Panorama monétaire en 2013

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Panorama monétaire

 Le tabou monétaire reste toujours aussi vivace. 
C’est leur pouvoir de création monétaire qui  a permis aux banques de financer la croissance des « produits dérivés », autrement dit de la spéculation, 
Elles ont été sauvées par les interventions des Etats, qui se sont surendettés,  et par  l’intervention de la BCE qui a mis à leur disposition des tombereaux de liquidités créées ex nihilo.
Mais nous ne sommes toujours pas à l’abri d’une nouvelle crise financière, qu’elle vienne de difficultés dans les pays émergents, de la montée des conflits au Moyen-Orient ou d’ailleurs.
Nous ne sommes pas non plus capable d’utiliser l’arme monétaire en Europe pour financer les investissements stratégiques (qui visent à réduire  notre consommation et notre dépendance énergétiques)
ni pour améliorer notre compétitivité.  Faute de quoi nous restons collés dans une dépression économique, diagnostic que  le petit rebond du deuxième trimestre ne permet pas d’invalider.
 
La  création monétaire reste obscure, tabou. La politique monétaire qui est l’un des leviers macroéconomiques le plus puissant reste aussi 
incompris. Nous laissons les « autorités’ » faire sans contrôle démocratique. 
Plus que jamais il nous faut tenter de lever le voile sur le tabou.
Ce texte de Jean Bayard fruit de décennies de travail indépendant  peut nous y aider. Je ferai passer dans les prochaines semaines dans ce blog d’autres contributions et quelques posts ayant d’éclairer cette question.

Alain Grandjean

 

Panorama monétaire en 2013

 

Comment se peut-il que l’on soit impuissants face à une crise qui dure maintenant depuis près de 6 ans et qui a atteint progressivement une dimension planétaire ?

A notre avis il apparait de plus en plus clairement, même si les autorités monétaires ne veulent pas en convenir, qu’il s’agit d’une crise monétaire d’une ampleur inégalée.

Quelles en sont les origines et les causes réelles ?

Essayons de répondre à ces questions en voyant au préalable comment fonctionnait le système monétaire en période normale, disons avant le premier choc systémique de 2007/2008 analysé plus bas.

 

A – L’indépendance de la Banque centrale

 

Les Banques centrales disposent d’une indépendance totale qu’elles ont arrachée aux gouvernants, d’autant plus facilement que l’Etat a, de tout temps, fait la preuve de ses goûts dispendieux. Alors, lui confier la planche à billets suppose qu’elle l’aurait entraîné à toutes les extravagances.

Mais, comme l’exercice d’un pouvoir sans contrôle, ou qui s’autocontrôle, aboutit inexorablement aux pires excès, nous sommes passés d’un pouvoir sous contrôle démocratique à un pouvoir absolu.

Il apparait désormais que les autorités monétaires font passer les intérêts de la corporation bancaire, avant et – si besoin est – contre l’intérêt public.

Mais, comme le pouvoir absolu et ses excès ne peuvent s’étaler au grand jour, il leur a fallu s’organiser pour dissimuler leurs faiblesses, leurs écarts et masquer chaque fois que nécessaire leur incompétence.

Pour conserver taboue la monnaie et mettre ses secrets à l’abri des indiscrets – ce qui est assez facile étant donné l’étendue et la complexité du sujet – la puissance monétaire s’est employée à entretenir la confusion dans les esprits :

 

                1 - A commencer par l’inflation, terme désignant pêle-mêle la cause et ses effets, mais soutenue avec force par la théorie quantitative de la monnaie.

Il y a bien longtemps que l’inflation monétaire n’est plus la cause de la hausse des prix, laquelle s’explique plus simplement par l’attitude de ceux qui ont le pouvoir de les modifier, à la recherche de toujours plus de profits.

Cette théorie définit le niveau des prix en fonction de la masse monétaire (laquelle ?) et de sa vitesse de circulation. Bien qu’ébranlée par les faits depuis de nombreuses années, elle n’a jamais été abattue pour autant, c’est dire son pouvoir de séduction sur les esprits les plus évolués.

Elle sert d’alibi aux banquiers centraux qui n’ont rien d’autre pour justifier leur lutte contre l’inflation – qui n’est qu’un simulacre – qu’ils ont réussi à faire inscrire dans le marbre de leurs statuts. S’en servant comme d’une arme de dissuasion, ils ont réussi l’exploit d’inoculer dans le corps économique de la planète un mal que l’on peut appeler « syndrome de l’inflation », mal qui s’est répandu jusque chez nos élites sous la forme d’un réflexe pavlovien.

Tous les paramètres retenus sont pipés. Il s’agit là de la plus grande imposture monétaire de notre époque (voir ici).

 

                2 – La théorie du multiplicateur monétaire qui « explique quel montant de crédit (de masse monétaire) peut être distribué par les banques à partir de la base monétaire créée par la Banque Centrale » dixit Natixis. Si l’on analyse les informations données par la Banque de France, c’est exactement l’inverse qui se produit.

Encore une théorie tout aussi fausse,  mais redoutable d’efficacité car diffusée – on vient de le voir – et admise par la plupart des économistes.

 

                3 – La mesure de la masse monétaire délibérément faussée. Il en est ainsi :

-  des banques créatrices de monnaie mêlée aux établissements financiers (qui n’ont d’autre pouvoir que celui de la faire circuler), pratique légalisée par la loi du 24 janvier 1984,

- de la monnaie scripturale mêlée aux instruments monétaires, alors que rien n’est plus facile à mesurer que la monnaie scripturale puisqu’elle est faite d’écritures comptables, et que toute écriture comptable laisse une trace indélébile dans les comptes,

- des dépôts à un terme supérieur à 2 ans qui sont écartés des instruments de mesure sur lesquels s’appuie toute politique monétaire,

tous éléments concourant paradoxalement à fausser les paramètres de la théorie monétariste, mais on n’en est pas à une contradiction prés.

 

                4 - L’utilisation d’un vocabulaire trompeur, des inexactitudes et des discours tronqués. Et de nombreuses incohérences non relevées, car affirmées avec autorité.

Ainsi, la Banque de France a toujours prétendu que sur le marché interbancaire ne s’échangeait que de la monnaie centrale émise par elle, ce qui est faux (voir plus bas). Mais, les enseignants, les étudiants, les chercheurs et les économistes le croient, puisqu’on le leur a appris. Et, pourquoi douteraient-ils de l’affirmation faite par pareille autorité ?

 

                5 – La circulation de la monnaie et la place de l’épargne dans l’économie sont manifestement méconnues en raison d’informations restrictives sinon fausses.

A titre d’exemple, il faut savoir que l’épargne réglementée fait l’objet d’un simulacre de transfert. Elle est amassée dans une monnaie (secondaire) qui ne quitte pas la banque de dépôt, et conservée en l’état. Elle est ensuite – ainsi que la loi l’y oblige – versée dans une autre monnaie (centrale) à la banque chargée de son affectation, si bien qu’elle donne lieu à une seconde émission de monnaie (secondaire) quand elle est attribuée au gestionnaire des fonds (ANB) en vue de financer des projets sociaux. La Banque centrale ne peut pas ignorer cette entourloupe à moins qu’elle ne soit d’une incompétence rare.

 

                6 – Enfin, le summum des excès : les banques centrales décident elles-mêmes des règles comptables qui s’appliquent à leur activité, au mépris des règles les plus élémentaires de la comptabilité. Les irrégularités comptables et le bidouillage des comptes sont ainsi autorisées !

 

B – Son pouvoir sur l’émission de monnaie par les banques de dépôts

 

Le lecteur est aimablement invité à se reporter à une étude complète, grâce à ce lien.

En voici les conclusions :

Ayant abandonné aux banques de dépôt le droit et le pouvoir d’émettre la monnaie, dite secondaire, sans réel contrôle, la banque centrale n’a aucun pouvoir sur l’émission de monnaie par les banques et par voie de conséquence aucun pouvoir sur la stabilité des prix dont elle s’est elle-même investie de la responsabilité suprême !

Elle abuse l’opinion publique en prétendant lutter contre une inflation monétaire qui n’existe plus depuis longtemps, la hausse des prix ayant une origine qu’il faut rechercher dans les comportements de ceux qui par ce moyen font leurs profits.

Elle utilise le seul instrument de bord – la masse M3 – complètement déboussolé, car reposant sur une mesure pertinemment fausse, et elle le sait ! De plus, elle ne peut ignorer que la Fed a abandonné cet indicateur (en 2006) car son évolution est sans corrélation, ni avec celle du PIB, ni avec celle de l’inflation.

Enfin, des réserves obligatoires qui ne servent à rien ! Bref, tout n’est que faux-semblants à destination de l’opinion pour masquer ses carences !

Les autorités monétaires ne maitrisent rien du tout et on peut même se poser la question de savoir si la complexité du système et le voile qu’elles ont jeté délibérément sur la monnaie – pour la conserver taboue – ne les ont pas aveuglées au point de les priver de la lucidité indispensable pour assurer une saine gestion monétaire.

 

C – Deux monnaies scripturales, deux compartiments à circuits indépendants l’un de l’autre

 

Ainsi que le savent les initiés, il existe deux monnaies scripturales – issues d’écritures comptables – la monnaie centrale émise par la Banque centrale et la monnaie secondaire émise par les banques de dépôt.

On suppose généralement que ces deux monnaies sont substituables, alors qu’il n’en est rien. C’est une particularité de la monnaie scripturale qui semble échapper à la connaissance des initiés, puisque tout le monde s’étonne de voir que les liquidités massivement émises en faveur des banques par la super-banque ne servent pas l’économie réelle, mais alimentent la trappe à liquidités.

Pour qu’une monnaie scripturale donnée puisse s’échanger, il faut nécessairement deux comptes ouverts dans la même monnaie, celui qui est débité et celui qui est crédité. Ainsi,

- la monnaie centrale ne peut s’échanger qu’entre titulaires de comptes ouverts à la Banque centrale : les banques et le Trésor Public ; il n’existe plus de comptes d’agents non bancaires (ANB) depuis longtemps à la Banque de France, par exemple,

- la monnaie secondaire ne peut s’échanger qu’entre titulaires de comptes ouverts dans une banque de dépôt, soit les ANB.

La Banque centrale qui ne peut ignorer cette caractéristique spécifique de la monnaie scripturale entretient ici aussi la confusion, en se taisant.

 

D – Compensation et règlements interbancaires

 

Le lecteur est aimablement invité à se reporter à une étude complète, grâce à ce lien.

On est ici au cœur du système monétaire, fortement endommagé par 2 chocs systémiques (voir chapitre suivant).

La compensation est l’outil qui traite quotidiennement – par dizaines de millions – les instruments de paiement que s’échangent entre eux les ANB disposant de comptes dans des banques différentes. S’il n’existait qu’une banque, il n’y aurait pas de système de compensation.

De plus, abusant de leur position dans la place, les banques utilisent la compensation pour un grand nombre de leurs opérations pour propre compte. La Banque centrale le sait, mais laisse faire.

La compensation est un système binaire dans lequel les positions débitrices et créditrices s’annulent à tout moment, ce qui fait que le marché interbancaire sur lequel elles se règlent n’est pas un marché au sens habituel du terme puisque l’offre est égale à la demande.

Après compensation, les opérations de traitement s’opèrent à trois niveaux :

 

                1 - Les banques débitent ou créditent les comptes de leurs clients, selon le sens des transactions, en monnaie secondaire, la seule qui a cours entre ANB comme il a été dit au-dessus.

 

                2 - Les banques ont et constatent des positions parallèles à celles de leurs clients.

Quand une banque débite le compte de son client, la somme quitte son établissement ; elle doit donc constater une dette envers la banque adverse. Et inversement, quand une banque crédite le compte de son client, la somme entre dans son établissement ; elle doit donc constater une créance sur la banque adverse.

Constater une dette ou une créance ne signifie pas règlement.

 

                3 - Elles doivent donc solder leurs positions les unes envers les autres, à la sortie de la compensation.

Elles ont pour cela accès au marché interbancaire. Les banques en position créditrice consentent des prêts à leurs consœurs en position débitrice, contre garanties naturellement. Ces garanties sont représentés par des titres, appelés aussi collatéraux, bénéficiant des meilleures notes de la part des agences de notation (principalement les titres subprimes avant qu’ils ne deviennent toxiques et les titres souverains avant que n’apparaissent les risques de défaut).

Sur le marché interbancaire, contrairement à ce que prétend la Banque de France, il ne s’échange pas de monnaie centrale. Il ne s’échange que des accords de prêts/emprunts contre garanties, sans monnaie donc. Et ce n’est pas l’obligation de faire passer toutes les transactions par les comptes des banques chez elle, qui va nous faire croire que les transactions sur le marché interbancaire se font en monnaie centrale, monnaie créée par elle, comme elle le dit. Encore un leurre.

Les banques centrales servent de simple chambre d’enregistrement pour ces opérations interbancaires, dans lesquelles elles n’interviennent pas. Et, si elles ne se prenaient pas les pieds dans les ficelles qu’elles ont placées pour se protéger, elles auraient depuis longtemps trouvé la solution technique au problème de la dégradation du marché interbancaire1.

 

E – Les deux chocs qui ont profondément ébranlé le système monétaire

 

La crise que nous subissons impuissants depuis près de 6 ans trouve son origine dans deux chocs systémiques qui ont ébranlé les systèmes monétaires nationaux et internationaux, les uns et les autres copiés sur le modèle américain, car en ayant adopté ses normes et ses pratiques plus ou moins douteuses. Enfin, elle s’est internationalisée avec la mondialisation des échanges.

 

Le premier choc est parti en 2007/2008 des Etats-Unis avec l’affaire dite des « surprimes », gigantesque escroquerie montée de toutes pièces par les banques américaines sous l’œil bienveillant et complice de la Fed, laquelle l’a chèrement payé (tout est relatif) puisqu’elle a dû se mettre – en état de quasi-faillite – sous la protection  du Trésor au début de l’année 2011.

La Fed prêteur en dernier ressort a cédé sa place à l’Etat américain payeur en dernier ressort !

