Inévitable protectionnisme…

…livre inévitable. Saluons la qualité du travail et le courage des 3 journalistes Franck Dedieu, Benjamin Masse-Stamberger et Adrien de Tricornot (resp. à L’Expansion, à l’Express et au Monde Economie) pour cet essai paru dans la très solide collection Le débat de Gallimard.

Du courage il en faut pour :

  • s’attaquer à l’un des piliers du Dogme, le libre-échange, et risquer ainsi la mise au ban par les prêtres grands et petits de cette religion des temps modernes
  • prendre le risque de se trouver en compagnie d’autres défenseurs du protectionnisme, moins fréquentables que nos auteurs ; voire se faire soupçonner de leur donner des arguments. Le protectionnisme est malheureusement défendu pour de mauvaises raisons ou plus précisément pour viser de mauvaises passions…
  • se voir rétorquer la litanie des idées reçues : le libre-échange c’est le progrès, la croissance, la paix (le « doux commerce » de Montesquieu) ; le protectionnisme c’est le repli sur soi, la peur de l’étranger, la régression, la défense des intérêts acquis, et pour finir la guerre ; mettre des barrières c’est risquer des rétorsions de la Chine qui pénaliseront notre pouvoir d’achat….
  • plaider pour un protectionnisme altruiste, au risque de se faire traiter de doux rêveurs, alors que, l’effondrement de la solidarité internationale est un problème gravissime.
  • accepter des échanges un peu houleux avec ses collègues dans ces trois medias traditionnellement libre-échangistes dont le lectorat (plutôt CSP +) est sans doute globalement bénéficiaire du libre-échange
  • proposer des solutions et une feuille de route au niveau européen, sans passer sous silence les obstacles réels. Le libre-échange à pour lui la simplicité de son programme : la réduction des obstacles tarifaires et non-tarifaires à l’échange, sans aucune référence à la gestion du change…En sortir ce n’est pas simple, cela nécessite de l’intelligence, de la volonté et du travail.

Ce livre est de qualité. Il est bien argumenté et convaincant. Il fait le tour des grandes questions sans tomber dans la caricature ou le plaidoyer ad hoc. En particulier il évoque bien l’articulation des protectionnismes (monétaire, industriel, social et écologique) et élimine les fausses pistes. Ils n’hésitent pas à aborder les questions qui fâchent (les paradis fiscaux et les prix de transfert, le cœur de la question fiscale en matière d’échanges). J’espère qu’il permettra à l’opinion publique de sortir de la culpabilisation générée par les libre-échangistes…Ah vous êtes protectionniste ? Mon pauvre ami…

Je n’ai qu’un léger regret, qui n’enlèvent rien à l’intérêt de l’ouvrage. Nos auteurs ne font pas référence au débat théorique actuel qui montre clairement la fragilité des hypothèses des modèles qui « démontraient » la supériorité du libre échange et la nécessité, dès que les hypothèses sont plus réalistes, de protections aux frontières. Je vous recommande à ce sujet le remarquable article de Gael Giraud dans le numéro 320 de la revue Projets qui permet d’y voir clair en quelques lignes.

Et l’écologie dans tout cela ? Le lien est évident et abordé dans le livre. Le libre-échange est un obstacle majeur à la prise en compte de l’écologie en Europe. Un seul exemple. Une tonne de ciment se vend en Europe 40 euros. Elle émet un peu moins d’une tonne de CO2. A 30 euros la tonne de CO2 , soit un peu moins en surcout de la tonne de ciment, il devient rentable pour les cimentiers de le faire venir de Chine, malgré le coût du transport. On comprend bien que la question écologique va dans le même sens que la question sociale. On ne peut mettre en concurrence loyale des industries qui ne supportent pas les mêmes contraintes.

Un programme de réindustrialisation verte ne pourra se déployer en Europe dans le cadre du libre-échange. Merci à nos trois auteurs d’en faire la preuve.

Pour en finir avec le Dogme

(Cet article fait suite à une série de posts sur le Dogme)

Nul ne peut affirmer que l’Euro va survivre à 2012, année de très grosses émissions obligataires de la part des Etats européens  et des banques. La perte du  Triple A[1] est de mauvais augure tout comme le blocage de la négociation avec les créanciers privés de l’Etat grec ; il semble bien que certains fonds, « gavés » de CDS n’aient pas intérêt à apporter leurs titres sur la table[2]. Sur un plan complètement différent, nul ne sait si la combinaison d’un durcissement des opinions publiques américaines et israéliennes,  de tensions avec l’Iran, et de pression sur le pétrole ne va pas conduire aux scénarios malheureusement les plus classiques de sortie de crise économique : des conflits qui réactivent les dépenses militaires. En revanche, il est clair que nous vivons les derniers jours de la toute-puissance du Dogme. Il montre chaque jour un peu plus sa nocivité et son inadéquation aux réalités. Mais il est cependant encore vivace, et son agonie pourrait être longue et coûteuse pour ceux et celles dont il exige le sacrifice. Il reste donc essentiel de l’achever !

Au fait de quoi s’agit-il ? Il y a quelque temps on parlait de « pensée unique », certains évoquent «l’ ultra-libéralisme ou le néo-libéralisme [3] ». Si vous avez la chance de parler en petit comité avec un thuriféraire de cette « pensée » il va vous présenter comme scientifiquement acquises[4] quelques idées simples. Le dogme tient en ces quelques idées, évidemment abondamment justifiées par moult études et « exemples archétypiques »[5] et par ailleurs adroitement compliquées pour que le commun des mortels ait le sentiment que tout cela c’est du solide mais que ça le dépasse …

Ce  Dogme a évidemment des variantes en fonction des contextes historiques géographiques et institutionnels. On doit à John Williamson de l’avoir formulé dans le cadre des plans de restructuration (dits également « plans d’ajustement structurels ») pilotés par le FMI. C’est le « consensus de Washington ». En voici une version en quelques phrases[6].

  1. Stricte discipline budgétaire visant à équilibrer les comptes publics en limitant les dépenses publiques
  2. Discipline budgétaire s’accompagne d’une réorientation[7] des dépenses publiques des secteurs offrant à la fois un fort retour économique sur les investissements, et la possibilité de diminuer les inégalités de revenu (soins médicaux de base, éducation primaire, dépenses d’infrastructure) ;
  3. Réforme fiscale (élargissement de l’assiette fiscale, diminution des taux marginaux) visant en théorie à favoriser la création de richesses[8] ; en pratique elle conduit à augmenter massivement les inégalités.
  4. Libéralisation des taux d’intérêt et leur  fixation sur le marché
  5. Taux de change unique et compétitif et bien sûr mise en place de changes flottants
  6. Libéralisation du commerce extérieur  pour mettre en place le libre-échange des marchandises
  7. Elimination des barrières aux investissements extérieurs (libre circulation des capitaux)
  8. Privatisation des monopoles ou participations ou entreprises de l’État, qu’il soit — idéologiquement — considéré comme un mauvais actionnaire ou — pragmatiquement — dans une optique de désendettement ; l’Etat doit se limiter aux fonctions régaliennes (sécurité intérieure, armée, justice) et au plan économique à assurer une concurrence libre et non faussée entre les agents économiques.
  9. Dégréglementation des marchés (par l’abolition des barrières à l’entrée ou à la sortie) ;
  10. Protection de la propriété privée, dont la propriété intellectuelle. Plus généralement l’idée que l’entreprise doit être gérée en fonction des intérêts exclusifs de ses actionnaires[9].

Dans le cadre de l’Euro[10], se rajoute ce qui concerne la gestion de la monnaie qu’on peut résumer en quelques phrases :

  • 11 : La monnaie (M1 celle qui circule dans l’économie) est créée par les banques secondaires et c’est bien ainsi. La Banque centrale ne doit créer que la monnaie centrale (M0, pour assurer la liquidité du système bancaire) et agir sur les taux d’intérêt pour piloter la création monétaire de second rang. Techniquement elle doit appliquer la « règle de Taylor «  qui permet de calculer, en théorie, le taux à court terme souhaitable en fonction de quatre critères simples[11].
  • 12 : Le problème économique majeur c’est l’inflation, source de distorsions économiques et potentiellement de graves désordres. L’inflation est toujours un phénomène d’origine monétaire. La monnaie ne peut avoir d’effet sur l’activité économique.
  • 13 : La banque centrale doit avoir  pour mission exclusive de limiter la hausse des prix à une cible étroite (2 à 2,5%) ; pour ce faire elle doit rester indépendante des gouvernements. Il en résultera des taux d’intérêt à long terme les plus bas possibles
  • 14 : Elle ne doit en aucun cas financer les déficits publics (par monétisation de la dette)  pour éviter tout dérapage budgétaire  et être un des garants du point 1 de la doxa.

Un échec retentissant

Ce dogme a effectivement bien été mis en œuvre dans les dernières décennies. Concernant la zone Euro, il a même acquis la force d’un traité : c’est le cœur technique du Traité de Maastricht, transformé en traité de l’Union Européenne. Il a conduit à un désastre économique, social et écologique. Certaines des réformes qu’il a permises étaient de bon sens : mettre de la concurrence quand on peut et sortir des monopoles (ou pire de la domination d’administrations corrompues) est évidemment souhaitable.

Mais aucune des assertions qu’il considère comme « toujours vraies » ne résiste à l’analyse critique. Les économistes les ont toutes  démontées.[12] Le problème du Dogme c’est bien son caractère dogmatique… Limitons nous à trois  exemples.

