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	<title>Le site d'Alain Grandjean</title>
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	<description>Faire le lien entre économie et écologie</description>
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		<title>La transition énergétique est la clef de la sortie du marasme actuel</title>
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		<pubDate>Mon, 13 May 2013 09:44:59 +0000</pubDate>
		<dc:creator>admin</dc:creator>
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		<description><![CDATA[L’Europe ne se sort pas de la crise dans laquelle elle est entrée suite à celle des subprimes américains en 2008. Même si le PIB n’est pas un indicateur pertinent du bien –être social il permet de visualiser les variations de l’activité économique et sa chute  dans la zone Euro. Les réponses actuelles qui consistent [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p>L’Europe ne se sort pas de la crise dans laquelle elle est entrée suite à celle des subprimes américains en 2008. Même si le PIB n’est pas un indicateur pertinent du bien –être social il permet de visualiser les variations de l’activité économique et sa chute  dans la zone Euro.</p>
<p><a href="http://alaingrandjean.fr/wp-content/uploads/2013/05/graph-12.png"><img class="alignleft size-medium wp-image-2553" title="graph-1" src="http://alaingrandjean.fr/wp-content/uploads/2013/05/graph-12-300x182.png" alt="" width="300" height="182" /></a></p>
<p><span style="color: #000000;">Les réponses actuelles qui consistent à tenter de limiter les déficits publics plus ou moins rapidement répondent à deux exigences apparemment incontournables :</span></p>
<p><span style="color: #000000;"><em>-rassurer les « marchés financiers » et limiter les taux d’intérêt pour contenir le service de la dette,</em></span></p>
<p><span style="color: #000000;"><em>-retrouver une certaine crédibilité en montrant à nos partenaires allemands et  à la Commission Européenne que  nous sommes enfin capables de tenir des engagements.</em></span></p>
<p><a href="http://alaingrandjean.fr/wp-content/uploads/2013/05/graph-2.png"><img class="alignleft size-medium wp-image-2549" title="graph-2" src="http://alaingrandjean.fr/wp-content/uploads/2013/05/graph-2-300x224.png" alt="" width="300" height="224" /></a></p>
<h3><span style="color: #000000;"><strong>Dette non consolidée de la zone Euro en % du PIB. Données établies par Gaël Giraud. CES, PSE et Labex RFI.</strong></span></h3>
<p><strong> </strong></p>
<p>Cette apparente logique ne résiste pas à l’épreuve des faits. La réduction de la dépense publique ne permet pas de réduire le ratio dette/PIB, comme le montre le graphique ci-dessus. D’autre part, le problème économique central de la zone Euro est celui de l’excès d’endettement des agents privés, en particulier les agents financiers  (dont une partie de la dette a pourtant été transférée aux Etats…) comme on le voit également. Il ne sera en rien résolu par l’action sur les déficits publics, au contraire. Nous entrons dans la situation de trappe à liquidités qu’a expérimentée le Japon depuis 1991 (voir <a href="http://alaingrandjean.fr/2012/06/14/l-europe-dans-la-trappe-a-liquidites/" rel="bookmark">L ‘Europe dans la trappe à liquidités ?</a> et <a href="http://alaingrandjean.fr/2012/06/22/le-japon-dans-la-trappe-a-liquidite1/" rel="bookmark">Le Japon dans la trappe à liquidité</a> ).</p>
<p>&nbsp;</p>
<p>Cette voie est donc économiquement irréaliste et politiquement suicidaire, comme le montrent tous les résultats électoraux en Europe. D’un autre côté,  une relance « keynésienne » traditionnelle en France butera sur la contrainte extérieure : elle se traduira par une hausse des achats de biens de consommation largement importés.</p>
<p><strong> </strong></p>
<h3><span style="color: #ff9900;"><strong>L’impératif d’un  plan de sortie de crise</strong></span></h3>
<p><strong> </strong></p>
<p>L’association chômage et monnaie propose et documente un plan de sortie de crise ambitieux  (voir <a href="http://www.chomage-et-monnaie.org/2013/04/plan-de-sortie-de-crise-2013/">http://www.chomage-et-monnaie.org/2013/04/plan-de-sortie-de-crise-2013/</a> ) s’intégrant dans une stratégie de négociation serrée avec l’’Allemagne (voir <a href="http://www.chomage-et-monnaie.org/2013/04/editorial-etat-durgence/">http://www.chomage-et-monnaie.org/2013/04/editorial-etat-durgence/</a> ). Les calculs économiques faits s’appuient sur une modélisation renouvelée du multiplicateur keynésien (voir <a href="http://www.chomage-et-monnaie.org/2013/04/f17-le-multiplicateur-global/">http://www.chomage-et-monnaie.org/2013/04/f17-le-multiplicateur-global/</a>).</p>
<p>&nbsp;</p>
<p>Les investissements retenus dans ce plan (logement social, rénovation thermique du batiment et du logement, transport)  répondent à l’urgence sociale, à la nécessité de réduire la facture énergétique et créent des emplois non délocalisables.</p>
<p>Dans un registre beaucoup plus orthodoxe, l’intérêt et la faisabilité d’un plan d’investissements publics sont mis en avant par Patrick Artus (voir encadré).</p>
<p>&nbsp;</p>
<table border="1" cellspacing="0" cellpadding="0">
<tbody>
<tr>
<td valign="top" width="614">
<p align="center"><strong>Des investissements publics nécessaires en Europe.</strong></p>
<p>&nbsp;</p>
<p><a href="http://alaingrandjean.fr/wp-content/uploads/2013/05/image-1.png"><img class="alignleft size-full wp-image-2545" title="image-1" src="http://alaingrandjean.fr/wp-content/uploads/2013/05/image-1.png" alt="" width="584" height="536" /></a></p>
<p>&nbsp;</p>
<p>&nbsp;</p>
<p><strong>Patrick Artus, Flash Eco, Natixis, 8 avril 2013, N° 280.</strong></p>
<p>&nbsp;</td>
</tr>
</tbody>
</table>
<p>&nbsp;</p>
<p>La baisse des investissements publics est notoire, comme le montre le graphique suivant, et  de l’ordre de 2% depuis 1980, ce qui représente en ordre de grandeur 200 milliards d’euros par an. Revenir au moins au niveau des années 80 est donc non seulement raisonnable mais indispensable, pour rattraper le retard pris. C’est largement insuffisant pour adapter l’économie aux fortes évolutions du contexte actuel dans tous les domaines.</p>
