTE) se termine avec plus de 150 propositions d’actions, dont une dizaine ne font pas consensus. Certes, ce ne sont pas les moins importantes. Mais en déduire que ce débat est un échec, comme le titrent certains médias, est une contre-vérité, blessante pour tous ceux qui sont engagés ensemble pour réfléchir à l’avenir de la France.

 

Divergences et mesures claires

 

Sur la forme, rappelons d’abord que la synthèse produite le 18 juillet a bien été signée par tous les acteurs (regroupés dans sept collèges), à l’exception du syndicat FO, qui avait pris cette décision de principe depuis fort longtemps. Ensuite, pourquoi mettre l’expression de divergences, formulées précisément, au débit d’un débat démocratique ? Nous ne sommes ni au pays des bisounours ni dans un pays totalitaire. C’est donc au contraire une preuve de sérieux et de maturité. Les parties prenantes ne se sont pas voilé la face.

 

Sur le fond, les grands enjeux de la transition énergétique ont tous été abordés, de manière sérieuse et documentée – il suffit pour s’en convaincre de lire les centaines de pages des annexes du rapport de synthèse et des études fournies par les experts. Les investissements à réaliser et les économies d’énergies fossiles qui en résultent ont été chiffrés en ordre de grandeur ainsi que les emplois générés.

 

Comment maîtriser la facture d’énergie (par une baisse de la consommation), comment développer les énergies renouvelables, comment décentraliser notre politique énergétique alors qu’elle s’inscrit dans un cadre européen ? Sur ces trois sujets, quels financements mettre en place ? Les orientations fournies par le débat et les mesures proposées sont claires, même si elles restent à préciser dans certains cas.

 

Réduire la consommation d’énergie, un défi

 

La divergence principale est relative à l’ambition à 2050 en matière de consommation d’énergie. Certes, diviser par deux la consommation à cet horizon (c’est-à-dire réduire notre consommation de 2% par an en moyenne) est un défi, qui ne convient sans doute pas aux énergéticiens (plus précisément, à ceux qui vendent de l’énergie : tout le secteur des services à l’énergie est intéressé à une ambition forte en matière d’efficacité énergétique), dont l’intérêt est globalement inverse.

 

Mais les gains de productivité réalisés par l’industrie ou l’agriculture depuis les années 1950 sont de cet ordre de grandeur, ou supérieurs. Pourquoi refuser a priori que ce soit impossible au plan de l’efficacité énergétique ?

 

Quand le président du comité énergie du Medef (également président de l’Union française des industries pétrolières) déclare « cet objectif nous semble totalement utopique » et qu’il lui « paraît impossible de concilier une telle baisse de la consommation d’énergie avec le développement de l’économie et de l’emploi en France », ne manque-t-il pas d’ambition et de confiance en l’avenir ?

 

Le gouvernement, garant de l’intérêt général

 

Quoi qu’il en soit, ce « facteur 2″ est simplement apparu comme nécessaire pour diviser par 4 nos émissions de gaz à effet de serre à cet horizon, suite à l’analyse objective des 15 scénarios énergétiques dont nous disposons. Cet objectif n’a pas été remis en cause formellement dans le débat. Cela étant, les discussions vraiment difficiles sur la fiscalité écologique et la taxe carbone montrent là aussi qu’il faut que le gouvernement assume son rôle de garant de l’intérêt général…

 

Précisons toutefois la formulation nuancée qui a été proposée par le Medef dans le document final :

 

« Ils proposent ainsi de le ramener à un rythme moins élevé, avec une réduction minimale de -20% à 2050, en recourant dès que possible, quand elles seront commercialement disponibles, aux nouvelles technologies nécessaires, notamment aux techniques de capture et de stockage de CO2. »

 

Pour finir sur ce point, le DNTE a recommandé de faire un bouclage macroéconomique des quatre différentes trajectoires en comparant les résultats de plusieurs modèles. Cet exercice est souhaitable pour éclairer le gouvernement et le Parlement sur la question de la faisabilité économique de telle ou telle trajectoire.

Crainte d’un effet d’éviction dans le bâtiment

 

Dans la cinquantaine de mesures proposées pour réduire la consommation d’énergie, celle qui a polarisé les divergences est l’obligation de travaux dans le logement – pour le sectaire tertiaire, l’obligation de travaux est « dans les tuyaux », encore un peu bouchés à ce jour ; le DNTE demande à raison de publier au plus vite le décret d’application de l’obligation de rénovation des bâtiments tertiaires publics et privés.

 

La  formulation retenue est prudente :

 

« Ces conditions, si elles sont réunies, doivent permettre d’envisager progressivement l’introduction d’obligations de travaux aux grands moments de la vie des bâtiments (par exemple travaux de gros œuvre), en particulier collectifs. »

 

Pourtant, « certains acteurs économiques sont opposés à cette obligation ». Quelle n’a pas été la surprise de la majorité des présents de constater que les fédérations d’entreprises concernées (la FFB et la CAPEB pour ne pas les nommer) ont fait un blocage de principe sur une mesure dont on pourrait penser qu’elles vont en bénéficier massivement ? L’analyse de leur blocage révèle l’une des clefs de ce débat.

