Steve Keen un évènement à ne pas rater

13 août 2014

 

Un événement à ne pas rater. La venue de Steve Keen en France, à l’occasion du lancement de son livre L’imposture économique[1] publié par les Editions de l’Atelier.

 

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L’imposture économique est la traduction du livre « coup de poing » de l’économiste australien Steve Keen paru en Australie et en Angleterre sous le titre Debunking Economics. Il déconstruit avec rigueur les idées répandues par la théorie dominante, et qui malheureusement sont la source principale d’inspiration des conseillers des gouvernements, de gauche ou de droite.

 

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CONFÉRENCE-DÉBAT PUBLIC avec Steve KEEN et Gaël Giraud

Mercredi 08 Octobre – 19H00-21H30

Centre Sèvres, 35 bis rue de Sèvres 75006 PARIS 
Salle de l’auditorium et salle 4

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SÉMINAIRE DE RECHERCHE avec Steve KEEN et Gaël Giraud


Vendredi 10 Octobre de 19H à 21H30

Maison des Sciences Economiques de Paris, 106 – 112 Boulevard de l’Hôpital, 75013 Paris

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TABLE RONDE « Les rebelles de la théorie économique » avec Steve KEEN, Gaël Giraud et deux autres intervenants. Débat organisé par Le Monde


Samedi 11 Octobre 2014 à 18h.


L’économie aux Rendez-vous de l’histoire à BLOIS (Maison de la magie)

 

Il présente la théorie néoclassique, la remet en perspective historique et démonte une à une les grandes pièces de l’édifice dogmatique, démolissant des concepts qui font encore autorité alors qu’ils ont montré leur limite : la théorie de la demande, celle de l’offre, le concept même de capital, la concurrence parfaite, les rendements décroissants, la prétendue neutralité de la monnaie, le chômage « naturel », la prospérité qu’engendreraient les vices, etc.

 

La force subversive du livre de Steve Keen repose sur le travail critique interne qu’il engage de façon inédite, sans jamais recourir à la critique externe. Pour chaque question traitée, il s’efforce de montrer que même des économistes dits « orthodoxes » sont d’accord avec lui. Si bien qu’on arrive en effet à trouver dans son livre tel ou tel spécialiste qui, un jour, a été suffisamment honnête pour « avouer » que tel aspect de la théorie ne tenait absolument pas la route.

Cet ouvrage « fondateur » pour l’économiste Gaël Giraud (qui signe la préface et assure la direction scientifique de la traduction), jette surtout les bases solides d’une « autre économie ». L’imposture économique invite à engager une réforme profonde de l’enseignement de l’économie. La traduction de ce livre s’inscrit dans l’actualité : en effet, des mouvements de contestations étudiants grandissent dans les universités qui dénoncent la domination d’un enseignement orthodoxe de l’économie de marché, et l’obstruction de débats sur les causes de la crise financière de 2007 et sur les raisons pour lesquels les économistes ne l’ont pas vu venir (en Grande Bretagne, à Cambridge, Manchester et Londres, en France, avec le collectif étudiants PEPS économie, par le Rethinking Economics, réseau de membres en Angleterre, USA, Inde, Italie, Israël, Brésil, et Chili).

Debunking Economics a reçu des critiques très élogieuses et a suscité de nombreux débats académiques lors de sa publication en anglais, mais reste méconnu en France. Destiné à un large public préoccupé par l’économie contemporaine, ce livre est un véritable antimanuel face au courant économique mainstream. Il fournira des éléments essentiels à tous ceux qui, contre la pensée unique, veulent faire évoluer (l’enseignement de) l’économie et cherchent d’autres directions que le simple commentaire de la doxa. Dans le contexte prévisible d’une autre dépression, ce livre est la gageure qu’un avenir meilleur est possible.

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[1] En librairie à partir du 9 octobre 2014 publié par Les Éditions de l’Atelier

Communication et Conflit

18 juillet 2014

Thierry Libaert, professeur de communication à l’Université de Louvain et Francois Allard-Huver Doctorant, CELSA, Université Paris-Sorbonne, nous livrent ici un article passionnant sur les dernières techniques de « communication » utilisées par les grandes entreprises dans le domaine des sujets « sensibles » (comme les OGM et les pesticides, qui sont pris dans l’article comme sources principales d’exemples).

Très instructif et, au fond, un peu consternant : des trésors d’intelligence mobilisés pour défendre des intérêts privés discutables et les faire prendre pour l’intérêt général, ou pour masquer les conséquences désastreuses des produits vendus.


Bonne lecture quand même!

RICSP Libaert Allard 2014 by Alain Grandjean

La monnaie dans l’économie moderne : aperçu introductif

6 juillet 2014
La monnaie dans l’économie moderne : aperçu introductif. Par Michael McLeay, Amar Radia et Ryland Thomas des Etudes monétaires de la Banque d’Angleterre

 

Les mécanismes de création monétaire sont souvent considérés comme mystérieux, ou objet de débats entre les économistes. Or il s’agit d’un enjeu économique et politique considérable.

C’est aussi un enjeu démocratique. Refuser de comprendre ces questions, au motif qu’elles seraient techniques et du domaine des experts c’est, de fait, abandonner son pouvoir sur une question qui détermine notre vie, aujourd’hui en Europe. 

Ce texte de trois économistes de la Banque Centrale d’Angleterre, remarquablement bien traduit par Julia Grandjean, est le bienvenu. Il permet, je crois, d’abandonner certaines idées reçues et de bien comprendre la monnaie,sa création et son fonctionnement.


La monnaie dans l’économie moderne : aperçu introductif by Alain Grandjean

 

La pénurie des fossiles peut-elle nous aider à limiter la dérive climatique ?

26 mai 2014

La pénurie des fossiles peut-elle nous aider à limiter la dérive climatique ?[1]

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Addendum à une intervention à un  séminaire d’économie de la transition énergétique[2]

 

J’ai eu la chance jeudi  22 mai de pouvoir être le « discutant » d’une présentation faite par Pierre-Noël Giraud (PNG dans la suite), professeur à Mines Paris Tech et Dauphine. Le sujet étant complexe, je crois utile d’écrire noir sur blanc l’essentiel de mes propos et d’y apporter quelques précisions. Je me suis délibérément placé dans l’horizon court qui nous sépare de 2050. Car c’est dans ce délai que se joue l’enjeu de la hausse des 2°C.