<p>&nbsp;</p>
<p><a href="http://alaingrandjean.fr/wp-content/uploads/2013/05/graph-3.png"><img class="alignleft size-full wp-image-2550" title="graph-3" src="http://alaingrandjean.fr/wp-content/uploads/2013/05/graph-3.png" alt="" width="502" height="384" /></a></p>
<p align="center"><strong>Investissement dans la zone Euro, 1980-2014, en % du PIB<a title="" href="#_ftn1"><strong>[1]</strong></a></strong></p>
<p>&nbsp;</p>
<p>&nbsp;</p>
<p>Michel Aglietta et Thomas Brand plaident, quant  à eux<a title="" href="#_ftn2">[2]</a>, pour un new deal fondé notamment sur la décarbonation de l’activité économique en Europe.  « L’environnement est le domaine d’innovation susceptible de porter un projet de croissance pour toute l’Europe et de le décentraliser dans les territoires pour combattre la désindustrialisation. »<a title="" href="#_ftn3">[3]</a></p>
<p>&nbsp;</p>
<p>&nbsp;</p>
<h3><span style="color: #ff9900;"><strong>La transition énergétique : un projet européen mobilisateur et fédérateur.</strong></span></h3>
<p><strong> </strong></p>
<p>Pour sortir de l’impasse, une solution s’ouvre donc devant nous. Faire de la transition énergétique puis écologique un grand projet européen, mobilisateur, fédérateur, gagnant au plan social et écologique et économiquement réaliste.</p>
<p>&nbsp;</p>
<p>&nbsp;</p>
<p>Un tel plan d’investissement permettra de  réduire nos achats d’énergie fossile. Leur facture pour la France est en 2012 de 69 milliards d’euros ; elle est de l’ordre de 450 milliards pour l’Union Européenne. Dans les deux cas elle est amenée à croître dans les décennies à venir.  Il est possible de la faire baisser en investissant massivement dans la rénovation thermique des bâtiments et des logements, dans les énergies renouvelables et dans les moyens de transport basse consommation. D’autre part, ces domaines sont susceptibles de <strong>créer rapidement</strong> des emplois non délocalisables (au contraire des réseaux et des infrastructures lourdes qui nécessitent des études et des  concertations longues). Enfin la précarité énergétique croissante ne sera pas éradiquée sans ce type de programmes ambitieux.</p>
<p>&nbsp;</p>
<p>Ces sujets sont <strong>consensuels en Europe</strong> et permettraient d’entrer dans un dialogue constructif avec l’Allemagne. Si les divers pays européens ont des approches différentes du nucléaire, ils doivent tous réduire leur facture d’énergies fossiles pour des raisons économiques et climatiques ; ils doivent tous réduire leur consommation d’énergie. En tout état de cause il n’est pas utile d’obtenir l’unanimité des Etats-Membres pour lancer une telle initiative.</p>
<p>&nbsp;</p>
<p>Par ailleurs un programme d’investissements clairement identifiés et facilement traçables dans les comptes publics est sans doute la seule nature de dépenses qui pourrait échapper aujourd’hui au conformisme régnant à Bruxelles, Berlin, Francfort, et …Bercy.</p>
<p>&nbsp;</p>
<h3><span style="color: #ff9900;"><strong>Comment financer ces investissements publics ?</strong></span></h3>
<p>&nbsp;</p>
<p>La solution la plus simple en théorie consiste à isoler ces investissements et leur financement (monétaire) du calcul des dettes et déficits publics au sens de Maastricht et de les financer via la BEI et les banques publiques nationales qui peuvent se refinancer auprès de la BCE. (voir <a href="http://financerlavenir.fnh.org/">http://financerlavenir.fnh.org/</a> et sur ce <a href="http://alaingrandjean.fr/2011/03/28/lemprunt-a-la-banque-centrale-proposition-detaillee/">blog</a> ). C’est aussi la voie que propose Chômage et Monnaie (mais là dans le cadre d’une stratégie de négociation avec l’Allemagne).</p>
<p>&nbsp;</p>
<p>&nbsp;</p>
<p>Présentée ainsi, cette solution génère immédiatement trois réactions.<br />
<em>1 L’Allemagne s’y opposera. L’interdiction du financement par la Banque Centrale de dépenses publiques de toute nature est inscrite dans sa Constitution.</em></p>
<p><em>2 La Banque centrale Européenne est indépendante et ne peut être contrainte de financer par création monétaire un tel plan</em></p>
<p><em>3 Ce financement serait par essence inflationniste.</em></p>
<p>&nbsp;</p>
<p>Les notes ci-dessous répondent au troisième point<a title="" href="#_ftn4">[4]</a>, nous n’y reviendrons donc pas.</p>
<p>&nbsp;</p>
<p>Pour contourner les obstacles 1 et 2,  Gaël Giraud a imaginé et proposé dans le cadre du Débat National sur la Transition Energétique un mécanisme qui s’inspire de celui qui a été mis en place en 2008 par le Trésor pour sauver les banques : la création de la Société de Financement de l&#8217;Economie Française (SFEF)<a title="" href="#_ftn5">[5]</a> . Il propose la création d’une Société de Financement de la Transition, faiblement capitalisée (par des acteurs privés en majorité et par l’Etat minoritaire) pouvant prêter par exemple 30 Milliards d’euros pendant 10 ans<a title="" href="#_ftn6">[6]</a>.</p>
<p><a href="http://alaingrandjean.fr/wp-content/uploads/2013/05/graph-4.png"><img class="alignleft size-medium wp-image-2551" title="graph-4" src="http://alaingrandjean.fr/wp-content/uploads/2013/05/graph-4-300x224.png" alt="" width="300" height="224" /></a></p>
<p><span style="text-decoration: underline;"><strong>Gaël Giraud,CES, PSE et Labex RFI</strong></span></p>
<p>&nbsp;</p>
<p>Nous ne rentrerons pas  ici  dans les détails de ce montage ni dans sa discussion d’ordre juridique et politique, évidemment nécessaire.</p>
<p>&nbsp;</p>
<p>Notons simplement qu’un tel plan répondrait aux contraintes rappelées tout au début de cette note. Créant de l’activité il contribuerait à l’amélioration du ratio dette/PIB ; il redonnerait donc confiance aux marchés qui sont avant tout préoccupés par la récession en cours. Deuxièmement, la question de la crédibilité de nos engagements de maîtrise des dépenses publiques courantes se poserait de la même manière, car la gestion du plan d ‘investissements serait séparée et isolée de celle des dépenses courantes.</p>
