La monnaie dans l’économie moderne : aperçu introductif

6 juillet 2014
La monnaie dans l’économie moderne : aperçu introductif. Par Michael McLeay, Amar Radia et Ryland Thomas des Etudes monétaires de la Banque d’Angleterre

 

Les mécanismes de création monétaire sont souvent considérés comme mystérieux, ou objet de débats entre les économistes. Or il s’agit d’un enjeu économique et politique considérable.

C’est aussi un enjeu démocratique. Refuser de comprendre ces questions, au motif qu’elles seraient techniques et du domaine des experts c’est, de fait, abandonner son pouvoir sur une question qui détermine notre vie, aujourd’hui en Europe. 

Ce texte de trois économistes de la Banque Centrale d’Angleterre, remarquablement bien traduit par Julia Grandjean, est le bienvenu. Il permet, je crois, d’abandonner certaines idées reçues et de bien comprendre la monnaie,sa création et son fonctionnement.


La monnaie dans l’économie moderne : aperçu introductif by Alain Grandjean

 

Aux sources de la (quasi)religion monétaire des allemands

22 mai 2014

monnaieAu vu des problèmes posés par la gestion actuelle de l’Euro  le débat sur une sortie éventuelle de l’Euro prend un peu plus d’ampleur chaque jour . C’est pourquoi il devient nécessaire de tenter d’évaluer ce qui est négociable ou non avec nos voisins sur le sujet monétaire, indépendamment de toute considération politique. Car l’enjeu ne porte pas seulement sur « une monnaie unique ou pas », mais sur le dispositif qui l’accompagne, défini pour l’essentiel  dans le traité de Maastricht. Les statuts de la BCE sont calqués sur ceux de la BundesBank et les dispositions de contrôle budgétaire sur le modèle « ordo libéral » . Or ces éléments sont profondément  liés à l’histoire allemande du XX ème siècle.

 

Cette histoire est notamment marquée par trois épisodes monétaires tous les 3 traumatisants.

 

  • l’hyperinflation de Weimar en 1923 qui a marqué les esprits par l’image des  brouettes de billets; cette hyperinflation  résulta principalement du traité de Versailles et des demandes excessives des alliés en matière de réparation des dommages de guerre[1] ; la planche à billets fut une tentative (vaine) de contourner ces contraintes de fer.

 

  • la déflation aggravée par les mesures d’austérité du chancelier Heinrich Brüning qui facilita la montée au pouvoir d’Hitler
  • la relance allemande à partir de 1933, financée grâce à l’inventivité de Hjalmar Schacht  par la création de« bons de travail », forme de monnaie astucieuse, dont le nom, le MEFO[1]qui peut évoquer le raccourci de MEPHISTO (voir plus loin) ne manque pas d’humour inconscient…

 

Le drame allemand est double : d’une part c’est en partiegrâce à cette création monétaire que l’Allemagne est devenue une puissance militaire redoutable,  mais, pire encore si l’on peut dire, cette relance conduisit, le travail et la prospérité revenus, à une forte adhésion populaire à Hilter en 1936.

 

Le Deutsche Mark fut créé en 1948 par Ludwig Erhardt  en remplacement du Reichsmark. Cette nouvelle monnaie, créée dans une période inflationniste (comme en France après-guerre, ce qui conduisit au nouveau franc en 1958),  avait aussi pour finalité de tourner la page et de faire oublier le passé.

 

Dans les propos publics actuels, il est surtout question de l’hyperinflation qui a traumatisé le peuple allemand. Je pense que, bien plus profondément, c’est le contrôle de la monnaie par un génie du mal qui marque nos voisins. Rappelons cet extrait du Faust II de Goethe,  génie littéraire allemand né… à Francfort, siège de la BCE et de la BundesBank :

 

«L’Empereur est à court d’argent. Il se lasse des propositions mesurées qui lui sont faites et proclame : « J’en ai assez de ces éternels « Mais » et « Si » ; Je manque d’argent, alors qu’on en crée donc ! » Et le Diable, Mephisto, d’abonder dans le sens du Souverain : « Je crée ce que vous voulez, et j’en fais même bien plus. »

 

Se rappeler ces tragédies permet d’imaginer qu’il serait très  difficile aux allemands d’abandonner :

 

  • l’indépendance de la Banque Centrale (pour éviter que la « planche à billets » soit utilisée à par un pouvoir soit trop faible (Weimar) soit trop fort (IIIeme Reich)

 

  • la discipline budgétaire, pour les mêmes raisons

 

  • la valeur symbolique d’une monnaie forte, image du renouveau allemand d’après-guerre

 

D’autant plus difficile à imaginer que ces choix semblent ne pas trop mal leur réussir en ce moment.

 

Mais ces périodes tragiques de leur histoire  font aussi douter du recours à la création monétaire publique pour financer un programme de grands travaux, écologiques  énergétiques et sociaux.

 

Conclusion : la discussion sur la question monétaire avec l’Allemagne nécessite une très forte volonté politique de notre côté et une fermeté sans faille dans les propositions et ce dans tous les cas : qu’il s’agisse de faire évoluer la gestion de l’Euro (avec son package actuel) ou de passer à une monnaie commune. On en est encore loin !

 

Ce post a été relu par Michèle Grandjean.

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[1] Voir le chapitre 6 du livre La Monnaie dévoilée ; Gabriel Galand et Alain Grandjean

(L’harmattan, 1997) qui justifie cette thèse

[2] Les MEFO sont les titres  d’une société, la MetallurgischeForschungsgesellschaft, m.b.H., qui servent de monnaie d’échange convertible en Reichmarks sur demande.

[3]Voir la proposition de Frédéric Boccara  et le livre« Une autre Europe. Contre l’austérité. Pour le progrès social en coopération. Un autre Euro » 140 p., Petite collection Ecopo)

La libre circulation des capitaux

20 mai 2014

De Pierre Mendès-France à  Pascal Lamy

 

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Que l’Union Européenne ait adopté le principe de libre circulation des capitaux au sein de l’Union, peut se comprendre, même si ça se discute (ce principe ne peut pas être respecté par exemple en cas de crise bancaire, comme lors de la crise Chypriote). Mais   que ce principe soit mis en place et revendiqué avec les pays tiers reste un grand  objet d’étonnement. Pierre Mendès-France[1] l’explique de manière limpide :

« Nos partenaires (européens) veulent conserver l’avantage commercial qu’ils ont sur nous du fait de leur retard en matière sociale. Notre politique doit continuer à résister coûte que coûte, à ne pas construire l’Europe dans la régression au détriment de la classe ouvrière (…)

Il est prévu que le Marché commun comporte la libre circulation des capitaux. Or si l’harmonisation des conditions concurrentielles n’est pas réalisée et si, comme actuellement, il est plus avantageux d’installer une usine ou de monter une fabrication donnée dans d’autres pays, cette liberté de circulation des capitaux conduira à un exode des capitaux français (…)

Les capitaux ont tendance à quitter les pays socialisants et leur départ exerce une pression dans le sens de l’abandon d’une politique sociale avancée. On a vu des cas récents où des gouvernements étrangers ont combattu des projets de lois sociales en insistant sur le fait que leur adoption provoquerait des évasions de capitaux (…)

L’abdication d’une démocratie peut prendre deux formes, soit le recours à une dictature interne par la remise de tous les pouvoirs à un homme providentiel, soit la délégation de ces pouvoirs à une autorité extérieure, laquelle, au nom de la technique, exercera en réalité la puissance politique, car au nom d’une saine économie on en vient aisément à dicter une politique monétaire, budgétaire, sociale, finalement “une politique”, au sens le plus large du mot, nationale et internationale ».

Mais ce qui est encore plus sidérant c’est le rôle des socialistes dans cette décision et en particulier de Pascal Lamy, ancien directeur général de l’Organisation Mondiale du Commerce et dont on sait l’influence actuelle.

Un petit résumé du parcours de Pascal Lamy

Membre du comité directeur du PS de 1985 à 1994, il fut conseiller du ministre de l’Économie et des Finances Jacques Delors (avril1981-juillet1984) et directeur adjoint du cabinet du Premier ministre Pierre Mauroy (1983-1984). Il a exercé de 1983 à 1994 les fonctions de directeur de cabinet du président de la Commission européenne Jacques Delors, dont il fut par ailleurs le collaborateur au G7. Il est ensuite directeur général du Crédit lyonnais jusqu’en 1999. Il occupe le poste de commissaire européen au Commerce sous la présidence de Romano Prodi. Il est élu en 2005directeur général de l’Organisation mondiale du commerce (OMC) et quitte le poste fin 2013.

Tout s’est en effet joué sous Mitterrand dans les années 80[2]Le principe de la libre circulation des capitaux étaitinscrit dès 1957 par le traité de Rome (art. 56 du Traité instituant la Communauté Européenne ou T.C.E.), mais il n’était pas effectif. L’idée de constituer un grand marché européen fut relancée lors du sommet de Fontainebleau en 1984 organisé par François Mitterrand alors que la France occupait la présidence de l’U.E, ce qui aboutira à la signature de l’Acte unique européen en 1986. Cet Acte Unique  fut complété par la directive Delors-Lamy 88/361/CEE du 24 juin 1988  interdisant toute entrave à la circulation des capitaux.