 

1) Il y a sous terre plus d’énergie fossile qu’il n’en faut pour que nous dépassions la barre des 2° d’augmentation par rapport à 1850 de la température sur la surface de la terre.

 

Les chiffres me paraissent indiscutables. Selon le rapport 5 du groupe 1 du  GIEC (voir http://www.climatechange2013.org/report/) nous avons émis (en 2011) 530 GTC[3] de CO2[4] depuis 1871. Pour éviter de dépasser la barre des 2°C, il suffit d’émettre au total  moins de 800 à 880 GTC (selon le degré de probabilité de dépasser ces 2°C). Il nous reste donc un « budget carbone » de l’ordre de 300 GTC. Chaque année nous en émettons de l’ordre de 10[5]. A ce rythme nous aurons dépassé notre budget dans 30 ans. Du côté des réserves prouvées[6] de gaz pétrole et charbon, elles sont supérieures à 800 GTC (dont 300 en se limitant au gaz et pétrole conventionnels)! Nous ne serons donc pas contraints par cette limite. En outre, les ressources sont bien supérieures. Selon l’AIE les réserves ultimes

restantes[7] de pétrole et de gaz, correspondraient à elles seules à des émissions supérieures à 1 000 GtC. Celles de charbon à plus de 8 000 GtC. Ces derniers chiffres sont bien sûr discutés et incertains (pour mémoire en 2007 le GIEC se basait sur une estimation pour les ultimes récupérables de pétrole, gaz et charbon de 3700 GTC ; le débat sur les ressources ultimes de charbon est loin d’être clos, voir plus loin) …Mais les ordres de grandeur sont là : on a beaucoup plus de fossiles sous terre, même en se limitant aux réserves prouvées,  que ce qu’il suffit de brûler pour dépasser les 2°C. Un graphique dû  à Stéphane Amant permet de le visualiser facilement.

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Source : Carbone4

 

 

2) Ce raisonnement n’est pas modifié –en théorie- par des contraintes de « débit ».

 

Il ne suffit pas d’avoir les stocks sous terre. Encore faut-il les produire au rythme suffisant et passer d’un raisonnement en stock  à un raisonnement en flux annuel. Qu’en est-il ? Nous produisons actuellement une quantité d’énergie croissante en volume et ne semblons connaître de tensions que sur le pétrole, plus exactement sur l’énergie consommée sous forme liquide. Il n’y a pas de contraintes physiques incontournables de flux au niveau mondial du côté de la production d’électricité (qui se fait à base de charbon, gaz, nucléaire, hydraulique et autres renouvelables) ni du côté du chauffage et ce dans l’horizon des quelques décennies dont nous parlons.

 

Côté énergies liquides,  les non-conventionnels ont à ce jour un coût pas si élevé que cela et un potentiel pas si faible que cela (voir plus bas les  graphiques AIE). C’est le premier substitut auquel  nous avons recours et qui se développera dans les prochaines années.

 

Mais, par ailleurs, nous pourrons – toujours sous l’hypothèse que nous n’intégrons pas de contraintes environnementales[8]- continuer à  investir dans des usines de transformation du gaz ou charbon  en liquides :

  • Pour produire 1 baril / jour dans une raffinerie du pétrole il faut investir de l’ordre de

20 à 40 000 $

  • Pour produire du  CTL (charbon transformé en liquide) ou du  GTL (gaz transformé en liquide) il faut investir de  80 à 150 000 $ soit en gros 3 à 5 fois plus

 

Ces montants certes élevés ne sont pas hors de portée des industries concernées[9]. D’une part le coût du raffinage (donc de transformation du pétrole – qui serait remplacé en partie et progressivement par du gaz ou du charbon- en essence, diesel ou jet fioul) dans le prix final sur le marché d’un litre d’essence est de l’ordre de 5 à 8 centimes. La multiplier par 5 ne change pas radicalement la donne. D’autre part, l’industrie pétro-gazière investit 700 milliards de dollars par an en exploration-production (voir graphique). Pour produire 1 million de barils aujourd’hui en GTL ou CTL il faut mettre sur la table une centaine de milliards de dollars.

Notons enfin que la fabrication du  GTL et du CTL « coûtent » de l’énergie. Une  tonne de charbon donne environ 2,5 barils de carburant (soit la moitié de l’énergie de départ). On pourrait donc craindre à nouveau ici une limitation par la ressource ! Mais côté charbon cela semble malheureusement peu probable à l’horizon 2050. Les ressources ultimes de charbon sont difficiles à estimer mais prenons une fourchette de  1000 à  5000 GTonnes[10], (bien inférieure aux estimations de l’AIE mentionnées ci-dessus) correspondant à 1000 à 2000 GTep . Nous  n’en avons consommé à ce jour que 160 et nous en consommons en ce moment un peu moins de 4 par an. Même en doublant cette consommation d’ici 2050 nous n’aurons pas atteint le pic charbon.

 

En résumé, si nécessité fait loi, nous ne buterons pas sur une contrainte physique côté ressources (d’ici 2050) tant que nous ne mettrons pas le holà à l’exploitation des fossiles.

 

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Investissements  annuels en exploration production gaz et pétrole, et prix du baril

 

3) D’autres paramètres vont cependant venir « contrarier » l’idée exposée par PNG que le prix du « pétrole » (au sens d’hydrocarbure liquide conventionnel ou non, synthétique ou non) ne dépassera pas en tendance les 100 à 120 dollars par baril.

 

Rappelons d’abord le graphique présenté en séance par PNG.  Il est issu du rapport World Energy Outlook 2012 de l’AIE. La version 2013 ne change pas fondamentalement  les conclusions. Je la fais néanmoins figurer.

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Coût de production de l’hydrocarbure liquide en fonction de la nature de la ressource.

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Source : AIE WEO 2012

 

Il en ressortirait donc qu’à 100/120 dollars le baril nous avons des ressources et du temps devant nous[11]. Nous avons produit et consommé depuis le début de la production pétrolière 1 Tbl[12] (1 terabarils) et au prix de 100/120 dollars/baril on pourrait en sortir, si l’on en croit l’AIE,  7 Tbl de plus. Mais insistons sur le fait que c’est dans l’hypothèse où nous n’intégrerions pas les contraintes d’environnement, qu’elles soient locales ou globales et climatiques.