  1. Il est faux de dire que l’inflation est toujours d’origine monétaire. La hausse des prix que nous avons subie dans la décennie 70 provient évidemment du choc pétrolier. Inversement c’est le contre-choc pétrolier et non la hausse des taux d’intérêt décidée par  le président de la Banque Fédérale américaine Paul Volcker en 1979 qui a permis de retrouver une inflation basse à partir de la fin des années 80.
  2. Il est faux de dire que la « grande modération » c’est-à-dire la faible hausse des prix de détail (hors logement) que les économies occidentales ont connue depuis la fin des années 80 est due à la politique monétaire des banques centrales. C’est une coïncidence. La pression sur les prix due à la concurrence des pays émergents et la désindexation des salaires en est une explication bien plus convaincante.
  3. Le libre-échange ne conduit pas à un optimum économique ni en théorie[13] , ni en pratique. Le protectionnisme s’est pratiqué sous bien des formes (via les normes, la gestion des prélèvements obligatoires, ou via les tarifs) et dans bien des cas au bénéfice des parties considérées.

Les faits ont démontré l’échec du Dogme. La crise écologique et la tension sur les ressources s’aggravent. Les crises financières se multiplient et montrent que les marchés financiers ne sont pas efficients (points 7 et  9 du Dogme). Les dettes publiques et privées échappent à tout contrôle.  La Banque Centrale est amenée à contrevenir à sa propre doctrine en prêtant massivement  aux banques pour leur éviter la faillite. Le chômage et  la sous-activité non choisie  restent  un fléau majeur de nos économies. Les inégalités s’accroissent au point de devenir socialement intolérables. Les revenus financiers deviennent aberrants, leur part du revenu national sans rapport démontrable avec leur intérêt social…Cette croissance est évidemment due à la  possibilité pour ces acteurs de bénéficier d’effets de levier considérables (la création monétaire bancaire permettant de développer l’activité de crédit vers les opérations de marché les plus rentables et les plus risquées. Elle a permis la création de mastodontes bancaires « too bigs too fail » se mettant en position de chantage et dont le sauvetage a nécessité une intervention massive des Etats et a engendré une part significative de leurs difficultés actuelles en Europe.

Mettre au pas la finance.

Ayant fait table rase du Dogme,  il nous reste maintenant à proposer des solutions pour sortir du guêpier.  A l’évidence il va falloir agir sur le cœur du capitalisme financier actuel qui est à l’origine de nombre de nos désordres et qui est le plus ardent défenseur du Dogme. Il va falloir en particulier réarmer financièrement les Etats face aux puissances financières considérables des marchés et des banques[14]. L’ampleur et la vitesse de la crise énergétique et écologique nécessitent un programme d’investissements que seul les puissances publiques pourront assumer, par création monétaire directe de la Banque Centrale[15]. Mais sans régulation simultanée des marchés financiers ces liquidités finiront par se retrouver dans les « trous noirs » que constituent ces marchés, alimenter la production de bulles et tous les désordres qui en résultent.

Les propositions centrales, au plan monétaire et financier[16],  vont consister à :

  • mettre la création monétaire au service d’un grand plan de transition énergétique et écologique pour accélérer la transition de notre modèle de développement vers un modèle soutenable, bas carbone et sobre en ressources.
  • faire la chasse aux paradis fiscaux, interdire les opérations de gré à gré pour que la réglementation des activités bancaires et financières redeviennent possible, abolir la directive M.I.F.[17].
  • mettre en place des règles qui interdisent les activités les plus déstabilisantes[18], permettent de réduire l’effet de levier et encadrent les activités spéculatives légitimes.
  • séparer les activités bancaires socialement indiscutables  (prêts aux particuliers et aux entreprises de l’économie réelle, gestion de l’épargne, gestion des couvertures de risques ..) qui peuvent et doivent bénéficier de garanties publiques (notamment des dépôts bancaires) des activités de marché ou des activités de capital investissement.
  • imposer des règles comptables  qui ne permettent pas de camoufler une situation désastreuse [19]et des ratios prudentiels qui soient plus exigeants et contracycliques [20]

Il faut évidemment rentrer dans le détail de ces mesures pour qu’elles puissent être applicables.

A ce sujet je vous signale la parution d’une nouvelle version du livre « 20 propositions pour réformer le capitalisme », qui sort le 1er février aux éditions Flammarion. Ce livre est rédigé par des experts de la finance et de la gestion responsable des entreprises, et coordonné par Gaël Giraud et Cécile Renouard. Il fournit de nombreuses mesures assez précises pour avancer vers la régulation de notre économie. Une note de synthèse en sera bientôt présentée ici.

Et voici une vidéo très claire où Gaël Giraud redit cela en d’autres mots :

Alain Grandjean

Retrouvez les autres articles de la série sur le Dogme.

Notes :


[1] Qui a comme effet principal d’augmenter le coût du crédit, à la fois pour l’Etat français, mais en cascade aux administrations territoriales, au FEFS (car la décision ne concerne pas que la France,) et aux grandes entreprises. Cette perte n’est en soit pas la fin du monde mais elle contribue, dans le cadre de la pensée unique, à renforcer des mesures d’austérité, absurdes. Voir par exemple l’article d’Henri Sterdyniak dans le journal LIbération du 17 janvier

[2] Voir la Tribune du …

[3] En Allemagne on parle aussi d’ordolibéralisme

[4] Et il pensera que si vous ne les partagez pas c’est sans doute que votre formation économique laisse à désirer…

[5] Comme l’hyperinflation de Weimar en 1923 supposée démontrer que la « planche à billets » c’est toujours inflationniste…alors que la cause des difficultés économiques de l’Allemagne est tout simplement l’exorbitant montant des réparations de guerre exigées lors du traite de Versailles (voir la monnaie dévoilée) . Ou comme le danger du protectionnisme « démontré » par la crise de 1929, qui a en effet conduit à des comportements protectionnistes, sans que ceux-ci soient la cause de la dite crise (voir inévitable protectionnisme).

[6] Je me suis inspiré de l’article correspondant dans Wikipédia

[7] On ne peut qu’être favorable à ce point 2 qui vise les Etats de la planète les plus corrompus où les « dépenses publiques » visent essentiellement l’enrichissement des dirigeants

[8] Poussé dans ses retranchements le « néolibéral » affirmera que les inégalités sont nécessaires à la croissance économique. Position très proches des économistes classiques pour qui la pauvreté était un stimulant économique indispensable…

[9] Suivant les recommandations de Milton Friedmann dans un article célèbre paru en 1970 dans le New York Times  Magazine.

[10] Qui est paradoxalement d’essence plus disciplinaire encore que la vision anglo-saxonne du rôle des banques centrales. Ce paradoxe est lié à la difficulté d’une politique monétaire unique dans une « zone monétaire » évidemment non optimale où la compétition entre Etats pourrait conduire certains d’entre eux à des comportements de passagers clandestins, bénéficiant des efforts des autres sans les faire eux-mêmes.

[11] Le taux de croissance, le « différentiel de croissance » (out-put gap) entre la croissance observée et la croissance potentielle, le taux d’inflation  observé et le taux d’inflation cible. N’insistons pas ici sur le fait que le PIB est un très mauvais indicateur macroéconomique puisqu’il ne tient aucun compte des enjeux écologiques…

[12] La littérature académique est abondante sur ce sujet. Il suffit de lire les ouvrages de quelques auteurs comme Gael Giraud, Jean-Luc Gréau , Jacques Sapir, ou les livres des Economistes Atterrés pour se convaincre de la distance entre le Dogme et les réalités économiques.

[13] Voir entre autres G. Giraud, « Plaidoyer pour un protectionnisme européen », Revue Projet n° 321, avril 2011.

[14] Les actifs des 3 plus grandes banques françaises représentent 250 % du PIB,  soit  5000 milliards d’euros…

[15] Voir « financer l’avenir sans creuser la dette »

[16] Les propositions visant à « internaliser » les coûts de la dérive climatique par une taxe carbone ou un marché carbone efficace, ceux de l’érosion de la biodiversité restent plus que jamais d’actualité !

[17] La directive européenne MIF est entrée en vigueur en 2007. Elle a permis la création de des Systèmes multilatéraux de transactions (MTF) et des «  dark pools », et rendu impossibles la connaissance globale d’opérations comme les ventes de CDS. Une entreprise peut ne pas savoir maintenant à quel cours sont échangés ses titres. Elle peut se voir rationner l’accès au crédit parce que des fonds ont spéculé sur des CDS sur son titre…Bref cette directive a organisé l’opacité, au moment même où il fallait faire l’inverse.

[18] Comme le trading algorithmique haute fréquence

[19] Suite à la crise de 2008, les banques ne pouvaient plus comptabiliser leurs actifs en valeur de marché (puisque ces actifs ne faisaient plus l’objet de transactions) ; elles ont été autorisées à les comptabiliser à partir de modèles internes, évidemment discutables…Il est évident du coup que le niveau souhaité de  distribution de bonus n’est pas étranger aux hypothèses retenues dans ces modèles.

[20] Les ratios imposés par l’actuel règlement Bale III poussent les banques à limiter drastiquement leurs concours à l’économie, c’est exactement l’inverse de ce qu’il faudrait faire aujourd’hui.

Le Dogme terrassé par l’effet boule de neige ?

Les taux d’intérêt auxquels l’Italie peut emprunter pour  se financer sont en ce moment supérieurs à  6%. Avec une dette de 120% du PIB cela pourrait poser quelques menus problèmes. S’il était appliqué à toute la dette (ce qui n’est pas le cas car une partie est financée à des taux plus bas) la charge d’intérêt alourdirait mécaniquement le déficit public italien de 7,2% du PIB…

Rappelons que les ratios Maastrichtiens (déficit public inférieur à 3% du PIB et dette inférieure à 60% du PIB) ne tiennent sur la durée que si le taux de croissance est supérieur au taux réel de la dette. Dans le cas inverse, on observe  un effet boule de neige, qui se formalise simplement.

L’effet boule de neige

Une petite démonstration vaut mieux qu’un long discours.