Les titres « subprimes » mêlés par titrisation avec d’autres valeurs ont été diffusés par dizaines ou centaines de millions dans le monde de la finance internationale (banques, fonds de pension ..) appâté par des taux d’intérêt élevés. Mais, en devenant toxiques ils perdaient de leur valeur et généraient des pertes dues à leur dépréciation, si bien que l’on a assisté dans l’ombre à un sauve-qui-peut général. Les banques, tant américaines qu’européennes, qui possédaient ces titres en grand nombre ont cherché à s’en débarrasser vers des bad banks ou structures de défaisance, avec plus ou moins de succès selon les pays. Mais, dans la plupart des cas, avec l’aide de leur Banque centrale (vers la SFEF en France).

Conséquence immédiate, les marchés interbancaires s’en trouvent immédiatement affectés car ces titres – appelés aussi collatéraux – ne sont plus acceptés en garantie par les banques prêteuses, d’où le premier choc systémique.

 

Le deuxième choc provient, semble-t-il, d’une erreur (ou manipulation ?) de politique monétaire invraisemblable de la part de la BCE qui a voulu faire respecter soudainement en 2010 le ratio de l’endettement public (60% du PIB) fixé par Maastricht. Pourquoi ? Alors qu’avant la crise, en 2006, les taux d’endettement avaient déjà dépassés le seuil critique dans bon nombre de pays européens, notamment l’Italie (107%), la Grèce (105%), la Belgique (89%) et l’Allemagne (68%).

S’agit-il d’une politique de diversion destinée à dissimuler les dégâts considérables causés par le premier choc au sein de la profession bancaire, qui ne s’en est pas encore remise ? Ou bien d’une utilisation conjoncturelle des événements visant à favoriser le capitalisme monétaire toujours à l’affut de bonnes affaires ? Ou des deux ?

Jusque là les Etats plaçaient les bons et obligations du Trésor selon leurs besoins propres sur les marchés, principalement auprès des banques (collatéraux), assurances et fonds de placement. Puis jugeant que les limites étaient largement dépassées, la BCE a imposé aux Etats les plus exposés de réduire leur taux d’endettement, sans se poser la question de savoir si sa décision était judicieuse et pertinente, dans l’intérêt public évidemment.

C’est ainsi que l’émission de nouveaux titres a été pratiquement interdite, ne laissant la place qu’au roulement (reports d’échéances) de la dette, ce qui s’appelle de la cavalerie. Si en avril 2013 le Président de la BCE a donné pouvoir à la Banque de France de battre monnaie, cela veut bien dire qu’il en a levé l’interdiction pour la France.

Conséquence de cette politique absurde, il est apparu très vite que les Etats concernés ne pourraient pas rembourser, ce que les marchés ont bien anticipé. Les titres souverains ont subi alors des décotes de plus en plus fortes à mesure que leurs économies se dégradaient et que la spéculation s’en emparait.

Autre conséquence immédiate, les marchés interbancaires ne veulent plus de ces titres en raison de leur risques de défaut et ils ne sont plus acceptés en garantie par les organismes prêteurs, d’où le deuxième choc systémique.

Dès que ces garanties ont été refusées à la sortie de la compensation, les banques emprunteuses se sont alors retournées vers leur Banque centrale : Fed aux USA, BCN en Euro zone. Le règlement des positions se faisant alors pour la première fois véritablement en monnaie centrale, « sonnante et trébuchante ». Les banques centrales acceptent les garanties dépréciées, refusées par les banques de dépôt, alimentant ainsi la trappe à liquidités (selon C ci-dessus).

En Europe en outre, celles qui disposaient de liquidités ont profité de la circonstance pour se débarrasser des titres souverains qu’elles possédaient contre monnaie centrale, les unes et les autres se défaussant alors sur leur banque centrale des pertes passées et prévisibles dues à la dépréciation.

C’est ainsi que la Fed possède pour plus de 1.000 mds $ de titres toxiques et les BCN, devenues bad banks, possèdent des centaines de mds € de titres souverains déprécies, dépréciations que les autorités monétaires européennes se refusent à constater car ce serait reconnaitre l’échec de leur politique.

Le système monétaire est donc en pleine crise systémique, crise due au dysfonctionnement des marchés interbancaires. Cette crise durera tant que ces marchés ne fonctionneront pas à nouveau convenablement, ce qui parait exclu dans l’état actuel du système sauf à le remettre totalement à plat.

Le pouvoir monétaire et les banques ne sont plus très loin de faire passer une annonce du type :

 

Recherche collatéral désespérément

supposant sans doute que la découverte de nouveaux collatéraux redonnerait vie au marché interbancaire.

Voyons maintenant qu’elle pourrait être la solution évoquée plus haut.

 

Les marchés interbancaires seraient supprimés. A la sortie de la compensation, les positions des banques, débitrices et créditrices, seraient enregistrées à un compte bloqué à leur nom à la Banque centrale en position ouverte, c’est-à-dire sans règlement. Par le fait même, les dettes et les créances des unes envers les autres deviendraient des dettes et des créances envers la Banque centrale.

Ce qui est totalement différent et contrairement à la situation antérieure, d’une Banque centrale simple chambre d’enregistrement, celle-ci pourrait alors exercer pleinement son rôle de gardienne de la monnaie. On entrevoit aussitôt les perspectives de changement de politique monétaire.

Enfin, n’oublions pas que ces positions résultent de transactions des ANB, opérées dans le cadre des concours à l’économie qui leur ont été consentis. Il est insupportable de voir que les agents non bancaires sont les victimes d’une organisation inadaptée et qui devrait leur être totalement neutre.

De plus, cette solution aurait l’avantage de supprimer les besoins de collatéraux !

 

F – Relations monétaires internationales

 

Réservons quelques lignes aux échanges internationaux et intra-frontières de la zone euro pour mettre en évidence le fait que tout se tient en macroéconomie.

 

Je te tiens, tu me tiens par la barbichette !

C’est Jens Weidman, le président de la Bundesbank, qui a soulevé – sans doute involontairement – le problème dans toute sa dimension quand il a dit notamment en mars 2012 :

Aujourd’hui, la Bundesbank est la seule banque centrale nationale avec celle de Finlande et d’Autriche à afficher un solde positif considérable de près de 500 milliards d’euros sur Target.

Pour de plus amples informations, voir à ce lien.

En matière d’échanges internationaux, il existe une règle fondamentale que les initiés ne peuvent pas ignorer, mais dont ils ne veulent pas tirer les conséquences.

Quand il y a un exportateur dans un pays, il y a un importateur dans un autre pays, et comme la valeur de l’échange est la même pour les deux parties, on peut avancer qu’à l’échelle de la planète, les exportations sont égales par définition aux importations, ce qui veut dire en clair que l’exportation des uns ne peut pas se réaliser sans l’importation des autres.

Autrement dit, les bénéfices des uns se font au détriment des autres.

De la règle exposée ci-dessus découle une autre égalité, généralement oubliée – mais redécouverte par le Gouverneur de la Buba -, c’est que :

A la somme des balances bénéficiaires d’un ensemble de pays correspond par symétrie la somme des balances déficitaires de l’ensemble des autres pays.

La Grèce, pour ne citer qu’elle, subit les effets dramatiques de cette règle. Depuis le début du siècle, elle a notamment importé, pour des dizaines de milliards d’euros, d’Allemagne, de France et des Etats-Unis, des armements – parfaitement inutiles (sauf pour les intermédiaires), si l’on prend en considération l’Union Européenne faite pour la protéger. Elle a émis de la monnaie qui a fait grimper sa dette souveraine dont elle doit maintenant s’acquitter sous le prétexte qu’elle a dépassé les critères de Maastricht !

Il n’est évidemment pas question de lui saisir le matériel militaire fourni !

Les pays déficitaires doivent donc de l’argent aux pays bénéficiaires, par symétrie.

Autrement dit – revers de la médaille – ceux qui exportent sont amenés à prêter à ceux qui importent.

Le cas des Etats-Unis paraît bien être l’exception à cette règle, car ils font fonctionner la planche à billets en dollar selon leurs besoins. Commerçant tant à l’exportation et qu’à l’importation uniquement dans leur propre monnaie, ils ont pu se permettre de lancer en 1971 cette phrase désormais célèbre et toujours d’actualité :

 » Le dollar est notre monnaie, mais c’est votre problème. »

De plus, à l’intérieur de leurs frontières, ils se sont bien gardés de signer notre équivalent du traité de Maastricht.

La lutte à laquelle se livrent tous les pays au monde pour exporter est devenue une guerre économicide. La paix commerciale ne peut s’exercer qu’en passant des accords bi-ou multinationaux afin que l’équilibre des échanges soit garanti, leur solde devant être voisin de zéro. Mais, on préfère sans doute la guerre à la paix !

La recherche de toujours plus de compétitivité, et – on ne se cache même plus de le dire – de faire baisser toujours plus les salaires n’a d’autre effet que de ruiner le peuple et de l’amener à l’esclavage économique. Et dans tous les cas de figure, c’est la recherche de toujours plus de profits pour les intermédiaires et multinationales qui surfent sur la mondialisation des échanges.

C’est la plus grande arnaque de notre temps.

 

G – Sombres perspectives

 

Faisons le point de la situation.

Des banques centrales qui abusent de leur indépendance. Des banques centrales qui défendent bec et ongles la corporation bancaire, contre l’intérêt public si nécessaire. Des banques centrales qui ont abandonné aux banques commerciales le pouvoir de l’émission de monnaie secondaire en dehors de tout contrôle et qui prétendent malgré tout diriger la politique monétaire ! Une banque centrale américaine qui a couvert, sinon accompagné, la plus gigantesque escroquerie monétaire faite par les banques américaines dans l’affaire des subprimes. Enfin, des banques centrales qui dissimulent leur incapacité à diriger une politique monétaire responsable, en usant de toutes sortes de moyens pour tromper l’opinion et en particulier le syndrome de l’inflation qu’elles ont réussi à inoculer dans le corps économique de la planète entière.

L’affaire des subprimes a provoqué un premier choc systémique dont la corporation bancaire a été la première victime. C’est l’histoire de l’arroseur arrosé.

En Europe, une politique insensée de la part de la BCE a provoqué le deuxième choc systémique avec l’affaire des titres souverains, au prétexte d’un endettement considéré soudainement excessif si on le rapporte aux taux fixés par les critères de Maastricht, déjà dépassés avant la crise de 2007/2008 !

Aux Etats-Unis, la Banque centrale s’est arrangée pour faire supporter le poids de ses erreurs à l’Etat. La Fed – prêteur en dernier ressort – s’est mise sous la protection du Trésor début 2011, cédant ainsi la place à l’Etat américain devenu pour l’occasion payeur en dernier ressort.

En Europe, la BCE et ses BCN accumulent à leur bilan des titres dépréciés sans vouloir en constater les dépréciations financières. La BCE espère sans doute obliger les pays de la zone à réduire leur dette souveraine de telle façon que leur valeur d’origine soit rétablie. Très mauvais calcul, si c’est le cas, puisque de restrictions monétaires en restrictions monétaires le remède est en train de tuer le malade.

Partout dans le monde (excepté en Zone Euro) aux USA, en Grande Bretagne et au Japon, notamment, les banques centrales déversent des milliards de monnaie nationale dans le but de redresser leur économie en récession ou en très faible croissance. Le résultat est évidemment déprimant, car le diagnostic est faussé par des raisonnements archaïques qui ont pourtant fait la preuve de leur incapacité à redresser l’économie. Malheureusement on n’a rien d’autre à se mettre « sous la dent » pour l’instant.

En Euroland, il apparait d’évidence que l’application stricte des critères de Maastricht nous prive de tout espoir de redressement – si l’on peut dire – par cette voie. On ne peut pas faire du Quantitative Easy chez nous, puisqu’il est quasiment interdit aux BCN de prêter à leur Etat supposé trop endetté. Et les marchés ne sont pas assez fous pour prêter à des Etats considérés déjà en voie de cessation de paiement.

 

H – Monnaie d’endettement et monnaie permanente – Effets macro-économiques

 

Règle n° 1 du capitalisme monétaire : le prêteur peut et doit vivre aux dépens de l’emprunteur.

La dette permet au créancier d’exploiter le débiteur quand le taux d’intérêt est supérieur à celui de l’inflation et de le spolier quand il fait défaut. Les garanties s’exerçant alors, le plus souvent, aux dépens du second.

Pire est le cas de la banque qui prête de l’argent qu’elle n’a pas, puisqu’elle le crée.

Il n’est de pays qui ne vit de dette, publique ou privée.

Le principe même de la monnaie-dette, c’est que s’il n’y a plus de dettes alors il n’y a plus de monnaie, et toute l’économie marchande s’arrête. C’est déjà une situation ubuesque.

Et d’ajouter que :

S’il n’y a plus de dettes, il n’y a plus de monnaie, mais aussi que s’il n’y a plus de monnaie, il y a encore des dettes, parce qu’il n’y a pas que les banques qui prêtent de l’argent, la même monnaie étant prêtée plusieurs fois.

Il faut savoir en outre que les banques sont généralement destructrices nettes de monnaie. Voir ici une étude sur le sujet.

Les effets du capitalisme monétaire sont dévastateurs, car celui qui ne peut plus payer doit vendre ses biens pour rembourser.

Les exemples ne manquent pas d’entreprises en panne de trésorerie qui déposent leur bilan. Mais aussi, dans une autre dimension :

- endettement privé : les millions de ménages américains spoliés dans l’affaire des subprimes,

- endettement public : le désastre économique de la Grèce et de Chypre, pour ne citer que ceux-là. Le tour du Portugal, de l’Espagne et de l’Italie ne sont plus très loin. Mais pour tous la politique est à la privatisation généralisée des biens publics. Il faut rembourser nos dettes ; c’est la priorité des créanciers.

On ferait bien de réfléchir aux conséquences des restrictions monétaires imposées par la Troïka en Europe qui ne visent qu’un but : faire passer les biens publics aux mains de capitalistes de plus en plus avides de richesse et de puissance.

L’examen des publications de l’Insee, l’Institut de statistiques français, sur une longue période (1988-2012) montre que les revenus du capital, appelés revenus de la propriété, se situent en moyenne à un tiers du PIB, avec des pointes à 44,5% en 1993 et à 46,2% en 2008. Et, les loyers (logements, magasins, bureaux, entrepôts, terrains..) ne sont pas compris dans ces chiffres. Exception faite des loyers d’habitation, ils ne sont pas communiqués ou très difficile d’accès. Il est donc permis de supposer que les revenus du capital pourraient être égaux sinon supérieurs aux revenus du travail.

 

Il y a trop d’épargne.