 

Si, côté pétrole conventionnel, le plafond de production est atteint[13] ou va l’être prochainement, le remplacement progressif par les non-conventionnels puis les  « XTL » déplacerait de plusieurs décennies pour les liquides le moment de la descente …aux enfers (dont la forme de la pente est aussi l’objet d’un long débat). C’est en effet « après le pic » que les ennuis sérieux commencent car la production décroit (plus ou moins rapidement, l’enjeu de la vitesse de la décroissance est majeur) alors que la demande elle est souvent contrainte (et très inélastique au prix).

 

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Courbes de déplétion du pétrole conventionnel en fonction  des réserves ultimes

Source : Carbone 4 From Historical IEA, AIE, E&L, BP ; prospective The Shift Project with Hubbert extrapolation

 

C’ainsi que l’AIE  (dans le WEO 2013) voit ce lissage :

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Cette vision est cependant à mes yeux à corriger de nombreux facteurs, dont certains ont d’ailleurs été rappelés par PNG :

 

  • le développement des champs conventionnels (yet to be developed ou fund) est colossal  (il s’agit d’investir pour compenser une perte de plus de 40 millions de barils/j entre 2010 et 2035) ; malgré l’optimisme de l’AIE, ce n’est pas gagné (et pour mémoire l’essentiel est au Moyen-Orient)
  • la financiarisation des marchés pétroliers transforme le prix du baril en variable aléatoire qui peut subir, comme l’a montré Nicolas Bouleau, des fluctuations importantessusceptibles de  conduire à des erreurs  majeures d’investissements de la part des compagnies pétro-gazières ou charbonnières.
  • les 5 grands pays pétroliers de l’OPEP peuvent avoir intérêt aussi à faire fluctuer ce prix pour freiner les investissements hors OPEP
  • les chocs géopolitiques peuvent créer des tensions à la hausse et conduire à des récessions qui limitent l’investissement 
  • ils peuvent conduire à des comportements protectionnistes de la part des grandes régions du monde et créer des hausses de prix très fortes dans certaines d’entre elles (est-il utile de rappeler que l’Europe qui est très démunie de ressources énergétiques ?)
  • nous ne sommes pas à l’abri d’une nouvelle crise financière
  • les dégâts écologiques  et sanitaires de la crise  écologique actuelle et de la dérive climatique peuvent également créer des récessions et des tensions
  • l ‘exploitation de certains non-conventionnels est source de pollutions massives, celles du charbon également mais aussi d’impacts sanitaires et de nombreux décès, de plus en plus connus et dénoncés. Elle  pourrait être freinée (indépendamment des progrès de la régulation globale sur le climat). Des contraintes réglementaires, des difficultés croissantes d’acceptation sociale pourraient très fortement ralentir les projets, en grever la rentabilité et refroidir les ardeurs des financiers…

 

Bref je ne crois pas à un avenir lisse « en tendance ». Je crois plutôt à la provenance de chocs répétés, qui peuvent faire bouger le prix du pétrole (et de ses substituts) de manière très chaotique. Il se pourrait aussi que le prix du baril se mette à croître « en tendance » -pour des raisons « extra-économiques »- comme le pensent  certains analystes du FMI [14] qui le voit doubler d’ici 2020 ou de l’OCDE[15] qui projette une fourchette 150-250 dans le même horizon.

 

Au total, il est probable que les désagréments de l’élévation de température joints aux tensions politiques dues à la localisation des gisements de pétrole et de houille restants vont créer des incertitudes et des instabilités géopolitiques et financières très fortes, de plus en plus fortes avec la dégradation réelle du climat… De sorte que le consommateur et l’industriel diminuent leurs risques économiques en se détournant au maximum des ressources énergétiques fossiles : ils ont raison d’agir comme si la rareté allait jouer, alors que c’est la volatilité qui va jouer.

 

Cela néanmoins ne contredit pas le propos initial : ce n’est pas la quantité physique de réserves énergétiques fossiles qui limitera nos émissions de CO2. Cette conclusion est quand même fondamentale. Voyons pourquoi.

 

 

4) Conclusion : le marché ne pourra régler pas notre problème. Des instruments de politique publique sont à mobiliser en particulier dans le domaine des contraintes environnementales.

 

Si notre problème était d’abord un problème de ressources, il serait plus difficile de résister à l’argument central des experts et économistes libéraux ou assimilés  qui diront tous qu’il suffit de laisser faire le marché…Les prix monteront alors suffisamment pour limiter la consommation.  La maîtrise de la demande émergera spontanément.

On se rend bien compte aujourd’hui que ce n’est pas le cas. Les investissements à réaliser pour réduire notre consommation d’énergie se font lentement et pas au niveau d’ambition nécessaire car le prix de l’énergie n’est pas assez élevé pour cela.

Et ce n’est pas une volatilité et une incertitude accrues qui augmenteront l’envie ni la capacité d’investir. Les banques et institutions financières déjà réservées par rapport au financement du « long terme » le seront encore plus.

 

Ce n’est qu’en introduisant des contraintes supplémentaires que nous y arriverons :

  • interdictions d’exploitation (et en amont de financement) si les dégâts environnementaux sont excessifs
  • normes et règlements pour réduire les consommations d’énergie et les émissions de GES
  • taxes et dispositifs assimilés pour renchérir le prix d’usage des énergies fossiles et de leurs dérivés.

 

Si elle veut dire absence de contraintes sur l’exploitation des ressources, l’heure de l’écologie positive n’est pas encore arrivée ! Le défi écologique peut être une source d’enthousiasme et d’innovation (autre forme de « positivité ») mais cela ne doit pas  faire croire que l’écologie de marché et de l’entrepreneuriat résoudra tout à elle seule. Nous avons aussi besoin que sur le terrain les acteurs s’opposent aux projets dévastateurs pour l’environnement. Nous avons besoin de régulations publiques nationales et internationales fortes.