L’article premier stipule : «Les États membres suppriment les restrictions aux mouvements de capitaux intervenant entre les personnes résidant dans les États membres», et dans son article 7 : «Les États membres s’efforcent d’atteindre, dans le régime qu’ils appliquent aux transferts afférents aux mouvements de capitaux avec les pays tiers, le même degré de libération que celui des opérations intervenant avec les résidents des autres États membres, sous réserve des autres dispositions de la présente directive». L’objectif estbien de créer une entière mobilité des capitaux au sein de l’Union Européenne et entre les pays membres de l’U.E. et les pays tiers.
La directive entra en vigueur en 1990.

On comprend mieux avec ce petit rappel historique la difficulté du PS à faire son aggiornamento sur la construction économique européenne : il va lui falloir d’une part reconnaître sa responsabilité historique, puis que ce fut une grave erreur. Il n’y a aucune justification sérieuse à la libre circulation mondiale des capitaux et pour le cas de l’Europe  ce n’est pas dans son intérêt. La débâcle annoncée du PS aux élections européennes  va peut-être le réveiller ?

 

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[1] En 1957, dans un discours prononcé à l’Assemblée Nationale, découverte due à Frédéric Lordon, voir son blog et son livre La Malfaçon. Monnaie européenne et souveraineté démocratique. 2014. Les liens qui libèrent.

[2] Pour plus de détails voir le post d’Olivier Berruyer

L’étrange suicide de l’Europe (et de la France)

14 mai 2014

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Si elle ne change pas de cap, l’Europe pourrait entrer à nouveau dans une nouvelle période de grandes difficultés. Chômage de masse, émigrations des jeunes, pertes de savoir-faire et de technologies stratégiques, dépendance énergétique, gouvernance affaiblieet divisions dans la gestion de l’Europe…tout cela désenchante, fait le lit des extrêmes, et, dans un monde toujours plus dangereux, du fait notamment de la raréfaction en cours des ressources et de la détérioration de l’environnement et de la montée des inégalités,  ne présage vraiment rien de bon.

 

Ce n’est pas la première fois que l’Europe aborde une situation « explosive » : invasions « barbares » du haut moyen-âge, guerre de cent ans et peste noire, guerres de religion, guerres mondiales…Mais cette fois-ci la situation  est   vraiment paradoxale. Alors que l’Europe dominait le monde il y a à peine plus d’un siècle, grâce à ses conquêtes intellectuelles, scientifiques et morales, elle semble n’avoir de cesse de s’acharner à disparaître. La première guerre mondiale fait naître l’Amérique, la deuxième la hisse au rang de première puissance, décrédibilise pour de longues années tout propos moral ou éthique tenu par l’Europe. L’après-guerre semble être consacré  à  la constitution méthodique des puissances orientales et au laminage de la puissance européenne.

 

Les instruments principaux de cette autodestruction sont économiques :

 
1 Nous avons laissé le Japon, les « tigres » puis la Chine bénéficier :

  • de monnaies clairement et durablement sous-évaluées
  • de politiques salariales et environnementales peu exigeantes si l’on ose cet  euphémisme

Ce qui leur a permis de conquérir des places de choix dans la guerre commerciale mondiale.

 

2 Nous avons laissé se démanteler les régulations créées à Bretton-Woods et voir triompher une finance de marché, favorable aux américains, qui délite le corps social, pousse au laminage des amortisseurs sociaux et fait perdre à l’Europe son identité.

 

3 Nous laissons nos dettes publiques se faire financer par les marchés financiers, pour mettre délibérément notre modèle social sous leur férule !

 

4 Non seulement nous nous refusons à toute forme de protection économique, mais nous nous faisons le héraut glorieux du libre-échangismequi n’est évidemment plus dans nos intérêts : comment résister à un concurrent comme la Chine, aujourd’hui ? Et qui n’est pas non plus conforme à nos valeurs : il est clair que l’accroissement considérables de inégalités sociales et l’incapacité mondiale à éradiquer la pauvreté sont liées à la concurrence impitoyable de tous contre tous baptisée « mondialisation ». Or l’Europe reste le creuset de l’humanisme.

 

Le paradoxe est évident : les invasions « barbares » se font dans un monde en complète recomposition,  la peste est clairement subie et longtemps mystérieuse, la première guerre mondiale encore mal comprise résulte sans doute d’obscures rivalités pour l’hégémonie, la deuxième est la suite de la première et plus exactement des défauts majeurs du traité de Versailles, mais ce que nous faisons depuis 60 ans, est de l’ordre du choix. C’est donc bien un suicide !Paradoxe encore plus sidérant quand on prend en considération deux éléments, la passé et l’avenir : la puissance européenne de départ, sa capacité à continuer à incarner un idéal humain, même si elle a été affaiblie par les horreurs de la deuxième guerre mondiale.

 

La bonne nouvelle donc c’est que ce n’est pas une fatalité. Pourquoi serions-nous incapables de trouver en nous le ressort pour survivre, pour,  a minima, ne pas disparaître dans la mondialisation que nous appelons de nos vœux depuis les années 70 et, soyons fous, pour pouvoir ré-exister politiquement et moralement afin de peser sur l’avenir du monde ?

 

Peser sur l’avenir du monde est maintenant vu par beaucoup d’intellectuels et de dirigeants comme un vieux fantasme. C’est pourtant toujours la responsabilité de l’Europe. Elle seule continue à incarner vaille que vaille le chantier de la lutte contre le changement climatique, à incarner un « ordre mondial » qui ne soit pas fondé sur la force mais sur l’équilibre ; elle seule défend une conception de la culture qui ne soit pas marchande. La Chine et les USA sont installés durablement dans un conflit de leadership, la Russie rêve d’une nouvelle puissance. Quant aux autres émergents leur priorité c’est l’accès de leur population au mode de vie occidentale, dont nous savons qu’il est impossible, avec les technologies actuelles. Le poids de l’avenir du  monde continue à peser sur l’Europe. Elle doit et peut se relever.

 

Tout cela est encore accessible, mais suppose de bien fonder le diagnostic et le pronostic : de quoi souffrons-nous et où allons-nous sans traitement ? Il me semble que le cœur de notre maladie est une croyance : nous continuons à croire en la vertu de l’économie de marché livrée à elle-même. Nous n’assumons pas la nécessité de sa régulation que nous voyons majoritairement aujourd’hui comme un mal nécessaire ; nous la construisons et  la défaisons, en fonction de l’air du temps et des rapports de force. A l ‘évidence nous n’avons pas encore purgé la grande période de la planification et du centralisme d’après-guerre et nous continuons à adorer une contre-idole. Contre-idole qui nous pousse à croire qu’une Europe transformée en grand marché ouvert aux quatre vents serait un « optimum » (un idéal ?) économique. Or nous savons, car les économistes sérieux nous l’ont montré depuis longtemps et que les faits sont parlants, que cette idole, comme toutes les idoles, ne tient pas ses promesses. Pire, le modèle « darwinien » vanté par nos économistes prétendument[1]  libéraux,  ne peut que conduire à la destruction des plus faibles : ce que nous allons finir par devenir si nous continuons !

 

Bref nous souffrons d’idéalisme face à des concurrents qui ne le sont pas. Il ne viendrait pas à l’esprit des présidents américain, chinois et russe de soumettre leurs impératifs stratégiques et géopolitiques au primat de la concurrence économique. Encore moins de les soumettre à des technocrates édictant et contrôlant l’application de règles issues d’un raisonnement économique théorique[2]. Mais il est vrai que leur primat est celui de la puissance, qui n’est plus celui de l’Europe !

 

Que nous faut-il donc pour guérir et éviter la mort sans phrases ? Cesser d’assimiler nécessité de régulation et rejet de la concurrence et de l’entreprise. Un capitalisme régulé repose toujours sur ces deux piliers (entreprises et concurrence) mais en exige un troisième qui est là pour faire face précisément à toutes les défaillances de marché[3].Ce troisième pilier c’est celui des biens communs, dont la définition et la gestion nécessitent une approche coopérative[4]. Ne devrait-il pas être évident qu’une société humaine ne peut se fonder sur le primat de la compétition mais sur celui de la coopération entre humains et de l’équilibre avec la Nature, notre « mère nourricière ».

 

Essayons tout bêtement de retrouver le bon sens de nos aïeuls, qui savaient la valeur de la terre, l’importance du climat et de la météo, qui prenaient en charge intuitivement le sort de leurs descendants, bref qui vivaient chaque jour les « idéaux » du développement durable. Cela ne se fera sans doute pas par une conversion spontanée mais par un « combat idéologique et politique »; nous devons en finir avec les dogmes et les carcans idéologiques qui nous conduisent au suicide.

 

C’est une condition nécessaire pour l’Europe, mais pas suffisante. Comment en effet faire vivre cet idéal sans recourir à la force et sans en être empêché par les puissances prédatrices qui nous entourent ? Il me semble que la réponse tient d’une certaine manière dans la célèbre question de Staline : « Le pape combien de divisions ? ». Il nous faut abandonner le primat suicidaire (et mortifère) de la compétition mais aussi celui du matérialisme : l’humanité, et plus généralement l’ évolution, ne sont pas mues par les seuls rapports de force. Les graines que nous plantons par nos actions portent des fruits qui vont bien au-delà de leur simple poids matériel !

 

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 [1] Prétendument car la liberté ne peut évidemment pas résulter de la loi de la jungle. C’est vrai en politique comme en économie.

[2] C’est pourtant ce que nous avons fait avec la BCE, la Commission Européenne et le traité de Maastricht.