D = dette réelle (i.e., déflatée du niveau général des prix) d’un Etat

G= recettes réelles publiques

T = dépenses réelles publiques

r = taux d’intérêt réel moyen auquel l’Etat peut emprunter sur un marché

La variation de l’endettement est égale à :

G − T + rD. (1)

où G − T représente la dette primaire et rD, le service de la dette.

En l’absence de croissance du PIB et d’inflation, l’équilibre des comptes publics est très simple, puisqu’il se résume à :

G − T = rD.

Si le volume réel des transactions et de la production (pour simplifier le PIB), Y , varie, et que l’on note g son taux de croissance (ou de décroissance) : ∂ Y = gY , alors la variation du ratio dette/transactions réelles est égal à :

∂ (D/Y ) = (G – T)/Y + (r − g)D/Y

C’est ici qu’apparaît la règle simple : tant que r − g ≤ 0, le service de la dette ne pèse pas sur l’équilibre budgétaire de l’Etat. Il l’allège même, lorsque r < g.

L’effet « boule de neige ⟩⟩ apparaît à partir du moment où r > g : dans ce cas, en effet, même lorsque le budget est à l’équilibre, G = T, le ratio dette/transactions réelles augmente : ∂ (D/Y) > 0.  Malgré un équilibre budgétaire « primaire », le ratio dette /PIB ne cesse de se dégrader. Les intérêts de la dette s’ajoutent à la dette qui s’envole, alimentant la peur des marchés qui demandent des taux d’intérêt plus élevés, qui accroissent la dette…

Dans la première décennie de la vie de l’Euro, les ratios d’endettement des Etats[1] européens tenaient grâce à un des taux d’intérêt de l’ordre de 4 à 5 %[2], voisins les uns des autres, une inflation et une croissance de l’ordre de 2% chacun.

Les taux d’intérêt réels (4-5% – 2% = 2 % à 3%) ont été jusqu’en 2008 un peu supérieurs à la croissance mais pas de plus de 1%.  Du coup, au total le taux moyen de la dette publique/PIB de la zone euro a été stable aux environs  de 69% en moyenne sur la période 1999-2008.

En 2008, la crise venue d’outre-atlantique a changé radicalement la donne. La croissance s’est effondrée, l’année 2009 est une année de décroissance de -4 % pour l’Union européenne et la zone Euro[3]. Les taux d’intérêt se sont mis à diverger entre les pays de la zone  Euro et à exploser pour les plus fragiles comme le montre le beau graphique ci-après[4] . La spéculation s’est déchaînée et l’effet boule de neige s’est manifesté immédiatement. La dette publique moyenne de la zone Euro  est passée à 80  % en 2009 puis à 85% en 2010[5]….


(Merci à Olivier Berruyer pour son graphique, à consulter dans son contexte ici)

La raison des plans d’austérité est tout simplement là : pour que la dette ne se mette pas à exploser, il faut générer des excédents budgétaires, à un niveau qui dépend de ces deux variables : le taux d’intérêt et le taux de croissance. La situation présente rend peu crédible une croissance élevée, indépendamment du fait qu’elle pourrait buter sur des questions de ressources matérielles et écologiques. Du côté des taux d’intérêt les marchés financiers doutent de la capacité de remboursement des Etats concernés,  notamment du fait de la faible croissance, ils demandent donc une « prime de risque ».

Pas facile facile. Nous voilà dans la seringue, non ? Seules solutions, réduire les dépenses publiques ou augmenter les impôts, et pas dans des petites proportions. En France un écart de 1 % sur les taux d’intérêt appliqué à une dette supérieure à 80% du PIB c’est toute de suite 0,8 % du PIB soit 16 milliards d’euros, ca ne se trouve pas sous les pieds d’un cheval. Augmenter les impôts ? Nicolas Sarkozy y est arrivé par petites touches plus ou moins invisibles. Y aller franchement c’est plus compliqué. Qui est vraiment prêt à voter pour un tel programme ?

Du coup le plus simple c’est de faire faire le sale boulot par des experts, des technocrates. C’est l’idée qui  vient spontanément à l’esprit et pas qu’à l’esprit d’où les « troikas »,  et plus récemment la mise sous tutelle puis la démission forcée de Sylvio Berlusconi.

Il y aurait bien deux autres solutions, non pas pour régler définitivement la question mais, comme déjà dit ici, pour alléger le fardeau et organiser la transition vers un modèle économique et financier durable :

  • que la Banque Centrale rachète la dette (on dit « monétiser ») , ce qu’elle fait un peu, contrainte et forcée ; 180 milliards à ce jour, ce n’est pas grand-chose –rien par rapport aux achats de la FED, qui se mesurent en millier de milliards de dollars. C’est ce qui est recommandé par maints économistes (comme Helene Rey, professeur d’économie à la London Business School, voir les Echos du 9 novembre).
  • que les Etats retrouvent la capacité de création monétaire (ce qui  réduit à due concurrence les intérêts à payer, ce recours ne réglant évidemment pas l’intégralité de la dette).

Mais vous n’y pensez pas : c’est interdit par le Traité, les Allemands y sont opposés et à juste titre ! C’est grâce à ces interdits que, précisément, les Etats, sous la pression des marchés (et de leur jugement sur leur crédibilité, leur crédit, au sens strict) sont obligés de mettre de l’ordre dans leurs comptes. Bref ces interdits mettent les mauvais gestionnaires « sous la tutelle des marchés » et c’est bien leur rôle. Et nous sommes les gardiens du Dogme.

Nos démocraties vont-elles accepter ce petit jeu, dû, rappelons-le à l’effet boule de neige ? Vont-elles supporter longtemps un dispositif qui transforme nos élus en pantins (version « guignol » ou version « rond de cuir gestionnaire ») de fait, puisqu’ils n’ont plus les leviers de l’exercice des choix politiques les plus importants, et prennent leurs instructions à Bruxelles via des mercenaires de la finance ?

Pas sûr, il est tout-à-fait possible qu’elles préfèrent remettre en cause le Dogme.

Alain Grandjean

Sur le Dogme, lire aussi :

Le Dogme contre la démocratie et …l’Europe. La Grèce rejoint l’Islande ?

Sommet du 26 octobre : le social et l’écologique sacrifiés à l’autel du Dogme

Notes :


[1] Plus précisément les dettes des « APU » administrations publiques (état+ administrations territoriales + sécurité sociale).

[2] En fait, les taux sont différents selon leur « maturité » et il faudrait en toute rigueur de parler de la courbe des taux pour chaque dette. Pour les taux des OAT à 10 ans la moyenne de la zone Euro sur la période est de 4,6%.

[3] Voir par exemple http://www.gecodia.fr/PIB-zone-euro–Taux-de-croissance-PIB-zone-euro–Croissance-economique-zone-euro_a491.html

[4] Voir http://www.les-crises.fr/meteo-des-taux/ pour plus de détails.

[5] Voir http://epp.eurostat.ec.europa.eu/tgm/refreshTableAction.do?tab=table&plugin=1&pcode=tsieb090&language=fr

Le Dogme contre la démocratie, et …l’Europe. La Grèce rejoint l’Islande ?

Il y a quelque chose de surréaliste dans l’annonce par Georges Papandréou d’un référendum en Grèce, postérieure au sommet de Bruxelles. Comment est-il possible qu’elle n’ait pas été faite en même temps ? On comprend que les marchés dévissent. Ce pourrait être l’allumette qui met le feu aux poudres et nous conduit au « big one »,  le grand krash annoncé. Bref, un beau cygne noir, qui nous rappelle à la modestie : qui l’avait vu venir ?

L’interprétation la plus immédiate est évidemment de dénoncer l’incurie grecque et d’en faire de commodes  boucs émissaires : incapables de gérer leur Etat, fraudeurs, mendiants d’une aide qui nous aurait  coûté un bras,  ils vont en plus planter l’Euro et l’Europe avec.

Je me permets de proposer une autre lecture de cet événement extraordinaire : les européens, le peuple Grec en  étant  l’une des plus beaux fleurons, ne sont pas des Aztèques. Ils ne veulent pas se sacrifier, ni sacrifier leur idéal et en particulier pas la démocratie. Or c’est aussi ce que veut le Dogme. Si des Etats européens ne sont pas capables de gérer leur pays, on va le faire à leur place et envoyer des experts pour le faire. Cela nous rappelle le temps maudit du Chili, soumis aux golden boys, et  de tous ces pays qui ont dû passer sous les fourches caudines du FMI et de ses plans d’ajustement structurels criminels.

La force du Dogme est qu’il repose sur un apparent bon sens et sur quelques épisodes historiques, sur  du solide donc.  Financer un déficit budgétaire par la planche à billets ne peut être qu’une fuite en avant, la preuve que le gouvernement est incapable de lever l’impôt pour financer les dépenses souhaitées par ses électeurs. Cela ne peut se finir que dans l’hyperinflation (celle des assignats révolutionnaires ou des marks de la République de Weimar) et ses suites tragiques. La discipline doit être encore plus stricte, quand on est au sein d’une union monétaire, où la tentation d’un Etat serait forte de faire plaisir à ses électeurs, en comptant sur les voisins pour payer l’addition. C’est d’ailleurs pour cela que le traité de l’union européenne comporte les articles 123 (pas de planche à billets pour financer les Etats) et 125 (pas de solidarité entre Etats). Qu’opposer à ce bon gros bon sens ?

Quelques « détails » déterminants.

1    Si la banque centrale ne peut financer un  Etat, elle peut refinancer les banques qui les financent, en empochant les intérêts au passage; en cas de crise budgétaire la seule différence c’est que le risque est plus élevé : quand les banques sont en difficulté il est difficile de savoir ce qui peut se passer.

2    Ce risque est encore accru par l’invention des CDS, ces instruments de garantie de dette, inventés par nos financiers imaginatifs dont on ne sait pas bien combien sont émis, ni qui perd et qui gagne s’ils sont « actionnés ».