 

Il va falloir  que nous les décidions collectivement et là…ce n’est pas gagné dans les prochaines années[16]. Nicolas Bouleau me fait parvenir à ce sujet cette citation :

« Dès lors que les énergies fossiles sont sorties du sol, elles seront de toute manière consommées, et produiront des émissions de gaz carbonique. Si ce n’est pas fait par nous, ce sera fait par d’autres et les émissions de gaz carbonique resteront au même volume. La seule solution serait de limiter l’extraction l’extraction du pétrole, du gaz naturel, et du charbon, mais il n’existe aucun consensus mondial pour le proposer »

Valéry Giscard d’Estaing dans la préface de « CO2 un mythe planétaire » de Ch. Gerondeau, 2009.

Il est malheureusement probable que nous dépassions la barre des 2°C. Mais cela ne dit rien sur la suite des événements. Je reste convaincu, de mon côté , que nous pouvons limiter la casse et décider de contraintes,  certes trop tardivement par rapport aux 2°C, mais pas trop pour éviter une dérive largement supérieure, ce qui est loin d’être vain. Et même dans cette hypothèse, cela veut dire que nous aurons appris à nous passer d’une énergie qui est à notre disposition ! Bref ce n’est pas la pénurie qui nous rendra sages mais bien notre liberté !

 

Nous y arriverons moyennant une mobilisation internationale et un engagement forts dans cette aventure !

 

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[1] Je me suis déjà exprimé ici  sur ce sujet.

[2]  C’était la 11ème session du séminaire «Economie de la transition écologique» intitulée

« Ressources et poubelles », qui s’est tenue au Centre d’Economie de la  Sorbonne. Mes remerciements à Nicolas Bouleau pour sa relecture d’une version antérieure de ce texte et à Raymond Zaharia pour sa réaction vigoureuse en séance.

[3] 1 GTC c’est un milliard de tonnes de carbone ; on compte les émissions de GES dans l’atmosphère en TC ou en TCO2eq (qui vaut 44/12 TC)

[4] Je n’évoque ici que la question du CO2 et pas celle des autres GES dont il nous faut aussi réduire les émissions.

[5] Et de l’ordre de 15 GTC pour l’ensemble des gaz à effet de serre, soit  de l’ordre de 50 GTCO2éq.

[6] Les réserves prouvées représentent la part des ressources dont l’extraction / production est considérée comme certaine à 90%.

[7] Ressources prouvées et non prouvées (mais techniquement extractibles)

[8] Notons que la Chine a décidé  d’un moratoire en 2008 sur le CTL du fait de l’énorme quantité d’eau que requiert cette technique.

[9] La production cumulée mondiale de CTL et de GTL est de l’ordre du demi-million de barils/ jour. Les gros pays sont le Qatar pour le CTL  et l’Afrique du sud pour le CTL. Voir une note très claire de Vincent Beuret de l’office fédéral (suisse) de l’énergie.

[10] Pour s’y retrouver dans le monde du charbon,  voici quelques ordres de grandeur : une tonne de charbon produit de 0,4 à 0,7 Tep (tonne équivalent pétrole) et sa combustion émet environ 1,3 Tonnes de carbone par Tep. Selon sa qualité, la teneur en carbone d’une tonne de charbon est donc de 50 à 90 % de son poids.

[11] Même si l’AIE dans son rapport est prudente : elle indique que ce potentiel ne sera pas nécessairement exploité et que « today’s economic prices may not represent the required prices at the time in the future when the resources will be produced. Elle projette à 2035 une fourchette de   prix du baril de 100 à 145 dollars2012.

[12] Soit un millier de milliards de barils. Rappelons que nous brûlons pour nos besoins énergétiques  annuellement environ 30 milliards de barils par an (30 Gbl). A ce rythme 1 Tbl représente 30 ans…

[13] Dans le scénario « new policies  2013» il est considéré par l’AIE comme étant atteint en 2010. Voir graphique dans le corps du présent post.

[14] Source: IMF (2012), “The future of oil: geology versus technology”, Research Department, May.

[15] Source: Jean-Marc Fournier, Isabell Koske, Isabelle Wanner and Vera Zipperer (2013), “THE PRICE OF OIL – WILL IT START RISING AGAIN?”, OECD ECONOMICS DEPARTMENT WORKING PAPER No. 1031.

[16] Quitte à me répéter, c’est simplement parce que nous n’avons toujours pas découplé ces émissions de GES de la croissance du PIB. Même à croissance mondiale nulle, notre « budget carbone » n’est que de 30 ans avec des émissions mondiales qui au mieux se stabiliseraient. La conférence climat de Paris en 2015 pourra faire faire encore des petits progrès dans la régulation climatique. Mais on ne peut pas en attendre qu’ils soient suffisants pour limiter assez vite nos émissions.

Aux sources de la (quasi)religion monétaire des allemands

22 mai 2014

monnaieAu vu des problèmes posés par la gestion actuelle de l’Euro  le débat sur une sortie éventuelle de l’Euro prend un peu plus d’ampleur chaque jour . C’est pourquoi il devient nécessaire de tenter d’évaluer ce qui est négociable ou non avec nos voisins sur le sujet monétaire, indépendamment de toute considération politique. Car l’enjeu ne porte pas seulement sur « une monnaie unique ou pas », mais sur le dispositif qui l’accompagne, défini pour l’essentiel  dans le traité de Maastricht. Les statuts de la BCE sont calqués sur ceux de la BundesBank et les dispositions de contrôle budgétaire sur le modèle « ordo libéral » . Or ces éléments sont profondément  liés à l’histoire allemande du XX ème siècle.

 

Cette histoire est notamment marquée par trois épisodes monétaires tous les 3 traumatisants.

 

  • l’hyperinflation de Weimar en 1923 qui a marqué les esprits par l’image des  brouettes de billets; cette hyperinflation  résulta principalement du traité de Versailles et des demandes excessives des alliés en matière de réparation des dommages de guerre[1] ; la planche à billets fut une tentative (vaine) de contourner ces contraintes de fer.

 

  • la déflation aggravée par les mesures d’austérité du chancelier Heinrich Brüning qui facilita la montée au pouvoir d’Hitler
  • la relance allemande à partir de 1933, financée grâce à l’inventivité de Hjalmar Schacht  par la création de« bons de travail », forme de monnaie astucieuse, dont le nom, le MEFO[1]qui peut évoquer le raccourci de MEPHISTO (voir plus loin) ne manque pas d’humour inconscient…

 

Le drame allemand est double : d’une part c’est en partiegrâce à cette création monétaire que l’Allemagne est devenue une puissance militaire redoutable,  mais, pire encore si l’on peut dire, cette relance conduisit, le travail et la prospérité revenus, à une forte adhésion populaire à Hilter en 1936.