<p>&nbsp;</p>
<p>A ce stade constatons qu’avec un peu d’imagination et du courage politique il est possible de lancer et de financer  un projet de grande ampleur en France, même dans un cadre contraignant. Ce qu’il a été possible de faire quand le système bancaire allait a la banqueroute, il est possible de le faire pour sortir notre économie du marasme et pour infléchir la trajectoire actuelle (d’une consommation d’énergies fossiles polluantes et dont nous sommes de plus en plus dépendants) qui nous promet des lendemains douloureux.</p>
<p>&nbsp;</p>
<p>Plus que jamais il faut oser dire qu’il y a des alternatives et qu’il est possible de sortir par le haut de la situation <strong>insensée</strong> dans laquelle nous plonge la pensée unique !</p>
<p>&nbsp;</p>
<p><span style="color: #ff9900;">&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8211;</span></p>
<div>
<p><a title="" href="#_ftnref1">[1]</a> Graphique issu du livre de Michel Aglietta et Thomas Brand, Un new deal pour l’Europe, Odile Jacob, 2013</p>
</div>
<div>
<p><a title="" href="#_ftnref2">[2]</a> Voir Michel Aglietta et Thomas Brand, op.cité.</p>
</div>
<div>
<p><a title="" href="#_ftnref3">[3]</a> voir <a href="http://www.cepii.fr/blog/bi/post.asp?IDcommunique=196">http://www.cepii.fr/blog/bi/post.asp?IDcommunique=196</a>, pour une présentation du livre</p>
</div>
<div>
<p><a title="" href="#_ftnref4">[4]</a> Voir également le livre de Gaël Giraud, L’illusion financière, aux éditions de l’Atelier, pour un rappel sur la création monétaire.</p>
</div>
<div>
<p><a title="" href="#_ftnref5">[5]</a> La SFEF  été créée avec un capital de de 75 Millions d’euros et a émis des obligations (garanties par l’Etat Français à hauteur de 265 Milliards d’euros) souscrites par les banques françaises pour un montant de 77 Milliards d’euros au total. Ces obligations ont été portées par les banques a la BCE en collatéral, qu’elle ne pouvait refuser du fait de la garantie d’Etat)  ce qu’il lui a permis d’apporter des liquidités aux banques. Voir <a href="http://fr.wikipedia.org/wiki/Soci%C3%A9t%C3%A9_de_financement_de_l%27%C3%A9conomie_fran%C3%A7aise">http://fr.wikipedia.org/wiki/Soci%C3%A9t%C3%A9_de_financement_de_l%27%C3%A9conomie_fran%C3%A7aise</a> et <a href="www.fbf.fr/fr/files/88AJRU/Grandes_etapes_financement_economie.pdf‎"><cite>www.fbf.fr/fr/files/88AJRU/Grandes_etapes_<strong>financement</strong>_<strong>economie</strong>.pdf</cite><em>‎</em></a></p>
</div>
<div>
<p><a title="" href="#_ftnref6">[6]</a> A ce stade il n’est pas indispensable de discuter en profondeur du niveau exact du besoin de financement.  2 à 3 % du PIB par an en France, c’est 40 à 60 milliards, mais il est difficile d’imaginer que de tels niveaux d’investissements se mettent en place en un an. Il faut en effet relancer la machine, négocier en détail le contenu des programmes et lancer des concertations avec les acteurs. Ces contraintes dimensionneront certainement fortement les possibilités en phase initiale. Par ailleurs il est clair que seulement une partie de ce programme est à financer par ce type de mécanisme innovant.</p>
</div>
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		</item>
		<item>
		<title>Arrêter la dérive climatique détruira du capital financier Savons-nous vraiment faire nos comptes ?</title>
		<link>http://alaingrandjean.fr/2013/05/12/arreter-la-derive-climatique-detruira-du-capital-financier-savons-nous-vraiment-faire-nos-comptes-2/</link>
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		<pubDate>Sun, 12 May 2013 13:23:25 +0000</pubDate>
		<dc:creator>admin</dc:creator>
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		<description><![CDATA[Nous avons vu dans ce post  que les réserves prouvées d’énergie fossile sont environ 4 fois supérieures à notre «  budget carbone » d’ici 2050, si nous voulons rester en-dessous d’une hausse de 2 degrés. Dès lors 80 % de ces réserves prouvées ne valeraient rien puisqu’elles ne pourraient être exploitées. &#160; Une étude récente de  [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p><a href="http://alaingrandjean.fr/wp-content/uploads/2013/05/iledepaque1.png"><img class="alignleft size-medium wp-image-2569" title="iledepaque" src="http://alaingrandjean.fr/wp-content/uploads/2013/05/iledepaque1-300x182.png" alt="" width="300" height="182" /></a></p>
<p>Nous avons vu dans ce <a href="http://alaingrandjean.fr/2013/05/02/les-hydrocarbures-non-conventionnels-au-secours-du-climat/">post</a>  que les réserves prouvées d’énergie fossile sont environ 4 fois supérieures à notre «  budget carbone » d’ici 2050, si nous voulons rester en-dessous d’une hausse de 2 degrés. Dès lors 80 % de ces réserves prouvées ne valeraient rien puisqu’elles ne pourraient être exploitées.</p>
<p>&nbsp;</p>
<p>Une étude récente de  l’ONG Carbon  Tracker détaille cela <a href="http://alaingrandjean.fr/2013/05/11/une-etude-interessante-sur-le-capital-perdu/">http://carbontracker.live.kiln.it/Unburnable-Carbon-2-Web-Version.pdf</a>. Elle  précise les chiffres en fonction des hypothèses d’augmentation de température et des échéances (2050 et 2100). Elle étudie la répartition des réserves entre acteurs privés et Etats (qui en détiennent la majorité). Elle s’intéresse aussi au flux de capitaux engagés pour augmenter ce niveau de réserves. Dernier point, elle montre en quoi les espérances qu’on peut mettre dans le captage stockage géologique du CO<sub>2</sub> ne modifient pas fondamentalement la donne.</p>
<p>&nbsp;</p>
<p>La conclusion est sans appel. La valeur en bourse des entreprises « fossiles »   et la valeur du patrimoine public pour les Etats propriétaires de réserves fossiles s’effondreraient si on décidait de garder sous terre ce qui est pour eux un  actif, une richesse, stratégiques. On comprend que les actionnaires de ces entreprises et les dirigeants de ces Etats ne se pressent pas pour reconnaître l’origine du changement  climatique en cours.</p>
<p>&nbsp;</p>
