Ce que les banques vous disent et pourquoi il ne faut presque jamais les croire. Pascal Canfin

3 février 2012

Achetez et lisez ce petit livre (5 euros, 123 pages, chez l’éditeur « les petits matins »). Vous ne le regrettez pas.

Très clair sur un sujet complexe (les réglementations à imposer aux financiers). Vivant et parfois captivant car parlant d’une expérience de député européen[1] qui se bat sur ce terrain. Qui a réussi à créer l’ONG FinanceWatch (voir http://www.finance-watch.org/?lang=fr) pour contrebalancer le lobby  des acteurs financiers à Bruxelles. Jamais inutilement polémique sans être langue de bois. Synthétique (il propose dix réformes), il ne se perd pas dans les détails inutiles.

Une très bonne introduction pour pénétrer dans cet étrange univers où personne ne s’étonne qu’il est possible pour une banque qui prête à un Etat de vendre par ailleurs une assurance (un CDS) contre le défaut de cet Etat qui probablement ferait faire faillite à la dite banque…(même pas mal puisque dans ce cas ce sont les autres Etats qui paieront…).

Un seul regret : sur la question monétaire, Pascal Canfin se limite à évoquer les expériences de monnaie locale et l’idée d’emprunts populaires, sans jamais dire à quel point il est étrange que le pouvoir de création monétaire ait été accaparé par les banques pour se livrer à toutes ces opérations qu’il dénonce.

En conclusion, un livre qui donne le moral : oui on peut y comprendre quelque chose, oui on peut agir, non la finance n’est pas toute-puissante.

Alain Grandjean


[1] Europe Ecologie Les Verts, groupe européen verts/ALE , membre de la commission économique et monétaire.

Affligeant : une analyse du sommet de Bruxelles qui dénonce la seule proposition qu’il faut pousser : le recours à la création monétaire par la BCE

29 octobre 2011

Terra Nova vient de publier une note rédigée par Guillaume Hannezo[1] : « Sommet européen du 26 octobre : une digue européenne face au tsunami financier »

Cette note très synthétique  comporte des éléments d’analyse intéressants mais concentre sa critique de la position française dans la négociation ayant précédé  ce sommet sur ce qui me semble au contraire mériter un coup de chapeau. La France a en effet proposé que le FESF devienne une banque et puisse ainsi avec 250 mds de capital disponible, acheter 2 000 milliards d’obligations d’Etat avec des fonds fournis par la banque centrale.

Guillaume Hannezo écrit : « La technique utilisée permet d’éviter le recours à la monétisation, que la France n’aurait pas du demander car elle n’est pas du ressort du Conseil européen, mais du conseil des gouverneurs, qui décideront en toute indépendance du réglage de la masse monétaire, comme le prévoit le Traité. »

Il fait appel à trois arguments aussi faibles l’un que l’autre pour justifier cette critique :

  • l’absence de recours à la création monétaire par la BCE serait au cœur de l’identité allemande  traumatisée par 2 épisodes d’hyper inflation.

Que nos partenaires allemands attachent de l’importance au dispositif central du traité de Maastricht est une évidence. Et qu’ils soient issus d’expériences  douloureuses également. Que cela suffise à ne pas proposer une modification de ce dispositif en pleine crise européenne ne s’en déduit pas du tout.

Nos intérêts ne sont pas alignés sur les intérêts allemands avec lesquels nous avons des marges de négociation. Mais surtout comme le FESF devait être « démultiplié » c’était la moins mauvaise des solutions. Le recours au financement par la Chine sera soumis à des conditions autrement douloureuses au plan social et écologique. J ‘y reviendrai.

  • ce serait contraire à l’Etat de droit, puisqu’interdit formellement par le TUE. (Traité sur l’Union Européenne)

D’une part le TUE est vidé de son contenu du fait de multiples écarts à son esprit et à sa lettre (les critères de Maastricht ne sont pas respectés et la Banque Centrale rachète des titres d’Etat). En particulier l’aide négociée au sommet est elle aussi contraire au Traité qui interdit cette solidarité (par son article 125 connu sous le nom de clause de no bail out[2]).