3    La clause de non-solidarité a pour effet de conduire à des appréciations de risque différentes entre les différentes dettes publiques des pays de  la zone euro donc à des taux d’intérêt différents. Or les « ratios de Maastricht » (déficit inférieur à 3% du PIB et dette inférieure à 60%) supposent que 3 autres  variables se comportent « sagement » : le taux de croissance du PIB, le taux d’intérêt et le taux d’inflation.

Ce qui pourrait se passer en théorie mais qui ne s’est pas passé en pratique dans la zone Euro où les économies des pays de la zone se sont mises à diverger.  Dès lors la spéculation a pu s’acharner sur les pays en difficulté.

4    Quand un pays est dans la seringue, il ne peut que recourir, avec ou sans l’aide de ses voisins, à une politique d’austérité visant à redresser ses comptes publics.

5    Mais comme l’a dit François Baroin cet été, le temps de la démocratie n’est pas celui des marchés. Ces derniers ne connaissent que deux émotions : l’exubérance ou la panique.  Ils exercent une pression vite intolérable, par l’intermédiaire de leurs bras armés, sur les peuples, qui ne comprennent pas facilement qu’on leur impose une purge. Surtout quand le déclenchement de la crise provient de la lointaine Amérique et de sa crise des subprimes. Quand les efforts les plus importants des dirigeants européens semblent avoir été faits pour éviter des ennuis aux banques…

6    Désaisir les gouvernements des deux leviers majeurs de la politique économique, le budget et la monnaie, tout en leur laissant s’expliquer devant leurs électeurs puis confier à une troïka le soin d’appliquer un plan de restructuration est un excellent moyen pour faire détester l ‘Europe.

Bref le Dogme a voulu nous faire croire qu’il allait nous permettre d’accoucher d’une belle Europe, c’est une sorcière qui sort de la crise actuelle. Le Dogme veut la peau de l’Europe dont les peuples veulent.

Dans sa probable panique, Georges Papandréou nous rend peut-être un grand service. Son pied de nez au moment où Jean-Claude Trichet le grand commandeur du Dogme laisse sa place à Mario Draghi ne manque pas de piquant. Si Jean-Claude Trichet  incarne le prototype du grand commis de l’Etat  et si l’on peut penser qu’il ne cherchera pas comme Alan Greenspan à se faire un complément de retraite auprès d’un Hedge Fund comme celui de Paulson, ce n’est pas exactement le cas de son successeur, un ancien de Goldman Sachs, très probablement bien informé des opérations de maquillage des comptes grecs réalisés par son employeur…Le Dogme tombera-t-il tout seul ?

J’ai tendance à le penser.

L’eurolibéralisme  a vécu. Que naisse une Europe débarrassée du Dogme.

Alain Grandjean

Sommet du 26 octobre : le social et l’écologique sacrifiés à l’autel du Dogme

Le sommet du 26 octobre est présenté par ses participants comme celui qui sauve l’Euro. Il m’est toujours désagréable de critiquer des négociateurs, confrontés à une situation si difficile. A leur place,  aurait-on  fait mieux dans le jeu serré de contraintes qui semblent s’imposer ? Non, à mon avis, si l’on ne remet pas en cause précisément la contrainte qui a tout bloqué dans cette négociation.

Les occidentaux se sont scandalisés de la pratique aztèque des sacrifices humains. Les dieux aztèques, tout comme leurs bras armés, les prêtres, n’étaient que des brutes sanguinaires. Il me semble bien que le Dogme et ses grands prêtres  (les zélateurs du monétarisme) n’ont rien à envier aux Aztèques.

Crédits image : La cité du Dieu perdu, Thorgal

Le Dogme c’est ce qu’il ne fallait pas toucher, c’est ce qui est au cœur de la naissance de l’Euro et que Guillaume Hannezo a rappelé dans sa note pour Terra Nova. C’est le monétarisme au nom de quoi les Etats européens ont abandonné leur souveraineté monétaire et tout recours à la Banque Centrale pour financer leur déficit. Qu’ils ont livré intégralement le pouvoir de création monétaire aux banques privées. Dans un contexte où simultanément le capitalisme a été dérégulé, le Dogme a donné aux banques tous les moyens de financer toutes les  opérations les plus folles, de développer le « shadow banking[1] »,  de spéculer contre les dettes publiques européennes. Et cerise sur le gâteau de faire des cours de morale aux Etats mal gérés (tout en vendant l’arsenal permettant de ne pas payer d’impôts…). Ce sont des dealers qui se permettent d’accuser leurs victimes d’être des drogués…

On comprend que le Dogme soit considéré comme intouchable par tous les spécialistes qui sont a minima dépendants du secteur financier quand il ne les a pas franchement enrichis. La reconnaissance du ventre existe aussi dans cet univers.

Mais le Dogme ne se suffit pas de l’enrichissement colossal des acteurs financiers. Le Dogme a besoin de sang. L’accord européen va avoir deux conséquences désastreuses :

  • les peuples européens vont être soumis à des politiques d’austérité qui vont leur faire perdre progressivement les bénéfices du contrat social  qui jusqu’à présent faisait la spécificité de l’Europe, la région au monde la plus équilibrée socialement.
  • ces politiques vont conduire à sacrifier les investissements et dépenses « écologiques » qui vont paraître comme un luxe byzantin dans une période de récession.

L’appel au financement des pays émergents  va évidemment aggraver ces deux effets : comment limiter l’ouverture de nos marchés à leurs produits. Au moment précis où le protectionnisme européen est enfin considéré comme une nécessité et où les conséquences désastreuses du libre-échangisme mondial sont comprises, cette contrepartie est une catastrophe. Elle va accélérer le processus qu’il faut ralentir, celui de la désindustrialisation européenne. Elle va accélérer la destruction de l’environnement en intensifiant la concurrence internationale sans frein.

Le Dogme, s’il n’est terrassé très vite, aura la peau de l’Europe  et de son âme. Parions cependant que nos concitoyens ont gardé encore assez de bon sens pour  ne pas se transformer en malheureux aztèques.

Alain Grandjean


[1] Voir le livre de Marc Roche » Le capitalisme hors la loi » chez Albin Michel. Une initiation aux charmes feutres de la banque de l’ombre.

Affligeant : une analyse du sommet de Bruxelles qui dénonce la seule proposition qu’il faut pousser : le recours à la création monétaire par la BCE

Terra Nova vient de publier une note rédigée par Guillaume Hannezo[1] : « Sommet européen du 26 octobre : une digue européenne face au tsunami financier »

Cette note très synthétique  comporte des éléments d’analyse intéressants mais concentre sa critique de la position française dans la négociation ayant précédé  ce sommet sur ce qui me semble au contraire mériter un coup de chapeau. La France a en effet proposé que le FESF devienne une banque et puisse ainsi avec 250 mds de capital disponible, acheter 2 000 milliards d’obligations d’Etat avec des fonds fournis par la banque centrale.

Guillaume Hannezo écrit : « La technique utilisée permet d’éviter le recours à la monétisation, que la France n’aurait pas du demander car elle n’est pas du ressort du Conseil européen, mais du conseil des gouverneurs, qui décideront en toute indépendance du réglage de la masse monétaire, comme le prévoit le Traité. »

Il fait appel à trois arguments aussi faibles l’un que l’autre pour justifier cette critique :

  • l’absence de recours à la création monétaire par la BCE serait au cœur de l’identité allemande  traumatisée par 2 épisodes d’hyper inflation.

Que nos partenaires allemands attachent de l’importance au dispositif central du traité de Maastricht est une évidence. Et qu’ils soient issus d’expériences  douloureuses également. Que cela suffise à ne pas proposer une modification de ce dispositif en pleine crise européenne ne s’en déduit pas du tout.

Nos intérêts ne sont pas alignés sur les intérêts allemands avec lesquels nous avons des marges de négociation. Mais surtout comme le FESF devait être « démultiplié » c’était la moins mauvaise des solutions. Le recours au financement par la Chine sera soumis à des conditions autrement douloureuses au plan social et écologique. J ‘y reviendrai.

  • ce serait contraire à l’Etat de droit, puisqu’interdit formellement par le TUE. (Traité sur l’Union Européenne)

D’une part le TUE est vidé de son contenu du fait de multiples écarts à son esprit et à sa lettre (les critères de Maastricht ne sont pas respectés et la Banque Centrale rachète des titres d’Etat). En particulier l’aide négociée au sommet est elle aussi contraire au Traité qui interdit cette solidarité (par son article 125 connu sous le nom de clause de no bail out[2]).

D’autre part ce traité va être renégocié. C’est donc  le moment ou jamais de faire des propositions nouvelles.

Enfin je ne suis pas sûr qu’un traité qui a été voté dans l’inconscience des citoyens de ses conséquences (savaient-ils qu’il transformait la doxa monétariste en principe intangible ?)  puis qui a reçu un désaveu lors du vote négatif au projet de Constitution Européenne, ait un poids démocratique très élevé…

  • enfin Guillaume Hannezo évoque un argument qui ne mériterait qu’un haussement d’épaule s’il n’était pas malheureusement pris au sérieux par de nombreux citoyens.
    «  D’un point de vue allemand, faire financer par la planche à billets les déficits budgétaires, c’est-à-dire faire acheter par la banque centrale les émissions obligataires nouvelles des Etats, c’est exactement ce que fait Robert Mugabe, ou les autres Etats impécunieux d’Afrique. Autoritarisme politique, laxisme économique, inflation de la masse monétaire : mauvais souvenirs. »

Notre auteur sait bien et rappelle que les USA et la Grande-Bretagne monétise des déficits budgétaires.  Mais, dit-il, en toute indépendance et pour assurer la liquidité de l’économie. C’est évidemment une contre-vérité. Les opérations de quantitative easing ont bien d’autres objectifs. Au fond tout en s’en défendant « nous ne sommes pas des ayatollahs du monétarisme » , il s’en fait l’apôtre  zélé. Affligeant !