<p>Bref arrêter la dérive climatique, c’est-dire sauvegarder un précieux capital naturel entraîne la destruction de capital financier. Nous avions déjà vu dans une série de <a href="http://alaingrandjean.fr/2009/11/17/quest-ce-quun-cout-18-quelques-questions-aperitives/">posts</a> que la comptabilité actuelle ne représentait pas correctement les enjeux collectifs auxquels nous sommes confrontés.  On se rappelle que dans notre Ile de Pâques imaginaire <a title="" href="#_ftn1">[1]</a> un « Enarque ne sachant pas compter » gérait en bon père de famille les ressources naturelles stratégiques de cette ile (la forêt et les poissons). Qu’un « Enarque sachant compter » et pilotant l’activité économique avec le PIB et le CAC40 comme boussoles, accélérait la destruction de l’ile et conduisait ses habitants à une mort sans phrases.</p>
<p>&nbsp;</p>
<p>Changeons vite de boussole. Retrouvons le nord avant de subir le sort de toutes les civilisations disparues avant la nôtre. A ce propos un livre passionnant vient de sortir sur ce sujet <em>: La véritable  richesse, une économie du temps retrouvé</em><a title="" href="#_ftn2">[2]</a><em>.</em></p>
<p><em> </em></p>
<p>Il montre dans la suite du livre de Tim Jackson<a title="" href="#_ftn3">[3]</a> qu’il faut remettre en cause notre credo de la croissance, viser une économie de la plénitude ; et il est plein d’exemples d’initiatives qui vont « dans le bon sens ». Bref retrouver le bon sens c’est possible. Il faut juste laisser tomber nos livres de comptes et leur préférer sans  doute les bons  livres de contes…</p>
<p><span style="color: #ff9900;">&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8211;</span></p>
<div>
<p><a title="" href="#_ftnref1">[1]</a> Voir Jean-Marc jancovici et Alain Grandjean, C’est maintenant, 3 ans pour sauver le monde, Le Seuil, 2009</p>
</div>
<div>
<p><a title="" href="#_ftnref2">[2]</a> Par Juliet B. Schor, sociologue au Boston College, livre publié chez ECLM, avril 2013. Voir</p>
<p><a href="http://www.veblen-institute.org/La-veritable-richesse">http://www.veblen-institute.org/La-veritable-richesse</a></p>
</div>
<div>
<p><a title="" href="#_ftnref3">[3]</a> Prospérité sans croissance, De Boeck, 2010</p>
</div>
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		</item>
		<item>
		<title>Une étude intéressante sur le capital perdu</title>
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		<pubDate>Sat, 11 May 2013 13:01:18 +0000</pubDate>
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			<content:encoded><![CDATA[<p><iframe class="scribd_iframe_embed" src="http://www.scribd.com/embeds/140791200/content?start_page=1&#038;view_mode=scroll&#038;access_key=key-9nv92v8c1wx4vq4lg60" data-auto-height="false" data-aspect-ratio="1.41444270015699" scrolling="no" id="doc_78869" width="100%" height="600" frameborder="0"></iframe></p>
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		<title>La dette publique française justifie-t-elle l’austérité budgétaire ?</title>
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		<pubDate>Thu, 09 May 2013 18:11:17 +0000</pubDate>
		<dc:creator>admin</dc:creator>
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		<description><![CDATA[&#171;&#160;Les gels et surgels budgétaires limitent drastiquement les moyens mis par l&#8217;Etat pour financer les incitations et moyens nécessaires à la transition énergétique. Il n&#8217;est pas inutile de revisiter le dogme actuel selon lequel l&#8217;envolée de la dette publique serait le problème économique français numéro 1 justifiant l&#8217;austérité budgétaire. Voici donc une note de Gaël [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<div></div>
<div></div>
<div>&laquo;&nbsp;Les gels et surgels budgétaires limitent drastiquement les moyens mis par l&#8217;Etat pour financer les incitations et moyens nécessaires à la transition énergétique. Il n&#8217;est pas inutile de revisiter le dogme actuel selon lequel l&#8217;envolée de la dette publique serait le problème économique français numéro 1 justifiant l&#8217;austérité budgétaire. Voici donc une note de Gaël Giraud, directeur de recherche au CNRS qui éclaire magistralement cette question. &laquo;&nbsp;</div>
<p><span style="text-decoration: underline;"><strong>Par Gaël Giraud</strong></span></p>
<p><iframe id="doc_1893" src="http://www.scribd.com/embeds/140440413/content?start_page=1&amp;view_mode=scroll&amp;access_key=key-1wwyss8oi854jt36cc8i" frameborder="0" scrolling="no" width="100%" height="600" data-auto-height="false" data-aspect-ratio="0.708006279434851"></iframe></p>
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		<title>Les hydrocarbures non conventionnels au secours du climat</title>
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		<pubDate>Thu, 02 May 2013 18:42:57 +0000</pubDate>
		<dc:creator>admin</dc:creator>
				<category><![CDATA[Energie]]></category>
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		<description><![CDATA[Le débat sur la transition énergétique est hanté par les hydrocarbures non-conventionnels (les gaz et huiles de schiste principalement). Ils seraient à la fois  à l’origine d’une révolution énergétique et changeraient la donne climatique. A titre d’exemple, les émissions de CO2 américaines auraient baisser suite à leur exploitation (conduisant à  une baisse de la consommation [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p>Le débat sur la transition énergétique est hanté par les hydrocarbures non-conventionnels (les gaz et huiles de schiste principalement). Ils seraient à la fois  à l’origine d’une révolution énergétique et changeraient la donne climatique. A titre d’exemple, les émissions de CO2 américaines auraient baisser suite à leur exploitation (conduisant à  une baisse de la consommation de charbon).</p>
<p>Une note récente du quai d’Orsay s’appuie sur cette « révolution » pour reléguer au rang de millénariste les tenants du peak oil<a title="" href="#_ftn1">[1]</a>  .  Il y est dit également :</p>
<p>« Les politiques climatiques devront désormais être justifiées par leur mérite propre, sans  le secours d’invocation de menaces tenant plus du millénarisme énergétique que d’une prospective raisonnée ».</p>