D’autre part ce traité va être renégocié. C’est donc  le moment ou jamais de faire des propositions nouvelles.

Enfin je ne suis pas sûr qu’un traité qui a été voté dans l’inconscience des citoyens de ses conséquences (savaient-ils qu’il transformait la doxa monétariste en principe intangible ?)  puis qui a reçu un désaveu lors du vote négatif au projet de Constitution Européenne, ait un poids démocratique très élevé…

  • enfin Guillaume Hannezo évoque un argument qui ne mériterait qu’un haussement d’épaule s’il n’était pas malheureusement pris au sérieux par de nombreux citoyens.
    «  D’un point de vue allemand, faire financer par la planche à billets les déficits budgétaires, c’est-à-dire faire acheter par la banque centrale les émissions obligataires nouvelles des Etats, c’est exactement ce que fait Robert Mugabe, ou les autres Etats impécunieux d’Afrique. Autoritarisme politique, laxisme économique, inflation de la masse monétaire : mauvais souvenirs. »

Notre auteur sait bien et rappelle que les USA et la Grande-Bretagne monétise des déficits budgétaires.  Mais, dit-il, en toute indépendance et pour assurer la liquidité de l’économie. C’est évidemment une contre-vérité. Les opérations de quantitative easing ont bien d’autres objectifs. Au fond tout en s’en défendant « nous ne sommes pas des ayatollahs du monétarisme » , il s’en fait l’apôtre  zélé. Affligeant !

Alain Grandjean


[1] Guillaume Hannezo, 48 ans, est associé gérant de Rothschild et cie. Ancien élève de l’ENS et de l’ENA, inspecteur des finances, il a été conseiller technique au cabinet de Pierre Beregovoy, puis conseiller économique à l’Elysée sous Francois Mitterrand. Directeur financier des AGF (93/97),puis de la Compagnie générale des eaux/Vivendi universal (97/2002),il crée en 2003 une « boutique » de conseil en fusions acquisitions (FDR finance),intégrée depuis 2007 dans la banque Rothschild . Guillaume Hannezo est par ailleurs vice Président du conseil de surveillance de Libération et membre fondateur des Gracques

[2] Voir par exemple http://www.telos-eu.com/fr/article/l_ue_a_t_elle_le_droit_de_renflouer_la_grece

Pour une sixième République écologique

Dominique Bourg et ses co-auteurs nous livrent un ouvrage remarquable. Pas long (moins de 200 pages) agréable à lire, solide et innovant.

En voici le propos en quelques mots :

Une analyse lumineuse des contradictions entre notre système démocratique et les défis écologiques vitaux auxquels nous sommes confrontés, et la proposition d’une architecture d’ensembles et des propositions concrètes pour faire place à une sixième république où :
- Le président a une fonction et des moyens pour incarner le long terme
- Une troisième chambre , une assemblée du long terme, a un pouvoir d’initiative et de véto pour ce qui ressort de son champ de compétence
- Un collège du futur composé pour moitié d’experts et pour moitié de citoyens travaille pour éclairer solidement et démocratiquement les enjeux de l’avenir
- Le droit de l’environnement est renforcé
- Des dispositifs de démocratie participative sont mis en place.

Serait-ce trop demander à la future campagne électorale de poser le débat à ce niveau de réflexion, plus que jamais d’actualité ?