[3] Je ne développe pas ici tout ce pan de la littérature économique ; on peut lire le livre d’un économiste libéral qui explique cependant bien ce que sont les défaillances de marché ; Bernard Salanié, L’économie sans tabou (préface d’Edmond Malinvaud), Le Pommier, 2004

[4]Voir Gouvernance des biens communs. Pour une nouvelle approche des ressources naturelles, ElinorOstrom, Ed. de Boeck, 2010.

 

Faut-il « Casser l’Euro pour sauver l’Europe » ?

2 mai 2014

C’est le titre d’un livre passionnant de Franck Dedieu, Benjamin Masse-Stamberger, Béatrice Mathieu et Laura Raim, tous quatre journalistes et qui vient de sortir aux éditions Les Liens qui Libèrent.

 

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Alors que les élections européennes arrivent, ce débat est toujours tabou. Comme lors du référendum sur le Traité de Maastricht en 1992 (où le oui l’a emporté) puis sur le traité constitutionnel en 2005 (où c’est le non qui l’a emporté), il est toujours majoritairement acquis qu’être contre l’Euro c’est être contre l’Europe. Ce livre fait donc œuvre utile en distinguant bien les deux questions[1],  en montrant comme leur confusion a été organiséedélibérément et que contrairement à l’idée reçue, le sauvetage de l’Europe pourrait se faire en cassant l’Euro. Je ne reviendrai pas ici sur les critiques faites à la  construction de l’Euro inspirée des dogmes  que j’ai dénoncés et je laisse au lecteur le plaisir de la lecture du livre cité.

 

La question qui vient juste après est bien entendu celle de la faisabilité de cette sortie de l’Euro. Les auteurs poussent l’idée d’un Euro monnaie commune (proposée notamment par l’association chômage et monnaie (Gaël Giraud[2], Frédéric Lordon, Jacques Mazier(dans le dernier livre des économistes atterrés[3]). L’euro servirait aux échanges internationaux de la zone Euro ; chaque pays aurait sa monnaie, (pour la France l’euro-franc), dont la parité avec l’Euro (au départ un pour un) serait fixe mais révisable. Ces monnaies nationales ne seraient pas exposées aux marchés financiers et échapperaient donc à la spéculation. Nos auteurs analysent les difficultés qui ne sont pas minces et montrent de manière convaincante que c’est faisable.

 

Reste la question de fond, de nature politique : cette décision a-t-elle la moindre chance d’être prise à froid ? C’est-à-dire autrement que provoquée par une  crise majeure ?L’économiste Jean Gadrey dans une série de trois posts très bien faits , que je ne résume pas ici, soutient plusieurs idées dont les trois suivantes (sauf erreur de compréhension de ma part) :

  • c’est la crise financière de 2008 qui est à l’origine des problèmes actuels et notamment des divergences entre économies de la zone Euro
  • la monnaie ne doit pas être « fétichisée » et prise comme cause ; ce qui compte vraiment ce sont les rapports de force sociaux qui sont en jeu et les idées qui les idées qui les sous-tendent. De ce point de vue,  l’échelon national n’est pas plus orienté dans le bon sens que l’échelon européen.
  • il est possible de faire progresser la gouvernance européenne sans casser l’Euro, et ce sera déjà difficile politiquement.

 

Suite à ses lectures, il m’est apparu trois conclusions que je livre à votre sagacité :

 

1 – il faut finir d’instruire le débat sur les causes de la situation actuelle

Les divergences entre les économies de la zone euro sont-elles liées au choc de 2008-2009 (thèse  de Jean Gadrey ) ou antérieures ; le cas de l’inflation, illustré par le graphique ci-après[4] est parmi d’autres un élément qui plaide  pour la deuxième branche de l’alternative. Jean Gadrey cite d’autres indicateurs qui n’ont divergé qu’à partir de 2009 (il cite le taux de chômage, le PIB par habitant, les gains de productivité du travail, les ratios de dette publique).

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2 – il faut également statuer sur les conséquences de la crise de  2008.
Le fait que la zone Euro ait mal résisté au  choc de 2008-2009 est évidemment à mettre au débit de la construction de l’Euro (et avait été anticipé, en théorie, par ses critiques, précisément sur l’idée démontrée qu’une zone monétaire « non-optimale » ne sait pas résister  à un choc exogène) ; pour autant dans le cadre même de la monnaie unique, pouvait-on réagir plus efficacement ?

 

3 – enfin, il est important de savoir si des alternatives à la sortie de l’Euro peuvent suffisamment corriger le tir pour se passer de la dite sortie ? Et si elles sont plus réalistes !

De mon côté je ne cesse de plaider, avec d’autres, pour qu’on finance à très bas taux et avec des prêts très longs un grand plan de transition énergétique et écologique. Cette « solution » nerésoud pas le problème posé par les différentiels de compétitivité entre pays de la zone qui ne cessent de se creuser et sont l’une des causes  des problèmes sociaux des pays du sud et de la contre-réaction par une politique d’austérité et de déflation par la baisse des salaires, suicidaire pour la zone. Mais elle pourrait donner de l’oxygène et du temps de négociation, en redonnant du travail et en contribuant à la réduction des dettes publiques (moins d’achat de gaz et de pétrole c’est moins de déficit extérieur mais aussi moins de dette publique, moins de chômage c’est aussi moins de déficit public).

 

« Nouvelle donne » plaide de son côté pour l’injection en France d’une monnaie complémentaire à l’euro, un euro-franc, via la Banque de France.

 

Mon expérience personnelle c’est qu’on bute néanmoins, même pour ces solutions de « second rang », sur les mêmes dogmes, ceux qui sont à l’origine de la création de l’Euro. La construction « Maastrichtienne » est bien verrouillée idéologiquement. Elle l’est aussi juridiquement. La longue étude que nous avons entreprise dans le cadre du projet SFTE (Société de Financement de la Transition Energétique, nous a permis d’identifier plusieurs verrous qui peuvent être levés mais pas si aisément que cela et certainement pas si la volonté de le faire, en France, n’est pas là. Concernant l’ensemble des propositions « alternatives », y compris celle évoquée ci-dessus elles vont buter sur le même problème. Ce n ‘est en rien une raison pour baisser les bras ; au contraire il est très utile de montrer  à tous de manière concrète et précise, l’ampleur et la force du verrouillage du carcan dans lequel nous sommes enfermés !

 

En conclusion l’ami Jean Gadrey a sans doute raison sur un point clef: la question n’est pas d ‘abord tant l’Euro monnaie unique, que les théories et représentations qui sont à sa base. La chasse aux dogmes – à laquelle j’essaie d’apporter ma modeste contribution-  est  donc dans tous les cas un point de passage obligé et prioritaire. De ce seul point de vue, nous ne pouvons que féliciter nos quatre mousquetaires auteurs du livre dont le titre est celui de ce post !

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[1] Pour la chronique de la création de l’Euro, il est aussi utile de lire le livre très documenté de Robert Salais « Le viol d’Europe : enquête  sur la disparition d’une idée » paru aux PUF en 2013.

[2] Voir son dernier livre « Illusion financière » paru aux éditions de l’atelier

[3] Voir J.Mazier, « Le futur de l’euro » dans les Economistes atterrés, Changer l’Europe !, Les liens qui libèrent, 2013, P.330

La chasse aux Dogmes

2 décembre 2013

Avant de proposer des réformes de l’Euro et de sa gouvernance, il importe de bien identifier les erreurs doctrinales qui ont présidé à sa construction et plus généralement à la construction économique européenne actuelle. Cette analyse peut paraître ambitieuse, tant ces dogmes semblent incontournables car acceptés comme vérités révélées par la majorité des dirigeants de gauche ou de droite. Elle est essentielle pour éviter les risques de retomber dans les mêmes errements. Quant à la toute-puissance des dogmes, l’histoire nous montre qu’elle est heureusement toute-relative.

1 L’efficience des marchés, en particulier des marchés financiers

Toute une branche de l’économie théorique des travaux fondateurs de Léon Walras à ceux de Gérard Debreu vise à modéliser l’économie de marché et à identifier les conditions de son « optimalité » au sens de Pareto : une situation est optimale au sens de Pareto, quand il n’est pas possible d’améliorer la situation d’un des acteurs sans en défavoriser un autre. De cette abondante littérature, il ressort clairement que les marchés « réels » ne sont pas efficients parce qu’ils ne remplissent pas les conditions qui les rendraient tels. Pour autant l’Europe, dès le traité de Rome, s’est construite autour de l’idée centrale d’un marché intérieur, et du primat de la libre circulation des personnes, marchandises et capitaux. Elle a donné un pouvoir considérable à la direction de la concurrence, et contribué à la libéralisation progressive des services publics. Comme pour tous les dogmes que nous allons évoquer ici, tout est une question de mesure et d’ampleur : que l’économie de marché « fonctionne » globalement mieux qu’une économie où les prix sont déterminés de manière centralisée, il est peu de personnes pour contester ce fait. Mais faut-il faire de la concurrence un saint graal ? Ne voit-on pas les effets délétères pour l’Europe[i] de la concurrence de tous contre tous ?

Quant aux marchés financiers, leur efficience, au sens actuel,  a été modélisée par Eugène Fama[ii],  qui tente de relier la notion économique d’efficience[iii] au sens courant  de « bonne » allocation des ressources (capitaux, investissements) de sorte qu’on évite les gaspillages à celle d’information. Un marché est efficient au sens où les prix qu’il fournit aux intervenants sur ce marché révèlent toute l’information pertinente.