<p>Ce propos (l’adverbe désormais indiquant une novation) est très curieux car les  hydrocarbures non conventionnels, en tant que tels,  ne changent rien à la question climatique. Nous avons déjà insisté ici sur le fait que le climat ne sera pas sauvé par la pénurie des énergies fossiles. Voir <a href="http://alaingrandjean.fr/2010/07/02/le-climat-sauve-par-la-penurie-des-energies-fossiles/" target="_blank">http://alaingrandjean.fr/2010/07/02/le-climat-sauve-par-la-penurie-des-energies-fossiles/</a>.</p>
<p>Reprenons la démonstration. En référence à plusieurs sources scientifiques récentes<a title="" href="#_ftn2"><sup><sup>[2]</sup></sup></a>, satisfaire à l’objectif des « 2°C » nous oblige à ne pas émettre plus de 600 à 1 200 GtCO2 d’ici 2050, ces chiffres ne concernant que la combustion des énergies fossiles. Conservons l’ordre de grandeur de 1000  GtCO2, en se rappelant que l’humanité a émis du seul fait de la combustion  des énergies fossiles un peu plus de 30 GTCO en 2010 et que ses émissions sont toujours croissantes. Peut-elle jouer à ce jeu longtemps ? En réserves prouvées<a title="" href="#_ftn3"><sup><sup>[3]</sup></sup></a> restantes de pétrole, gaz et charbon, nous avons dans le monde un potentiel d’émissions de l’ordre de 2 900 GtCO2 sous les pieds, dont plus de 1 000 GtCO2 en « se contentant » seulement du pétrole et du gaz. Ces chiffres font en outre abstraction des réserves non prouvées, au rang desquels les pétroles et gaz non-conventionnels. Selon l’AIE, les réserves ultimes restantes de pétrole et de gaz, c’est-à-dire prouvées et non prouvées (mais techniquement extractibles), correspondraient à elles seules à des émissions supérieures à 4 000 GtCO2e. Celles de charbon à plus de 30 000 GtCO2e. La figure ci-dessous permet de mieux appréhender les ordres de grandeur en jeu, concernant les émissions « admissibles » (notre « droit à émettre ») et potentielles (à partir des réserves fossiles prouvées) et placent des scénarios d’émission réalisés par l’AIE.</p>
<p><a href="http://alaingrandjean.fr/wp-content/uploads/2013/05/graph-1.jpg"><img class="alignleft size-full wp-image-2529" title="graph-1" src="http://alaingrandjean.fr/wp-content/uploads/2013/05/graph-1.jpg" alt="" width="614" height="387" /></a></p>
<p>Source : Carbone4<a title="" href="#_ftn4">[4]</a></p>
<p>&nbsp;</p>
<p>L’exploitation et la consommation des hydrocarbures au niveau mondial doivent donc, dans tous les cas, et quelles que soient les perspectives des non conventionnels, être réduites<a title="" href="#_ftn5">[5]</a> volontairement pour limiter la dérive climatique. Dit autrement, extraire plus de gaz non conventionnels de terre, c’est, contrairement à ce qu’affirment leurs défenseurs,  contribuer à la dérive climatique sauf s’il est décidé de ne plus exploiter, d’autres énergies fossiles – issues de réserves prouvées.</p>
<p>C’est donc bien cette décision qui peut changer le cours des choses en matière climatique et non des découvertes d’énergies fossiles supplémentaires. La condition absolument nécessaire pour que les hydrocarbures non conventionnels contribuent positivement au problème climatique, c’est l’interdiction du recours au charbon, sans séquestration de CO2 . Or  c’est le contraire qui se passe.  Le charbon (sans séquestration dans l’état actuel des choses) est la source d’energie mondiale la plus en croissance. En Europe on assiste au retour du charbon, parce qu’il trouve moins de débouché aux USA, et surtout parce que l’effondrement du prix du CO2 du marché ETS le rend moins couteux que le gaz.</p>
<p>&nbsp;</p>
<p>Plus que jamais donc il faut réaffirmer que la lutte contre le changement climatique passe par une décision de limiter volontairement notre consommation d’énergie fossile. Cette réduction passe par des réglementations drastiques (par exemple la limitation de la quantité de CO2 émise par kWh) et/ou par des dispositifs comme la taxe carbone ou un marché de CO2 qui fonctionne…Et par une réduction de notre consommation d’énergie, indépendamment de sa source.</p>
<p>Ces enjeux sont plus que jamais à remettre sur la table, notamment en Europe à un moment où elle semble entrer en agonie !</p>
<p>&nbsp;</p>
<h3><span style="color: #ff9900;"><strong>A qui le crime profite ?</strong></span></h3>
<p>&nbsp;</p>
<p>La lutte contre le changement climatique n’est pas de l’intérêt de tous. Pas de celui de  l’industrie fossile (et les pays producteurs, propriétaires des gisements). Bill Mackibben rappelle dans l’article cité, que leurs réserves (qui correspondent aux  2900 GTCO2) valent  (selon une estimation de JP Morgan<a title="" href="#_ftn6">[6]</a>) en ordre de grandeur 30  000 milliards de dollars, si et seulement si … elles sont extraites un jour.  Décider d’en garder les 2/3  sous terre c’est leur supprimer 20 000 milliards d’actifs !  Quant  à son chiffre d’affaires annuel il est sans doute de l’ordre  de 400 milliards de dollars<a title="" href="#_ftn7">[7]</a>. On comprend que cette industrie ne soit pas pressée de voir ce gateau se réduire&#8230;</p>
<p>&nbsp;</p>
<p>Mais chacun d’entre nous, en tant que consommateur et utilisateur d’ énergie pour le moindre geste de notre vie courante, n’a pas vraiment intérêt à ce que la fête s’arrête. Du coup,  les responsables politiques à qui il appartient de créer les contraintes indispensables ne le font pas, et encore moins en période de crise économique.</p>
<p>Espérons que le débat sur la transition énergétique ne se laisse pas embarquer sur de fausses pistes mais nous  aide à ouvrir les yeux. L’horloge climatique ne s’arrête pas parce  qu’on ne la regarde pas…</p>
<p><span style="color: #ff9900;"> &#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;-</span></p>
<div>
<p><a title="" href="#_ftnref1">[1]</a> Voir <a href="http://petrole.blog.lemonde.fr/2013/04/30/le-pic-petrolier-non-scientifique-selon-une-note-confidentielle-du-quai-dorsay" target="_blank">http://petrole.blog.lemonde.fr/2013/04/30/le-pic-petrolier-non-scientifique-selon-une-note-confidentielle-du-quai-dorsay/</a></p>