Et pour ceux que la création monétaire et le financement du long terme intéressent notons ce propos et cette proposition :

Le propos :
« il est grand temps de sortir des dogmes néolibéraux, de mettre fin au monopole privé, via les banques et le crédit, de la création monétaire; de rendre à nouveau possible une création monétaire publique, dédiée au seul financement des infrastructures destinées à faire face à la nouvelle donne naturelle planétaire » (page 164)

La proposition : Reformulation de l’article 1 de la Constitution

« La France est une république indivisible, laïque démocratique et sociale. (…) Son organisation est décentralisée.
La République veille à un usage économe et équitable des ressources, respectueux des limites de la biosphère. elle organise le financement des investissements nécessaires à l’adaptation publique aux grands changements naturels en cours et à venir »

(ce qui est en italique sera rajouté après le premier paragraphe actuel de  la constitution)

Voir également cette recension par le site de la FNH

Et l’article de la Tribune :

Pour une 6ème république écologique

Quand la Chine stockera … (Billet invité de Michel Lepetit)

7 juillet 2011

En mars 2011, Wang Quigyun, directeur du State Bureau of Material Reserves , annonçait que la Chine allait hisser ses réserves stratégiques d’un niveau de 30 jours d’importations actuellement, à 90 jours, selon le standard de l’Agence Internationale de l’Energie.

Dans son plan d’action pour 2011, le Ministère de l’énergie nationale chinois a ainsi indiqué que les efforts s’accélèreraient pour mettre en œuvre cette seconde phase du projet de stocks stratégiques pétroliers, même si les sites n’avaient pas encore été choisis par le régulateur.

(voir http://www.chinadaily.com.cn/bizchina/2011-03/09/content_12145205.htm)

Crédits image : 2000watts

Au rythme actuel des importations chinoises (source JODI http://www.jodidb.org/TableViewer/tableView.aspx), en ne prenant en compte que le pétrole brut, on parle donc d’un niveau de 4,8 millions de barils (MB) par jour en moyenne pour 2010. Ce rythme d’importations devrait croître rapidement si l’on extrapole la tendance des dernières années : 4,06 MB/j en 2009, 3,57 MB/j en 2008 et 3,27 MB/j en 2007 !… On simplifiera ici à 5MB/j pour le futur proche.

Pour une augmentation de 30 jours à 90 jours des stocks à ce niveau d’importation, la ponction sur le marché pétrolier sera donc, au terme du projet stratégique chinois, de l’ordre de 60 jours x 5 MB/j = 300 millions de barils.

Or l’Agence internationale de l’Energie a pu annoncer le 28 juin 2011 une intervention concertée de ses pays membres pour déstocker 60 MB pour faire face aux troubles en Lybie, sur des stocks stratégiques d’urgence s’élevant globalement à 1600 MB (voir http://www.iea.org/index_info.asp?id=2034).

Elle appelle au même moment  au renforcement de la coopération entre la Chine et l’Agence, émanation de l’OCDE (http://www.iea.org/index_info.asp?id=2036).

Il est connu que la Chine met effectivement en œuvre ses projets, et notamment ceux ayant un caractère stratégique. De la même manière que le douzième plan quinquennal verra la mise en œuvre de la politique de sécurité alimentaire, l’objectif de 90 Jours de stocks en matière de sécurité énergétiques sera lui aussi atteint.

Dans un élan exemplaire de coopération internationale, il ne reste donc plus aux pays de l’OCDE :

-          Qu’à s’informer auprès de leur nouveau partenaire chinois de la date de réalisation des sites de stockage

-          Et à déstocker alors 5 fois ce qu’ils viennent de décider pour permettre en toute quiétude à la Chine de se doter dans les mois qui viennent d’un stock stratégique pétrolier à la hauteur de ses ambitions légitimes, sans impacter ainsi la volatilité des cours du pétrole ni nourrir la spéculation …

Michel Lepetit

Président de Global Warning

Séminaire « Financer l’avenir sans creuser la dette » le 30 mars

6 mars 2011

Dans le cadre de l’activité de think tank de la FNH, le groupe de travail sur le financement du long terme que je pilote organise un séminaire de réflexion sur sa proposition de financement du long terme : le recours à l’emprunt à la banque centrale. L’objectif étant de financer l’avenir sans creuser la dette, dans un contexte où les investissements privés sont orientés vers le court terme, où l’argent public manque et où il devient chaque jour plus urgent d’investir dans une transition économique et énergetique majeure.

Plusieurs tables rondes regroupant de nombreux experts (économistes, principalement) sont organisées.