Alain Grandjean


[1] Guillaume Hannezo, 48 ans, est associé gérant de Rothschild et cie. Ancien élève de l’ENS et de l’ENA, inspecteur des finances, il a été conseiller technique au cabinet de Pierre Beregovoy, puis conseiller économique à l’Elysée sous Francois Mitterrand. Directeur financier des AGF (93/97),puis de la Compagnie générale des eaux/Vivendi universal (97/2002),il crée en 2003 une « boutique » de conseil en fusions acquisitions (FDR finance),intégrée depuis 2007 dans la banque Rothschild . Guillaume Hannezo est par ailleurs vice Président du conseil de surveillance de Libération et membre fondateur des Gracques

[2] Voir par exemple http://www.telos-eu.com/fr/article/l_ue_a_t_elle_le_droit_de_renflouer_la_grece

Pour une sixième République écologique

Dominique Bourg et ses co-auteurs nous livrent un ouvrage remarquable. Pas long (moins de 200 pages) agréable à lire, solide et innovant.

En voici le propos en quelques mots :

Une analyse lumineuse des contradictions entre notre système démocratique et les défis écologiques vitaux auxquels nous sommes confrontés, et la proposition d’une architecture d’ensembles et des propositions concrètes pour faire place à une sixième république où :
- Le président a une fonction et des moyens pour incarner le long terme
- Une troisième chambre , une assemblée du long terme, a un pouvoir d’initiative et de véto pour ce qui ressort de son champ de compétence
- Un collège du futur composé pour moitié d’experts et pour moitié de citoyens travaille pour éclairer solidement et démocratiquement les enjeux de l’avenir
- Le droit de l’environnement est renforcé
- Des dispositifs de démocratie participative sont mis en place.

Serait-ce trop demander à la future campagne électorale de poser le débat à ce niveau de réflexion, plus que jamais d’actualité ?

Et pour ceux que la création monétaire et le financement du long terme intéressent notons ce propos et cette proposition :

Le propos :
« il est grand temps de sortir des dogmes néolibéraux, de mettre fin au monopole privé, via les banques et le crédit, de la création monétaire; de rendre à nouveau possible une création monétaire publique, dédiée au seul financement des infrastructures destinées à faire face à la nouvelle donne naturelle planétaire » (page 164)

La proposition : Reformulation de l’article 1 de la Constitution

« La France est une république indivisible, laïque démocratique et sociale. (…) Son organisation est décentralisée.
La République veille à un usage économe et équitable des ressources, respectueux des limites de la biosphère. elle organise le financement des investissements nécessaires à l’adaptation publique aux grands changements naturels en cours et à venir »

(ce qui est en italique sera rajouté après le premier paragraphe actuel de  la constitution)

Voir également cette recension par le site de la FNH

Et l’article de la Tribune :

Pour une 6ème république écologique

Le révisionnisme monétaire

Par Gabriel Galand et Alain Grandjean, économistes, membre du groupe de travail sur les questions financières mis en place par la FNH – A lire également sur le blog dédié.


Tout à leur conviction que lacréation monétaire ne peut être mise au service de tous, et notamment ne peut financer des investissements collectifs, certains économistes en viennent à nier la possibilité même de la création monétaire.

Faisons d’abord une description rapide des mécanismes bancaires qui conduisent à la création monétaire.

L’opération comptable fondamentale est la suivante (opération I).

ACTIF PASSIF
Banque A Créance sur X ……+  100 Compte à vue X … + 100

La banque A prête 100 € à l’agent X. Elle inscrit 100 € sur le compte de X et constate à son actif une créance de 100 € sur X. La banque a créé ex-nihilo les 100 € du compte de X.

Ceci n’est pas la seule manière de prêter de l’argent à X. La Banque A peut aussi « mobiliser de l’épargne » par l’écriture suivante (opération II) (nous supposons pour l’instant que tout se passe dans la même banque).

ACTIF PASSIF
Banque A Compte à vue Y

Compte à terme Y

… – 100

…+ 100

Banque A Créance sur X …… + 100 Compte à vue X …+ 100

L’agent Y a épargné 100 euros en les transférant de son compte à vue à son compte d’épargne. Lorsque Y épargne ces 100 € et les soustrait du circuit de la monnaie circulante, la Banque les remet dans le circuit en prêtant à X comme précédemment. Ici on a une destruction création.

Les choses sont en réalité un peu moins simples car la Banque A n’est pas seule au monde. Dans l’opération I, la banque A, du seul fait de la création des 100 euros, va subir des « fuites » vers le monde extérieur.

  • D’abord la Banque centrale va lui demander de mettre en réserve environ 2 € de monnaie centrale (celle que la banque A possède sur son compte à la Banque centrale). Ce sont les « réserves obligatoires ».
  • Ensuite, X, comme tout agent titulaire d’un compte à vue, va avoir besoin de billets et les retirera au distributeur. Ces billets, la banque A devra les acheter à la Banque centrale. En moyenne, le volume de billets est de 10 à 15% du montant des comptes à vue.
  • Ce n’est pas tout. Il reste le plus important. Lorsque X va utiliser ces 100 €, il va les dépenser auprès d’autres agents qui ont des comptes dans d’autres banques. Si par exemple l’agent Z dans la banque B reçoit un chèque de X de 20 € et le remet à sa banque, celle-ci va demander à la banque A de lui verser 20 € pour qu’elle puisse créditer Z. Comme les banques règlent leurs dettes et créances mutuelles par mouvements de leurs comptes en Banque centrale, A va se trouver débitrice de B pour 20 € de monnaie centrale. On conçoit que compte tenu des millions de chèques qui circulent dans tous les sens, les dettes et créances des banques les unes envers les autres (en raison de ces chèques) se compensent en grande partie.

Restons en là, mais remarquons pour finir que dans l’opération II la banque n’a pas tous ces soucis car elle n’a pas créé de monnaie, il n’y a donc pas de fuites en moyenne, ni en réserves, ni en billets, ni vers les autres banques.

Passons maintenant aux arguments des révisionnistes. On peut les répartir en trois catégories

1. La création monétaire n’existe pas.

Cette position est la plus excessive. Elle consiste à nier toute création monétaire par les banques. Pour l’étayer, ils prennent argument de toutes les fuites lors de la création monétaire et prétendent que la banque A peut créer cette monnaie provisoirement, mais qu’elle doit rapidement trouver une ressource d’épargne pour annuler cette création, car sinon les fuites (surtout vers les autres banques), vont annuler tout bénéfice de l’opération. Autrement dit la banque n’a d’autre choix que de se comporter comme un organisme non bancaire, qui, n’ayant pas de compte à la Banque centrale, ne prête que des ressources d’épargne collectée.

Cette position est tout simplement erronée.

Il a été montré que si toutes les banques augmentent leur volume de prêts au même rythme, les compensations de dettes entre banques se font parfaitement et que la masse monétaire augmente régulièrement au même rythme, les banques ne subissant que les fuites de billets et de réserves obligatoires. Qui plus est, il y a le marché interbancaire permet aux banques bénéficiaires des fuites de prêter aux banques qui en souffrent.

Il y a surtout la Banque centrale qui prend en pension les créances contreparties de la création monétaire, et qui fournit autant de monnaie centrale que nécessaire. Si ces prises en pension augmentent également au même rythme que le reste, elles financent les billets et les réserves obligatoires sans problème et restent de volume très inférieur à celui de la monnaie créée. Les banques peuvent donc créer de la monnaie en assurant des ressources de monnaie centrale d’environ 15% du montant de la monnaie créée. C’est la notion de multiplicateur du crédit.

La preuve absolue que notre démonstration est correcte est qu’il existe bel et bien une masse de monnaie M1 (somme des comptes à vue, des billets et des pièces) d’environ 4500 milliards d’euros dans la zone euro, et que cette monnaie, il a bien fallu la créer avec des opérations bancaires du type de l’opération I. Ni l’or (10 000 tonnes soit 300 à 400 milliards d’euros à l’actif du SEBC)  ni les devises possédées par les banques centrales (250 milliards environ au même actif)  ne suffisent, et de loin, pour expliquer la monétisation d’une telle somme. Ni à expliquer comment cette masse monétaire fait pour augmenter chaque année (M1 est passée de 2000 milliards en 2001 à 4500 en 2010, soit une croissance annuelle moyenne de l’ordre de 8%).

2. Pas besoin de création monétaire pour financer l’investissement.

Ceci est un révisionnisme un peu plus subtil. Il consiste à accepter la création monétaire, mais à soutenir que dans le cas de l’investissement, il n’y a pas en fait de création monétaire car celle-ci en quelque sorte s’auto-exclut. Cette position s’appuie en général sur l’égalité d’origine keynésienne selon laquelle l’investissement est égal à l’épargne et plus précisément que l’investissement génère l’épargne nécessaire à son financement et qu’il n’y a besoin d’aucune création monétaire dans ce cas. Il faut donc faire appel à l’épargne pour financer l’investissement et non à la création monétaire.

Ce sophisme repose sur l’utilisation abusive d’un modèle. Les modèles économiques analytiques, comme le modèle keynésien utilisé ici, sont des représentations simplifiées du monde. Ils sont vérifiées pour certains points de vue sur ce monde (d’où leur utilité), mais pas du tout pour d’autres. Aucun modèle ne prétend représenter le monde économique sous tous ses aspects. Il y a toujours des hypothèses restrictives qui pèsent plus ou moins lourd suivant les résultats cherchés. D’ailleurs, certains keynésiens considèrent que,  même en acceptant ce modèle, le financement de départ doit fournir un financement ex-nihilo, et que l’égalité de l’investissement et de l’épargne n’intervient qu’après, voire même à long terme. Dans ce cas, le raisonnement keynésien est parfaitement compatible avec notre démarche.