 

Le Deutsche Mark fut créé en 1948 par Ludwig Erhardt  en remplacement du Reichsmark. Cette nouvelle monnaie, créée dans une période inflationniste (comme en France après-guerre, ce qui conduisit au nouveau franc en 1958),  avait aussi pour finalité de tourner la page et de faire oublier le passé.

 

Dans les propos publics actuels, il est surtout question de l’hyperinflation qui a traumatisé le peuple allemand. Je pense que, bien plus profondément, c’est le contrôle de la monnaie par un génie du mal qui marque nos voisins. Rappelons cet extrait du Faust II de Goethe,  génie littéraire allemand né… à Francfort, siège de la BCE et de la BundesBank :

 

«L’Empereur est à court d’argent. Il se lasse des propositions mesurées qui lui sont faites et proclame : « J’en ai assez de ces éternels « Mais » et « Si » ; Je manque d’argent, alors qu’on en crée donc ! » Et le Diable, Mephisto, d’abonder dans le sens du Souverain : « Je crée ce que vous voulez, et j’en fais même bien plus. »

 

Se rappeler ces tragédies permet d’imaginer qu’il serait très  difficile aux allemands d’abandonner :

 

  • l’indépendance de la Banque Centrale (pour éviter que la « planche à billets » soit utilisée à par un pouvoir soit trop faible (Weimar) soit trop fort (IIIeme Reich)

 

  • la discipline budgétaire, pour les mêmes raisons

 

  • la valeur symbolique d’une monnaie forte, image du renouveau allemand d’après-guerre

 

D’autant plus difficile à imaginer que ces choix semblent ne pas trop mal leur réussir en ce moment.

 

Mais ces périodes tragiques de leur histoire  font aussi douter du recours à la création monétaire publique pour financer un programme de grands travaux, écologiques  énergétiques et sociaux.

 

Conclusion : la discussion sur la question monétaire avec l’Allemagne nécessite une très forte volonté politique de notre côté et une fermeté sans faille dans les propositions et ce dans tous les cas : qu’il s’agisse de faire évoluer la gestion de l’Euro (avec son package actuel) ou de passer à une monnaie commune. On en est encore loin !

 

Ce post a été relu par Michèle Grandjean.

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[1] Voir le chapitre 6 du livre La Monnaie dévoilée ; Gabriel Galand et Alain Grandjean

(L’harmattan, 1997) qui justifie cette thèse

[2] Les MEFO sont les titres  d’une société, la MetallurgischeForschungsgesellschaft, m.b.H., qui servent de monnaie d’échange convertible en Reichmarks sur demande.

[3]Voir la proposition de Frédéric Boccara  et le livre« Une autre Europe. Contre l’austérité. Pour le progrès social en coopération. Un autre Euro » 140 p., Petite collection Ecopo)

La libre circulation des capitaux

20 mai 2014

De Pierre Mendès-France à  Pascal Lamy

 

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Que l’Union Européenne ait adopté le principe de libre circulation des capitaux au sein de l’Union, peut se comprendre, même si ça se discute (ce principe ne peut pas être respecté par exemple en cas de crise bancaire, comme lors de la crise Chypriote). Mais   que ce principe soit mis en place et revendiqué avec les pays tiers reste un grand  objet d’étonnement. Pierre Mendès-France[1] l’explique de manière limpide :

« Nos partenaires (européens) veulent conserver l’avantage commercial qu’ils ont sur nous du fait de leur retard en matière sociale. Notre politique doit continuer à résister coûte que coûte, à ne pas construire l’Europe dans la régression au détriment de la classe ouvrière (…)

Il est prévu que le Marché commun comporte la libre circulation des capitaux. Or si l’harmonisation des conditions concurrentielles n’est pas réalisée et si, comme actuellement, il est plus avantageux d’installer une usine ou de monter une fabrication donnée dans d’autres pays, cette liberté de circulation des capitaux conduira à un exode des capitaux français (…)

Les capitaux ont tendance à quitter les pays socialisants et leur départ exerce une pression dans le sens de l’abandon d’une politique sociale avancée. On a vu des cas récents où des gouvernements étrangers ont combattu des projets de lois sociales en insistant sur le fait que leur adoption provoquerait des évasions de capitaux (…)

L’abdication d’une démocratie peut prendre deux formes, soit le recours à une dictature interne par la remise de tous les pouvoirs à un homme providentiel, soit la délégation de ces pouvoirs à une autorité extérieure, laquelle, au nom de la technique, exercera en réalité la puissance politique, car au nom d’une saine économie on en vient aisément à dicter une politique monétaire, budgétaire, sociale, finalement “une politique”, au sens le plus large du mot, nationale et internationale ».

Mais ce qui est encore plus sidérant c’est le rôle des socialistes dans cette décision et en particulier de Pascal Lamy, ancien directeur général de l’Organisation Mondiale du Commerce et dont on sait l’influence actuelle.

Un petit résumé du parcours de Pascal Lamy

Membre du comité directeur du PS de 1985 à 1994, il fut conseiller du ministre de l’Économie et des Finances Jacques Delors (avril1981-juillet1984) et directeur adjoint du cabinet du Premier ministre Pierre Mauroy (1983-1984). Il a exercé de 1983 à 1994 les fonctions de directeur de cabinet du président de la Commission européenne Jacques Delors, dont il fut par ailleurs le collaborateur au G7. Il est ensuite directeur général du Crédit lyonnais jusqu’en 1999. Il occupe le poste de commissaire européen au Commerce sous la présidence de Romano Prodi. Il est élu en 2005directeur général de l’Organisation mondiale du commerce (OMC) et quitte le poste fin 2013.