Le nombre de places est limité, les inscriptions doivent être faites avant le 20 mars.

Cliquez sur l’image pour accéder à l’invitation.

Pour plus d’informations sur le séminaire, télécharger la présentation.

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Les conditions de la croissance verte

7 février 2011

Cet article a été publié dans la revue des annales des Mines de Janvier 2011, dans la série Responsabilité & Environnement ; numéro titré « Une croissance verte ? ». Pour lire l’article en plein écran, cliquez sur le bouton « fullscreen » du cadre ci-dessous.

Ce que nous apprennent les fauvettes qui s’adaptent au changement climatique

27 janvier 2011

Les fauvettes1 migratrices issues d’Europe centrale migrent à l’automne au-delà de la Méditerranée pour y passer l’hiver et revenir en Europe en avril. Du fait du changement climatique ce voyage long de quelques milliers de kilomètres se transforme aujourd’hui en catastrophe : lorsqu’elles rentrent, les arbres ont déjà leurs feuilles, les chrysalides sont devenues papillons et la famine les guette.


Certaines d’entre elles ont eu l’idée de partir vers les Iles britanniques. Un climat à l’arrivée maintenant suffisamment clément. Un voyage beaucoup moins long : quand revient l’heure de la nidation elles sont plus rapidement de retour sur leurs terres. Le mouvement vers ce nouveau parcours ne cesse de s’amplifier chez les fauvettes. C’est la dernière mode.

« Comment ces migrateurs nocturnes qui volent à 2000 mètres de haut et se guident aux étoiles ont-ils pu changer leur route en si peu de temps ? L’équipe de Peter Berthold au Max Planck Institute de Radolfzell près du lac de Constance en Allemagne a élevé en cage des oisillons dont les parents avaient hiberné en Angleterre. A l’heure de la migration, ceux-ci ont été placés au milieu des champs dans une boite dont le couvercle découvrait la nuit étoilée. Le sol était jonché de poudre noire. Au matin toutes les empreintes allaient vers l’ouest : preuve que les fauvettes à tête noir avaient muté. L’information s’était inscrite dans leur patrimoine génétique. Ou plus certainement dans ce champ « épigénétique » qui intéresse de plus en plus les biologistes. »2

Cette histoire me fascine à trois titres. D’une part elle3 montre que les mécanismes purement darwiniens ne sont pas les seuls à entrer en jeu dans l’histoire de la vie. D’autre part elle montre qu’il y a peut-être des capacités inconnues de résilience de la biodiversité au traumatisme climatique. Ce n’est en rien une raison pour laisser la dérive climatique s’accélérer mais cela peut nous amener quelques bonnes surprises dans l’océan de mauvaises nouvelles.


Enfin et surtout cette histoire a la vertu pédagogique de nous montrer que les choses peuvent évoluer beaucoup plus vite qu’on ne le croit et par des mécanismes que nous ignorons. Comment être certain, pour revenir à Homo Sapiens, le mal nommé, qu’il est, comme le pense par exemple l’académicien
4 Jacques Blamont, définitivement méchant ? Comment être certain qu’une « mutation épigénétique » ne va pas le transformer ?

On peut penser au contraire que la perspective qu’il est en train d’achever le monde va le métamorphoser en être humain achevé. Michel SERRES plaide en faveur de la thèse de l’émergence d’une nouvelle humanité. Nous serions en train de passer de l’humanité à « l’hominescence »5. Edgar Morin fait l’éloge de la métamorphose. 6

Comment cette mutation peut-elle se produire ? A la fois, comme pour les fauvettes, parce que c’est cela où crever. Ensuite et surtout parce que, tous comptes faits, nous sommes faits pour être heureux et pour rendre heureux. C’est quand même une motivation puissante, non ?

La fauvette est irrésistiblement attirée pendant l’hiver par des zones inconnues qui lui apporteront ce dont elle a besoin. Nous sommes irrésistiblement attirés par le bonheur, la joie, la beauté, la poésie. Le sursaut dont nous avons besoin c’est de refuser de nous laisser emporter vers les terres faméliques et violentes où nous dirigent les mécanismes financiers et économiques actuels. Il est à notre portée de les corriger pour que nous puissions construire un monde solidaire, avec nos congénères et toute la biosphère, un monde durable parce que solidaire.