En effet, supposons que, en suivant la logique du modèle, on crée régulièrement de la monnaie qu’on investit dans l’économie avec un multiplicateur keynésien et avec fuites à chaque tour en épargne. Au premier tour les investissements peuvent être ciblés pour minimiser ces fuites, mais à partir du 2ème tour celles-ci sont conformes à la moyenne nationale. Les fuites en épargne  vont générer l’épargne  nécessaire, qui conduira au financement complet de l’investissement conformément au modèle (1). Dès lors la création monétaire initiale s’est bien transformée en épargne. La seule question qui se pose est celle de l’ajustement de la création monétaire aux besoins d’investissements mais la création monétaire reste un besoin évident.

3. La création monétaire est limitée par le comportement des agents économiques.

Cette idée, est d’origine monétariste. Elle consiste à dire que la création monétaire est inefficace parce que la masse monétaire est limitée par un comportement stable des agents à propos de l’affectation de leurs liquidités. Si les agents décident de garder 25% du PIB en encaisses liquides, on ne pourrait augmenter celles-ci d’une grande quantité sans déséquilibrer le système et provoquer une hausse des prix.

Etant donné qu’on est dans ce cas face à des opposants au keynésianisme, il faut rester sur le terrain exclusif de la monnaie et rappeler à ces contradicteurs que même les monétaristes admettent que lorsque de la monnaie est créée et mise à disposition des agents, cette augmentation nominale des revenus se partage entre hausse de la demande réelle et hausse des prix, sans qu’on puisse dire la part de l’un et de l’autre. Cette position suppose donc au moins que la masse monétaire puisse augmenter. Si par ailleurs cette création monétaire finance des investissements productifs, on augmente les revenus en même temps que l’offre et on ne voit pas pourquoi il y aurait « trop » de monnaie.

Une variante de cette limitation imaginaire est celle du bilan de la Banque centrale. Le passif de ce bilan, ou son poste M0 (comptes des établissements financiers et billets papier en circulation), seraient limités en fonction du PIB et des habitudes des agents. Les justifications de ces limitations ne sont pas claires, mais le meilleur moyen de montrer la fausseté de cette affirmation est de disposer d’un bon contrexemple.

Entre le 31 Décembre 2007 et le 31 Décembre 2010, la FED a multiplié son passif et le montant de M0 par 2,8 (il est passé de  800 milliards de dollars à 2300 milliards de dollars). Le moins qu’on puisse dire est que cette croissance n’a rien à voir avec celle du PIB, ni de celle de l’économie réelle.

Conclusion

Il paraît clair que les justifications des contradicteurs ne sont pas scientifiquement fondées. Elles semblent plutôt motivées par le désir de conserver à tout prix en l’état le mode de fonctionnement actuel de financement des investissements collectifs par le marché.

Gabriel Galand et Alain Grandjean

NOTE

1. Il ne parait pas certain qu’en modèle ouvert l’égalité ex-post I=S puisse être réalisée. A étudier.

600 milliards d’euros sur 10 ans pour l’investissement écologique et social

Suite à notre séminaire et à la publication de notre proposition sur le financement du long terme (Une version mise à jour sera en ligne très prochainement), la Fondation pour la Nature et l’Homme demande à la ministre de l’économie française, Christine Lagarde, de proposer ce mécanisme de financement à l’agenda européen dès la prochaine réunion de l’Eurogroup.

Une conférence de presse accompagne aujourd’hui la publication de ce communiqué, nous en publierons la vidéo dans les prochains jours ; nous suivrons avec la plus grande attention la réaction de l’exécutif, des médias et des internautes à cette proposition dans un blog dédié.

Sortir du nucléaire en France : à quel prix ?

Fukushima a relancé le débat. Faut-il sortir du nucléaire ? Pour le président de la République, ce serait « se couper un bras ». Et surtout rendre notre électricité beaucoup plus coûteuse, alors qu’elle serait moins chère de 35%1 par rapport à la moyenne européenne. Les français sont-ils prêts à payer le prix d’une sortie du nucléaire?Mais d’abord peut-on évaluer ce prix ? Cette note a pour but de montrer comment se pose cette question difficile. Elle est aussi faite pour ouvrir la discussion. Merci aux lecteurs de relever des erreurs éventuelles dans les chiffres ou dans les raisonnements proposés et/ou de m’indiquer des sources fiables sur ce sujet central. Merci à mes premiers relecteurs qui m’ont déjà permis de limiter la casse, sans que leur responsabilité soit engagée sur la version présente !

Notre comportement en matière énergétique est facile à comprendre : c’est celui d’un passager clandestin qui souhaite profiter du voyage sans en payer le prix. Edison eut l’idée de sortir les lampes à suif polluantes et malodorantes des maisons pour les remplacer par des ampoules propres. La pollution disparut comme par enchantement… du regard et du nez des habitants, pas de la planète. Il fallait bien produire l’électricité, et les centrales à charbon n’ont jamais été un modèle de propreté2

Depuis nous demandons tous de pouvoir consommer toujours plus d’électricité et d’énergie. Mais luttons pour ne pas payer l’addition : rien ne doit se faire à côté de chez nous. Pas sa production (pas de centrale, ni de gaz de schistes dans mon jardin, ni d’éolienne sous mes yeux), pas son stockage (pas de tankers à gaz dans mon port) pas son transport (pas de lignes électriques à côté de chez moi).

Et nous voulons en plus qu’elle ne nous coûte rien ou pas grand-chose. L’homme politique qui ne promet pas de tout faire pour éviter les hausses prend un risque considérable face à ses électeurs.

En un mot, nous rêvons d’une énergie propre et gratuite, qui malheureusement n’existe que dans les contes pour enfants. Même le solaire nécessite des capteurs et des installations diverses ; et si le soleil donne son énergie gratuitement, les installations en question ne sont, elles, ni gratuites ni totalement propres.

Dans ce contexte, il est prudent, si l’on veut vraiment sortir du nucléaire de bien en peser les enjeux. Sinon il est à craindre que les « solutions » de remplacement ne soient pas plus acceptées que le nucléaire. Les désillusions pourraient être amères. Qui va payer quoi ? Et qui va gagner quoi ?

Ces questions se posent sur deux plans : d’abord celui des coûts monétaires. Comment va évoluer le tarif de l’électricité avec ou sans nucléaire ? Puis celui des autres coûts pas forcément intégrés dans la facture du consommateur (comme les conséquences du changement climatique, le risque de rupture d’approvisionnement d’énergie, le risque d’accident majeur et sa couverture assurantielle, les pollutions locales de toutes sortes). Je ne vais évoquer ici que le premier sujet.

Parlons argent

Aujourd’hui les ménages français achètent l’électricité environ 13 c le kWh TTC , soit 130 euros le MWh3 . Pour un logement chauffé à l’électricité la consommation moyenne d’électricité totale (Chauffage, eau chaude sanitaire et électricité spécifique) est de 11 MWh (11 000 kWh); la facture est donc en moyenne est de 1400 euros . Pour une maison chauffée autrement elle est de 3 MWh soit une facture annuelle de 400 euros.

Les tarifs européens comparables sont en moyenne de 17 c le kWh TTC (voir annexe).  Le tarif français est bien inférieur de 25 % à la moyenne européenne4 qui lui est donc bien supérieur d’un tiers !

Au total en 2010 la France a produit 551 TWh (551 milliards de kWh) et les Français en ont consommé 475 (pertes et pompage 44 TWh, Export 31 TWh) ce qui représenterait pour les entreprises et les ménages une facture de consommation de l’ordre de 45 milliards d’euros5 et pour la France des exportations nettes de l’ordre de 2 milliards6 .

Le tarif aux consommateurs résidentiels est réglementé et décidé par les pouvoirs publics. Il se décompose en trois paquets, le coût de production de l’électricité (51 euros le MWh) le coût de transport et distribution (42 euros le MWh) et les taxes (37 euros le MWh), y compris récente hausse de la CSPE.

Coût MWh pour un consommateur résidentiel au tarif réglementé

Source : http://www.developpement-durable.gouv.fr/Principes-generaux-de-construction.html

Pour évaluer l’impact d’une sortie du nucléaire sur ce tarif et plus généralement sur le prix de l’électricité, il faut construire un scénario de sortie sur la durée du calendrier prévu. Il y a donc de nombreuses voies possibles. Si l’on veut sortir du nucléaire, en respectant la contrainte climatique et sans accroitre la dépendance aux fossiles7 il faut à l’évidence :

  • procéder à un effort massif de sobriété et d’efficacité dans la consommation d’électricité,
  • développer les énergies renouvelables
  • développer les capacités de stockage de l’électricité et de gestion de la pointe
  • et plus généralement la capacité de gestion de l’intermittence via les « réseaux intelligents »

La réduction massive de la consommation d’électricité contraint considérablement les solutions pour les autres usages des énergies fossiles dont nous dépendons (mobilité et industrie). Si l’on veut réduire notre dépendance au pétrole en particulier l’une des voies de solution est de recourir à l’électricité. Encore faut-il avoir des moyens de production électrique décarbonés en suffisance. Cela n’a rien d’anecdotique. Un calcul d’ordre de grandeur permet de voir combien pèse le transport en « équivalent électricité ». Prenons seulement en compte les voitures individuelles et les motos qui font presque les 2/3 de la demande en carburant du secteur transport soit environ 30 MTep en France. Le même nombre de kilomètres parcourus nécessiteraient 100 TWh … Dans la suite de la note nous ne tiendrons pas compte de ce transfert. Cela suppose implicitement que du côté de la mobilité ce scénario reposerait sur un mix de solution « sobriété/transports doux/voiture hybride et basse conso ». Nous ne creuserons pas ici ce point.