Tout s’est en effet joué sous Mitterrand dans les années 80[2]Le principe de la libre circulation des capitaux étaitinscrit dès 1957 par le traité de Rome (art. 56 du Traité instituant la Communauté Européenne ou T.C.E.), mais il n’était pas effectif. L’idée de constituer un grand marché européen fut relancée lors du sommet de Fontainebleau en 1984 organisé par François Mitterrand alors que la France occupait la présidence de l’U.E, ce qui aboutira à la signature de l’Acte unique européen en 1986. Cet Acte Unique  fut complété par la directive Delors-Lamy 88/361/CEE du 24 juin 1988  interdisant toute entrave à la circulation des capitaux.

L’article premier stipule : «Les États membres suppriment les restrictions aux mouvements de capitaux intervenant entre les personnes résidant dans les États membres», et dans son article 7 : «Les États membres s’efforcent d’atteindre, dans le régime qu’ils appliquent aux transferts afférents aux mouvements de capitaux avec les pays tiers, le même degré de libération que celui des opérations intervenant avec les résidents des autres États membres, sous réserve des autres dispositions de la présente directive». L’objectif estbien de créer une entière mobilité des capitaux au sein de l’Union Européenne et entre les pays membres de l’U.E. et les pays tiers.
La directive entra en vigueur en 1990.

On comprend mieux avec ce petit rappel historique la difficulté du PS à faire son aggiornamento sur la construction économique européenne : il va lui falloir d’une part reconnaître sa responsabilité historique, puis que ce fut une grave erreur. Il n’y a aucune justification sérieuse à la libre circulation mondiale des capitaux et pour le cas de l’Europe  ce n’est pas dans son intérêt. La débâcle annoncée du PS aux élections européennes  va peut-être le réveiller ?

 

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[1] En 1957, dans un discours prononcé à l’Assemblée Nationale, découverte due à Frédéric Lordon, voir son blog et son livre La Malfaçon. Monnaie européenne et souveraineté démocratique. 2014. Les liens qui libèrent.

[2] Pour plus de détails voir le post d’Olivier Berruyer

L’étrange suicide de l’Europe (et de la France)

14 mai 2014

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Si elle ne change pas de cap, l’Europe pourrait entrer à nouveau dans une nouvelle période de grandes difficultés. Chômage de masse, émigrations des jeunes, pertes de savoir-faire et de technologies stratégiques, dépendance énergétique, gouvernance affaiblieet divisions dans la gestion de l’Europe…tout cela désenchante, fait le lit des extrêmes, et, dans un monde toujours plus dangereux, du fait notamment de la raréfaction en cours des ressources et de la détérioration de l’environnement et de la montée des inégalités,  ne présage vraiment rien de bon.

 

Ce n’est pas la première fois que l’Europe aborde une situation « explosive » : invasions « barbares » du haut moyen-âge, guerre de cent ans et peste noire, guerres de religion, guerres mondiales…Mais cette fois-ci la situation  est   vraiment paradoxale. Alors que l’Europe dominait le monde il y a à peine plus d’un siècle, grâce à ses conquêtes intellectuelles, scientifiques et morales, elle semble n’avoir de cesse de s’acharner à disparaître. La première guerre mondiale fait naître l’Amérique, la deuxième la hisse au rang de première puissance, décrédibilise pour de longues années tout propos moral ou éthique tenu par l’Europe. L’après-guerre semble être consacré  à  la constitution méthodique des puissances orientales et au laminage de la puissance européenne.

 

Les instruments principaux de cette autodestruction sont économiques :

 
1 Nous avons laissé le Japon, les « tigres » puis la Chine bénéficier :

  • de monnaies clairement et durablement sous-évaluées
  • de politiques salariales et environnementales peu exigeantes si l’on ose cet  euphémisme

Ce qui leur a permis de conquérir des places de choix dans la guerre commerciale mondiale.

 

2 Nous avons laissé se démanteler les régulations créées à Bretton-Woods et voir triompher une finance de marché, favorable aux américains, qui délite le corps social, pousse au laminage des amortisseurs sociaux et fait perdre à l’Europe son identité.

 

3 Nous laissons nos dettes publiques se faire financer par les marchés financiers, pour mettre délibérément notre modèle social sous leur férule !

 

4 Non seulement nous nous refusons à toute forme de protection économique, mais nous nous faisons le héraut glorieux du libre-échangismequi n’est évidemment plus dans nos intérêts : comment résister à un concurrent comme la Chine, aujourd’hui ? Et qui n’est pas non plus conforme à nos valeurs : il est clair que l’accroissement considérables de inégalités sociales et l’incapacité mondiale à éradiquer la pauvreté sont liées à la concurrence impitoyable de tous contre tous baptisée « mondialisation ». Or l’Europe reste le creuset de l’humanisme.

 

Le paradoxe est évident : les invasions « barbares » se font dans un monde en complète recomposition,  la peste est clairement subie et longtemps mystérieuse, la première guerre mondiale encore mal comprise résulte sans doute d’obscures rivalités pour l’hégémonie, la deuxième est la suite de la première et plus exactement des défauts majeurs du traité de Versailles, mais ce que nous faisons depuis 60 ans, est de l’ordre du choix. C’est donc bien un suicide !Paradoxe encore plus sidérant quand on prend en considération deux éléments, la passé et l’avenir : la puissance européenne de départ, sa capacité à continuer à incarner un idéal humain, même si elle a été affaiblie par les horreurs de la deuxième guerre mondiale.

 

La bonne nouvelle donc c’est que ce n’est pas une fatalité. Pourquoi serions-nous incapables de trouver en nous le ressort pour survivre, pour,  a minima, ne pas disparaître dans la mondialisation que nous appelons de nos vœux depuis les années 70 et, soyons fous, pour pouvoir ré-exister politiquement et moralement afin de peser sur l’avenir du monde ?

 

Peser sur l’avenir du monde est maintenant vu par beaucoup d’intellectuels et de dirigeants comme un vieux fantasme. C’est pourtant toujours la responsabilité de l’Europe. Elle seule continue à incarner vaille que vaille le chantier de la lutte contre le changement climatique, à incarner un « ordre mondial » qui ne soit pas fondé sur la force mais sur l’équilibre ; elle seule défend une conception de la culture qui ne soit pas marchande. La Chine et les USA sont installés durablement dans un conflit de leadership, la Russie rêve d’une nouvelle puissance. Quant aux autres émergents leur priorité c’est l’accès de leur population au mode de vie occidentale, dont nous savons qu’il est impossible, avec les technologies actuelles. Le poids de l’avenir du  monde continue à peser sur l’Europe. Elle doit et peut se relever.