Le capitalisme envahit petit à petit l’espace économique, réduisant la part du travail dont il tire toujours plus de profit. C’est pourquoi, il faut réduire les salaires de plus en plus pour être compétitifs !

Esclavage économique, avez-vous dit ?

 

I – Loi macro-économique

 

Fruit des travaux de recherche de l’auteur de ces lignes, il existe une loi macroéconomique qui commande l’allure de marche de toute activité nationale, donc la croissance. Celle que l’on cherche à obtenir par incantation, ce qui évidemment ne marche pas.

Elle démontre que la sphère de l’activité de production connaît l’expansion ou la récession selon qu’elle est alimentée plus ou moins en monnaie. L’activité nationale fonctionne à peu près comme le moteur d’un engin mécanique. Elle tourne plus ou moins vite selon qu’elle est alimentée plus ou moins en carburant, c’est-à-dire en monnaie.

La conjoncture n’est rien d’autre qu’une économie libérale livrée à l’influence désordonnée, parce que non régulée, des facteurs endogènes opposés que sont l’épargne et le crédit. L’épargne dans le rôle du frein et le crédit dans celui de l’accélérateur. Etant précisé de plus, qu’une balance extérieure déficitaire amplifie l’effet de frein, tandis qu’au contraire si elle est bénéficiaire elle amplifie l’effet d’accélérateur.

Cet aspect macroéconomique et les effets de frein de l’épargne échappent totalement aux théories actuelles. Et, il ne faut pas croire que l’épargne finance l’investissement, comme le laisse supposer la théorie de l’égalité de ces deux termes, à laquelle échappe curieusement le troisième et dernier terme : les échanges extérieurs.

Il apparaît ainsi que la croissance dépend en premier lieu de l’abondance monétaire au sein de la sphère réelle, et ensuite de la maîtrise de ses effets sur les prix, donc sur les revenus.

Le système actuel nous mène lentement mais sûrement à notre perte, avec une accélération due à la crise, car il repose pour fonctionner sur une progression constante du recours au crédit, d’abord pour neutraliser les effets négatifs de l’épargne bancaire, épargne morte, ensuite pour rembourser les emprunts antérieurs sans oublier les intérêts de la dette (nourriture du capital).

Ainsi, nous acheminons-nous progressivement vers une économie comparable à celle du Japon d’aujourd’hui, anémiée depuis deux décennies malgré sa puissance industrielle.

Rappelons que le Japon a l’un des taux d’épargne parmi les plus forts au monde et ses tentatives de redressement de ses exportations, insuffisantes, se heurtent à une conjoncture mondiale déprimée.

Quant aux USA, ils souffrent de deux maux convergents :

- une balance extérieure en déficit chronique, facteur de ralentissement de l’activité de production (cf. loi macroéconomique),

- un fort ralentissement du recours au crédit (consommation, investissement, logement, etc.).

En Europe, outre les restrictions monétaires exigées, la BCE et l’Union Européenne imposent à nos gouvernants une politique de compétitivité qui ruine nos masses laborieuses par la perte de pouvoir d’achat (baisse des salaires, chômage) qu’elle engendre. C’est le prix qu’a dû payer l’Allemagne pour améliorer sa rentabilité et ses ventes à l’exportation sa Parité de Pouvoir d’Achat (PPA), meilleure que celle de la France en 2001 (+3,9%) lui est devenue inférieure (-8,5%) en 2012 (cf. Statistiques OCDE).

La conséquence en est le ralentissement de l’activité de production, car ce sont les revenus modestes qui ont la plus grande propension à consommer face aux revenus élevés qui ont une plus grande propension à épargner.

Dans tous les cas, on observe un déséquilibre épargne/crédit, les effets de frein (épargne) sont plus puissants que les effets d’accélération (crédit).

 

L’épargne monétaire n’est ni mesurée, ni maitrisée.

J – Solutions

 

Si l’on veut sortir de cette impasse, il est vital d’émettre de la monnaie dite permanente, c’est-à-dire sans intérêt, ni échéance de remboursement, afin de neutraliser les effets nocifs des destructions monétaires dues aux remboursements des crédits bancaires.

Si l’on veut diriger l’allure de marche de l’activité nationale vers la croissance et l’amélioration du pouvoir d’achat de nos populations laborieuses :

La régulation monétaire est l’unique moyen d’y parvenir et seul l’Etat est apte à en assumer la fonction.

La gouvernance d’un pays ne doit plus être affaire de fiscalité, mais de finance et de monnaie.

Des solutions pour une réforme du système monétaire et de sortie de crise ont été données par ailleurs.

 

Jean Bayard

 

  1. voir chapitre suivant []

Transition énergétique : le gouvernement sait-il où il va ?

 

Le débat sur la transition énergétique va se conclure le 18 juillet. Il en ressort[1] qu’il serait possible, techniquement économiquement et financièrement  de mettre le pays sur la voie d’un nouveau modèle  énergétique, reposant sur quatre piliers :

 

-une réduction de la consommation d’énergie de l’ordre de 2% par an, avec une priorité massive dans les bâtiments et le transport

-une diversification du mix énergétique avec une montée en puissance progressive des énergies renouvelables (ER), dans le sillage de ce qui se passe au niveau mondial[2]

-une plus grande implication des territoires dans la définition et la mise en œuvre de projets locaux

-des dispositifs innovants de financement pour des opérations à rentabilité positive mais retours sur investissement longs

 

Rappel : les enjeux du débat national sur la transition énergétique

(DNTE pour les intimes)

 

Notre niveau de vie dépend de l’énergie que nous utilisons directement ou indirectement. En France, 70 % de l’énergie finale consommée est issue de sources fossiles, pétrole et gaz principalement, ce qui pose plusieurs problèmes bien connus. Notre facture extérieure est élevée (70 milliards d’euros en 2012) et probablement croissante, la combustion de ces sources d’énergie émet du COalors que nous avons pris des objectifs ambitieux[3] de réduction de nos émissions de gaz à effet de serre (GES). Nos concitoyens en situation de précarité énergétique sont de plus en plus nombreux et nos entreprises sont soumises à une concurrence internationale rude dans laquelle le prix de l’énergie est un facteur de compétitivité. Par ailleurs, que ce soit dans la production, le transport et la distribution d’électricité ou dans celui des transports et du logement, nous avons à réaliser dans les prochaines années des investissements considérables, de l’ordre de la centaine de milliards d’euros annuels. Enfin la question énergétique se pose certes en France mais plus généralement dans un cadre européen et mondial.

 

 

Sortir de la fascination des leurres introduits sur la scène médiatique par les « technoptimistes »

 

Il s’agit bien d’une inflexion dans un pays où la priorité a toujours été la production d’électricité d’origine nucléaire et l’importation d ‘énergies fossiles. Il n’est d’ailleurs pas anecdotique que le nucléaire et les gaz de schiste aient été considérés médiatiquement comme les sujets clefs, alors qu’ils ne le sont qu’en creux. Ils incarnent une croyance en l’absence de limites, alors que le DNTE a eu pour but, précisément,  de faire face à la réalité des dites limites.  Si les technologies nucléaires actuelles se heurtent au stocks limités d’uranium, la génération 4 (surrégénérateurs, à l’instar de Super Phénix, dont il est espéré qu’elle soit disponible industriellement avant le  milieu de ce siècle) et encore plus la fusion (dont rien ne garantit qu’elle débouche un jour !) font encore rêver d’un  monde sans limite énergétique. Quant aux gaz de schiste, ils semblent permettre de démentir les tenants du peak oil : « vous voyez bien les hydrocarbures, quand il n’ y en a plus il y en a encore !!! »

 

Il est pourtant clair qu’il s’agit dans les deux cas de dangereux leurres. S’il est indéniable que les gaz et pétroles non-conventionnels permettraient de prolonger un peu les plateaux de production mondiaux des gaz et pétrole, ils ne changent pas radicalement la donne. En Europe, il est bien établi que la production éventuelle d’hydrocarbures non conventionnels ne changerait en rien les prix du gaz et encore moins du pétrole[4]. Plus profondément, qu’il y ait sous terre plus d’hydrocarbures qu’imaginé il y a quelques années ne change rien : c’est toujours trop par rapport à ce qu’il suffit de brûler pour augmenter trop la température moyenne planétaire[5]. Quant au nucléaire, si son développement n’a pas été arrêté net par Fukushima, il reste modeste et n’est pas non plus de nature à changer la donne : son déploiement est inconcevable à grande échelle dans bien trop de pays. En énergie primaire, il ne représente que 7 % du mix mondial et sa part relative est amenée à décroître.

 

Bref qu’on le veuille ou non, notre monde énergétique reste obstinément fini et pour les décennies qui viennent nous allons devoir à partager et…à consommer moins.

 

 

Retour en France : que doit-on faire ?

 

Le DNTE va produire des recommandations, certaines assez précises (réduire les vitesses sur autoroute, route, et en ville,  mettre en place un Conseil  d’Orientation de la Transition Energétique) d’autres plus générales (développer les mécanismes permettant le financement participatif des citoyens). Elles vont cependant dans le bon sens. Il appartient maintenant au gouvernement d’en faire un projet de loi de programmation et de le soumettre au Parlement. Le plus dur reste donc à faire.

 

La baisse de la consommation d’énergie nécessite :

-une hausse de la fiscalité sur les carburants et les combustibles fossiles

-un plan d’investissement ambitieux (de l’ordre  de  la dizaine de milliards d’euros privés ou publics, en plus chaque année, de la tendance actuelle[6]) en particulier dans la rénovation thermique du bâtiment (tertiaire ou résidentiel)

-une hausse des prix de l’électricité

 

La montée en puissance des ER suppose :

-pour les ER électriques,  une hausse de la Contribution de Service Public de l’Energie (aujourd’hui de 13,5 euros le MWh soit 10 % du prix TTC de l’électricité au particulier) pour financer l’écart entre le prix de marché et le coût de revient de ces ER. En ordre de grandeur elle pourrait doubler dans la décennie qui vient, mais tout dépendra bien sûr de l’ambition politique et de l’évolution du prix de marché européen de l’électricité

-pour les autres ER il faudra des dispositifs de soutien (doubler le fonds chaleur, créer un fonds de mobilisation de la biomasse etc.)

 

Pour que les territoires puissent prendre une part plus active dans la maîtrise de l’énergie il leur faudra des responsabilités nouvelles et a minima des pouvoirs d’expérimentation.

 

Le gouvernement va-t-il initier ce changement de cap ?

 

Le gouvernement doit faire face à au moins 5 obstacles :

 

-une Direction Générale du Trésor obsédée par la peur des dépenses publiques, très hostile à toute hausse de la CSPE  et à tout mécanisme d’aide dans le domaine des ER et de l’efficacité énergétique.

-le PDG actuel d’EDF qui affiche sans complexe- et surtout sans être contredit par le gouvernement- sa propre stratégie, (pas de fermeture de Fessenheim et prolongement  à 50-60 ans du parc nucléaire[7]) fondamentalement différente de celle sur laquelle s’est engagée le Président de la République.

-des producteurs d’énergie de taille mondiale dont l’intérêt semble  être globalement celui d’une hausse des consommations

-des organisations syndicales qui défendent les emplois protégés  d’aujourd’hui et sont majoritairement[8] peu ouvertes au changement

-une opinion publique qui voit d’un très mauvais œil toute hausse d’impôts ou de l’énergie

 

Par ailleurs, le calendrier politique et électoral (débat sur les retraites à la rentrée, puis discussion sur un budget d’austérité, municipales en mars et européennes en qui s’annoncent mal pour la majorité actuelle) n’est sans doute pas favorable à un débat parlementaire de fond sur un changement de trajectoires et des mesures difficiles à faire passer.

 

Le gouvernement hésite. Quelques mesures semblent aller dans le bon sens (hausse du prix de l’électricité, une rallonge du Plan d’Investissement d’Avenir vers la transition énergétique, une grande fermeté sur les gaz de schiste[9]) mais comment ne pas constater :

 

-une absence de prise de parole du Président de la République et de son Premier Ministre sur le rappel des  grandes orientations que le gouvernement souhaite faire prendre en matière énergétique

-l’annonce d’un plan d’investissement le 8 juillet concernant la transition énergétique, sans attendre la fin du débat prévue…le 18 juillet, et le limogeage le 2 juillet du ministre en charge de ce débat et du choix de ses orientations finales

-un financement du PIA par la cession annoncée de participations de l’Etat dans des entreprises publiques : la vente d’actions d’EDF aurait-elle motivé la hausse des prix de l’électricité[10] ? Une privatisation accrue d’EDF conduirait-elle à une meilleure prise de l’Etat sur la politique énergétique du pays ?

-la non publication d’un décret rendant obligatoire la rénovation des bâtiments tertiaires (amendement Gauchot[11], négocié et rédigé dans le dernier quinquennat, suite au Grenelle de l’environnement et toujours enterré)

-un plan bâtiment à ce stade sans aucune ambition

 

Bref ses atermoiements actuels font douter de la volonté du gouvernement de transformer l’essai après ce débat plus productif sans doute qu’attendu. Si le débat au Parlement sur la proposition de loi de programmation est repoussé au-delà  des élections européennes (fin mai 2014), que restera-t-il des recommandations faites mi-2013 ?

 

Il me semble qu’il appartient aux acteurs de ce débat de défendre leur travail et leur engagement, afin d’éviter toute tentation à l’équipe au pouvoir. La transition énergétique reste la meilleure solution pour sortir du marasme économique actuel (voir http://alaingrandjean.fr/2013/05/13/la-transition-energetique-est-la-clef-de-la-sortie-du-marasme-actuel/). Elle est la base d’un nouveau projet de société et d’un nouveau modèle économique. Ne perdons pas de temps.

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[1] http://www.transition-energetique.gouv.fr/ Pour information : ont été organisés près de 1000 débats rassemblant 170000 personnes, une journée citoyenne impliquant 1115 citoyens dans 14 régions ; 36 cahiers d’acteurs, 1200 contributions citoyennes sur internet ont été fournies. Le débat se conclura par une quinzaine de grandes recommandations et une centaine de propositions assez concrètes.

[2] Selon l’AIE,  les ER électriques (dont l’hydraulique) produiront dans le monde en 2016 plus que le gaz et deux fois plus que le nucléaire (Voir www.iea.org/Textbase/npsum/MTrenew2013SUM.pdf)

[3] La France s’est engagée à diviser par 4 ses émissions de GES en 2050 par rapport à leur niveau de 1990, malgré la hausse sur ces 60 ans de sa démographie. Cet objectif concerne tous les gaz et ne pourrait être atteint aujourd’hui que par une ambition encore plus forte sur le CO2. (voir..)