Alain Grandjean

1 Comme indiqué dans mon dernier post, le dernier livre de Lorius (Voyage dans l’anthropocène) est remarquable. C’est lui qui évoque cette belle histoire. Qu’Actes sud me pardonne de la citation assez large que je vais faire maintenant pour parler des fauvettes et de ce qu’elles m’inspirent. Voir pages 124 et 125

2 Op. cité, page 125

3 La recherche sur l’ épigénétique et le fait que l’expression des gène peut être influencée par l’environnement et non pas uniquement par les gènes est très active. Andrew Fire et Craig Mello ont obtenu le prix Nobel de physiologie et de médecine pour la découverte de l’ARN interférent qui a révolutionné notre vision de la régulation de l’expression des gènes.

4 Voir son « Introduction au siècle des menaces «  paru chez Odile Jacob en 2004.


5 Hominescence, le livre de poche, 2003.

6 Eloge de la métamorphose, par Edgar Morin,| 09.01.10 |

L’académie des sciences va-t-elle permettre de clore les faux débats et de rouvrir la porte aux vraies questions ?

1 novembre 2010

Le rapport de l’académie des sciences, piloté par Jean-Loup Puget, délégué de la section Sciences de l’univers, tranche sans ambigüité dans le débat initié par Claude Allègre, avec l’aide, au plan scientifique de Vincent Courtillot et Jean-Louis le Mouël, également académiciens. Au plan scientifique, l’affaire était entendue de longue date1, mais ce rapport est bienvenu car il met en France un terme à un faux débat. On peut regretter qu’il ne fasse pas référence aux synthèses les plus récentes (Le rapport du Conseil Inter-Académique (IAC) sur les processus du GIEC et le rapport de la Royal Society sur l’état des connaissances scientifiques sur le changement climatique) et qu’il ne cite les travaux du GIEC que dans la bibliographie. On peut regretter aussi quelques concessions2 dans le texte faites à Vincent Courtillot et un peu trop de poids accordé à quelques points d’incertitude mineurs. Peu importe. Ce texte a été adopté à l’unanimité et il n’est donc plus possible de faire état d’une contestation des éléments de diagnostic et de pronostic rapportés par le GIEC et la communauté des climatologues, qui serait fondée et reconnue en France par des membres de l’académie des sciences.

Les climato-sceptiques contrairement aux apparences font perdre du temps. Ils mettent l’emphase sur de faux débats. C’est d’ailleurs une technique employée délibérément par les « marchands de doute », selon la magnifique expression de Naomi Orenkes3, auteur d’un livre remarquable sur le sujet.

Revenons rapidement aux vrais débats : quelles mesures prendre et à quelle vitesse pour limiter le changement climatique, s’adapter à ses conséquences pour la part qui est inévitable et en atténuer l’impact pour les populations concernées ? Si en France le Grenelle de l’environnement, dont le bilan va sortir très prochainement a conduit à prendre quelques mesures, elles restent bien timides (et parfois erronées, mais nous y reviendrons). Il est vraiment temps de prendre conscience de l’ampleur de la marche à franchir. Je vous recommande à ce sujet le livre de Clive Hamilton, « Requiem for a species » 4. Partant de ce constat et de la conviction que nous n’arriverons pas à franchir cette marche, il en déduit que nous devons faire le deuil d’une planète à peu près agréable, celle que nous connaissons en ce moment, pour nous adapter à l’idée d’un « monde à 4 degrés5 » fort peu sympathique…