 

Tout cela est encore accessible, mais suppose de bien fonder le diagnostic et le pronostic : de quoi souffrons-nous et où allons-nous sans traitement ? Il me semble que le cœur de notre maladie est une croyance : nous continuons à croire en la vertu de l’économie de marché livrée à elle-même. Nous n’assumons pas la nécessité de sa régulation que nous voyons majoritairement aujourd’hui comme un mal nécessaire ; nous la construisons et  la défaisons, en fonction de l’air du temps et des rapports de force. A l ‘évidence nous n’avons pas encore purgé la grande période de la planification et du centralisme d’après-guerre et nous continuons à adorer une contre-idole. Contre-idole qui nous pousse à croire qu’une Europe transformée en grand marché ouvert aux quatre vents serait un « optimum » (un idéal ?) économique. Or nous savons, car les économistes sérieux nous l’ont montré depuis longtemps et que les faits sont parlants, que cette idole, comme toutes les idoles, ne tient pas ses promesses. Pire, le modèle « darwinien » vanté par nos économistes prétendument[1]  libéraux,  ne peut que conduire à la destruction des plus faibles : ce que nous allons finir par devenir si nous continuons !

 

Bref nous souffrons d’idéalisme face à des concurrents qui ne le sont pas. Il ne viendrait pas à l’esprit des présidents américain, chinois et russe de soumettre leurs impératifs stratégiques et géopolitiques au primat de la concurrence économique. Encore moins de les soumettre à des technocrates édictant et contrôlant l’application de règles issues d’un raisonnement économique théorique[2]. Mais il est vrai que leur primat est celui de la puissance, qui n’est plus celui de l’Europe !

 

Que nous faut-il donc pour guérir et éviter la mort sans phrases ? Cesser d’assimiler nécessité de régulation et rejet de la concurrence et de l’entreprise. Un capitalisme régulé repose toujours sur ces deux piliers (entreprises et concurrence) mais en exige un troisième qui est là pour faire face précisément à toutes les défaillances de marché[3].Ce troisième pilier c’est celui des biens communs, dont la définition et la gestion nécessitent une approche coopérative[4]. Ne devrait-il pas être évident qu’une société humaine ne peut se fonder sur le primat de la compétition mais sur celui de la coopération entre humains et de l’équilibre avec la Nature, notre « mère nourricière ».

 

Essayons tout bêtement de retrouver le bon sens de nos aïeuls, qui savaient la valeur de la terre, l’importance du climat et de la météo, qui prenaient en charge intuitivement le sort de leurs descendants, bref qui vivaient chaque jour les « idéaux » du développement durable. Cela ne se fera sans doute pas par une conversion spontanée mais par un « combat idéologique et politique »; nous devons en finir avec les dogmes et les carcans idéologiques qui nous conduisent au suicide.

 

C’est une condition nécessaire pour l’Europe, mais pas suffisante. Comment en effet faire vivre cet idéal sans recourir à la force et sans en être empêché par les puissances prédatrices qui nous entourent ? Il me semble que la réponse tient d’une certaine manière dans la célèbre question de Staline : « Le pape combien de divisions ? ». Il nous faut abandonner le primat suicidaire (et mortifère) de la compétition mais aussi celui du matérialisme : l’humanité, et plus généralement l’ évolution, ne sont pas mues par les seuls rapports de force. Les graines que nous plantons par nos actions portent des fruits qui vont bien au-delà de leur simple poids matériel !

 

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 [1] Prétendument car la liberté ne peut évidemment pas résulter de la loi de la jungle. C’est vrai en politique comme en économie.

[2] C’est pourtant ce que nous avons fait avec la BCE, la Commission Européenne et le traité de Maastricht.

[3] Je ne développe pas ici tout ce pan de la littérature économique ; on peut lire le livre d’un économiste libéral qui explique cependant bien ce que sont les défaillances de marché ; Bernard Salanié, L’économie sans tabou (préface d’Edmond Malinvaud), Le Pommier, 2004

[4]Voir Gouvernance des biens communs. Pour une nouvelle approche des ressources naturelles, ElinorOstrom, Ed. de Boeck, 2010.

 

Faut-il « Casser l’Euro pour sauver l’Europe » ?

2 mai 2014

C’est le titre d’un livre passionnant de Franck Dedieu, Benjamin Masse-Stamberger, Béatrice Mathieu et Laura Raim, tous quatre journalistes et qui vient de sortir aux éditions Les Liens qui Libèrent.

 

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Alors que les élections européennes arrivent, ce débat est toujours tabou. Comme lors du référendum sur le Traité de Maastricht en 1992 (où le oui l’a emporté) puis sur le traité constitutionnel en 2005 (où c’est le non qui l’a emporté), il est toujours majoritairement acquis qu’être contre l’Euro c’est être contre l’Europe. Ce livre fait donc œuvre utile en distinguant bien les deux questions[1],  en montrant comme leur confusion a été organiséedélibérément et que contrairement à l’idée reçue, le sauvetage de l’Europe pourrait se faire en cassant l’Euro. Je ne reviendrai pas ici sur les critiques faites à la  construction de l’Euro inspirée des dogmes  que j’ai dénoncés et je laisse au lecteur le plaisir de la lecture du livre cité.

 

La question qui vient juste après est bien entendu celle de la faisabilité de cette sortie de l’Euro. Les auteurs poussent l’idée d’un Euro monnaie commune (proposée notamment par l’association chômage et monnaie (Gaël Giraud[2], Frédéric Lordon, Jacques Mazier(dans le dernier livre des économistes atterrés[3]). L’euro servirait aux échanges internationaux de la zone Euro ; chaque pays aurait sa monnaie, (pour la France l’euro-franc), dont la parité avec l’Euro (au départ un pour un) serait fixe mais révisable. Ces monnaies nationales ne seraient pas exposées aux marchés financiers et échapperaient donc à la spéculation. Nos auteurs analysent les difficultés qui ne sont pas minces et montrent de manière convaincante que c’est faisable.