[4] Ces affirmations ont été bien documentées dans le débat ; dès que possible les documents seront accessibles sur le site du débat. En attendant voir par exemple l’article que j’ai écrit dans les cahiers français n°373 « Gaz de schiste, miracle ou mirage ? »

[6] Une centaine de milliards d’euros dans la production le transport et la distribution d’énergie, le batiment et le transport

[7] Moyennant une opération dite de « grand carénage » coûtant selon  les dernières estimations environ 70 Milliards d’euros ; voir http://tempsreel.nouvelobs.com/economie/20130710.OBS8853/edf-reviserait-le-cout-des-travaux-sur-ses-centrales.html

[8] La CFDT reste l’exception notable, qu’il faut souligner ; c’est la seule centrale syndicale qui assume la nécessaire transition des emplois et compétences professionnelles.

[9] Qui s’explique surtout par des considérations politiques évidentes : le risque est très élevé de faire face à une « jacquerie » ingérable

[10] En 2005 la première  privatisation partielle d’EDF avait été précédée d’une hausse des tarifs. Là après l’annonce des deux fois 5% le cours d’EDF a cru de près de 10%…

La transition énergétique est la clef de la sortie du marasme actuel

L’Europe ne se sort pas de la crise dans laquelle elle est entrée suite à celle des subprimes américains en 2008. Même si le PIB n’est pas un indicateur pertinent du bien –être social il permet de visualiser les variations de l’activité économique et sa chute  dans la zone Euro.

Les réponses actuelles qui consistent à tenter de limiter les déficits publics plus ou moins rapidement répondent à deux exigences apparemment incontournables :

-rassurer les « marchés financiers » et limiter les taux d’intérêt pour contenir le service de la dette,

-retrouver une certaine crédibilité en montrant à nos partenaires allemands et  à la Commission Européenne que  nous sommes enfin capables de tenir des engagements.

Dette non consolidée de la zone Euro en % du PIB. Données établies par Gaël Giraud. CES, PSE et Labex RFI.

 

Cette apparente logique ne résiste pas à l’épreuve des faits. La réduction de la dépense publique ne permet pas de réduire le ratio dette/PIB, comme le montre le graphique ci-dessus. D’autre part, le problème économique central de la zone Euro est celui de l’excès d’endettement des agents privés, en particulier les agents financiers  (dont une partie de la dette a pourtant été transférée aux Etats…) comme on le voit également. Il ne sera en rien résolu par l’action sur les déficits publics, au contraire. Nous entrons dans la situation de trappe à liquidités qu’a expérimentée le Japon depuis 1991 (voir L ‘Europe dans la trappe à liquidités ? et Le Japon dans la trappe à liquidité ).

 

Cette voie est donc économiquement irréaliste et politiquement suicidaire, comme le montrent tous les résultats électoraux en Europe. D’un autre côté,  une relance « keynésienne » traditionnelle en France butera sur la contrainte extérieure : elle se traduira par une hausse des achats de biens de consommation largement importés.

 

L’impératif d’un  plan de sortie de crise

 

L’association chômage et monnaie propose et documente un plan de sortie de crise ambitieux  (voir http://www.chomage-et-monnaie.org/2013/04/plan-de-sortie-de-crise-2013/ ) s’intégrant dans une stratégie de négociation serrée avec l’’Allemagne (voir http://www.chomage-et-monnaie.org/2013/04/editorial-etat-durgence/ ). Les calculs économiques faits s’appuient sur une modélisation renouvelée du multiplicateur keynésien (voir http://www.chomage-et-monnaie.org/2013/04/f17-le-multiplicateur-global/).

 

Les investissements retenus dans ce plan (logement social, rénovation thermique du batiment et du logement, transport)  répondent à l’urgence sociale, à la nécessité de réduire la facture énergétique et créent des emplois non délocalisables.

Dans un registre beaucoup plus orthodoxe, l’intérêt et la faisabilité d’un plan d’investissements publics sont mis en avant par Patrick Artus (voir encadré).

 

Des investissements publics nécessaires en Europe.

 

 

 

Patrick Artus, Flash Eco, Natixis, 8 avril 2013, N° 280.

 

 

La baisse des investissements publics est notoire, comme le montre le graphique suivant, et  de l’ordre de 2% depuis 1980, ce qui représente en ordre de grandeur 200 milliards d’euros par an. Revenir au moins au niveau des années 80 est donc non seulement raisonnable mais indispensable, pour rattraper le retard pris. C’est largement insuffisant pour adapter l’économie aux fortes évolutions du contexte actuel dans tous les domaines.

 

Investissement dans la zone Euro, 1980-2014, en % du PIB[1]

 

 

Michel Aglietta et Thomas Brand plaident, quant  à eux[2], pour un new deal fondé notamment sur la décarbonation de l’activité économique en Europe.  « L’environnement est le domaine d’innovation susceptible de porter un projet de croissance pour toute l’Europe et de le décentraliser dans les territoires pour combattre la désindustrialisation. »[3]

 

 

La transition énergétique : un projet européen mobilisateur et fédérateur.

 

Pour sortir de l’impasse, une solution s’ouvre donc devant nous. Faire de la transition énergétique puis écologique un grand projet européen, mobilisateur, fédérateur, gagnant au plan social et écologique et économiquement réaliste.

 

 

Un tel plan d’investissement permettra de  réduire nos achats d’énergie fossile. Leur facture pour la France est en 2012 de 69 milliards d’euros ; elle est de l’ordre de 450 milliards pour l’Union Européenne. Dans les deux cas elle est amenée à croître dans les décennies à venir.  Il est possible de la faire baisser en investissant massivement dans la rénovation thermique des bâtiments et des logements, dans les énergies renouvelables et dans les moyens de transport basse consommation. D’autre part, ces domaines sont susceptibles de créer rapidement des emplois non délocalisables (au contraire des réseaux et des infrastructures lourdes qui nécessitent des études et des  concertations longues). Enfin la précarité énergétique croissante ne sera pas éradiquée sans ce type de programmes ambitieux.

 

Ces sujets sont consensuels en Europe et permettraient d’entrer dans un dialogue constructif avec l’Allemagne. Si les divers pays européens ont des approches différentes du nucléaire, ils doivent tous réduire leur facture d’énergies fossiles pour des raisons économiques et climatiques ; ils doivent tous réduire leur consommation d’énergie. En tout état de cause il n’est pas utile d’obtenir l’unanimité des Etats-Membres pour lancer une telle initiative.

 

Par ailleurs un programme d’investissements clairement identifiés et facilement traçables dans les comptes publics est sans doute la seule nature de dépenses qui pourrait échapper aujourd’hui au conformisme régnant à Bruxelles, Berlin, Francfort, et …Bercy.

 

Comment financer ces investissements publics ?

 

La solution la plus simple en théorie consiste à isoler ces investissements et leur financement (monétaire) du calcul des dettes et déficits publics au sens de Maastricht et de les financer via la BEI et les banques publiques nationales qui peuvent se refinancer auprès de la BCE. (voir http://financerlavenir.fnh.org/ et sur ce blog ). C’est aussi la voie que propose Chômage et Monnaie (mais là dans le cadre d’une stratégie de négociation avec l’Allemagne).

 

 

Présentée ainsi, cette solution génère immédiatement trois réactions.
1 L’Allemagne s’y opposera. L’interdiction du financement par la Banque Centrale de dépenses publiques de toute nature est inscrite dans sa Constitution.

2 La Banque centrale Européenne est indépendante et ne peut être contrainte de financer par création monétaire un tel plan

3 Ce financement serait par essence inflationniste.

 

Les notes ci-dessous répondent au troisième point[4], nous n’y reviendrons donc pas.

 

Pour contourner les obstacles 1 et 2,  Gaël Giraud a imaginé et proposé dans le cadre du Débat National sur la Transition Energétique un mécanisme qui s’inspire de celui qui a été mis en place en 2008 par le Trésor pour sauver les banques : la création de la Société de Financement de l’Economie Française (SFEF)[5] . Il propose la création d’une Société de Financement de la Transition, faiblement capitalisée (par des acteurs privés en majorité et par l’Etat minoritaire) pouvant prêter par exemple 30 Milliards d’euros pendant 10 ans[6].

Gaël Giraud,CES, PSE et Labex RFI

 

Nous ne rentrerons pas  ici  dans les détails de ce montage ni dans sa discussion d’ordre juridique et politique, évidemment nécessaire.

 

Notons simplement qu’un tel plan répondrait aux contraintes rappelées tout au début de cette note. Créant de l’activité il contribuerait à l’amélioration du ratio dette/PIB ; il redonnerait donc confiance aux marchés qui sont avant tout préoccupés par la récession en cours. Deuxièmement, la question de la crédibilité de nos engagements de maîtrise des dépenses publiques courantes se poserait de la même manière, car la gestion du plan d ‘investissements serait séparée et isolée de celle des dépenses courantes.

 

A ce stade constatons qu’avec un peu d’imagination et du courage politique il est possible de lancer et de financer  un projet de grande ampleur en France, même dans un cadre contraignant. Ce qu’il a été possible de faire quand le système bancaire allait a la banqueroute, il est possible de le faire pour sortir notre économie du marasme et pour infléchir la trajectoire actuelle (d’une consommation d’énergies fossiles polluantes et dont nous sommes de plus en plus dépendants) qui nous promet des lendemains douloureux.

 

Plus que jamais il faut oser dire qu’il y a des alternatives et qu’il est possible de sortir par le haut de la situation insensée dans laquelle nous plonge la pensée unique !

 

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[1] Graphique issu du livre de Michel Aglietta et Thomas Brand, Un new deal pour l’Europe, Odile Jacob, 2013

[2] Voir Michel Aglietta et Thomas Brand, op.cité.

[3] voir http://www.cepii.fr/blog/bi/post.asp?IDcommunique=196, pour une présentation du livre

[4] Voir également le livre de Gaël Giraud, L’illusion financière, aux éditions de l’Atelier, pour un rappel sur la création monétaire.

[5] La SFEF  été créée avec un capital de de 75 Millions d’euros et a émis des obligations (garanties par l’Etat Français à hauteur de 265 Milliards d’euros) souscrites par les banques françaises pour un montant de 77 Milliards d’euros au total. Ces obligations ont été portées par les banques a la BCE en collatéral, qu’elle ne pouvait refuser du fait de la garantie d’Etat)  ce qu’il lui a permis d’apporter des liquidités aux banques. Voir http://fr.wikipedia.org/wiki/Soci%C3%A9t%C3%A9_de_financement_de_l%27%C3%A9conomie_fran%C3%A7aise et www.fbf.fr/fr/files/88AJRU/Grandes_etapes_financement_economie.pdf

[6] A ce stade il n’est pas indispensable de discuter en profondeur du niveau exact du besoin de financement.  2 à 3 % du PIB par an en France, c’est 40 à 60 milliards, mais il est difficile d’imaginer que de tels niveaux d’investissements se mettent en place en un an. Il faut en effet relancer la machine, négocier en détail le contenu des programmes et lancer des concertations avec les acteurs. Ces contraintes dimensionneront certainement fortement les possibilités en phase initiale. Par ailleurs il est clair que seulement une partie de ce programme est à financer par ce type de mécanisme innovant.

Arrêter la dérive climatique détruira du capital financier Savons-nous vraiment faire nos comptes ?

Nous avons vu dans ce post  que les réserves prouvées d’énergie fossile sont environ 4 fois supérieures à notre «  budget carbone » d’ici 2050, si nous voulons rester en-dessous d’une hausse de 2 degrés. Dès lors 80 % de ces réserves prouvées ne valeraient rien puisqu’elles ne pourraient être exploitées.

 

Une étude récente de  l’ONG Carbon  Tracker détaille cela http://carbontracker.live.kiln.it/Unburnable-Carbon-2-Web-Version.pdf. Elle  précise les chiffres en fonction des hypothèses d’augmentation de température et des échéances (2050 et 2100). Elle étudie la répartition des réserves entre acteurs privés et Etats (qui en détiennent la majorité). Elle s’intéresse aussi au flux de capitaux engagés pour augmenter ce niveau de réserves. Dernier point, elle montre en quoi les espérances qu’on peut mettre dans le captage stockage géologique du CO2 ne modifient pas fondamentalement la donne.

 

La conclusion est sans appel. La valeur en bourse des entreprises « fossiles »   et la valeur du patrimoine public pour les Etats propriétaires de réserves fossiles s’effondreraient si on décidait de garder sous terre ce qui est pour eux un  actif, une richesse, stratégiques. On comprend que les actionnaires de ces entreprises et les dirigeants de ces Etats ne se pressent pas pour reconnaître l’origine du changement  climatique en cours.

 

Bref arrêter la dérive climatique, c’est-dire sauvegarder un précieux capital naturel entraîne la destruction de capital financier. Nous avions déjà vu dans une série de posts que la comptabilité actuelle ne représentait pas correctement les enjeux collectifs auxquels nous sommes confrontés.  On se rappelle que dans notre Ile de Pâques imaginaire [1] un « Enarque ne sachant pas compter » gérait en bon père de famille les ressources naturelles stratégiques de cette ile (la forêt et les poissons). Qu’un « Enarque sachant compter » et pilotant l’activité économique avec le PIB et le CAC40 comme boussoles, accélérait la destruction de l’ile et conduisait ses habitants à une mort sans phrases.

 

Changeons vite de boussole. Retrouvons le nord avant de subir le sort de toutes les civilisations disparues avant la nôtre. A ce propos un livre passionnant vient de sortir sur ce sujet : La véritable  richesse, une économie du temps retrouvé[2].

 

Il montre dans la suite du livre de Tim Jackson[3] qu’il faut remettre en cause notre credo de la croissance, viser une économie de la plénitude ; et il est plein d’exemples d’initiatives qui vont « dans le bon sens ». Bref retrouver le bon sens c’est possible. Il faut juste laisser tomber nos livres de comptes et leur préférer sans  doute les bons  livres de contes…

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[1] Voir Jean-Marc jancovici et Alain Grandjean, C’est maintenant, 3 ans pour sauver le monde, Le Seuil, 2009

[2] Par Juliet B. Schor, sociologue au Boston College, livre publié chez ECLM, avril 2013. Voir

http://www.veblen-institute.org/La-veritable-richesse

[3] Prospérité sans croissance, De Boeck, 2010

Hydrocarbures & nourriture, comment préserver la paix ? ( billet invité : Raphael Montfort )

Voici un billet rédigé par Raphael Montfort, sur les liens entre nourriture et pétrole.