« A market in which prices always ‘fully reflect’ available information is called ‘efficient’ ». [iv]Sur un marché efficient, les actifs ne sont jamais sous-évalués ou surévalués. Si Eugène Fama a cru démontrer que les marchés financiers l’étaient,  c’est au prix d’hypothèses peu réalistes, non rencontrées dans la pratique. C’est surtout au prix d’une conception très abstraite de l’efficience.

Pour une critique détaillée de ce concept et de cette hypothèse, je renvoie au livre de Gaël Giraud[v] et à l’analyse très profonde de Nicolas Bouleau[vi] qui en présente un résumé dans son  blog. Je rappelle également les travaux de Benoît Mandelbrot, mathématicien inventeur des fractales. Il a  montré que les crises financières proviennent plus souvent et sont d’une plus grande ampleur que ce que prévoient les théories de l’efficience. Celles-ci supposent en général que les mouvements sur les marchés financiers obéissent à des lois de probabilité dites « normales » ; l’observation des faits montrent qu’il n’en est rien[vii].

Il n’est cependant pas nécessaire de lire ces travaux techniques pour constater l’inefficacité des dits marchés. Vu de haut, il est évident que les marchés financiers « n’allouent pas les capitaux » sur les opérations les plus utiles socialement et ne sont pas capables de fournir un cadre stable permettant à l’économie de fonctionner correctement.

C’est ce que montrent l’ampleur et la répétition des crises financières, depuis qu’ont été libérés, décloisonnés et déréglementés les marchés (le top départ ayant été donné par Richard Nixon, qui ouvrit le bal en décrochant le dollar de l’or et en ouvrant la porte aux changes flottants, souhaités par les libéraux, Milton Friedman en tête).

On comprend assez facilement que les conséquences et l’échec du communisme réel aient ôté l’envie de retourner dans un système où les prix seraient déterminés par une autorité centrale. Qu‘il faille recourir pour ce faire à des mécanismes de marché, pour toute une série de biens, cela semble acquis. Mais croire en l’infaillibilité des dits mécanismes, c’est précisément tomber dans le dogme. Les marchés ont des défaillances, de mieux en mieux répertoriées tant par la pratique que par la théorie. Dont acte ! Et bienvenu donc aux mécanismes de régulation publique.

2 La supériorité du libre-échangisme

Le débat entre libre-échange et protectionnisme est multi-séculaire. Il est à l’origine d’une littérature économique abondante qui montre là-aussi que la liberté des échanges ne peut être optimale dans la « vraie vie ». Peu importe, disent les libéraux : faisons tendre la vraie vie vers l’idéal des modèles. Exemple : si les « rigidités »  du marché du travail nuisent à l’efficacité supposée du libre-échange, ce qu’il faut c’est les supprimer. Ben voyons ! Je ne reprendrai pas ici les termes du débat mais vous propose plutôt quelques bonnes références[viii]. L’essentiel me semble être de réfuter l’idée selon laquelle les économistes seraient favorables au libre-échange et les citoyens plutôt contre, par manque de culture ou de capacité d’abstraction. La littérature théorique montre au contraire que les vertus du libre-échange sont plus que discutables et conditionnées à des hypothèses non vérifiées en réalité. La supériorité du libre-échange est donc un simple dogme. On peut (et on doit) imaginer des solutions qui permettent de protéger les pays d’une concurrence biaisée, par des conditions sociales ou environnementales indécentes, ou par une monnaie sous-évaluée[ix].

3 La nécessaire liberté des échanges de capitaux ou le dogme de l’interdiction du contrôle des capitaux

Depuis les années 70, la liberté des échanges de capitaux s’est transformée en dogme. L’Acte Unique européen  l’a actée en février 1986, comme l’une des libertés fondamentales, intangibles de l’Union Européenne. Toute restriction aux mouvements de capitaux est strictement interdite, aussi bien entre Etats membres qu’entre l’Union et les pays tiers. Le contrôle des changes apparaît maintenant comme une relique barbare.

C’est pour le moins curieux, quand on regarde les faits. Le pays qui a le moins mal résisté à la crise financière asiatique de 1998 n’est-ce pas la Malaisie qui a rétabli le contrôle des changes ? Dans des pays qui sont financés par des prêts internationaux à court terme, susceptibles de se déplacer à la moindre rumeur,  il est parfois nécessaire de recourir à cette pratique ? Ne fallait-il pas empêcher la fuite de 70 milliards d’euros au moment de l ‘attaque spéculative contre la Grèce ? Ne fallait-il pas y recourir à Chypre, quand l’Europe a lancé l’idée de saisir une partie des dépôts bancaires ?

Sur un plan plus général, n’est-il pas évident que le libre-échange des capitaux permet :

- le blanchiment d’argent dans des paradis fiscaux

- aux hedge funds de spéculer sans limite et de déstabiliser l’économie mondiale

- des attaques spéculatives contre les monnaies des pays, contraires à leur intérêt

Le FMI semble cependant amorcer un virage : « Il n’y a pas d’obligation de libéraliser les mouvements de capitaux dans les dispositifs réglementaires du FMI »[x].

En bref, la libre circulation des capitaux n’est pas un idéal économique. Recourir à des restrictions dans cette circulation n’a rien d’un crime, ni d’une faiblesse, mais s’impose dans de nombreuses situations.

4 La neutralité de la monnaie et l’origine exclusivement monétaire de l’inflation

Passons au dogme suivant selon lequel la monnaie serait neutre. Une émission monétaire « excessive » ne pourrait se traduire in fine qu’en hausse des prix et non en augmentation de l’activité économique. Inversement, l’inflation (au sens de hausse générale des prix des biens et services) ne serait que d’origine monétaire.

Ce dogme est lui aussi contraire aux faits les plus saillants. Si l’on considère l’émission de monnaie centrale, qui, dans les dernières années, a cru aux USA et en Europe de façon colossale, on ne voit pas de corrélation avec la hausse des prix (des biens et services) qui est restée bien sage depuis des décennies. Si l’on considère la monnaie endogène (créée par les banques commerciales, et représentée par M1 ou M2) ou si on prend un autre indicateur comme M3, on ne voit pas non plus le moindre lien avec la hausse des prix. Les graphiques suivants, même s’ils ne couvrent pas les mêmes périodes sont très illustratifs de cette absence de liens entre création monétaire et hausse du prix des biens et services.

Evolution de l’indice des prix à la consommation dans la zone euro 1961 – 2009 (source BCE)

Evolution de l’indice des prix à la consommation dans la zone euro 1961 – 2009 (source BCE)

 massemonétaire

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zoneeuro-basemonétaire

Cette théorie est tout bonnement fausse. Nous l’avons démontré, théoriquement et pratiquement il y a déjà quelques années, dans notre ouvrage « La monnaie dévoilée »[xi] . Non ! La monnaie n’est pas un voile sur les échanges : elle joue un rôle dans l’économie et, en particulier, ses conditions de création (en contreparties de dettes ou au contraires d’actifs permanents) ont un effet économique déterminant[xii]. Elle peut stimuler l’économie. Symétriquement,  l’idée propagée par le Prix Nobel Milton Friedman que « L’inflation est toujours et partout un phénomène monétaire en ce sens qu’elle est et qu’elle ne peut être générée que par une augmentation de la quantité de monnaie plus rapide que celle de la production » est tout simplement fausse. La hausse des prix des années 70 en Occident est clairement due au choc pétrolier, et n’a pas de rapport avec l’évolution de la masse monétaire…

5  L’interdiction faite aux Etats de bénéficier de la création monétaire

Dans la vision monétariste (à l’origine du dogme 4), si l’on veut éviter l’inflation, source (dans cette optique) de tous les drames économiques[xiii], il faudrait ôter cet instrument aux Etats, nécessairement (selon cette vision) prodigues et peu rigoureux dans le maniement de la « planche à billets ». Faute de quoi l’inflation serait fatale. Et elle dégénèrerait en hyper-inflation comme en Allemagne en 1923, en Amérique du Sud dans les années 80, en RDC dans les années 90 ou au Zimbabwé dans les années 2000. Si ces exemples montrent la nécessité d’un contrôle solide des émissions monétaires, il ne prouve en rien la thèse monétariste. L’inflation n’est pas toujours un mal absolu, si elle est contenue et elle n’est pas toujours d’origine monétaire. Elle ne dégénère pas toujours en hyperinflation.

En revanche priver l’Etat du pouvoir de création monétaire c’est l’obliger à se financer auprès des banques et marchés financiers. C’est lui imposer des charges d’intérêt qui, capitalisées, finissent par représenter une part significative du poids de la dette publique.  Sur la période 1979-2009, si l’Etat et les administrations publiques n’avaient pas eu à payer d’intérêts, la dette publique recalculée  comme (Dette observée en fin de période – Somme des intérêts sur la période, courbe grasse sur le graphique) se serait maintenue à environ 20% du PIB. Le cumul des déficits primaires additionné à la dette de début de période conduit à une dette de fin de période qui a cru en ordre de grandeur sur la période comme le PIB. Ce calcul montre que la croissance de la dette publique est donc due, au premier ordre, à la capitalisation des intérêts sur la période !