Un exemple de scénario

A titre d’exemple, visons une sortie totale du nucléaire en 20508 . En théorie c’est possible en France, pour les volumes de production qui seront envisagés dans la suite (liés à une très forte maîtrise de la demande, rappelons-le). Il y a les espaces ventés nécessaires pour l’éolien terrestre et maritime, les surfaces de toit pour le solaire, les volumes de déchets de biomasse pour des cogénérations. En pratique ce sera plus compliqué, du fait de l’intermittence des ENR et de la difficulté de stockage de l’électricité. On essaiera de traduire cette difficulté par une hausse des coûts.

On peut imaginer une infinité de scénarios. Pour fixer les idées en voici un très tranché qui vise à horizon 2050 :

  • une réduction d’un tiers de la consommation d’électricité9 , ce qui suppose d’énormes efforts dans le domaine de maitrise de la demande, et dans les autres domaines pour décarboner la mobilité et les processus industriels. Cela suppose bien sûr aussi une grande sobriété de la part des consommateurs.
  • une division par 2 de l’électricité d’origine thermique (le passage au gaz fait déjà un facteur 2 sur les émissions actuelles de CO2, relativement importantes du fait du recours au charbon en France, qui va être sorti du mix dans les prochaines années) et le développement de l’éolien, du photovoltaïque et de la biomasse à des niveaux inférieurs à leurs potentiels « techniques » (c’est-à-dire indépendamment, à ce stade du raisonnement des questions d’acceptabilité sociale),
  • une suppression de « l’exportation nette » (ce qui veut dire en moyenne autant d’import que d’export sur l’année)
  • une augmentation de la capacité des réseaux (stockage compris via des solutions à imaginer) à absorber l’intermittence et la variabilité des ENR .

Sur ce dernier point l’incertitude est forte. En dehors des stations de pompage dans les montagnes, il n’existe pas de technologie permettant de stocker massivement l’électricité à un coût « raisonnable ». Les espoirs se fondent sur des recherches en cours de stockage type air comprimé et sur la « gestion intelligente » de l’énergie, avec des déplacements fins de la demande, des stockages distribués et des compteurs communicants. Mais à ce stade l’incertitude est grande. Il n’est pas certain que cela soit faisable, le contraire ne l’est pas non plus à cet horizon de temps.

Remarque:

Autant il y a quelques années les gestionnaires de réseau affirmaient que les sources intermittentes d’électricité ne devaient pas dépasser 20% à 30% de la puissance installée ; on sait maintenant que qu’on peut franchir cette limite avec de nouvelles modalités, techniques et régulatrices, de gestion d’équilibre et selon les systèmes électriques considérés. Mais on ne peut à ce jour en donner une nouvelle limite haute ni en évaluer précisément le surcoût.

Voici comment on pourrait produire l’électricité dans un tel scénario.

Electricité en France :2010/2050 (TWh)
2010 2050
Thermique classique 60 30
Thermique nucléaire 408 0
Hydraulique 68 70
Eolien terrestre 10 110
Eolien off shore 0 50
PV 0 60
Biomasse 5 50
Pertes et pompage -44 -60
Total production 507 310
Consommation 476 310
exportation -31 0
source: chiffres repère de l’énergie 2010 pour la colonne 2009, estimation auteur pour 2050

Quelle augmentation de la facture ? Quel serait le surcoût pour le consommateur de ce scénario par rapport à un scénario tendanciel fondé sur le remplacement progressif des centrales nucléaires et thermiques existantes par des EPR ?

Un petit tableau des coûts de production au MWh permet de faire une réponse en ordre de grandeur. Ces coûts sont évalués de la même manière que les coûts actuels, avec des taux d’actualisation de 8%10 . Les données 2009 sont, sauf erreur, réalistes, les données 2050 sont calculées par l’auteur en partant de la littérature ; mais elles restent hypothétiques, et posées pour l’exemple.

Cout de production de l’électricité
en France 2009/2050 (euros /MWh)
2009 2050
Thermique classique 60 150
Thermique nucléaire 40 80
Hydraulique 30 30
Eolien terrestre 80 80
Eolien off shore 180 180
PV 300 150
Biomasse 150 100

On peut en déduire que dans ce scénario de sortie du nucléaire, le coût de production moyen pondéré en 2050 s’établirait autour de 120 euros le MWh, contre 50 aujourd’hui. A ces surcoûts de production, il faudrait ajouter des surcoûts de réseau français et européen, qu’on11 peut estimer à 15 euros du MWh (de plus que le TURPE actuel). Avec une augmentation des taxes limitées à la TVA soit environ 15%12 , le MWh serait donc vendu environ 230 euros le MWh (contre 130 aujourd’hui), soit une hausse de 10 c le kWh.Quel écart par rapport à un scénario « tout EPR » ?

Par contraste, un scénario nucléaire, avec pas plus d’ ENR qu’aujourd’hui, scénario là aussi tranché, pourrait conduire à un coût moyen de production du nucléaire de l’ordre de 80 euros le MWh. Cette augmentation par rapport au coût actuel de 40 euros (pour le nucléaire) environ est due à trois facteurs :

  • la généralisation progressive de l’EPR 13 à la place du parc installé
  • la nécessaire incorporation d’une prime de risque14 (de quelques euros par MWh probablement) et la réévaluation du coût du démantèlement
  • la nécessité à partir de 2040 de passer en génération 4, dont les coûts sont à ce stade incertains mais dont on peut penser qu’ils seront de toutes façons plus élevés, surtout pour les premières installations industrielles

Pour les autres moyens, l’hydraulique moins coûteux (estimé ici à 30 euros le MWh) compense en gros le thermique classique dont le coût va ne cesser de croitre du fait des tensions sur les énergies fossiles et du coût du CO2 (estimé à 150 euros le MWh, avec un doublement du gaz et une taxe carbone à 100 euros la tonne de CO2). Le coût moyen de production de l’électricité serait au total de 80 euros le MWh, .

Côté réseau, dans un scénario de ce type, Il faut prévoir aussi quelques dizaines de milliards d’euros d’investissement, du fait du mauvais état actuel du réseau et de la gestion de la variation de la demande qu’un scénario nucléaire avec baisse du thermique à flammes ne permet pas non plus d’assurer facilement. Il faut donc prévoir également une hausse du « TURPE » de quelques euros, disons 10 euros pour fixer les idées.

Quels écarts de prix et de facture finale ?

Au total dans un scénario « tout EPR » le cout total y compris taxes serait donc de l’ordre de 180 euros, soit une hausse de 5 c le kWh par rapport à aujourd’hui. (soit 40 % …)

Le scénario MDE/ENR donnait lui une hausse de 10 c le kWh, soit un écart pour les coûts de production et de transport entre les deux scénarios de l’ordre de 50 euros le MWh, soit 5 c le kWh. Ce calcul est bien sûr discutable et repose sur des hypothèses à approfondir sur la question des travaux à réaliser sur le réseau et sur le stockage.

Dans le scénario « tout EPR » on peut supposer que la maîtrise de la demande est limitée. Limitons nous, en supposant quand même un effort de MDE, mais pas de transfert d’usage important , à un montant de 500 TWh.. Supposons que le ratio de 50 % entre le tarif industriel et résidentiel se maintienne.

La facture finale d’électricité annuelle (d’un montant actuel de 45 milliards) pourrait être de l’ordre de  :

  • 70 milliards d’euros dans le cas « tout EPR » (pour une consommation de 500 TWh)
  • 50 milliards d’euros dans notre scénario MDE/ENR (pour une consommation de 310 Twh)

Mais dans le scénario MDE/ENR, vient bien sûr s’ajouter à la facture d’électricité, l’amortissement des investissements nécessaires pour faire baisser la consommation. Ce chiffre est très difficile à estimer. Un calcul pifométrique peut se tenter en généralisant des évaluations faites dans le logement. Prenons le chiffre de 20 000 euros pour réduire de moitié une consommation de chauffage et ECS électrique de 10 000 kWh annuels sur 30 ans, soit 4 euros pour économiser 1 kWh sur 30 ans. Prenons une fourchette de 2 à 4 euros pour le coût moyen et appliquons la à l’écart de 170 TWh entre la consommation actuelle (les 480 TWh) et la consommation dans le scénario MDE/ENR (les 310 TWh),

L’investissement serait compris en ordre de grandeur entre 300 et 700 milliards d’euros. La facture complémentaire annuelle serait donc en gros de 30 à 60 milliards annuels (dans la pratique il s’agit d’amortissement d’investissements de loyers et de frais financiers).

La facture totale annuelle payée par les consommateurs serait dont dans le scénario MDE/ENR supérieure à ce qu’elle serait dans le scénario EPR : de 80 à 110 milliards contre 80 milliards déboursés chaque année. Bien entendu ce chiffre est à prendre avec toutes les précautions d’usage du fait du caractère très « pifométrique » des estimations faites.

Quel programme d’investissement ?

Et quel serait l’investissement total à mettre sur la table dans les deux scénarios ?

Commençons par le scénario MDE/ENR.

Cote moyens de production, on peut partir des chiffres suivants qui permette de passer des puissances aux productions puis aux coûts d’investissement par puissance installée.

Cliquez sur15 pour accéder à la note 15 du tableau.

Un calcul sommaire montre donc qu’il faut de l’ordre de 200 milliards d’investissements16 . Coté moyens de transport, distribution et stockage, l’ordre de grandeur est sans doute de moins de quelques dizaines de milliards d’euros. La seule inconnue réelle étant le stockage.

Pour la baisse de la consommation pour « gagner » 170 TWH il faut comme on l’a dit un investissement total de 300 à 700 milliards. On voit tout de suite que c’est la première question qui se pose. Des évaluations plus précises et/ou des gains substantiels sur la MDE pourraient changer la donne de manière radicale. Mais il importe de ne pas se voiler la face : aujourd’hui la rénovation thermique avance lentement et difficilement, avec des performances limitées. La raison en est double : une filière insuffisamment organisée et des coûts d’isolation qui, vu du ménage ou de l’entreprise sont coûteux et pas assez rentables.