Voilà plusieurs décennies que les habitants des pays développés ont perdu le fil qui relie le contenu de leur assiette avec les écosystèmes qui la remplissent. L’urbanisation massive de la société depuis un demi-siècle, le développement de la grande distribution, les techniques modernes de marketing ou encore l’essor de l’industrie agro-alimentaire dans la production de plats préparés sont autant de facteurs qui ont peu à peu distancé l’aliment brut et sa chaîne de production de son utilisation finale dans la tête du consommateur.

Jamie Oliver, le célèbre chef britannique, a montré à multiples reprises que les enfants et les adolescents des écoles britanniques et américaines aujourd’hui ne savent plus à quoi ressemble une courgette ou une tomate, pas plus qu’ils ne savent que les chicken nuggets sont fabriqués avec des poulets. En règle générale, on s’interroge peu sur les procédés industriels (alors que c’est bien de cela qu’il s’agit, le plus souvent) qui nous permettent de nous alimenter à notre faim, qui plus est de consommer plus de 100kg de viande par personne et par an.

Pour qui se donne la peine de s’y intéresser, une conclusion ressort assez rapidement : la quasi-totalité des aliments que nous mangeons quotidiennement a requis la combustion d’hydrocarbures (pétrole et gaz le plus souvent, des ressources non-renouvelables en cours d’épuisement et aux effets néfastes sur le climat planétaire), pour arriver dans notre assiette. Ces derniers sont omniprésents dans la chaîne de production et de distribution agro-alimentaire, et l’on retrouvera par exemple :

  •  d’importantes quantités de gaz naturel dans la production des engrais azotés utilisés pour fertiliser les champs de céréales à destination de l’élevage et des hommes,
  •  du gaz naturel et de la pétrochimie dans la production des pesticides utilisés pour traiter les cultures,
  • du pétrole dans le réservoir des engins agricoles (tracteurs, moissonneuses-batteuses…)
  •  du pétrole ou du charbon électrique pour faire fonctionner les pompes et les réseaux d’irrigation (la France et le nucléaire restent une exception, la règle au niveau mondial étant plutôt le charbon)
  • du pétrole pour transporter la marchandise à chaque étape de la chaîne de valeur, d’autant plus que l’on a éloigné les sites producteurs de céréales des sites d’élevage qui les consomment. L’illustration de cette dépendance est évidente lorsque l’on regarde les cours comparés du pétrole et des denrées alimentaires sur la décennie écoulée :

 

 

A titre indicatif, il faut environ 1500 litres de pétrole pour nourrir un citoyen américain sur une année (Dale Allen Pfeiffer, Eating Fossil Fuels, 2005). Au prix du carburant en Amérique du Nord (3.7$ le gallon soit 1$ le litre environ), cela représente un coût de 1500$. Si le prix des hydrocarbures était amené à doubler dans les années à venir, à cause de l’effet conjoint de plafonnement de l’offre et d’une croissance de la demande des pays émergents, c’est l’équivalent d’un mois de salaire minimum qui part en fumée… Comment réagiraient alors les populations concernées? En 2011, une équipe de trois chercheurs américains (Marco Lagi, Karla Z. Bertrand et Yaneer Bar-Yam) a analysé les liens qui pouvaient exister entre les prix de la nourriture et les soulèvements populaires. Les résultats de leur étude sont édifiants. Il est difficile de ne pas rapprocher les soulèvements du printemps arabe de 2011 du doublement du prix des denrées alimentaires en 7 ans :

 

Un prix de la nourriture soumis à la tendance haussière et à la volatilité élevée du cours des hydrocarbures entraîne ineluctablement l’instabilité politique et sociale. L’Histoire de l’Humanité est jalonnée d’épisodes où un peuple qui a faim renverse le pouvoir en place, ou tente de le faire avant de subir l’oppression du régime. Sera-t-il aisé de préserver la démocratie et la paix dans un monde où les hydrocarbures sont de plus en plus chers? Il est permis d’en douter.

Mais qu’attend-t-on alors pour réduire la dépendance de la chaîne de production alimentaire aux hydrocarbures? Pour retrouver une cohérence entre l’agencement du territoire, l’affectation des terres agricoles, les techniques de culture? Traiter ces sujets en amateur sans en comprendre les enjeux n’est pas seulement une erreur de jugement, cela revient à s’en remettre à la loterie pour essayer de conserver ce que l’on a de plus précieux.

OGM, gaz de schiste, Fessenheim, retour de l’obscurantisme ou émergence d’une nouvelle rationalité?

En quelques semaines, trois sujets hautement symboliques, au cœur du débat écologie /  technologie ont fait la une des journaux. Le gouvernement met un arrêt à  l’exploration  des gaz de schiste en France et annonce la fermeture de la centrale de Fessenheim. Le Nouvel Observateur fait sa une[1] sur « Oui les OGM sont des poisons » et  engendre un débat passionné.

 

S’agit-il du retour de l’obscurantisme, comme le pointe, pour le cas du gaz de schiste,  un petit papier t de Favilla dans les Echos[2], au titre remarquable : « Mantras contre le gaz de schiste » ?  En voici la conclusion :

 

« Bref, dans une nation où sont nés Descartes, d’Alembert et Auguste Comte, on aurait pu débattre rationnellement des risques liés à cette rare source d’énergie présente dans notre sol, des moyens d’y faire face et prendre ainsi une décision éclairée. Au lieu de quoi, un président marabouté par d’obscurs sorciers écologistes s’est précipité pour annoncer une décision qui engage l’avenir de la France sans l’ombre d’une discussion préalable. Ce grand pays scientifique aurait mérité mieux. »

 

Puis-je ici tenter de plaider l’inverse ? Que nous assistons au contraire à l’émergence, accompagnée des douleurs de l’enfantement, d’une nouvelle  rationalité ?

 

Ecologistes français et républicains américains même combat ?

 

Les  deux décisions du gouvernement pourraient être interprétées comme des concessions ou des gages donnés aux Verts par un président pensant déjà à sa réélection et conscient de sa nécessaire alliance avec les écologistes. La une du Nouvel Obs pourrait être considérée comme un simple coup médiatique[3] et une tentative de reconquête du lectorat vert.
A un deuxième niveau d’analyse, on pourrait se dire que les écologistes à séduire sont vraiment obscurantistes : hostiles à l’expérimentation (pourquoi ne pas explorer le potentiel des gisements de gaz de schiste ? ) , hostiles au progrès et incapable de raisonnement économique (la fermeture de Fessenheim coûte un bras !) et  incapables de comprendre la démarche scientifique (l’étude de Gilles-Eric Seralini sur les OGM, même bien faite et publiée dans une revue à comité de lecture n’emporte pas la conviction scientifique, tant qu’elle n’a pas été analysée, discutée scientifiquement et refaite[4]).

 

Curieux paradoxe. Aux Etats-Unis ce sont les républicains les plus extrêmes (le tea-party et assimilés) qui rejettent la science[5] et veulent réduire ses budgets… Parce qu’elle s’oppose à leurs convictions religieuses (évolutionnisme contre créationnisme), philosophiques  (la dérive climatique contre le refus des limites) ou morales (dans le débat sur l’avortement[6]).

 

Alors qui est irrationnel ? Le milieu des affaires américain ou l’écologie française ? Sommes-nous certains que nos entreprises qui se plaignent du blocage anti-science de l’écologie ne se mettraient pas à se plaindre de la science si elle s’opposait à leurs intérêts ? N’est-ce pas d’ailleurs ce qui s’est passé pour l’épisode climato-sceptique où les propos profondément obscurantistes et anti-scientifiques de Claude Allègre et de ses acolytes ont été appréciés et relayés par une partie du milieu des affaires ?

 

Avant de reprendre chacun des dossiers évoqués  qui ont leurs particularités, rappelons quelques faits qui sont à l’origine d’une légitime prudence de la part des personnes (écologistes ou non, scientifiques ou non) qui connaissent un peu l’histoire des relations entre science, technique et société.

 

Science, santé et environnement : la fabrication de la méfiance

 

1 Des preuves répétées de dangerosité caractérisée de produits mis sur le marché peuvent non seulement ne pas être prises en considération par les industriels concernés mais niées farouchement avec les moyens les plus puissants. Rappelons quelques scandales ayant marqué l’opinion : le tabac,  le PCB, le plomb, l’amiante, les hormones de croissance, la vache folle, le mediator… Une étude danoise faite en 2001[7]  a tenté de tirer les leçons de cette forme d’incapacité collective à tirer rapidement les leçons des « alertes précoces ». Un seul exemple : l’amiante, qui provoque 100 000 décès dans le monde par an[8]. Sa  dangerosité a été mise en évidence en 1898, les études montrant que c’était un cancérogène sont antérieures à la deuxième guerre mondiale. Son interdiction en France ne date que de 1997…

2 Les industriels concernés peuvent utiliser les moyens à leur portée soit pour nier les résultats des études qui seraient contraires à leurs intérêts soit plus subtilement pour financer des travaux scientifiques et des campagnes de communication instillant le doute dans l’opinion publique. C’est ce que montrent les travaux de Naomi Oreskes [9] dans plusieurs domaines dont celui du changement climatique.

3 Les effets sur la santé des faibles doses de produits toxiques ont été largement sous-estimés pour des raisons culturelles, scientifiques et technologiques. L’idée simple que « la dose fait le poison » (donc que l’effet sur la santé d’un poison est proportionnelle à la dose) était un quasi-dogme ; grâce à des mesures beaucoup plus fines des doses ingérées (notamment dans le domaine des perturbateurs endocriniens) on s’aperçoit que des doses très faibles peuvent avoir des effets supérieurs  à des  doses plus élevées. Que la notion de seuil minimum n’a parfois pas de sens. On commence en outre à mettre en évidence des effets cocktail[10] (la conjugaison de deux toxiques ayant plus d’effet que l’addition de leurs effets individuels). Dans le domaine de l’impact sur la santé des rayonnements, ce n’est que récemment qu’on vient de constater que la « radiosensibilité »  (la réponse de notre corps aux irradiations) était très variable d’un individu à l’autre[11].

4 Si les résultats de la recherche scientifique dans le domaine des sciences dures (en particulier en mathématique et en physique) sont « granitiques », c’est clairement moins le cas dans les difficiles domaines de l’épidémiologie et des liens entre santé et environnement. Le seul critère de « résultat présenté dans une revue à comité de lecture » est insuffisant. L’indépendance des scientifiques est dans ce secteur un vrai problème car ce sont les industriels qui peuvent rémunérer les meilleurs spécialistes et les études scientifiques. Or le risque de conflit d’intérêts est permanent dans ce domaine.

5 La proportion de cancers dus à des questions d’environnement au sens large (nouveaux produits chimiques- ou autres- dans l’alimentation, dans l’habitat, dans le milieu professionnel) est difficile à évaluer scientifiquement. La reconnaissance de ce lien n’est que très récente.  En outre, les cas de cancers dans le monde devraient s’accroître à un rythme bien plus soutenu que l’accroissement naturel de la population, avec une augmentation évaluée à 75% d’ici à 2030[12] :  «  La population de la planète devrait passer de sept milliards d’habitants en 2012 à 8,3 milliards en 2030. Mais le nombre des personnes atteintes d’un cancer devrait lui grimper de manière plus rapide pour passer de 12,7 millions en 2008 (dernier chiffre disponible) à 20,3 millions en 2030 »[13].

Du côté médical, alors que les progrès de la médecine ont été fulgurants au XX eme siècle, on voit arriver des maladies antibio-résistantes. Les impasses thérapeutiques[14] se multiplient avec le tourisme médical. « L’épidémie galopante des EBLSE[15] a conduit à une surconsommation des carbapénèmes entraînant une résistance à toutes les β lactamines avec un risque majeur d’impasse thérapeutique. En 2010, l’épidémie atteint le Royaume Uni, à partir de sujets ayant effectué du tourisme médical en Inde et au Pakistan ; ces épidémies se mondialisent et touchent notamment l’Europe (Grèce et Espagne). »[16] S’imagine-t-on revenir dans quelques années à la situation  qui sévissait dans le monde entier avant la découverte des antibiotiques ? Je crois qu’il va falloir s’y habituer. Ceci va aggraver encore le scepticisme de  la société vis-à-vis de la science (à l’origine de problèmes qu’elle est incapable de les régler) !

6 L’accident de Fukushima a accru le doute sur la capacité de l’industrie nucléaire à maîtriser sa propre technologie. L’Agence Internationale de l’Energie Atomique s’était en quelque sorte portée fort d’imposer des règles de gouvernance garantissant la sûreté nucléaire dans le monde. Le cas du Japon montre à l’évidence qu’elle a échoué. La conception du réacteur (mal dimensionné par rapport à un risque connu), et la gestion de l’accident ont montré à la fois  l’échec de cette gouvernance et que l’Europe ne pouvait pas se considérer comme à l’abri d’un accident majeur. La combinaison de risques improbables et d’une gestion erratique d’un accident ne peuvent être considérées comme une spécialité japonaise ni russe !

7 Plus globalement, le sentiment confus que le monde va dans le mur (dérive climatique, érosion de la biodiversité, pression excessive sur les ressources y compris alimentaires, toxicité croissante des résidus de l’activité humaine, pression sur les sols…) ne peut être séparé d’un doute légitime sur l’activité scientifique. Comment réussir à séparer science et technique ? Comment ne pas mettre en doute une activité qui est à l’origine du succès biologique récent de l’espèce humaine- avec son explosion démographique[17]- mais aussi de sa formidable capacité de destruction et d’autodestruction ? Pour prendre un exemple parmi mille, l’équivalence entre matière et énergie, découverte par Einstein,  est un pas extraordinaire dans la compréhension de la Nature, mais aussi l’origine de la bombe atomique…

8 Pour revenir spécifiquement sur le cas des OGM, il est patent que les multiples campagnes de communication des industriels comme Monsanto ont réussi à faire croire que les OGM (PGM dans ce cas) étaient la solution à la sous-nutrition, sans aucun risque sur la santé. Le débat portait sur des enjeux écologiques (risque d’apparition de variétés résistantes aux pesticides insérés dans les PGM en question). Ce débat technique ne mobilisait évidemment pas l’opinion. Pas plus qu’elle ne se sentait vraiment concerné par la soumission de millions de paysans à l’obligation d’achat des semences. On peut regretter que le débat  de fond ne revienne à la surface que grâce à une seule étude, mais sur le plan de la santé publique n’était-ce pas au total la seule voie possible compte-tenu des rapports de force en présence ?