Au total, priver l’Etat du bénéfice de la création monétaire, est une assez mauvaise idée[xiv]

interets-endettement 

6 La nécessaire indépendance de la Banque Centrale ; son rôle limité à la maîtrise de l’inflation du prix des biens et services

Dès lors qu’on  refuse le dogme 4, on refuse aussi celui de l’indépendance de la Banque Centrale et de la limitation de son rôle. Preuve en est, pour les monétaristes, la longue période de « grande modération »[xv]. A l’évidence cette modération a plus été due au contre-choc pétrolier et à la montée de la concurrence internationale qu’à la politique monétaire occidentale, qui a au contraire préparé les conditions des crises financières en 2001 puis en 2008. S’il est nécessaire  pour de simples questions de gestion d’isoler clairement l’institut monétaire, il n’est pas du tout utile de le rendre indépendant du pouvoir politique et encore moins de limiter son action à la lutte contre la hausse des prix des biens et services. Politiques monétaires et budgétaires doivent être coordonnées (la réforme budgétaire suédoise des années 90, tant vantée, n’a été possible que par une action de la banque centrale visant à dévaluer la Couronne suédoise, pour atténuer le choc de la rigueur budgétaire). La banque centrale doit intégrer, dans ses choix,  l’activité économique, la parité monétaire, la variation des prix des actifs et enfin la parité extérieure de la monnaie…

En résumé, le dogme qui a été intégré dans le Traité de Maastricht doit être complètement abandonné.

Conclusion

Nous venons de passer en revue quelques-uns des dogmes les plus lourds qui ont présidé à l’élaboration du traité de Maastricht à l’origine de la gestion actuelle de la monnaie unique. Leur remise en cause nous permet de concevoir de nouvelles propositions ou mettre en lumière celles qui sont faites aujourd’hui pour sortir de l’impasse…

Alain Grandjean


[i] Voir le livre de Robert Salais qui montre comment s’est construite et structurée l’Europe autour de ces mythes. Le Viol d’Europe. Enquête sur la disparition d’une idée, de Robert Salais. PUF, 432 pages, 20 euros. Et voir la recension de sont livrehttp://www.lemonde.fr/economie/article/2013/08/21/comptes-et-legendes-de-l-union-economique-et-monetaire_3464251_3234.html
[ii] Ce qui lui a valu le prix Nobel en 2013. Il a lui-même reconnu par écrit que son modèle était  violemment contredit par les faits, avant de se raviser et de continuer, après 2008, comme si de rien n’était, à défendre ses idées.
[iii] Voir également l’analyse de Bernard Guerrien, www.bernardguerrien.com/Marcheefficient.doc
[iv] Fama E., « Efficient Capital Markets : A Review of Theory and Empirical Work » J. of Finance, Vol. 25, No. 2, May 1970, pp. 383-417.
[v] Illusion financière, Editions de l’atelier, 2012
[vi] http://nicolasbouleau.eu/critique-de-lefficience-des-marches-financiers/
[vii] Voir http://www.communication-sensible.com/articles/article0111.php et Une approche fractale des marchés, Benoît Mandelbrot, et les livres de Christian Walter, dont le plus accessible a été rédigé avec Michel de Pracontal, Le virus B, crise financière et mathématique (http://fr.wikipedia.org/wiki/Christian_Walter)
[viii] Vingt propositions pour réformer le capitalisme, Par Gaël Giraud et Cécile Renouard, Flammarion, 2012, et les vidéos associées : http://www.20propositions.com/ L’article de Gaël Giraud : http://www.revue-projet.com/articles/plaidoyer-pour-un-protectionnisme-europeen/; Le livre Inévitable protectionnisme, Franck Dedieu, Benjamin Masse-Stamberger, Adrien de Tricornot, Gallimard. 2012 (voir sur notre blog http://alaingrandjean.fr/2012/01/23/inevitable-protectionnisme%E2%80%A6/…)
[ix] Voir par exemple http://www.chomage-et-monnaie.org/2011/12/05/entre-libre-echange-et-protectionnisme-classique-quelle-bonne-mesure/
[x] IMF Staff paper : « The liberalization and management of capital flows- An institutional view, le 14 novembre 2012
[xi] Gabriel Galand et Alain Grandjean, L’harmattan, 1997
[xii] Voir également 20 propositions pour réformer le capitalisme op. cité et illusion financière, op. cité
[xiii] Certes les épargnants sont les perdants d’une période inflationniste. Mais les jeunes souvent endettés ou susceptibles de l’être en sont les gagnants. Le bilan des avantages et  inconvénients de l’inflation, quand elle reste limitée et qu’elle ne dégénère pas en hyperinflation se discute.
[xiv] Voir http://fr.scribd.com/doc/85967566/Alain-Grandjean-Transfe%CC%81rer-le-be%CC%81ne%CC%81fice-de-la-cre%CC%81ation-mone%CC%81taire-a%CC%80-la-puissance-publique
[xv] Voir http://en.wikipedia.org/wiki/Great_Moderation

La déflation arrive…sauf à sortir du Dogme

21 novembre 2013

La déflation arrive, et nous restons immobiles. Sommes-nous victimes d’une hallucination collective[1] ?

Même la Banque Centrale Européenne (voir cet article sur la politique de la BCE), dont l’obsession a toujours été de lutter contre le risque d’inflation[2] (pourtant largement imaginaire depuis une décennie) le reconnaît. La  déflation pourrait arriver en Europe et il faut vraiment se prémunir de ce risque, porteur de conséquences plus graves qu’un typhon ou une nuée de sauterelles…Nous n’entendons pas ces avertissements, continuons très majoritairement à soutenir une politique d’austérité (moins de dépenses publiques, et encore moins d’impôts pour rétablir les sacro-saints équilibres budgétaires) alors qu’ils sont à l’évidence la cause de ce risque déflationniste. Sommes-nous victimes d’hallucinations ? Quitte à nous répéter, il est nécessaire de revenir sur nos lunettes comptables et économiques (Voir cet article et ceux auxquels il renvoie)  qui sont à l’origine de cette déformation de la vue et, par conséquence, du jugement.

Source : Gaël Giraud, d'après Eurostat

Source : Gaël Giraud, d’après Eurostat

 

Le risque déflationniste est avéré ; ses conséquences sont funestes

La déflation se caractérise par 4 paramètres  principaux: des prix stables pouvant devenir décroissants, une absence de croissance économique, un taux d’intérêt directeur de la Banque Centrale proche de zéro (il est aujourd’hui de 0,25), une baisse des prêts à l’économie. Dans ce contexte, les acheteurs repoussent leur décision : je n’achète pas aujourd’hui car demain le produit ou le bien sera moins cher ; demain je constate que j’ai eu raison, j’attends encore. Les vendeurs « pressés « finissent par accepter des baisses de prix déraisonnables et vendent à perte. Les entreprises licencient, le pouvoir d’achat des ménages baisse. Les banques prêtent moins à l’économie réelle, faute de demandes de prêts et par peur de difficultés de remboursement.

C’est ce que vit le Japon depuis la chute du Nikkei en 1991, c’est ce que les USA et l’Europe ont vécu après la crise de 1929. Il n’y pas de recettes pacifiques connues pour sortir de la déflation. Les « grands travaux » japonais n’ont pas suffi. La relance actuelle du premier ministre Shinzo Abe ne semble pas certaine de réussir malgré son ampleur et la conjugaison des moyens (monétaires et budgétaires) mis en place.

Ce n’est pas le New Deal qui a sorti les USA de la crise ; elle  ne s’en est « sortie », si on ose le dire, que via une guerre mondiale qui a fait tourner à fond les usines civiles reconverties en production de matériel militaire[3]. Quant à l’Allemagne elle est sortie de la déflation, provoquée par le chancelier Bruning[4],  via un plan massif de grands travaux de réarmement financés par une politique monétaire très active[5] et évidemment une politique aussi peu souhaitable que possible. La France est arrivée « en short » en 1939, d’où une drôle de guerre, qui pour finir n’a été gagnée que grâce à la conjonction d’une volonté de fer de nos alliés anglais, de la puissance industrielle américaine dont nous venons de parler, et bien sûr de la puissance militaire et politique de la Russie.

L’austérité mène à  la déflation

Face au risque d’une telle situation, la plus mauvaise des politiques publiques, est celle que prônent de fait les dirigeants de la zone Euro : la politique d’austérité. Cette politique réduit les revenus, favorisent les anticipations déflationnistes et accélèrent sa venue. Les indicateurs montrent mois après mois que cette politique ne marche pas Pourquoi cet entêtement dans l’erreur ?

Cette erreur repose sur la confusion entretenue par nos lunettes comptables entre la macroéconomie et la microéconomie, confusion propagée en permanence par les économistes « libéraux[6] ». Quand une entreprise ou un ménage voient ses recettes ou ses perspectives de recettes durablement  baisser il est de bonne gestion de serrer la toile et de réduire les dépenses. C’est le point de vue microéconomique, comptable. Ne pas prendre ses mesures c’est s’exposer à terme à de gros ennuis (dans l’ordre nécessité d’augmenter son endettement si possible, puis perte du contrôle du capital puis risque de faillite).

Pour un pays et pour un Etat, garant de la situation économique de son pays, il n’en va pas du tout de même. Les dépenses des uns étant les revenus des autres, et dans les pays développés la part des dépenses publiques représentant 40 à 50 % en moyenne du PIB) une action de restriction budgétaire se traduit ipso facto par une baisse du PIB. C’est l’effet multiplicateur[7], bien connu, surtout depuis que le FMI a reconnu qu ‘il avait eu tendance à le sous-estimer (Voir un des articles sur le sujet).