 

Reste la question de fond, de nature politique : cette décision a-t-elle la moindre chance d’être prise à froid ? C’est-à-dire autrement que provoquée par une  crise majeure ?L’économiste Jean Gadrey dans une série de trois posts très bien faits , que je ne résume pas ici, soutient plusieurs idées dont les trois suivantes (sauf erreur de compréhension de ma part) :

  • c’est la crise financière de 2008 qui est à l’origine des problèmes actuels et notamment des divergences entre économies de la zone Euro
  • la monnaie ne doit pas être « fétichisée » et prise comme cause ; ce qui compte vraiment ce sont les rapports de force sociaux qui sont en jeu et les idées qui les idées qui les sous-tendent. De ce point de vue,  l’échelon national n’est pas plus orienté dans le bon sens que l’échelon européen.
  • il est possible de faire progresser la gouvernance européenne sans casser l’Euro, et ce sera déjà difficile politiquement.

 

Suite à ses lectures, il m’est apparu trois conclusions que je livre à votre sagacité :

 

1 – il faut finir d’instruire le débat sur les causes de la situation actuelle

Les divergences entre les économies de la zone euro sont-elles liées au choc de 2008-2009 (thèse  de Jean Gadrey ) ou antérieures ; le cas de l’inflation, illustré par le graphique ci-après[4] est parmi d’autres un élément qui plaide  pour la deuxième branche de l’alternative. Jean Gadrey cite d’autres indicateurs qui n’ont divergé qu’à partir de 2009 (il cite le taux de chômage, le PIB par habitant, les gains de productivité du travail, les ratios de dette publique).

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2 – il faut également statuer sur les conséquences de la crise de  2008.
Le fait que la zone Euro ait mal résisté au  choc de 2008-2009 est évidemment à mettre au débit de la construction de l’Euro (et avait été anticipé, en théorie, par ses critiques, précisément sur l’idée démontrée qu’une zone monétaire « non-optimale » ne sait pas résister  à un choc exogène) ; pour autant dans le cadre même de la monnaie unique, pouvait-on réagir plus efficacement ?

 

3 – enfin, il est important de savoir si des alternatives à la sortie de l’Euro peuvent suffisamment corriger le tir pour se passer de la dite sortie ? Et si elles sont plus réalistes !

De mon côté je ne cesse de plaider, avec d’autres, pour qu’on finance à très bas taux et avec des prêts très longs un grand plan de transition énergétique et écologique. Cette « solution » nerésoud pas le problème posé par les différentiels de compétitivité entre pays de la zone qui ne cessent de se creuser et sont l’une des causes  des problèmes sociaux des pays du sud et de la contre-réaction par une politique d’austérité et de déflation par la baisse des salaires, suicidaire pour la zone. Mais elle pourrait donner de l’oxygène et du temps de négociation, en redonnant du travail et en contribuant à la réduction des dettes publiques (moins d’achat de gaz et de pétrole c’est moins de déficit extérieur mais aussi moins de dette publique, moins de chômage c’est aussi moins de déficit public).

 

« Nouvelle donne » plaide de son côté pour l’injection en France d’une monnaie complémentaire à l’euro, un euro-franc, via la Banque de France.

 

Mon expérience personnelle c’est qu’on bute néanmoins, même pour ces solutions de « second rang », sur les mêmes dogmes, ceux qui sont à l’origine de la création de l’Euro. La construction « Maastrichtienne » est bien verrouillée idéologiquement. Elle l’est aussi juridiquement. La longue étude que nous avons entreprise dans le cadre du projet SFTE (Société de Financement de la Transition Energétique, nous a permis d’identifier plusieurs verrous qui peuvent être levés mais pas si aisément que cela et certainement pas si la volonté de le faire, en France, n’est pas là. Concernant l’ensemble des propositions « alternatives », y compris celle évoquée ci-dessus elles vont buter sur le même problème. Ce n ‘est en rien une raison pour baisser les bras ; au contraire il est très utile de montrer  à tous de manière concrète et précise, l’ampleur et la force du verrouillage du carcan dans lequel nous sommes enfermés !

 

En conclusion l’ami Jean Gadrey a sans doute raison sur un point clef: la question n’est pas d ‘abord tant l’Euro monnaie unique, que les théories et représentations qui sont à sa base. La chasse aux dogmes – à laquelle j’essaie d’apporter ma modeste contribution-  est  donc dans tous les cas un point de passage obligé et prioritaire. De ce seul point de vue, nous ne pouvons que féliciter nos quatre mousquetaires auteurs du livre dont le titre est celui de ce post !

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[1] Pour la chronique de la création de l’Euro, il est aussi utile de lire le livre très documenté de Robert Salais « Le viol d’Europe : enquête  sur la disparition d’une idée » paru aux PUF en 2013.

[2] Voir son dernier livre « Illusion financière » paru aux éditions de l’atelier

[3] Voir J.Mazier, « Le futur de l’euro » dans les Economistes atterrés, Changer l’Europe !, Les liens qui libèrent, 2013, P.330

Où vont-ils chercher ces milliards qu’ils n’ont pas?

9 septembre 2013

Où vont-ils chercher ces milliards qu’ils n’ont pas?

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Fin 2008, les banques françaises ont été sauvées de la gigantesque crise de liquidités à laquelle elles étaient confrontées grâce à un montage aussi astucieux qu’éclairant sur les mystères de la création monétaire. L’économiste Bernard Vallegeas en a fait un décodage percutant dans un article paru dans la revue Regulations du premier semestre 2009. Voir http://regulation.revues.org/7544

 

En voici ici le résumé, l’article complet étant accessible via le lien ci-dessus.

 
« Le premier volet du plan de sauvetage du système financier français d’octobre 2008 prévoit qu’une société ad hoc, filiale de l’État et des banques, empruntera avec la garantie de l’État sur les « marchés ». Les capitaux ainsi amassés seront reprêtés aux banques pour qu’elles puissent financer l’économie. Ce plan est curieux car il fait fi de la création monétaire comme si c’étaient les « marchés » qui créaient la monnaie. En réalité il est montré que les banques peuvent utiliser la société ad hoc pour se créer de la monnaie à leur profit puis la reprêter à l’économie et utiliser les titres obligataires garantis par l’État comme outil de refinancement auprès de la Banque centrale européenne. L’État se comporte ainsi comme un assureur permettant l’accès aux crédits de la Banque centrale européenne. »

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