 

Le doute, valeur scientifique, au service d’une meilleure maîtrise des sciences et techniques.

C’est faire preuve d’aveuglement irrationnel que de ne pas voir les réalités historiques et sociales, ne pas prendre conscience de la responsabilité des industriels et des scientifiques, et de l’insuffisance des garde-fous dans la méfiance actuelle de l’opinion.

Comment ne pas qualifier d’irrationnelle l’arrogance scientiste qui consiste à cantonner dans l’émotionnel et l’irrationnel des réactions de peur face au nucléaire, aux OGM, aux nouvelles technologies, comme l’extraction des gaz de schiste ? Il est irrationnel de simplifier et mépriser ces réactions. Les dossiers scientifiques des critiques aux OGM, aux gaz de schiste, au nucléaire sont loin d’être vides ou inconsistants.

Certes, il y a dans l’opposition à ces technologies des composantes purement affectives; certes elles sont parfois sans aucun fondement argumenté. Parfois elles sont issues de l’idée que la Nature et bonne intrinsèquement (comme un bon plat d’amanites phalloïdes ?) et que l’Homme en la manipulant la dévoie. Mais réduire cette opposition à de l’anti-cartésianisme primaire[18] est non seulement léger mais contradictoire : la valeur première du scientifique n’est-elle pas le doute ? C’est en outre un vieil argument dont il faudrait refaire la généalogie. L’histoire a malheureusement montré que les humains n’avaient pas tort de craindre les conséquences des apprentis sorciers qui prenaient d’un peu trop haut leurs peurs irrationnelles. C’est ce que nous venons de voir.

Pour que les décisions prises sur tous ces sujets soient éclairées, il faut rétablir les conditions d’un échange équilibré et honnête. Ce n’est évidemment pas le cas aujourd’hui. Les lobbys (qu’ils soient industriels ou financiers) ont évidemment beaucoup plus de moyens pour lancer des études scientifiques, pour mettre en valeur leurs arguments, pour influencer l’opinion et les cercles de décision, pour peser sur les parlementaires et les cabinets ministériels et in fine sur les medias. De ce déséquilibre naissent des méthodes de contestation qui utilisent fatalement d’autres moyens, jusqu’à la violence, même si elle est bien sûr condamnable.

Pour en finir avec des oppositions radicales (le scientisme primaire d’un côté et la technophobie de l’autre), ce qui me semble rationnel c’est d’instruire ces sujets à fond, et de faire émerger enfin le doute cartésien dans la démarche d’évaluation de ces choix technologiques. Bref il s’agit de mettre en doute la prééminence de la science et de la technique comme porteurs nécessaires du progrès,  d’accepter une place légitime et nécessaire à des valeurs affectives. Réduire la rationalité à un calcul coûts-bénéfices (le sommet du raisonnement économique, dit-on !!) c’est réduire l’être humain à un calculateur, au sens propre et figuré : quelqu’un qui se conforme à ses stricts intérêts supposés être égoïstes et capable de les mettre en chiffres. Ce serait désarmant de naïveté si ce n’était d’abord profondément réducteur et éminemment dangereux.

 

L’émergence d’une nouvelle rationalité

 

L’humanité  ne deviendra pleinement humaine que quand elle prendra conscience de l’ensemble de ses potentialités et qu’elle les valorisera pleinement. Nous venons de vivre en Occident une longue période de triomphe des valeurs individualistes. Dans le monde de la finance, même la cupidité a été considérée comme un must ! Il est devenu ringard de montrer un peu de compassion et d’oser avancer que le « commun » pouvait l’emporter sur l’individuel. Que la générosité pouvait être autre chose qu’un égoïsme bien compris.

Mais nous constatons maintenant que ça ne marche pas ; comme nous avons constaté que le « collectivisme » ne marche pas. La crise financière, les abus extravagants de ce monde-là, les dérives et les escroqueries récentes, l’incapacité à prendre en charge les vrais problèmes de l’humanité sont maintenant bien démontrés. La page doit être tournée vite, car l’heure tourne. Nous devons changer de modèles et de valeurs. Ce qui est en  jeu c’est une révolution anthropologique et non pas uniquement économique ou morale. Est-ce un doux rêve ? Ce serait alors un cauchemar, car alors plus aucun espoir ne serait permis !

Parmi d’autres,  le livre de Jacques Lecomte, « La bonté humaine. Altruisme, empathie, générosité »[19] vient mettre les pendules à l’heure. Il remet en cause, sur la base des travaux scientifiques les plus récents, l’idée reçue selon laquelle l’être humain serait par nature égoïste et violent.  Dans le même registre, le dernier livre de Gaël Giraud « L’illusions financière ; pourquoi les chrétiens ne peuvent pas se taire  »[20] insiste fortement sur les progrès que nous pouvons réaliser dans la gestion des biens communs. Il s’inspire notamment des travaux de l’économiste Elinor Ostrom, lauréate du prix Nobel d’économie, dont l’un des ouvrages « Gouvernance des biens communs. Pour une nouvelle approche des ressources naturelles »[21] fourmille d’exemple de populations ayant conclu des accords en vue de s’engager dans une stratégie coopérative.

Les signaux de ce « changement de paradigme » sont là. A nous des les saisir, a nous de contribuer à la sortie de ce monde que les « maîtres du soupçon » nous font croire comme plus vrai que celui, plus humain, qui s’ouvre à nous. Dans ce « nouveau monde » la rationalité n’est pas étroitement calculatrice et froide. Elle s’ouvre à toutes les dimensions de l’âme humaine ! Et cela va nous permettre de reprendre tous nos choix sociaux sur d’autres bases.

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[1] Voir http://tempsreel.nouvelobs.com/ogm-le-scandale/20120920.OBS3130/ogm-9-critiques-et-9-reponses-sur-l-etude-de-seralini.html

[2] Voir  http://www.lesechos.fr/economie-politique/monde/debat/0202271510590-mantra-contre-le-gaz-de-schiste-363874.php

[3] Assez remarquable puisqu’outre le scoop (l’étude était sous embargo jusqu’au 19 septembre et fait la une le même jour) un film et deux bouquins sortent en même temps.

[4] Voir en contrepoint de l’interview ci-dessus cité l’analyse critique de Michel de Pracontal  http://www.mediapart.fr/biographie/119420

[5]Voir  http://votonsscience.blog.lemonde.fr/2012/09/17/science-bafouee-campagne-republicaine-usa/

[6] Le candidat au Sénat pour le Missouri Todd Akin disserte sur les moyens que posséderait le corps féminin pour « empêcher la fécondation » en cas de « viol véritable » !

[7] Signaux précoces et leçons tardives : Le principe de précaution 1896 – 2000. Institut français de l’environnement (Ifen), 2004. Voir www.developpement.durable.sciences-po.fr/…/signaux_precoces.pdf

[8] Voir http://www.senat.fr/rap/r05-037-1/r05-037-19.html

[9] Voir le livre « Marchands de doute » qu’elle a écrit avec Erik M. Conway, publié en France chez Pommier.

[10] Pour le seul cas de l’eau voir http://www.ihest.fr/mediatheque/series/les-etudes-de-l-ihest/dossier-l-eau-en-questions/3-la-pollution-de-l-eau#8

[11] Voir par exemple guilleminot.sfrnet.org/rc/org/sfrnet/htm/Article/…/C_COLIN.pdf et les travaux de Nicolas Foray.

[12] Selon une étude publiée vendredi 1er juin dans le revue médicale « The Lancet Oncology ».

[13] http://tempsreel.nouvelobs.com/societe/20120601.OBS7305/sante-explosion-des-cancers-a-l-horizon-2030.html

[14] Incapacité à soigner un malade, en particulier par absence d’antibiotiques, la bactérie étant résistante à toute la panoplie disponible.

[15] Bêtalactamases possédant un spectre étendu

[17] Les progrès de l’hygiène, déterminants en matière de démographie,  sont liés à l’esprit scientifique (refus des dogmes, sens de l’observation, expérimentation etc .)

[18] Le journal les Echos  par la voix de son éditorialiste David Barroux réutilise l’argument (utilisé pour les gaz de schiste)  ce coup-ci pour les OGM le 23 octobre. « Descartes réveille-toi ! » On peut prévoir qu’il le resservira sur le nucléaire à la prochaine occasion !

[19] Paru chez Odile Jacob en 2012

[20] Paru aux Editions de l’atelier, 2012

[21] Paru chez De Boeck  en 2010

Peut-on injecter de la monnaie pour la transition énergétique alors que le système bancaire croule sous les liquidités ?

Comme le montre l’économiste Patrick Artus[1], la base monétaire mondiale, c’est-à-dire la monnaie créée par les banques centrales (Fed aux USA, BCE pour la zone Euro et autres grands pays) est surabondante, après les injections  qu’elles ont opérées pour éviter les risques d’effondrement du système bancaire[2] dans l’ensemble des régions du monde.

Comment alors oser  imaginer tirer encore sur la « planche  à billets » pour financer un plan Marshall  énergétique ?

 

Tout d’abord la monnaie centrale n’inonde pas automatiquement l’économie réelle. L’immense majorité de cette base monétaire est de la monnaie de compte à disposition des banques secondaires pour les opérations interbancaires et  pour  placement à la Banque Centrale.  Cette monnaie scripturale ne circule pas dans l’économie. Seuls les billets le font, et ils ne sont imprimés qu’à la demande des utilisateurs finaux ; cette émission-là est, pour une période donnée[3], en fait déterminée par l’activité économique.

 

Même pas mal donc ?

 

Si ! Car  cette abondance de liquidités autorise les banques à financer (par prêts)  toutes les opérations qu’elles jugent suffisamment rentables. Si, comme il est probable, il s’agit d’opérations sur les marchés financiers, la suite de l’histoire est la création de nouvelles bulles financières. Les matières premières agricoles ou non, le pétrole, les obligations spéculatives[4], l’immobilier…les supports et l’imagination ne manqueront pas !

 

Comment faire donc pour éviter d’alimenter cette chaudière infernale ?

 

1 Le plan Marshall de la transition énergétique et écologique doit impérativement être organisé de sorte de financer les projets désirés au moment où ils ont besoin d’être financés. Il faut créer des circuits financiers spécialisés et n’injecter la monnaie qu’au fur et à mesure des besoins. Pour reprendre la célèbre image de Milton Friedmann, il n’est pas question de balancer par hélicoptère des tombereaux de billets sur l’économie. Par ailleurs, les montants en jeu sont en fait très inférieurs aux sommes évoquées ci-dessus. Pour la zone Euro un plan Marshall énergétique pèserait 2 à 3% du PIB par an pendant 10 ans, soit  200 à 300 milliards par an.

2 Par ailleurs il faut limiter le recours à la monnaie centrale (injectée dans l’économie via une banque publique par exemple) grâce au levier classique d’une banque de second rang créatrice de monnaie. Elle peut prêter  environ un montant 10 fois supérieur à la monnaie centrale dont elle dispose. Cela réduirait d’un facteur 10 le montant évoqué ci-dessus.

3 La réglementation bancaire doit être durcie et élargie au « shadow banking » pour limiter les opérations spéculatives, dont la rentabilité excessive continue à pousser les banques à en faire leur priorité.

4 Les excès de monnaie centrale sont déjà en soi un problème. Il s’agit donc dès aujourd’hui de mettre en place des procédures qui permettent de les absorber, ce qui est techniquement à la portée des banques centrales. Il s’agit en effet de prêts aux banques ; il suffit de régler leur taux pour inciter les banques à les rembourser. Si à ce jour cela n’est pas fait en Europe, c’est que la BCE est encore très inquiète des risques de faillite des établissements bancaires qu’elle soutient ainsi. Ce risque ne disparaîtra pas en Europe tant que la crise économique s’aggravera, conséquence inéluctable des politiques d’austérité. Un plan Marshall européen permettant de sortir de cette crise, il contient en lui-même les ingrédients de ce réglage.

 

Conclusion

 

Non seulement la création monétaire de la Banque Centrale Européenne est la voie de la solution pour financer un plan Marshall énergétique mais elle permet, paradoxalement,   d’en finir avec les excès de liquidité de monnaie centrale qui pourraient conduire à l’explosion d’une nouvelle bulle spéculative.

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[1] Patrick Artus, L’économie mondiale est dopée à la liquidité : que va-t-il se passer après ? Flash Economy, Natixis, 11 janvier 2012 – N°. 25, cib.natixis.com/flushdoc.aspx?id=61783

[2] Rappelons en effet que ces opérations ont eu pour but non pas de « sauver les économies ou les Etats concernés, mais bien les banques.

[3] Le poids relatif  des billets dans la masse monétaire dépend aussi de données structurelles qui évoluent assez lentement (la pénétration du paiement par carte bleue par exemple)

[4] Voir par exemple l’article des Echos du 22 octobre : ‘L’engouement pour les fonds européens de dette spéculative repart de plus belle »

L’austérité, c’est bon pour la Planète ?

Le vote relatif à  l’adoption du TSCG[1] divise les écologistes et Europe Ecologie Les Verts. Si bien des questions se posent, je me limiterai à une seule. L’austérité, que fabriquent la politique européenne actuelle, et ce traité en particulier,  c’est apparemment bon pour la planète. Les émissions  de Gaz à effet de serre et plus généralement la pression anthropique sur la biosphère sont en gros proportionnelles au PIB. Ces émissions ont baissé pendant la crise financière de 2009, comme elles avaient baissé pendant la crise de 1929 et pendant la deuxième guerre mondiale.

 

Investir pour devenir sobres

 

On pourrait se dire, en dehors de toute considération sociale, que c’est pendant les crises économiques que la sobriété se réapprend, par nécessité.
Heureusement ce raisonnement est vraiment faux. Notre production et notre consommation ne deviendront vraiment sobres en ressources et faiblement émissives en carbone que si nous investissons massivement pour remplacer ou modifier nos infrastructures (urbanisme, logement, voiture, industrie). Un petit graphique le montre aisément. Des efforts à notre portée (et encore pas toujours) pourraient peut-être nous permettre de réduire de 5 à 10 % nos émissions de GES qu’il faut diviser par 4 d’ici 40 ans.