</div>
<div>
<p><a title="" href="#_ftnref2">[2]</a>. 600 GtCO2e cumulées environ entre aujourd’hui et 2050, selon Meinhausen et al . Nature 458, 1158–1162 (2009).  1 200 GtCO2e cumulées environ entre aujourd’hui et 2050, selon Allen, M. R. et al. Nature 458, 1163–1166 (2009). 900 GtCO2 cumulées entre aujourd’hui et 2050 Selon l’AIE (World Energy Outlook 2012), Dans un article récent paru dans La Revue Durable, numéro 48, mar-avril 2013, Bill Mackibben retient un chiffre encore plus bas : 565 GTCO2.</p>
</div>
<div>
<p><a title="" href="#_ftnref3">[3]</a> Les réserves prouvées représentent la part des ressources dont l’extraction / production est considérée comme certaine à 90%.</p>
</div>
<div>
<p><a title="" href="#_ftnref4">[4]</a> Voir <a href="http://www.carbone4.com/fr/l_actu_de_carbone_4/climat-p%C3%A9trole-et-gaz-de-schiste%C2%A0-peut-les-marier%C2%A0" target="_blank">http://www.carbone4.com/fr/l_actu_de_carbone_4/climat-p%C3%A9trole-et-gaz-de-schiste%C2%A0-peut-les-marier%C2%A0</a></p>
</div>
<div>
<p><a title="" href="#_ftnref5">[5]</a> Le captage stockage du CO2, qui en est au balbutiement et qui ne pourra se déployer que tardivement ne change rien à cette conclusion.</p>
</div>
<div>
<p><a title="" href="#_ftnref6">[6]</a> Qui est assez facile à verifier en ordre de grandeur : les réserves prouvées de pétrole gaz et charbon ont un contenu énergétique de l’ordre de 1000 GTep. A  40 dollars la tep (prix moyen pondéré du mix d’énergie fossile mondial) cela représenterait 40 000 milliards de dollars.</p>
</div>
<div>
<p><a title="" href="#_ftnref7">[7]</a>  10 GTep à 40 dollars.</p>
</div>
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		<title>La fabrique du mensonge</title>
		<link>http://alaingrandjean.fr/2013/04/10/la-fabrique-du-mensonge/</link>
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		<pubDate>Wed, 10 Apr 2013 09:58:11 +0000</pubDate>
		<dc:creator>admin</dc:creator>
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		<category><![CDATA[Économie]]></category>
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		<description><![CDATA[  Stéphane Foucart, journaliste scientifique au Monde, signe un livre[1] stimulant sur la manipulation de la science par les industriels, pour servir leurs intérêts. La route avait été défrichée par Naomi Oreskes et Simon Conway, dans leur « Marchands de doute » (voir http://alaingrandjean.fr/2012/11/01/ogm-gaz-de-schiste-fessenheim-retour-de-lobscurantisme-ou-emergence-dune-nouvelle-rationalite/), en s’appuyant sur les cas bien documentés des fabricants de tabac et  d’amiante [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p><strong> <a href="http://alaingrandjean.fr/wp-content/uploads/2013/04/la_fabrique_du_mensonge.jpg"><img class="alignleft size-full wp-image-2513" title="la_fabrique_du_mensonge" src="http://alaingrandjean.fr/wp-content/uploads/2013/04/la_fabrique_du_mensonge.jpg" alt="" width="196" height="320" /></a></strong></p>
<p><strong>Stéphane Foucart</strong>, journaliste scientifique au Monde, signe un livre<a title="" href="#_ftn1">[1]</a> stimulant sur la manipulation de la science par les industriels, pour servir leurs intérêts. La route avait été défrichée par Naomi Oreskes et Simon Conway, dans leur « Marchands de doute » (voir <a href="http://alaingrandjean.fr/2012/11/01/ogm-gaz-de-schiste-fessenheim-retour-de-lobscurantisme-ou-emergence-dune-nouvelle-rationalite/">http://alaingrandjean.fr/2012/11/01/ogm-gaz-de-schiste-fessenheim-retour-de-lobscurantisme-ou-emergence-dune-nouvelle-rationalite/</a>), en s’appuyant sur les cas bien documentés des fabricants de tabac et  d’amiante et sur celui des lobbys pétroliers propageant un climato-scepticisme « pseudo-scientifique ». Stéphane Foucart reprend le dossier du tabac, du climat et complète l’analyse par celui  des insecticides (et l’impact des  néonicotinoïdes sur les abeilles) des perturbateurs endocriniens (en creusant l’affaire du bisphénol A) et des OGM. En passant il démonte l’opération Heidelberg<a title="" href="#_ftn2">[2]</a> avec brio.</p>
<p>&nbsp;</p>
<p>Je reprends une des phrases de son chapitre de conclusion :</p>
<p>&nbsp;</p>
<p>«  Cette instrumentalisation de la science permet de transformer l’outil à produire de la connaissance en machine à fabriquer du mensonge et de l’ignorance ». Deux objectifs sont visés : minimiser les risques sanitaires et environnementaux mais aussi et surtout « coloniser nos esprits et nos conversations ». Les lobbys utilisent les études faites  pour fabriquer des argumentaires qui sont ensuite relayés par des officines et des agences de communication. C’est ainsi que le déclin des pollinisateurs est devenu une « énigme », ou le déclin de la fertilité humaine « multifactoriel ». Quant au tabac contemporain (sursaturé de produits chimiques visant à aggraver la dépendance à la nicotine), c’est un esclavage qui a été transformé, par les mêmes techniques, en liberté.</p>
<p>&nbsp;</p>
<p>Le  constat est déstabilisant et profondément préoccupant. Il remet évidemment en cause l’idée simpliste que la « vérité scientifique » naîtrait des publications de revues</p>
<p>à comité de lecture. La démarche scientifique avait fait faire un bond de géant dans l’histoire de l’humanité en découvrant un mode d’accès à la connaissance qui ne soit pas inféodée au pouvoir. Le constat fait par Stéphane Foucart met en doute ces avancées. Nous y reviendrons, pour nous concentrer ici sur une autre conséquence probablement plus importante encore au plan politique et social.</p>
<p>&nbsp;</p>