Cette confusion conceptuelle rend les politiques déflationnistes étrangement plus acceptables que les autres : « puisque je suis obligé de me serrer la ceinture, j’en attends autant de l’Etat et des administrations dont le gaspillage m’ulcère. Et de toutes façons, puisqu’ il n’y a plus de sous dans aucune caisse comment faire autrement ? » Convergence curieuse mais dramatique : la majorité des citoyens, des dirigeants et des élites (Exemple avec Philippe Aghion) se met à appeler de ses voix une politique totalement contraire à l’intérêt collectif. Une telle politique n’est même pas favorable aux intérêts des épargnants et des financiers. S’ils sont demandeurs d’une inflation aussi basse que possible pour sauvegarder le pouvoir d’achat de l’épargne, ils n’ont pas intérêt à la récession. Pour autant les agences de notation ne cessent d’exiger des Etats des réformes structurelles qui aujourd’hui seraient déflationnistes. Elles sont manifestement victimes d’un biais idéologique.

Plus grave au  niveau européen, la conduite actuelle de l’Euro ne peut que nous conduire à la déflation. Les pays « fourmis » pour reprendre l’image du post précédent ne veulent pas payer pour les pays « cigales » qui sont pourtant leurs clients. Aux cigales de faire des efforts et de se montrer vertueux. Malheureusement ce raisonnement teinté de moralisme bute sur les réalités économiques. La baisse de leur pouvoir d’achat réduit les ventes des « fourmis ». Raisonnement partiel nous dit-on. Les pays émergents prendront le relais… Cela ne semble plus être le cas. Et l’Europe s’enfonce.

La réaction des banques centrales

La banque centrale américaine, la Fed, a lancé les programmes de Quantitative Easing qui visent à faire baisser les taux d’intérêt et à briser les anticipations déflationnistes en créant des quantités importantes de  monnaie centrale (M0). Elles veulent sortir l’économie du risque de trappe à liquidité (Voir le post « L’Europe dans la trappe à liquidité ? » dans ce blog). La banque du Japon a fait de même au début des années 2000 puis depuis 2009. La BCE vient d’annoncer qu’elle était prête à prendre ce type de dispositions[8].

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Ces interventions massives des banques centrales ont cependant deux inconvénients majeurs.

D’une  part, faites dans un univers financier globalisé toujours ni régulé ni réglementé sérieusement,  elles réalimentent la formation de bulles financières. Le risque d’une crise épouvantable ne peut être sous-estimé [9] : quand la bulle éclatera les Etats ne pourront ni sauver les banques ni garantir l’épargne.

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D’autre part la monnaie de base  M0 créée ne conduit pas mécaniquement les banques à prêter à l’économie « réelle ». Les banques privilégient toujours  les opérations les plus rentables (alimentant la bulle…). Mais plus profondément encore, elles constatent l’anémie de l’économie et l’absence de demandes de prêts, ce qu’on ne peut leur reprocher.

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Que faire ?

Quitte à me répéter,  la seule voie rationnelle aujourd’hui me semble être de relancer l’économie par des programmes d’investissements vers une économie plus sobre en énergies fossiles. La voie de l’austérité est suicidaire ; celle de la relance par la consommation vouée à l’échec économique, car elle butera sur la contrainte commerciale. Celle d’investissements « à la japonaise ou à l’espagnole » (grands programmes d’autoroutes, d’aéroports, et de construction immobilière, sans discernement énergétique) ne fonctionne manifestement pas non plus.

Qu’est-ce qui s’oppose à nous engager dans cette voie ?

Le premier obstacle est idéologique comme on vient de le voir. Une politique d’austérité semble plus facile à vendre à l’opinion et aux agences de notation. C’est pourtant une erreur gravissime dont j’espère nous allons sortir avant que notre pays connaisse émeutes et blocage politique complet, dont l’intérêt  pour chacun d’entre nous pour le moins discutable.

Le deuxième obstacle est celui du financement. Comment faire quand les agents privés et publics sont endettés et les banques en mauvais état (Voir ce graphique) ? Comment faire dans le cadre de la gouvernance actuelle de la zone Euro (Voir post précédent qui décortique la gestion de la monnaie unique) ? Il me semble que la seule voie praticable est de lancer des chantiers (dans la transition énergétique) au niveau national, où les rapports de force, en démocratie, sont moins favorables au Dogme (Voir « Pour en finir avec le Dogme » et d’autres articles sur le dogme ici ou encore ici ). Ces chantiers sont générateurs d’emplois et d’activité économique. Ils ont besoin de banquiers. Une coalition d’intérêt est donc à portée de main. Plusieurs mécanismes financiers innovants sont à l’étude aujourd’hui (voir l’étude de la CDC sur le financement de la rénovation thermique, et le lancement de l’étude de faisabilité de la création d’une Société de Financement de la Transition Energétique) pour apporter à ces chantiers des financements à bas taux, condition sine qua non de leur rentabilité.

Le fléchage de la création monétaire

Ces mécanismes visent à « flécher » une partie de la création monétaire vers l’économie réelle et précisément vers les investissements permettant d’en réduire la dépendance aux énergies fossiles. Ce fléchage pourrait être interprété comme un retour à la nationalisation du crédit ou à un dirigisme monétaire excessif. Ce n’est pas le cas. Il s’agit simplement de prendre acte du fait qu’aujourd’hui, avec leurs instruments, les banques centrales n’ont le choix qu’entre déflation et bulle financière. Il faut donc bien inventer des mécanismes qui permettent que la création monétaire (endogène, c’est-à-dire créée par les banques commerciales) soit :

- d’une part au service de l’économie réelle et

- d’autre part stimulée par des « grands projets » initiés par des politiques publiques, quand les mécanismes de marché sont défaillants, ce qui est le cas dans une situation de quasi-déflation.

Remettre en cause les dogmes

Un tel fléchage est donc bien sûr contraire au dogme de l’efficience des marchés financiers, puisqu’au fond il repose sur l’idée que les marchés peuvent être défaillants. Mais qui peut croire encore, après 30 ans de crises répétées, à cette faribole (l’efficience des marchés) ? Encore beaucoup de monde[10] au sein des élites dirigeantes. Ce qui est sans doute le problème central actuel. Comment faire évoluer la gestion de l’Euro (question posée lors du dernier post) ? Sans aucun doute, en commençant par une remise à zéro des « idées reçues et des dogmes » qui ont présidé à la construction actuelle.

Alain Grandjean 

 


[1] Ce post doit beaucoup à l’intervention de Gael Giraud dans le séminaire  d’économie de la transition énergétique (voir la présentation du séminaire et en bas de page, les slides des intervenants)

[2] Le risque est imaginaire pour les prix des biens et services. Il ne l’est pas pour celui des actifs, notamment immobiliers, mais ce n’est pas la préoccupation de la BCE !

[3] voir le chapitre 5 du livre « c’est maintenant, trois ans pour sauver le monde« , Jean-Marc Jancovici et Alain Grandjean, Le seuil 2009

[4] Contrairement à une fable répétée régulièrement la venue au pouvoir d’Hitler est sans lien avec l’hyperinflation de Weimar qui s’est produite en 1923,soit 10 ans avant. L’économie allemande a pâti de la crise américaine de 1929 qui a « traversé l’Atlantique » et surtout de la politique absurde qui a été menée pour y faire face, celle du chancelier Bruning.

[5] Voir le livre La monnaie dévoilée, chapitre 8 « Histoire de monnaie », pages 229 à 253, Gabriel Galand et Alain Grandjean, L’harmattan, 1997.

[6] Ce terme est très flou. Personnellement je me sens libéral au sens où j’apprécie la liberté d’entreprendre et le principe de subsidiarité (les décisions doivent être prises le plus possible « près du terrain »). En revanche je ne crois pas à l’efficience des marchés, dogme des économistes « libéraux » et suis donc convaincu que l’Etat doit jouer un rôle de régulation économique, et dans certains cas de planification (c’est le cas de la politique énergétique qui suppose des temps longs).

[7] Voir à ce sujet l’analyse de Gabriel Galand (Sur le site de l’association « chômage et monnaie« ) qui montre que cet effet ne se limite évidemment aux dépenses publiques, et qui re-modélise le multiplicateur.

[8] Notons que l’intention en est différente de celle qui a conduit à  la mise en place de lignes de prêts massifs de monnaie centrale par Mario Draghi en 2011. Elles visaient à réanimer le marché interbancaire alors complètement mort.

[9] Voir par exemple, François Morin, Grande Saignée. Contre le cataclysme financier à venir (Lux, 10 euros).

[10] Apparemment l’académie royale de Suède qui a osé donner le prix Nobel à Fama (voir ici)

Redonner un sens à l’EURO(PE)

14 novembre 2013

Nous traversons une quadruple crise, économique, sociale, écologique et…anthropologique. Le sens de notre destinée collective et individuelle nous échappe de plus en plus alors que nos moyens scientifiques et technologiques (et ce qu’on en attendait notre capacité de contrôle sur notre vie) n’ont jamais été aussi puissants. C’est le propre de cette nouvelle période géologique appelée Anthropocène (voir le livre « L’événement Anthropocène« ).
Les périodes de pertes de sens sont dangereuses car elles peuvent engendrer des comportements anti-sociaux et des dérives violentes. Ce sont aussi des moments de recomposition et de restructuration possibles. Là où croît le péril… croît aussi ce qui sauve, comme l’a écrit le poète Hölderlin, et le reprend en titre Hubert Reeves dans son dernier ouvrage.