Comment faire ? En isolant nos logements, en changeant nos voitures, en les utilisant différemment (il faut les remplir…elle roule moins de 5% du temps et avec 1,2 personnes à bord en moyenne), en faisant muter notre agriculture, en améliorant l’efficacité de notre industrie.  Et bien sûr en investissant dans des énergies décarbonées (Petit rappel : au niveau mondial 80 % de l’énergie consommée est à base  d’énergies fossiles). Tout ceci va demander beaucoup d’investissements, dont on a vu qu’ils n’étaient pas toujours d’une rentabilité financière à court terme exceptionnelle. C’est sur ce terrain que va se jouer la compétition économique internationale, car tous les pays du monde sont confrontés au même problème, à  l’exception (pour quelques années encore, malheureusement) des Etats-Unis qui, grâce à l’exploitation des gaz non conventionnels, peuvent encore continuer à croire que le monde est infini.

 

Dans ce contexte,  l’austérité aggrave la situation. Les ménages hésitent encore plus à faire des travaux (gardons nos économies pour les coups durs), les entreprises se concentrent sur le court terme et n’investissent que sur leur métier et que si le retour est très court, l’Etat réduit les dépenses y compris celles qui permettraient de réduire notre empreinte carbone. L’économie finit par s’installer dans la « trappe à liquidités ». Les acteurs économiques se mettent tous à attendre en anticipant des baisses de prix (la Catalogne va semble-t-il connaître les délices de la déflation). Pourquoi investir et acheter maintenant si les prix baissent : attendre est plus logique.

 

Les restrictions budgétaires sont faites sans discernement

 

L’austérité aurait pourtant bien un avantage : elle pourrait conduire à supprimer les investissements et les dépenses nuisibles à l’environnement. C’est ainsi qu’on pourrait arrêter sur l’autel de la rigueur l’aéroport Notre Dame des Landes (dont il est vraiment difficile de comprendre à quoi il peut servir), réduire les investissements pharaoniques prévus dans le Schéma National d’Infrastructures Terrestres, limiter la construction de nouveaux équipements de production d’énergie (moins nécessaires du fait d’une limitation de la consommation). Du côté des dépenses l’austérité pourrait nous conduire à couper les subventions aux activités dommageables au climat ou à la biodiversité[2]

 

Ce serait en effet souhaitable : l’austérité serait ainsi mère du discernement.

 

Malheureusement ce n’est pas ce qui se passe comme le montre le Projet de Loi de Finances. Pour toute une série de raisons, les coupes budgétaires ont tendance à être homothétiques ou à obéir à des arbitrages dont la Planète ne sort pas gagnante.

 

Financer l’avenir sans creuser la dette

 

Comment sortir de l’impasse des politiques actuelles qui sont douloureuses socialement, absurdes économiquement, car elles aggravent la crise qu’elles sont supposées résoudre, dangereuses au plan politique en donnant des voies au Front National  et suicidaires au plan écologique et industriel comme on vient de le voir ?

 

En lançant un plan d’investissements de la transition énergétique et écologique. Certes, il est générateur d’émissions de gaz à effet de serre et de consommations de ressources (énergie, acier, etc.). Mais s’il est bien conçu il permet de réduire à terme cette pression anthropique. D’autre part, il peut évidemment être accompagné d’une baisse de la consommation : épargner plus pour investir conduit à consommer moins. Il s’agit là d’un raisonnement en moyenne : il est souhaitable au plan éthique que les personnes vraiment en situation de précarité, de détresse voire d’exclusions soient aidées (pour consommer mieux et pour vivre mieux).

 

Afin d’éviter des confusions dans la gestion de ce programme, il serait nécessaire d’en sortir la part publique du calcul du solde public courant (recettes courantes- dépenses publiques courantes). En effet, si l’on peut débattre à l’infini du taux de 3% de déficit public maximal dont on connaît le caractère arbitraire, il est nécessaire de s’assurer que l’impôt permet de couvrir les dépenses. C’est une nécessité démocratique et la seule manière d ‘éviter les largesses électorales sans fondement (ni économique ni social ni écologique).

 

Pour ce qui concerne le financement de ce plan, les propositions ne manquent pas.

Richard Wood économiste australien recommande, comme nous,  le financement par création monétaire[3]. La BPI pourrait[4] devenir la Banque de la Transition Ecologique comme l’a affirmé le Président de la République lors de la Conférence Environnementale. La BCE pourrait faire un programme de type LTRO sur 10 ans pour financer des projets réels (via la BEI et les Caisses nationales)  comme le propose Franco Bassanni le patron de la Cassa (CDC Italienne).  La CDC étudie la création d’un fonds d’efficacité énergétique de plusieurs milliards d’euros.

 

Finalement ce qui manque uniquement aujourd’hui, c’est la volonté politique. Je pense que la mobilisation des citoyens qui va croître avec le chômage l’exclusion et les difficultés de tous ordres pourrait bien être déterminante pour que l’on bascule d’une austérité insensée à la construction de l’avenir !

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[1]  Voir par exemple http://fr.wikipedia.org/wiki/Pacte_budg%C3%A9taire_europ%C3%A9en

[2] Voir le rapport Sainteny sur le sujet , http://www.strategie.gouv.fr/content/rapport-les-aides-publiques-dommageables-la-biodiversite-0

[3] merci à Guillaume Duval de nous avoir signalé ce travail.

[4] Ce n’est pas gagné : le Trésor ne comprend pas les enjeux énergétiques et écologiques et semble se  refuser à faire de la BPI une vraie banque, au pouvoir de création monétaire et susceptible de se refinancer auprès de la Banque Centrale. On aimerait que le président de la République se fasse respecter.

La création monétaire, œuvre du diable

Remerciements

Cet article n’aurait pas été écrit sans le témoignage de Gaël Giraud, de retour de Francfort et nous signalant la présence des extraits du Faust II de Goethe sur les murs de la Bundesbank. Pour autant j’assume l’entière responsabilité de ce qui suit.

Jens Weidmann, président de la Bundesbank s’est opposé à la récente opération OMT[1] de Mario Draghi,président de la BCE. Dans un de ses discours[2], il cite le Faust II de Goethe,  génie littéraire allemand né… à Francfort, siège de la BCE et de la BUBA. Et rappelle cette scène : l’Empereur est à court d’argent. Il se lasse des propositions mesurées qui lui sont faites et proclame : « J’en ai assez de ces éternels « Mais » et « Si » ; Je manque d’argent, alors qu’on en crée donc ! » Et le Diable, Mephisto, d’abonder dans le sens du Souverain : « Je crée ce que vous voulez, et j’en fais même bien plus. » L’histoire finit évidemment mal….

Cette allusion pourrait passer pour une simple preuve de culture littéraire, si le Faust II n’était en fait présent sur les murs de la Banque Centrale Allemande ! Impossible de rentrer dans ce temple moderne sans penser à Faust. Nous sommes là au cœur du dogmatisme. En fait en pleine religion.  Il est en effet bien connu, et enseigné dans tous les livres d’économie[3],  que les banques secondaires créent de l’argent par un simple jeu d’écritures. Les « prêts » font les « dépôts », dit-on en résumé. Si la banque me prête 1000 euros, elle les inscrit ex nihilo sur mon compte bancaire, inscrit en contrepartie à son actif la créance qu’elle a sur moi. Créance éteinte et monnaie détruite quand je rembourse ma dette.  Tout cela, si l’on en croit Goethe et avec lui Jens Weidmann, serait diabolique ?

 

La monnaie satanique si elle publique angélique si elle est privée ?

On pourrait presque le penser pour plusieurs raisons qui mettent en cause la création monétaire publique :

 

-les Allemands ont connu l’hyperinflation en 1923 avec la crise de Weimar et les brouettes de billets

-la puissance du troisième Reich a reposé en partie sur le financement des grands travaux par la création monétaire : les « bons de travaux » ont permis au gouvernement allemand dès 1933 de payer des commandes et de remettre au travail 6 millions de chômeurs[4].

-après la deuxième guerre mondiale l’Allemagne a connu un nouvel épisode inflationniste et n’a trouvé la stabilité monétaire que grâce au dispositif institutionnel actuel.

-plus généralement l’histoire abonde d’épisodes hyperinflationnistes (des assignats révolutionnaires en France au Zimbabwé au début de ce siècle en passant par la Yougoslavie en 1993 et le Brésil dans les années 60 puis 80) qui accréditent cette thèse.

Mais peut-on penser que la création monétaire privée serait, elle, à l’abri de Méphisto ?

 

Comment ne pas voir que la gigantesque crise financière actuelle est due fondamentalement au fait que les banques ont pu créer de la monnaie pour alimenter la machine à subprimes et plus généralement toutes les opérations spéculatives ?  Elles ont même mis au point la « titrisation » pour sortir de leurs bilans ces prêts et retrouver des droits à création monétaire, en contournant ainsi les dispositifs de régulation,  qui visent à limiter ce pouvoir exorbitant.

Plus profondément la démesure faustienne est clairement au cœur du capitalisme financier : si dans les siècles passés la « dématérialisation » de la monnaie n’avait pas été inventée, la croissance économique eût été impossible. Comment des flux croissants de marchandise pourraient aujourd’hui être échangés avec des pièces métalliques en quantité limitée ? La disproportion entre la quantité d’échanges et l’or a obligé Nixon à déclarer le dollar inconvertible en or, en 1971. cela n’a été possible parce que l’idée que la monnaie pouvait n’être qu’une simple convention s’est progressivement imposée.  En Europe aujourd’hui les pièces de monnaie ne représentent qu’une masse de 25 milliards d’euros pour une masse monétaire de 4500 Milliards. Les 10 000 tonnes d’or dans les caisses du SEBC ne  valent que… 400 Milliards (au prix astronomique actuel du métal précieux) soit moins de 10 % de la valeur de la monnaie en circulation.

Bref Méphisto nous a inspiré les moyens d’une croissance sans limite. Goethe n’a pas été si mal inspiré en associant à la création monétaire l’image de l’incarnation de la démesure. Lucifer, autre nom de Satan,  représente  celui  qui veut s’élever au-dessus de se condition d’homme et refuse de se soumettre à Dieu. C’est l’image de la transgression, du dépassement des limites.

Pour autant, le dogme moderne se limite à considérer que seule la « planche à billets » (monnaie créée par la Banque Centrale) est inflationniste. Il oublie de préciser  que la création monétaire (de monnaie scripturale) par les banques privées est à l’origine de l’inflation  des actifs et des bulles financières. Dès lors quand Mario Draghi lance son OMT il subit les attaques de Jens Weidmann, qui ne les adresse pas à tous les banquiers de la planète.

 

Comment sortir de cette sorcellerie ?

 

Tout d’abord, comme on le sait, le prince des Ténèbres a peur de la lumière. La priorité est donc d’éclairer les mécanismes de création monétaire. La prolifération sur internet des thèses conspirationnistes, complotistes voire antisémites à ce sujet n’est que le symptôme d’un manque de culture généralisé. Si la création monétaire est mal comprise c’est parce qu’elle est le résultat de mécanismes comptables qui sont difficilement compréhensibles, sans culture comptable minimale. Dès lors l’illusionnisme et son corollaire l’illusion peuvent prospérer. Et les banquiers peuvent passer a minima pour des magiciens, au pire pour des suppôts de Satan.

Le président de la Société Générale, Frédéric Oudéa ne vient-il pas de déclarer à la commission des affaires économiques : « Nous ne pouvons créer de l’argent. Il nous faut le collecter à travers les dépôts des particuliers et des entreprises ainsi que par des émissions sur les marchés. » Pour paraphraser une célèbre phrase d’Arnaud Lagardère, est-ce une preuve d’incompétence ou la défense cynique de ses intérêts et de ceux de la communauté financière ? Une interprétation plus charitable serait qu’il a oublié ses cours d’économie et ne comprend pas les mécanismes macrofinanciers, qui ne sont en rien de sa responsabilité.

La pédagogie en matière monétaire est donc indispensable, mais elle ne suffira pas à l’évidence pour résoudre l’actuelle crise mondiale, ce qui nécessitera de tourner la page du modèle actuel. Le statu-quo n’est manifestement pas une option.

Vu de Sirius, il va falloir  choisir entre quatre options :

 

Première solution, partagée par tous ceux qui ne voient que diablerie dans la création monétaire, l’interdire tout net, aux banques privées, publiques et centrales.
C’est la dépression assurée. L’immense majorité de l’argent en circulation étant temporaire (elle est détruite quand les prêts sont remboursés), s’il n’était pas recréé ex nihilo il se mettrait  à manquer dans toute l’économie.  C’est ce qui se passe pendant les grands krashs économiques.

 

Deuxième solution, qui ne voit diablerie que dans la création monétaire publique, la confier intégralement aux banques privées. C’est la voie promue par des ultralibéraux comme David Friedmann[5]. Qui semblent oublier les dérives et excès de la monnaie privée qui ont connu leur apogée en 2008.

 

Troisième solution, symétrique de la précédente, la confier intégralement au secteur public. C’est le 100% money plaidé par Irving Fisher au moment de la crise de 1929 et le (seul) prix Nobel français Maurice Allais qui n’hésite pas à traiter les banquiers de faux-monnayeurs. Solution radicale, pas facile à mettre en œuvre aujourd’hui, au vu du pouvoir de la communauté bancaire.

 

Quatrième solution, plus pragmatique. Redonner le pouvoir de création monétaire à la puissance publique, pour des opérations d’investissement d’avenir bien identifiées. Ce qui permettrait de relancer la machine économique, de limiter le risque d’inflation et de dérive financière et d’orienter l’économie vers l’avenir. A mes yeux, la priorité serait de flécher cette création monétaire vers la transition énergétique et écologique.

 

Pas cap. ?

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[1]              Outright monetary transaction, opération lancée le 6 septembre et annonçant le rachat illimité des dettes souveraines européennes, sous conditions. Nous ne discuterons pas ici de l’intérêt ni des limites de cette opération. Notons juste qu’elle repose clairement sur de la création monétaire par la BCE.