Si nous voulons éviter ce monde à nos enfants et petits-enfants il va bien nous falloir accepter de changer radicalement de mode de consommation et de production. La crise financière ne peut être un obstacle à cette impulsion. A-t-on manqué d’argent pour sauver les banques ? Les américains ont-ils manqué d’argent pour transformer leur économie lors de la dernière guerre mondiale ? Peut-on manquer d’argent (qui se crée d’un jeu d’écritures et ne représente que les dettes et créances des uns et des autres) pour éviter de détruire la vie donc l’activité économique elle-même ? Si nous croyons cela, ne serait-ce qu’un instant, c’est , à l’évidence, que nous sommes habités par des croyances stupides. Le vrai débat, c’est bien celui-ci : comment en finir avec des modes de pensée et des croyances autodestructeurs ? Comment piloter l’économie et la finance avec bon sens, pour éviter de finir comme l’Ile de Pâques ?

Alain Grandjean

1 La thèse de Courtillot a été réfutée par Edouard Bard directeur de la chaire de climatologie du Collège de France (voir par exemple http://sciences.blogs.liberation.fr/home/2010/09/scoop-le-match-bard-versus-courtillot-à-lacadémie-des-sciences.html#tp) . Claude allègre n’a lui jamais écrit d’article scientifique sur le climat. Et c’est précisément le rôle du GIEC de faire le point sur l’état des discussions scientifiques…


2 Comme par exemple « L’activité  du  Soleil ne  peut  donc  être  le  facteur dominant  de  ce  réchauffement » est-il dit, alors qu’il est clair que c’est un facteur marginal et parfois négatif sur certaine période.

3Merchants of Doubt: How a Handful of Scientists Obscured the Truth on Issues from Tobacco Smoke to Global Warming, Naomi Oreskes and Erik M. Conway, Bloomsbury Press, 2010

5 S’inspirant du livre « Six degrés , Que va-t-il se passer? » de Mark Lynas, Dunod, 2008

La fabrication de l’incertitude par les lobbys – Séminaire le 14 octobre par Claude Henry

7 octobre 2010

Claude Henry est un des économistes français les plus reconnus dans le monde. Spécialiste des questions d’environnement et bon connaisseur des USA (il est professeur à Columbia), son travail sur la fabrication de l’incertitude par les lobbys est passionnant.

Voici le texte de l’annonce :

Paris Environmental and Energy Economics Seminar, October 14th

Dear All,
we are pleased to announce the next meeting of the PEEES (Paris Environmental and Energy Economics Seminar)
Speaker: Claude henry, Iddri Sciences Po and University of Columbia

« SCIENTIFIC UNCERTAINTY AND FABRICATED UNCERTAINTY: FROM TOBACCO TO CLIMATE »

The paper can be downoladed at http://sites.google.com/site/seep20102011/home

Seminar Coordinator
Anna Creti-Université Paris Ouest and École Polytechnique

PEEES is a joint initiative of the following institutions:
University Paris 1- Paris School of Economics, Université Paris Descartes, University Paris Ouest Nanterre, University Paris Dauphine, Agro ParisTech, Ecole Polytechnique, Ecole des Mines, Ecole des Ponts, CEA, CIRED, Climate Economics Chair and IFP School.

Informations pratiques :
October 14th, 4PM to 5.30PM
Université Paris-Descartes
Salle des thèses, 5ème étage, Bâtiment Jacob
45 rue des Saints-Pères 75006
Agrandir le plan

Commentaires retardés

14 avril 2010

Pour une raison inconnue, WordPress (le CMS opensource qui propulse ce blog) a décidé soudainement de placer certains commentaires non spam dans la liste des commentaires indésirables que je ne consulte quasiment pas. (Jusqu’à présent, le tri automatiquement affichait 100% de réussite.)

Les commentaires des articles suivants ont donc été bloqués durant les derniers jours, ils sont maintenant rendus public, avec retard et mes excuses…

Le jeu des 7 erreurs, suite, 7 avril 2010 (1 commentaire)

Vous n’avez pas voulu de la taxe carbone…, 26 mars 2010 (1 commentaire)

Le climat sacrifié sur l’autel politicien, 24 mars 2010 (4 commentaires)

Patrick Artus prône la taxe carbone pour se préparer au peak oil, 18 mars (2 commentaires)


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