La crise européenne, dont la crise de l’Euro est un volet, contribue  tout particulièrement à cette crise de sens. Et ce pour plusieurs raisons qu’il est important d’avoir à l’esprit pour proposer des voies de solution qui soient à la hauteur des enjeux. Il peut paraître curieux de mettre sur le même plan des questions de politique économique, apparemment terre à terre et des questions philosophiques voire spirituelles, mais c ‘est précisément ce pas qu’il nous faut faire maintenant. L’économie n’est pas un champ autonome  et la crise dite économique est aussi une crise du sens.

Ottmar Hörl [CC-BY-SA-3.0 (http://creativecommons.org/licenses/by-sa/3.0)], via Wikimedia Commons

Ottmar Hörl [CC-BY-SA-3.0], via Wikimedia Commons

L’Euro a été imaginé pour faire progresser l’Europe dans la voie de l’intégration. C’était donc un levier fort du projet européen. A ceux qui opposaient l ‘échec annoncé d’une monnaie unique dans une zone sans gouvernement économique, sans budget communautaire significatif et sans politique fiscale harmonisée, les ambassadeurs de l’Euro répondaient : l’Europe s’est toujours ainsi  faite, elle avance de déséquilibre en déséquilibre ; la mise en œuvre de l’Euro obligera l’Europe à faire des progrès dans l’intégration, pour pallier les déséquilibres qu’il aura créés. Enfin les critères de gestion choisis (déficit et dette publics, inflation) sont tels, nous disait-on, que les économies vont converger entre elles…

Force est de constater que ce pari a échoué[1]. Et qu’au contraire les dispositifs mis en place pour permettre la survie de l’Euro font au contraire perdre progressivement le sentiment d’une aventure européenne partagée. Certes l’Euro n’est pas responsable de tous nos maux et en particulier pas de la crise financière issue de la dérive des marchés financiers et de l’éclatement de la bulle américaine des subprimes. Certes ce n’est pas l’Euro qui fait de l’Europe un vaste marché[2] ouvert à la concurrence internationale et de moins en moins un  espace de solidarité et de vie commune.  Mais les choix de gestion qui ont accompagné sa mise en place sont  manifestement en cause dans le sentiment de perte de sens actuel. Plus globalement la Commission Européenne, la Banque Centrale Européenne et nos gouvernements associent clairement des  axes lourds de politique économique (comme la réduction des déficits publics ou les réformes du marché du travail) à la politique monétaire.

Mario Draghi, actuel président de la BCE,  a écrit une ode à ces réformes dans une interview au Wall Street Journal, affirmant même que «  Le modèle social européen est déjà mort[3] ». Jean-Claude Trichet, ancien président de la BCE, a félicité le gouvernement espagnol dont la politique de bas salaires a permis à « l’Espagne de « devenir plus compétitive que l’Italie et la France »[4].  De tels propos, tenus par les présidents de la Banque Centrale, ne peut que confirmer l’idée que le mode de gestion de l’Euro est bien en cause.   Voyons cela point par point.

  • 1 Rappelons que le référendum sur la Constitution européenne (qui entérine de nombreuses procédures dont nous parlons ensuite) a conduit en 2005 à un vote négatif   et que le gouvernement a néanmoins fait adopter le traité de Lisbonne en révisant la Constitution française par la voie du Congrès le 4 février 2008 ce qui  permit la ratification du traité lui-même par la voie parlementaire le 8 février. Cette atteinte manifeste à la démocratie a contribué à éloigner les citoyens, notamment les jeunes de l’Europe et de l’ Euro, l’un des cœurs concrets du traité de Lisbonne.

 

  • 2 Les indicateurs retenus en priorité (déficit public/ PIB, dette publique/PIB) et leur mode de gestion européenne (avec les procédures successives de gestion budgétaire (le pacte de stabilité et de croissance, la pacte pour l’euro plus,  et le TSCG, puis le Two-Pack[5]) ont  deux effets délétères : d’une part ils mettent la gestion comptable au cœur de la communication sur l’Europe et d’autre part ils réduisent clairement les marges de manœuvre de nos gouvernements qui ne cessent de les quémander à Bruxelles, alors que ce sont eux qui sont élus (ce qui n’est pas le cas des « technocrates européens »).

 

  • 3 Les gouvernements nationaux sont privés de fait des deux leviers majeurs de la politique macroéconomique : la monnaie (qui est aux mains de la BCE) et le budget dont on vient de parler. Du coup, ils sont impuissants face à un choc macroéconomique tel que celui que nos économies subissent depuis fin 2009. Ils passent de plus en plus pour des fondés de pouvoir d’une élite autoproclamée et de moins en moins comme les représentants du peuple.

 

  • 4 Le taux de change de l’Euro contre les autres monnaies (dollar, yen et yuan principalement) est de fait[6] décidé par la BCE, dont le mandat est principalement centré sur la lutte contre l’inflation (des prix des produits et services, et pas des actifs financiers). Du coup elle a tendance à privilégier, dans la droite ligne de la doctrine antérieure de la Bundesbank, une politique d’un Euro fort, qui n’est évidemment pas l’intérêt économique de notre pays depuis des années.

 

  • 5 La construction de l’Euro n’a pas prévu de procédures de rééquilibrage automatique des excédents et déficits des balances de paiement entre pays de la zone[7]. Les écarts de compétitivité qui se sont creusés entre ces pays depuis 2001 (contrairement à la doctrine de la convergence spontané des économies) conduisent à des déséquilibres croissants des balances des paiements intra zones, avec impossibilité de les réduire par des variations de change, par définition de la monnaie unique.

Nos eurocrates prônent, pour  résorber ces déséquilibres, la voie de la déflation salariale et de la baisse des dépenses publiques et sociales : baisser les charges des entreprises (à commencer par les salaires et les prélèvements obligatoires) permettraient de restaurer leur compétitivité, de gagner des parts de marché et de réduire le déficit commercial.

Cette voie de la déflation (ou dit autrement de l’austérité) est, comme on va le voir maintenant,  stupide économiquement, insupportable socialement, et destructrice pour la construction européenne.

  • 6 Les politiques d’austérité menées dans les pays du sud et en France sont stupides économiquement. Dans l’histoire économique elles n’ont jamais fonctionné sauf si elles étaient couplées avec une dévaluation et une politique monétaire active[8]. Ce n’est pas le cas aujourd’hui. Cette politique n’atteint pas son objectif : par le simple jeu du « multiplicateur » la réduction des dépenses et/ ou la hausse des prélèvements conduisent à freiner l’économie ce qui réduit les rentrées fiscales. Les ratios dette et déficit/ PIB ne s’améliorent que difficilement,  et au prix de lourds sacrifices sociaux – qui seront payés plus tard comme le chômage des jeunes et l’expatriation des plus dynamiques.  C’est ce qu’on observe au Portugal et  en Grèce en Espagne et à Chypre[9].

 

  • 7 Ces politiques visent en fait à réduire les transferts sociaux. Cette réduction est masquée sous le terme de « réformes structurelles », dont la mise en œuvre est de manière insistante appelée de leurs vœux par les instances internationales qu’il s’agisse de la BCE, du FMI ou …des agences de notation. Il s’agit pour leurs promoteurs de réduire les allocations chômage, d’augmenter l’âge de la retraite et de réduire in fine toutes les aides sociales. Dans une période vécue comme difficile, cette politique est évidemment insupportable socialement. Ceci ne veut pas dire qu’il n’y  ait pas des réglages à faire dans nos politiques actuelles et qu’il n’y ait pas des abus à corriger. Mais le faire aujourd’hui, en période de stagnation ou de récession, pour un motif qui apparaît idéologique, quand il est assez clair que cette crise est liée aux abus de la finance et que la crise européenne et mondiale est due à ses abus,  c’est prendre un risque considérable d’incompréhension et de révolte.

 

  • 8 La construction de l’Euro interdit les aides entre Etat (clause de non bail-out, article 125.1 du Traité de l’Union qui interdit à l’Union et à ses Etats membres d’être responsables des engagements d’un autre Etat membre[10]). L’idée est de laisser chaque Etat responsable de sa dette publique pour éviter, c’est notamment un problème constitutionnel en          Allemagne, qu’un Etat vienne soutenir automatiquement un autre Etat de la zone en difficulté. Cette idée qui visait à responsabiliser les Etats  a fini par se heurter à la spéculation financière. Ironie de l’histoire car l’un des motifs de création de l’Euro était bien d’en finir avec la spéculation sur les taux de change des monnaies européennes.

Mais dès que les « marchés »ont compris cette interdiction, ils ont compris qu’ils pouvaient spéculer  contre une dette souveraine d’un pays de la zone (la Grèce puis le Portugal, l’Espagne et l’Italie, demain la France) via le support tout trouvé des CDS. Cette spéculation a eu pour effet de déstabiliser les Etats concernés et les banques de ces pays, déjà en difficultés. Il en est résulté une dégradation de la  capacité de ces pays à rembourser leurs dettes, mettant en cause la crédibilité de l’Euro (puisque ces dettes sont libellées en Euro !) et des négociations interminables aboutissant à des solutions bancales, et conduisant à un très fort ressentiment anti-européen ! Les pays considérées comme« cigales » bénéficiant des aides trouvent injustes les conditions de ces aides et les pays se considérant « fourmis » » trouvant injustes d’avoir à payer pour ces cigales !