<p>Cette confusion des genres entre intérêts économiques, technologiques et scientifiques  est sans aucun doute l’une des causes de la perte de confiance des citoyens envers les entreprises.  Il l’est probablement aussi envers le politique. Quand on apprend par exemple l’intrication entre les experts de l’EFSA (autorité européenne de sécurité des aliments) et les industries concernées (agroalimentaire, pharmacie, chimie) on comprend malheureusement mieux ses positions modérées<a title="" href="#_ftn3">[3]</a> sur le bisphénol A. Quand Diana Banati, la présidente de son conseil d’administration quitte son poste en 2012 pour devenir l’un des plus hauts cadres de l’International Life Sciences Institute, une organisation de lobbying scientifique ayant pour membres les géants des ces secteurs, cela ne peut que décrédibiliser son action antérieure et l’institution qu’elle présidait….</p>
<p>&nbsp;</p>
<h3><span style="color: #ff9900;"><strong>Du bisphénol aux paradis fiscaux</strong></span></h3>
<p><strong> </strong></p>
<p>Cette perte de confiance n’est pas sans lien avec l’affaire Cahuzac et « offshoreleaks » (voir le post <strong>Affaires Cahuzac, Augier … et suivantes)</strong><strong> </strong>!   Et ce pour plusieurs raisons. <strong></strong></p>
<p>&nbsp;</p>
<p>Ce sont les mêmes agences de communication (en l’occurrence Jerôme Cahuzac a utilisé les services d’EuroRSCG/Havas) qui sont à l’œuvre pour « coloniser » nos esprits. Ce sont les mêmes méthodes qui visent à détourner l’attention et la vigilance des citoyens pour leur faire accepter tout cru des contrevérités.</p>
<p>&nbsp;</p>
<p>Ce sont les mêmes techniques de manipulation de l’activité scientifique. La banque  et la finance font comme les industries « matérielles ». Ce sont de puissants lobbys qui savent payer et/ou instrumentaliser des scientifiques (en l’occurrence des économistes) et des experts pour imposer dans l’opinion des « vérités » (comme par exemple celle de l’efficience des marchés financiers) sans fondement, pour créer des doutes si nécessaire (le trading haute fréquence n’est pas juste une machine à faire des profits, il permettrait de rendre le marché plus liquide), pour empêcher les politiques de faire leur travail de régulation et de contrôle (la loi de séparation bancaire a été vidée de sa substance par le travail en profondeur des banques auprès de Bercy, des députés et des sénateurs.</p>
<p>&nbsp;</p>
<p>C’est la même consanguinité entre les administrations et les agences chargées des contrôles et les entreprises soumises à ses contrôles. La présidente de l’EFSA est dans le même cas que les hauts fonctionnaires du Trésor qui se recasent dans les grandes banques nationales ou internationales. La régulation bancaire est aussi faible en ce moment que la régulation alimentaire car dans les deux cas les régulateurs sont dominés intellectuellement et humainement par les lobbys.</p>
<p>Ce trop rapide tour d’horizon donne quand même à penser que l’Occident ne sortira pas du maelstrom dans lequel il s’enfonce sans une remise en cause très profonde de ses institutions politiques, administratives et scientifiques mais aussi et surtout  de ses croyances plus ancrées (qui sont assez paradoxalement relativement bien exposées dans l’appel d’Heidleberg), selon lesquelles la science la technologie et l’industrie vont nous sauver, alors qu’ elles sont devenues, certes dans les conditions actuelles de leur développement, et pas du fait d’une tare intrinsèque,  une cause majeure des  maux infligés par l’humanité à elle-même et à  la nature.</p>
<p>&nbsp;</p>
<div><span style="color: #ff9900;">&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8211;</span></div>
<div>
<p><a title="" href="#_ftnref1">[1]</a> <a href="http://www.denoel.fr/Denoel/Control.go?action=rech&amp;prod_code=B26406#">Paru chez Denoël, 302 pages, 17 euros.</a></p>
<div>
<p><a title="" href="#_ftnref2">[2]</a> On sait maintenant que l’appel d’Heildelberg au moment du sommet de la terre a été signé par 264 scientifiques dont 72 prix nobel pour défendre une écologie scientifique (par opposition à une idéologie écologiste irrationnelle qui s’opposerait au progrès économique et social) a été initié par le lobby de l’amiante…</p>
<p>Voir <a href="http://fr.wikipedia.org/wiki/Appel_de_Heidelberg">http://fr.wikipedia.org/wiki/Appel_de_Heidelberg</a></p>
</div>
<div>
<p><a title="" href="#_ftnref3">[3]</a> L’agence a maintenu un seuil de toxicite du bisphénol A à 50 microgrammes par kilo de poids et par jour, alors même qu’il est scientifiquement acquis que ce produit a des effets délètères à doses beaucoup plus faibles. Plus grave encore elle s’obstine à raisonner pour les perturbateurs endocriniens  comme s’il y avait des seuils (selon le vieil adage de Paracelse, c’est la dose qui fait le poison) alors qu’on sait que c’est faux et que des doses très faibles peuvent avoir des effets plus dangereux que des doses élevées.</p>
</div>
</div>
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		<title>Affaires Cahuzac, Augier … et suivante</title>
		<link>http://alaingrandjean.fr/2013/04/08/affaires-cahuzac-augier-et-suivante/</link>
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		<pubDate>Mon, 08 Apr 2013 15:31:45 +0000</pubDate>
		<dc:creator>admin</dc:creator>
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		<category><![CDATA[Finance]]></category>
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		<description><![CDATA[Un sursaut nécessaire qui passe par une action vigoureuse de mise au pas de la finance off-shore  Gaël Giraud et Alain  Grandjean Les Français sont encore sous le coup du choc lié aux aveux de Jerome Cahuzac puis à l&#8217;affaire &#171;&#160;offshoreleaks&#160;&#187; qui montre notamment que Jean-Jacques Augier, le trésorier de campagne de François Hollande, n&#8217;a [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<h3 style="text-align: left;" align="center"></h3>
<p></ br></p>
<h3 style="text-align: left;" align="center"><span style="color: #ff9900;"><strong>Un sursaut nécessaire qui passe par une action vigoureuse de mise au pas de la finance <em>off-shore</em></strong></span><strong style="font-size: 13px;"><em> </em></strong></h3>
<p style="text-align: left;" align="center"><span style="text-decoration: underline;"><strong><em>Gaël Giraud et Alain  Grandjean</em></strong></span></p>