[3]              Voir par exemple La monnaie et ses mécanismes, Dominique Plihon , La découverte ; voir aussi le site de Chomage et Monnaie http://www.chomage-et-monnaie.org

[4]              Voir notre livre la Monnaie dévoilée, Gabriel Galand et Alain Grandjean, L’harmattan, 1997,  mais aussi l’article de Jacques Mazier et Dominique Plihon exposé à la journée création monétaire des économistes atterrés :

[5] Voir David Friedman, Vers une société sans État, chapitre 46, Édition des Belles Lettres, 1992

 

L ‘Europe dans la trappe à liquidités ?

Avec d’autres, je ne cesse de militer pour un vaste programme d’investissements, nécessaires pour permettre la transition écologique et financé par la création monétaire de la BCE. Je reviendrai dans un prochain post sur la question de l’effet de levier : peut-on générer 100 à partir de 10 de la BCE, et du coup limiter l’intervention de la BCE à quelques dizaines de milliards d’euros ?

Ce plan suscite la peur de l’inflation, au moment précis où le premier problème européen et français est précisément l’inverse. Il n’y a plus d’argent nulle part. Les collectivités territoriales n’arrivent plus à emprunter et, par conséquent, paient de plus en plus mal leurs fournisseurs. L’Etat pousse un grand soupir de soulagement quand il arrive à placer sa dette. Les entreprises ont de plus en plus de mal à trouver des prêts bancaires. L’immobilier souffre aussi d’une attitude de plus  en plus « sélective » des banques.

Bref, nous sommes dans une situation de « trappe à liquidités [1]»  dont la sortie est précisément l’injection massive de liquidités de la part de la banque centrale, sur des projets « intelligents ». Le financement de la transition écologique résoud donc le problème numéro 1 de l’économie. Miracle ? Ou illusion ? Revenons donc sur le diagnostic de « trappes à liquidité » en suivant pas à pas Gaël Giraud, le codirecteur du livre « 20 propositions pour réformer le capitalisme » et connu de nos lecteurs.

 

La  trappe à liquidité, de quoi s’agit-il ?

 

Avant d’être un « état » de l’économie, la trappe est le résultat d’une histoire. Laquelle fait intervenir l’un des deux scenarii suivants[2]

1/ une économie où les agents sont « très endettés » (comme le sont les économies occidentales aujourd’hui) s’engage logiquement dans un mécanisme de désendettement : tout le monde vend des actifs pour récupérer du cash, en vue de payer ses échéances de dette. Ces ventes massives exercent une pression à la baisse du prix des actifs. La baisse générale des prix provoque un renchérissement de la valeur nominale des dettes. Si la baisse des prix d’actifs est plus rapide que le désendettement des acteurs les plus lourdement endettés, une spirale perverse peut s’enclencher : plus on se désendette, plus le poids de la dette augmente… Le processus peut faire intervenir le jeu de la devise nationale (laquelle s’effondre du fait de la récession induite par le désendettement, provoquant à son tour un renchérissement du poids des dettes libellées dans des devises étrangères) : c’est ce qui s’est passé en Indonésie en 1998 ou en Argentine en 2002, par exemple.

2/ Même quand la spirale précédente ne se met pas en marche, le processus de désendettement provoque un transfert de richesses[3] : typiquement, s’il y a des acteurs très endettés, c’est qu’ils ont emprunté à d’autres (leurs créanciers). Cela veut dire qu’au cours de la phase haussière du cycle du levier[4] qui a précédé la phase baissière de désendettement, les plus optimistes se sont endettés pour réaliser leurs opérations. Ce sont eux qui pilotent les prix des actifs sur les grandes enchères internationales que sont les marchés financiers parce qu’ils sont prêts à acheter à des prix qui reflètent leur optimisme. Une fois la panique survenue, ils cherchent à se désendetter, ce qui revient à transférer leur richesse vers ceux qui leur ont prêté et qui sont, en moyenne, plus « pessimistes » (sinon, dans l’étape précédente, ils auraient emprunté au lieu de prêter). Pour ces créanciers pessimistes, les actifs valent moins que ce que croyaient les acheteurs par beau temps. Du coup, ceux qui s’enrichissent grâce au processus de désendettement (les prêteurs qui récupèrent leurs créances) ne sont plus prêts à acheter au même prix que leurs prédécesseurs, mais à un prix significativement inférieur. Du coup, les prix d’actifs baissent.

 

Le plancher des taux d’intérêt

 

Personne ne conteste que l’Europe, les Etats-Unis et le Japon soient globalement dans cette phase baissière de désendettement (privé et public). Le débat se situe autour de la question de savoir si cela peut mener à une trappe à liquidité. A l’issue de l’un des deux scénarii précédents, la trappe est le phénomène suivant : pour réduire le poids des dettes, la Banque Centrale peut chercher à réduire le taux d’intérêt directeur que, pour simplifier, on peut assimiler au taux d’emprunt auquel tout le monde fait face. Ce taux nominal se heurte à un plancher : 0%. Il ne peut pas être négatif… Si les acteurs économiques sont convaincus que les prix ne grimperont pas demain, ils absorbent les liquidités injectées à taux nul par la Banque Centrale et n’en font rien d’autre, pour ceux qui ont des dettes, que de rembourser leurs traites. Les encaisses des créanciers gonflent mais ne sont pas investies dans l’économie réelle. Pourquoi ? Parce que les créanciers eux-mêmes attendent la fin du processus pour acheter (ils savent bien que les prix baissent). Tout le monde attend, donc, que le processus de désendettement touche le fond. Sauf qu’à cause de 1/ et 2/, il peut ne pas s’arrêter. Dans ce cas, l’argent prêté par la Banque Centrale lui reviendra à échéance du prêt, sans avoir irrigué l’économie. La Banque Centrale peut bien continuer à jeter de l’argent depuis son hélicoptère, cela ne sert plus à rien. C’est exactement dans ce piège que le Japon est enlisé depuis presque vingt ans.

 

Le jubilé[5] ou bûcher des dettes : une vraie solution économique

 

Fondamentalement, ce qui permet d’en sortir, c’est le changement de point de vue d’une masse critique de créanciers qui anticipent que les prix vont monter. Autre « sortie  du tunnel » possible : une masse critique de débiteurs renoncent à rembourser leurs dettes. A la suite de quoi, les uns comme les autres se remettent à produire et acheter. C’est pour cette raison que, n’en déplaise aux créanciers, l’annulation des dettes est un bon moyen de permettre à une économie de ne pas se désintégrer (comme le fait la société grecque en ce moment). A ceux qui sont scandalisés par  l’idée qu’une dette ne soit remboursée, rappelons que les banques commerciales créent la plus grande part de la monnaie qu’elles prêtent. Créer cette monnaie ne leur coûte (presque) rien. Lorsque la société des débiteurs est au bord de l’implosion, est-ce donc si immoral de renoncer à rembourser un argent qui n’a (presque) rien coûté à personne ?

La trappe, ça se prouve comment ?

Comment peut-on détecter empiriquement une trappe à liquidité ? Il y a un faisceau de variables qui, en convergeant, donnent une bonne présomption (et peut-on espérer davantage que de solides présomptions, en économie[6], sur ce type de sujet ?)

a/ l’économie concernée est bel et bien dans un processus de désendettement massif;

b/ les prix de certains actifs, autrefois en hausse très rapide, connaissent (ou ont connu) une chute brutale. C’est un symptôme du fait que le mécanisme 1/ était à l’oeuvre.

c/ la croissance du PIB est en berne

d/ les enquêtes sur le « moral » des troupes indiquent que tout le monde est très pessimiste sur l’avenir ;

e/ le taux de la Banque Centrale touche son plancher. C’est l’élément clef :  celui de la Federal Reserve[7] aux Etats-Unis et des Banques Centrales du Royaume-Uni et du Japon est nul. Celui de l’eurozone est très faible (1% à 3 ans) : si l’on tient compte de l’inflation, le taux réel européen est nul, sinon négatif.

  • Trappe et crise énergétique
  • C’est là qu’une option d’interprétation peut être prise : nous n’observons pas l’inflation nulle que nous devrions avoir si l’Europe était (déjà) dans la trappe à cause de la hausse du coût de l’énergie. Cette hausse, d’ailleurs, n’est pas a priori incompatible avec une récession induite par le désendettement prolongé —de même que nous avions connu la « stagflation » durant les années 1970. Or, si c’est uniquement à cause de l’énergie que l’inflation européenne n’est pas négligeable, cela veut dire que nous pourrions fort bien avoir déjà  « un pied dans la trappe ».

 

f/ l’argent injecté par les Banques Centrales n’irrigue pas l’économie : c’est assez clair pour les centaines, voire milliers, de milliards que la BCE accorde aux banques commerciales depuis 2008. Les banques elles-mêmes sont engagées dans un long processus de recapitalisation (à cause de la chute du prix des actifs dans leurs bilans) et se contentent d’absorber la liquidité sans la prêter à l’économie réelle. Le circuit « à la japonaise » qui est en train de se mettre en place entre la BCE, les banques et les Etats européens : la monnaie se meut en circuit fermé entre la BCE, les banques et les Etats sans irriguer l’économie réelle.

 

Rappel sur le circuit « à la japonaise »[8]

 

La BCE rachète aux banques commerciales les titres de dette publique dont ces dernières ne veulent plus par crainte d’avoir à assumer le défaut souverain d’un Etat. Ce faisant, la BCE dégrade considérablement la qualité des actifs à son bilan et injecte de l’argent frais dans le bilan des banques de second rang. Cette monnaie est immédiatement “pompée” vers la BCE qui l’emprunte aux banques privées (moyennant un taux d’intérêt !). En somme, la BCE échange les coupons des obligations d’Etat contre le taux qu’elle verse aux banques pour lui avoir prêté la liquidité qu’elle vient de leur donner… Liquidité qui ne passe jamais par la case “économie réelle”. Ce circuit est à peu près celui que la Banque Centrale du Japon a mis en place depuis des années. Dans le même temps, la BCE prête aussi des liquidités aux banques (prêt de 1000 milliards à 1% sur 3 ans en décembre 2011 et février 2012). Une partie de cet argent est immédiatement replacée par les banques en facilités de dépôt de bilan à la BCE. Le reste est investi en titres de dette publique “pourrie” (par exemple italienne) à 5% (sur 3 ans également), lesquels titres servent de collatéral à une partie du prêt de la BCE.

 

Deux issues possibles à ce mécanisme compliqué : dans 3 ans, si l’Etat italien n’a pas fait défaut, les banques auront perçu les coupons de la dette italienne déposée en pension à la BCE sous forme de collatéral, donc elles auront fait un « arbitrage » (un gain)  de 4% — ce qui est énorme. En revanche, si l’Italie restructure sa dette, la valeur du collatéral déposé à la BCE deviendra probablement inférieure à celle de la partie du prêt de la BCE gagée sur les titres publics italiens. Les banques privées pourront alors renoncer à rembourser leur emprunt et laisser la BCE “saisir” leur collatéral. L’emprunt sera devenu un don gratuit d’argent frais et la BCE se sera transformé en gigantesque fond spéculatif truffé de titres “pourris”. On pourrait croire que, cette fois, de l’argent atterrit bel et bien dans l’économie réelle puisque les Etats en difficulté (l’Italie dans notre exemple) récupèrent cet argent. En réalité, une fraction majoritaire (80%?) de cette monnaie sert à rembourser les créances antérieures de l’Italie, i.e., est renvoyée dans les bilans des banques européennes, qui l’utilisent pour combler les trous noirs creusés dans leurs bilans par leur mauvaise gestion.

 

Le second volet de ce scénario (prêt collatéralisé) est actuellement nié par les banques, qui prétendent n’avoir pas acheté de dette italienne avec l’argent que leur a prêté la BCE en décembre. On veut bien les croire, sauf que : 
- à leur place, qui refuserait d’entrer dans un circuit qui rapporte 4% sur 3 ans dans le pire des cas et permet, dans tous les cas, aux banques de continuer à se débarrasser de leurs titres de dette « pourris » ? 
- même si elles le faisaient, les banques n’auraient pas intérêt à le dire, afin de n’avoir pas à se justifier de prêter à 5% de l’argent qu’elles ont emprunté à 1%. Qu’elles prétendent ne pas le faire ne fournit donc aucune information crédible.

 

Sans ce second volet, le premier atteindra vite sa limite : une fois que les banques auront vendu à la BCE la totalité de leurs titres publics, comment la BCE parviendra-t-elle à faire acheter les nouveaux titres sans monétiser (puisqu’elle refuse, pour l’instant, de monétiser et puisque les dettes publiques vont continuer d’augmenter du fait des plans d’austérité) ? Le seul moyen d’y parvenir ne consiste-t-il pas, justement, à prêter de l’argent aux banques pour qu’elles achètent de la dette publique ?

 

 

Bref il me semble que le diagnostic est bien établi. Préfererons-nous mourir étouffés dans la trappe ou en sortir au prix, certes très élevé, de l’abandon de nos dogmes ?

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Post initial de Gaël Giraud : http://financerlavenir.fnh.org/billet-invite/leurope-dans-la-trappe-a-liquidites-billet-invite/

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[1] Le terme est dû à l’économiste Keynes,

[2] Ou, éventuellement, les combine, selon les auteurs, Irving Fisher, Hyman Minsky, Richard Koo, Paul Krugman…

[3] John Geanakoplos, de Yale, a fourni la démonstration rigoureuse du phénomène. Voir http://cowles.econ.yale.edu/faculty/geanakoplos.htm

[4] Le cycle du levier c’est le fait qu’en période d ‘euphorie les banquiers prêtent facilement et permettent aux financiers de réaliser des opérations à très fort effet de levier et inversement quand l’avenir est sombre,  à leurs yeux, ils se limitent à des opérations  à effet de levier faible…

[5] L’idée jubilaire est issue de la tradition juive, et par suite, biblique, exprimée dans le Lévitique. Le jubilé consistait à organiser un nouveau partage tous les quarante neuf ans, suivi d’une année sans travaux agricoles. Il proclamait la libération des Hébreux qui avaient perdu leur statut d’hommes libres.

[6] L’économie est bien loin d’être une science exacte, même si elle manipule chiffres et modèles. Restons modeste !

[7] Songeons au plan de sauvetage des banques nord-américaines tenu secret par la Fed jusqu’en décembre dernier, et révélé par Bloomberg, au terme duquel la Banque Centrale américaine à prêté des centaines milliards aux banques au taux de 0,01% !

[8] Voir aussi le site de Paul Krugman : http://web.mit.edu/krugman/www/jpage.html

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