  • 9 L’Euro pas plus que l’Europe n’a protégé les citoyens de  la dépendance aux marchés financiers. La politique économique d’un Etat comme le nôtre reste toujours soumise à l’appréciation des agences de notation et au risque de voir les marchés augmenter le coût de la dette  (d’où une hausse des dépenses publiques, rappelons que les intérêts payés par l’Etat sur la dette publique pèsent de l’ordre de 50 milliards d’euros). Cette dépendance n’a pourtant rien d’une fatalité : la dette publique japonaise est très majoritairement souscrite par des résidents ce qui rend la politique budgétaire autonome des marchés financiers.

 

  • 10 L’Euro pas plus que l’Europe n’a protégé non plus les citoyens de la dérive  bancaire en faveur des opérations spéculatives, les places off-shores et les paradis fiscaux étant toujours bien vivants.

D’une part les paradis fiscaux réduisent fortement les recettes des Etats[11]. Comme le dit l’économiste Gabriel Zucman : « Sur les 5 800 milliards d’euros des particuliers offshore, 80 % ne seraient pas déclarés. Quelle est la perte d’impôts? La fraude permise par le secret bancaire représente au bas mot 130 milliards d’euros de pertes d’impôts au niveau mondial, dont 50 milliards pour l’Union européenne et 17 milliards pour la France. Sans l’évasion fiscale, la dette publique française ne serait pas à 95 % du produit intérieur brut (PIB) mais à 70 %. »

Nous vivons en outre toujours sur un volcan dont nous ne protège pas l’Euro, alors que cela aurait pu et sans doute dû être un de ses plus grands apports. La folie spéculative a repris dans le monde, les banques centrales ont inondé de liquidités aux Usa  comme en Europe les banques et par ricochet la « finance de l’ombre[12] ».   La provenance d’un prochain krash mondial est certaine, la seule incertitude étant sa date de provenance. Là aussi la construction de l’Euro a défailli : avoir une monnaie sur une zone économique aussi importante que l’Europe aurait pu permettre d’imposer des règles et de limiter ces risques. Il aurait fallu imposer des règlements draconiens. Je renvoie au livre de Jean-Michel Naulot, qui explique pourquoi le travail n’a pas été fait. L’anomalie profonde consistant à céder aux exigences de la City au lieu de privilégier les citoyens de la zone Euro en est une cause centrale. Mais le danger reste surtout très important qu’une nouvelle crise financière vienne à nouveau nous frapper. Les Etats sur endettés ne pourront pas sauver les banques et les épargnants. Ce sera certainement la fin de la monnaie unique.

Conclusion

L ‘Euro tel qu’il a été conçu n’a pas tenu ses promesses. La construction européenne reste inachevée et de plus en plus lointaine des citoyens. Elle ne convergera pas vers un fédéralisme de plus en plus inaccessible : qui peut croire à l’acceptabilité d’un impôt européen alors que l’impôt national est déjà difficile à légitimer ?

Il reste à faire évoluer la gestion de l’Euro dans un contexte inchangé de ce point de vue. Faut-il froidement « sortir de l’Euro » et revenir au Franc ? C’est ce que proclame le Front National, sans tenir compte des apports, effectifs ou possibles,  de l’Europe face à la mondialisation. Et sans évaluer en détail les conséquences d’une telle décision. Je ne le crois pas.  Faut-il au contraire faire de l’Euro une monnaie commune, en créant des zones monétaires internes vraiment homogènes et en conservant les acquis positifs de cette aventure ? Est-ce possible ? Sous quelles conditions et en suivant quelle stratégie ?  Nous verrons dans un prochain post les options qu’il est possible d’envisager.

Alain Grandjean


[1] Voir par exemple l’interview étonnante datée de septembre 2013 de Kai A. Konrad, conseiller en chef du ministre allemand des Finances, qui s’attend à l’effondrement de la zone euro.

[2] Le « marché commun » est bien l’une des définitions initiales de l’Europe et la puissance de la « DG Concurrence » au sein de la Commission Européenne est antérieur à la naissance de l’Euro.

[6] En droit ce n’est pas le cas, la politique de change revient au conseil européen mais il n’exerce pas cette prérogative du fait des désaccords permanents entre les Etats-Membres qui n’ont pas les mêmes intérêts face  à cette question.

[7] Il s’agit là d’une question économique majeure, posée par Keynes lors de la négociation des accords de Bretton-Woods. L’économiste Davidson par exemple propose des mécanismes concrets pour parvenir à ce rééquilibrage. Voir dans le site de Chômage et Monnaie, http://www.chomage-et-monnaie.org/2002/07/01/490/

[8] On cite souvent le cas de la Suède qui a réduit ses déficits au début des années 90. Elle a bien procédé à une dévaluation de la couronne. Il est d’autre part à regarder de près si l’on veut en tirer des leçons.

Voir http://alternatives-economiques.fr/blogs/chavagneux/2012/11/06/quels-enseignements-tirer-de-la-politique-suedoise-de-reduction-des-deficits/

[9] Voir les tableaux  dans « Crise de la dette dans la zone euro » sur Wikipedia

[10] Article 125.1 du Traité : « L’Union ne répond pas des engagements des administrations centrales, des autorités régionales ou locales, des autres autorités publiques ou d’autres organismes ou entreprises publics d’un État membre, ni ne les prend à sa charge, sans préjudice des garanties financières mutuelles pour la réalisation en commun d’un projet spécifique. Un État membre ne répond pas des engagements des administrations centrales, des autorités régionales ou locales, des autres autorités publiques ou d’autres organismes ou entreprises publics d’un autre État membre, ni ne les prend à sa charge, sans préjudice des garanties financières mutuelles pour la réalisation en commun d’un projet spécifique. »

[11] Voir http://www.lemonde.fr/economie/article/2013/11/07/paradis-fiscaux-tout-reste-a-faire_3509743_3234.html.  Voir son livre La Richesse cachée des nations (Le Seuil-La République des idées, 128 pages, 11,80 euros). 

[12] Le Shadow Banking est défini comme « le système d’intermédiation du crédit impliquant des entités et des activités se trouvant potentiellement à l’extérieur du système bancaire »par le Conseil de Stabilité Financière. Voir « Le capitalisme hors la loi » par Marc Roche (Albin Michel, 270 pages, 19 euros).

Crise financière en préparation : un ancien banquier sonne l’alarme

30 octobre 2013

Une voix de plus se lève contre l’aveuglement des politiques publiques en matière de régulation financière ; un « citoyen » particulièrement informé.

Jean-Michel Naulot, après 37 ans de carrière bancaire et dix ans de régulation financière (Au sein du Collège de l’AMF, qu’il quitte en décembre pour retrouver sa capacité de lanceur d’alerte), profite de la fenêtre médiatique offerte par la sortie de son excellent livre « Crise financière : Pourquoi les gouvernements ne font rien » pour un cri d’alarme, un « cri du cœur ».
Crise financière : pourquoi les gouvernements ne font rien - Un banquier sort du silence
Le livre décrit avec rigueur les risques de « la centrale nucléaire de la finance », l’histoire récente des tentatives de régulation financière et leur (faible) avancement mais surtout, explique en quoi le système financier, aussi dangereux qu’en 2007, fait peser à nos sociétés d’autant plus de risques que :

-       les politiques monétaires accommodantes de la FED sont en train d’alimenter de nouvelles bulles financières (3000 milliards de dollars d’actifs rachetés par la FED, et plus encore pour la BCE),

-       les politiques de rachats d’actifs risqués par la BCE menacent l’euro : les bilans des banques centrales sont désormais aussi peu présentables que celui de Lehman Brothers avant sa chute, grandement fragilisées,

-       les puissances publiques ont grillé toutes leurs cartouches lors de la précédente crise et ne pourront pas faire face à une nouvelle crise financière mondiale.

Il revient par ailleurs sur la crise de la zone Euro et son origine idéologique. Il appelle comme d’autres à poursuivre la renationalisation de la dette et à cesser de considérer que la fin de l’Euro (tel qu’il a été conçu et tel qu’il est géré aujourd’hui) serait le chaos et envisage que l’Euro pourrait devenir une monnaie commune. Son dernier chapitre se consacre aux réformes qui restent à faire au plan financier (il évalue le taux d’avancement des reformes engagées à ce jour à 25% aux USA et 34 % en Europe…).

Inutile de paraphraser l’auteur sur une grande variété de sujet comme la monnaie unique, les régulations financières, Bâle III, le shadow banking, les paradis fiscaux… Voici plutôt quelques bonnes recensions déjà publiées ailleurs :

Une interview de JM Naulot sur Lalibre.be : « On a oublié les bonnes résolutions »

Une interview plus fournie sur Le Point : « On s’attaque surtout à la fraude, alors que 90 % du problème vient d’un système parfaitement légal. »

- Cette excellente intervention sur France Culture :


les matins – Europe et Etats-Unis secoués par… par franceculture

 

Pour plus d’information sur la nécessité de réguler la finance, (re) voir les 20 propositions pour réformer le capitalisme » par un collectif d’auteurs coordonné par Cécile Renouard et Gaël Giraud, notamment :

- les propositions de régulation du Shadow Banking,

celles sur la titrisation, la séparation bancaire, les règles prudentielles, les produits dérivés,

- celles sur le Trading High Frequency, les effets de levier, le private equity,etc,

celles sur la financiarisation des matières premières

Voir aussi le livre de P. Canfin : Ce que les banques vous disent et pourquoi il ne faut presque jamais les croire

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