Mais au total l’investissement est de l’ordre de 500 à 900 milliards sur 40 ans soit 10 à 20 milliards par an, moins de 1 % du PIB. Ce n’est évidemment pas inaccessible.

Dans le scénario « tout EPR » il faut au total installer 54 GW d’EPR, soit un investissement de l‘ordre de 200 à 300 milliards d’euros (dans la pratique la solution consistera à étaler le chantier de construction en jouant sur des prolongements de centrales, qui coûteront de l’ordre de 1 milliard d’euros par centrale prolongée) et investir dans des générateurs de génération 4 en poursuite de la recherche puis en construction à partir de 2040. Il faut également investir dans les réseaux, moins que dans le scénario MDE/ENR et investir quand même un peu dans la MDE. L’investissement serait donc de l’ordre de 300 milliards d’euros.

Quelles conclusions en tirer ?

En résumé, un scénario MDE/ENR conduit à payer l’électricité plus cher qu’aujourd’hui de 10 c le kwh, et à investir massivement dans la MDE. Au total il conduirait à investir 2 à 3 fois que dans un scénario « tout EPR » et à payer l’électricité 5 c le kWh de plus, en rappelant que dans ce scénario l’électricité augmente de prix (d’environ 5 c) par rapport à aujourd’hui. La facture finale annuelle pour le consommateur (amortissement des travaux et achat de l’électricité) serait supérieure d’un facteur compris entre 1 et 1,4, en fonction du coût de la MDE qui ne compensent pas les gains sur les volumes d’électricité achetés.

Deuxième conclusion : ce scénario nécessite un investissement lourd en MDE, dont il n’est pas du tout sûr aujourd’hui qu’il sera lancé. Il est décentralisé et peu rentable pour les acteurs concernés au vu de leur perception du prix futur de l’énergie. Sa réalisation passe par une volonté publique forte et la mobilisation d’instruments très lourds de type investissements publics massifs.

Cette conclusion est évidemment provisoire et dépendante des scénarios retenus et des hypothèses de calcul. Un simulateur pourra permettre de faire tourner d’autres scénarios et d’autres hypothèses.

Troisième conclusion, d’ordre méthodologique. Ces quelques calculs montrent qu’on peut tenter de mettre un peu de clarté sur l’un des enjeux clefs de la sortie du nucléaire : le prix de cette sortie. Il reste maintenant à valider les chiffres et à faire d’autres hypothèses pour vérifier si les ordres de grandeur évoqués ici sont les bons. En particulier, à supposer que cette décision soit prise elle conduirait à un scénario sans doute moins tranché que celui –ci et à des mix énergétiques différents. Il faudra regarder ce que donnent ces scénarios.

Plusieurs questions doivent être regardées avec soin :

  • la capacité à mettre en œuvre une politique de MDE massive (sinon les ENR ne fourniront pas l’énergie nécessaire ou à un coût très élevé) ; ses limites et son coût
  • la capacité des réseaux à gérer l’intermittence et la pointe
  • la capacité des autres secteurs (mobilité, industrie) à se passer d’électricité sans recourir à une énergie carbonée.
  • la capacité des ENR et surtout le PV à produire un kW de plus en plus compétitif convergeant vers les 2000 euros le kW 17 installé à terme

Ce n’est que quand les incertitudes auront été levées sur ces questions qu’on pourra mieux approcher le prix pour le consommateur d’une sortie totale du nucléaire. Encore faudra-t-il ensuite vérifier les conséquences de cette hausse par une approche « macroéconomique ». Une approche bouclée, car les dépenses des uns sont les revenus des autres, et l’augmentation du prix n’a pas le même effet selon qu’elle entraine ou non des effets de bouclage et selon son impact sur la balance commerciale. Concrètement, un scénario de MDE forte génère du travail en France, résorbe potentiellement du chômage, réduit la facture énergétique (car il jouera aussi dans le domaine de la mobilité). Du coup son surcoût est sans doute absorbé en partie par la croissance générée. Mais cela reste à chiffrer.

Y voir vraiment clair n’est pas si simple. Certes des confrontations entre experts permettront d’avancer. Mais seules les réalités observées permettront de trancher sur les questions relatives aux coûts et aux performances atteignables tant du côté des ENR que de la MDE. Il faudra probablement quelques années (10 à 20 ans ?) pour ce faire.

Y a-t-il vraiment des alternatives à une démarche séquentielle où chaque pas de temps (sans doute de 5 à 10 ans) permet de lever des incertitudes et d’investir plus sereinement ?

Y a-t-il vraiment d’autres solutions que de se ménager aujourd’hui le maximum de marges de manœuvre futures :

  • en lançant sérieusement un programme MDE et en suivant de très près ses résultats
  • en investissant au « bon » rythme18 dans les ENR
  • en préparant le prolongement de suffisamment de centrales nucléaires et en maximisant leur niveau de sécurité
  • en n’abandonnant pas l’EPR qui améliore la sécurité et peut rester une solution bas carbone de compromis, en attendant d’avoir levé toutes les incertitudes actuelles.

Des prix aux coûts.

Mais nous n’avons pas abordé l’autre volet de la question. Nous n’avons ici que parler de prix. Si la sortie du nucléaire est envisagée voire réclamée après Fukushima c’est que se posent aussi des questions de coûts qui ne sont pas qu’économiques. Là aussi il importe de bien comparer les différents coûts des différentes sources d’énergie. Un sujet encore plus complexe que celui que je viens d’aborder…

A suivre…

Alain Grandjean


Annexes :

Données Eurostat sur le prix de l’électricité

Electricity Prices for Household Consumers

Electricity Prices for Household and Industrial Consumers

Electricity prices for first semester 2010 – Issue number 46/2010
Date de publication: 29/11/2010 16:24

Notes :

    1. Une comparaison Eurostat montre que pour les clients résidentiels consommant entre 2500 et 5000 kWh le tarif est inférieur de 33% au reste de la zone Euro []
    2. A service d’éclairage rendu équivalent elles sont quand même plus propres que les lampes à suif ; mais la pollution résiduelle, non nulle, sans parler du CO2, est complètement externalisée. Dans de nombreux cas elle est même délocalisée ! []
    3. Une augmentation d’un euro le MWh (qui sera notre unité de raisonnement dans la suite) c’est donc une augmentation de 0,1 centime d’euros le kWh []
    4. Mais les écarts sont aussi liés à des différences fiscales. Et une analyse plus approfondie est à faire pour la question de la compétitivité qui concerne les tarifs aux entreprises. Voir par exemple http://www.leblogenergie.com/2010/11/index.html []
    5. En gros la consommation résidentielle à 130 euros le MWh représente autant que l’industrie et tertiaire, qui achètent leur électricité en moyenne à 65 euros le MWh, l’export étant plutôt à 55. []
    6. Sur la base d’un prix de vente de 55 euros le MWh []
    7. On peut examiner des scénarios qui ne respectent pas ces deux contraintes, mais je laisse ce soin à d’autres []
    8. Les dernières tranches 1300 et 1500 MW atteindront alors les 60 ans. Viser plus court, c’est sans doute possible mais probablement beaucoup plus compliqué, et sans doute incompatible avec une contrainte sur les émissions de CO2 du fait du niveau très bas des ENR aujourd’hui. []
    9. Le scénario Negawatt 2006 vise 430 TWh à horizon 2050 soit une baisse par rapport à 2010 de 16% []
    10. On pourrait sans problème faire varier ce taux d’actualisation qui est retenu aujourd’hui dans les données fournies ou reconstituables. 8%, c’est en gros le cout du capital pour EDF. Ces calculs de sensibilité au choix du taux seront à faire dans un deuxième temps. []
    11. Il s’agit d’une estimation à dire d’expert, qu’il faut bien entendu affiner. []
    12. La TVA augmentera proportionnellement, mais la CSPE est supposée intégrée dans ce calcul à grosses mailles et les taxes locales peuvent ne pas augmenter en volume []
    13. L’EPR de Flamanville pourrait coûter au final aux alentours de 6 milliards d’euros pour une puissance installée de 1,6 GW, soit 3700 euros le KW installé ; les réacteurs suivants devraient bénéficier d économie d’apprentissage, mais leur coût pourrait s alourdir du fait de contraintes de sécurité plus fortes. []
    14. Il ne s’agit bien que d’incorporer l’auto-assurance d’une catastrophe nucléaire. Le coût actuel de production permet d’ores et déjà de constituer la provision pour démantèlement (qui est elle aussi de l ordre de l euro par MWh) dont le montant est discuté (voir par exemple http://bit.ly/iEpd5y). Pour la prime de risque, elle doit permettre de faire face à un cout de l’ordre de 100 milliards d’euros pour une probabilité d’accident dans le monde (à discuter de 1/100 000 ème par an). Les calculs montrent que cela conduit à une prime de l’ordre de l’euro au MWh. []
    15. Ce ratio mesure le productible en énergie en fonction de la puissance installée. Pour les énergies intermittentes il varie bien sûr (l’éolien en fonction de la durée des périodes ventées, le solaire en fonction de l’ensoleillement). Le ratio de 2,6 pris ici pour l’éolien terrestre ne le désavantage pas []
    16. Dans la pratique il faut renouveler les investissements dans les ENR tous les 20 ans environ. Mais le calcul du prix de revient du kwh intègre ce réinvestissement. Il serait erroné de le compter deux fois ici []
    17. Ce qui est en termes de puissances vraiment comparables du fait des taux de « productibles »  (voir tableau des productions en TWh par GW) revient à 13000 euros le kW pour un équivalent nucléaire []
    18. Le « bon » rythme suit les gains de coût dans les technologies : pour la France qui a raté le coche de la production en solaire il faut sans doute attendre l’approche de la parité réseau pour intensifier massivement l’aide au solaire. []
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