 

Dans une économie en stagnation, les entreprises du bâtiment craignent un « effet d’éviction ». Si on rend obligatoires certains types de travaux, ce sera, à leurs yeux, au détriment d’autres travaux. La solution à ce dilemme a été proposée et nécessite des innovations, comme la création de la Société de financement de la transition énergétique, qui permettent de développer des crédits privés avec garanties publiques partielles – légitimes, car il s’agit d’opérations d’intérêt général – vers les actions de rénovation thermique des bâtiments. Gageons que sa mise en œuvre lèvera bien des réticences !

Dissensus ordinaire sur le nucléaire

 

Concernant le nucléaire, qu’un débat participatif ne conduise pas à un consensus en France, ce n’est quand même pas une surprise. La nécessaire diversification des sources de production électrique est plutôt consensuelle en France. Il est raisonnable de ne pas dépendre d’une technologie ne pouvant exclure un accident majeur ni  des défauts génériques (position de l’Autorité de Sûreté Nucléaire [1]).

 

Cela étant, comment réconcilier les intérêts économiques et industriels d’EDF et d’Areva, les intérêts scientifiques et technologiques du CEA, ceux de la défense des emplois existants par les syndicats, avec la demande exprimée clairement des ONG de sortir du nucléaire, selon un calendrier plus ou moins rapide, et celle des citoyens de « diversifier nos moyens de production » ? Sachant qu’il s’agit de résoudre cette équation tout en réduisant nos émissions de gaz à effet de serre…

 

Il appartient maintenant au gouvernement d’indiquer sa feuille de route, qui permettra de définir aussi l’objectif (non consensuel à ce jour) sur les énergies renouvelables électriques (y compris hydraulique). En produire 130 TWh en 2030 est accessible techniquement, mais est-ce utile si la production nucléaire est maintenue au niveau actuel  et la consommation stabilisée (du fait d’une diminution de la demande sur les usages actuels compensée par des reports d’usage) ? Soulignons cependant que, sur la biomasse, un objectif ambitieux de 20 MTep (équivalent à  230 TWh) a été fixé de manière consensuelle.

 

Proposition de loi charpentée

 

Quant aux gaz de schiste, objets de dissensus, le gouvernement a pris une position assez ferme mais contraire aux intérêts de certains acteurs. La fièvre liée à son développement aux USA fait espérer que son exploitation en Europe pourrait permettre de réduire la dépendance énergétique européenne. Avant de lancer la moindre exploration (séparer l’exploration de l’exploitation est artificiel : quel acteur privé pourrait envisager d’explorer sans bénéficier des droits à exploiter si l’exploration s’avère positive ?) et de prendre des risques de jacquerie, il est raisonnable de faire une étude d’impacts sociaux, écologiques (dont climatiques) et économiques pour avoir une meilleure estimation des enjeux réels de l’exploration en France de cette source d’énergie. C’est précisément l’une des recommandations issues du débat…

 

Pour conclure, la synthèse du débat est consistante. La vraie question maintenant, c’est ce que va faire le gouvernement de l’ensemble de ces recommandations. Il doit lancer plusieurs approfondissements ou concertations complémentaires (il lui est recommandé par exemple d’organiser une conférence bancaire et financière de la transition énergétique et Instaurer un groupe de travail partenarial ad hoc pour définir la feuille de route « mobilité des personnes et des marchandises »).

 

L’essentiel, c’est qu’il fasse une proposition de loi charpentée sur la transition énergétique, après avoir affirmé un cap convaincant. Voilà qui serait à son honneur et lui permettrait sans doute de redonner du sens à son action politique, qui en a bien besoin.

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[1]  »L’expérience a montré que la standardisation comporte aussi le risque qu’un défaut grave, que l’on ne peut exclure a priori, soit générique et affecte plusieurs réacteurs. Dans une telle situation, l’ASN pourrait juger nécessaire, au regard des exigences de sûreté, de suspendre sans délai le fonctionnement de ces réacteurs. L’arrêt rapide d’une part significative des moyens de production électrique provoquerait, en l’absence de marges, une pénurie d’électricité avec des conséquences sociales et économiques considérables. » Pierre-Franck Chevet, président de l’ASN. Contribution au débat national sur la transition énergétique, le 16 mai 2013.

synthèse du Debat National sur la Transition Energétique

Voici la synthèse finale des débats du Debat National sur la Transition Energétique, suite à la réunion du 18 juillet 2013. Contrairement à ce qui a été affirmé par certains medias, la réunion a été
de bonne qualité et faite comme les précédentes dans un esprit de compromis entre les parties prenantes. Seul le syndicat FO avait (et ce depuis longtemps) indiqué qu’il ne signerait aucun document
issu de ce débat. Les documents complémentaires (annexes et compilation des travaux des experts) sont ou seront disponibles sur le site du débat : http://www.transition-energetique.gouv.fr/.

 

 

Financer la transition énergétique : comment faire concrètement?

15 juillet 2013 – Comment financer 100 milliards de travaux de rénovation thermique des bâtiments publics dans les 10 prochaines années? Carbone 4 et Global Warning lancent une étude visant à préciser et documenter une des propositions les plus innovantes faites dans le cadre du Débat National sur la Transition Energétique.

 

Etude Sfte 0 by Alain Grandjean

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