<p>Les Français sont encore sous le coup du choc lié aux aveux de Jerome Cahuzac puis à l&#8217;affaire &laquo;&nbsp;<em>offshoreleaks</em>&nbsp;&raquo; qui montre notamment que Jean-Jacques Augier, le trésorier de campagne de François Hollande, n&#8217;a pas hésité, lui non plus, à faire des montages <em>off-shore</em> (quelles qu&#8217;en soient les raisons). Ce n’est sans doute pas la fin des révélations &#8230; Du côté du secteur bancaire, la situation n&#8217;est guère plus encourageante : alors que Deutsche Bank est impliquée dans le scandale des manipulations du Libor, la voilà soupçonnée par la Bundesbank d&#8217;avoir maquillé 12 milliards de pertes depuis 2008. Pendant ce temps, l&#8217;<em>offshoreleaks</em> révèle comment BNP-Paribas et le Crédit Agricole ont, pendant des années, rendu possibles les opérations d&#8217;évasion fiscale de leurs clients fortunés. Le parallèle entre la classe politique et la banque n&#8217;est pas fortuit : d&#8217;une part, l&#8217;évasion fiscale serait impossible sans le concours des banques ; de l&#8217;autre, avec Paris et Berlin, BNP-Paribas et Deutsche Bank ont présidé au &laquo;&nbsp;règlement&nbsp;&raquo; du sort de la Grèce, début 2012. C&#8217;est dire qu&#8217;elles ont acquis en Europe un pouvoir égal à celui des gouvernements démocratiques.</p>
<p>Le gouvernement actuel, et plus généralement la démocratie, sont en danger aujourd’hui. L’opacité et la créativité de la <strong>finance de l’ombre</strong> sont telles, en effet,  que le doute est permis vis-à-vis de n&#8217;importe qui. Or François Hollande a été élu en partie pour des raisons morales&#8230;Sa cote de popularité, déjà basse, va continuer à s’effondrer. La droite est évidemment mal placée pour donner des leçons et encore moins pour se présenter en recours. Seule l’extrême-droite bénéficiera du doute qui s’ancre dans l’opinion vis-à-vis de ses élites.</p>
<p>Des demi-mesures seront évidemment insuffisantes. Comment aujourd&#8217;hui continuer une politique de rigueur sans élan et sans cap, qui n’a aucun effet sur le chômage, bien au contraire? Elle n&#8217;était tolérée que parce qu&#8217;elle reposait sur le sentiment accepté que c&#8217;était un mal nécessaire&#8230;mais son acceptabilité va évidemment se réduire.</p>
<p>Un sursaut s’impose dont la philosophie pourrait reposer sur un constat simple : il faut en finir avec la finance <em>off-shore</em>, sans complexe et sans sanctions. En finir avec une domination sans fard de la banque et de la finance qui arrive à empêcher qu&#8217;on traque ces pratiques, et qui parvient à placer la corruption au coeur de l&#8217;Etat. En finir  avec une pensée unique dépassée qui ne fait pas face aux réalités économiques, sociales et écologiques, et laisse se déliter le corps social.</p>
<p>Les discussions sur le contrôle déontologique du personnel politique sont certes nécessaires au plan démocratique, mais sans grande efficacité face à la crise économique et sociale qui s&#8217;amplifie et contribue massivement à la perte de confiance dans nos dirigeants. Du coup ne faut-il pas déplacer le combat politique vers le contrôle d&#8217;une finance qui permet à n&#8217;importe qui de faire n&#8217;importe quoi, mais <em>in fine</em> ne sert plus à l’économie?</p>
<p>Ne faut-il pas placer au centre de notre projet de société l&#8217;importance de remettre la finance au service de l&#8217;économie et des enjeux d&#8217;avenir que représente le développement durable? Sur ces terrains, le Président de la République va devoir faire preuve de beaucoup plus d&#8217;audace qu&#8217;à l&#8217;occasion de la piteuse loi Berger-Moscovici. Au fond, il lui &laquo;&nbsp;suffit&nbsp;&raquo; de tenir ses engagements de campagne au Bourget. L&#8217;un des noeuds les plus puissants du blocage actuel réside dans notre secteur bancaire hypertrophié et dérégulé. Non seulement, il fait courir des risques considérables à l&#8217;ensemble de l&#8217;économie européenne, non seulement il ne prospère <em>que</em> grâce à la garantie apportée par le contribuable à des opérations de marché spéculatives dont la nocivité est pourtant claire, mais encore il gangrène l&#8217;ensemble du corps social. Les quelques dirigeants bancaires &laquo;&nbsp;qui comptent&nbsp;&raquo; ou leurs affidés siègent dans les conseils d&#8217;administration de presque toutes les grandes entreprises, de beaucoup d&#8217;Ecoles (Sciences Po encore tout récemment) qui frabriquent les élites, de la plupart des organes de presse (<em>Le Monde, Bayard</em>&#8230;). Et comme Michel Pébereau lui-même aime à le dire en privé : le premier employeur d&#8217;inspecteurs généraux des finances en France, ce n&#8217;est pas l&#8217;Etat, c&#8217;est BNP-Paribas.  La récente fausse réforme bancaire (Berger-Moscovici) permet de prendre la mesure de l&#8217;asservissement complet de la direction de Bercy, du Trésor et de l&#8217;IGF aux intérêts de nos quatre premières banques.</p>
<p>Ce n&#8217;est pas céder à un fantasme du complot que de faire ces remarques et d&#8217;en conclure que, si l&#8217;actuel gouvernement veut frapper un coup significatif, qui permette d&#8217;oxygéner les principaux lieux de décision de la société française et de retrouver un réel crédit auprès de la population, il peut choisir de remanier profondément la direction de Bercy et du Trésor, afin de remettre en chantier la réforme bancaire en visant, pour commencer, les paradis fiscaux. Cela nécessiterait évidemment le remplacement de l’actuel ministre de l’économie et des finances. Mais n’est-il pas de toutes façons sur la sellette aujourd’hui ?</p>
<p>La reprise de ce chantier pourrait commencer par un acte fort et simple dans le prolongement de l&#8217;amendement sur la transparence bancaire qui vient d&#8217;être adopté par le Sénat : rendre les paradis fiscaux inaccessibles à nos banques, aux sociétés et aux particuliers. Comment ? En recourant à la méthode – simple- utilisée pour mettre en place un embargo financier (contre l’Iran, par exemple). Le gouvernement français donne l&#8217;instruction aux chambres de compensation internationales (Clearstream et Euroclear, notamment) et aux messageries de transfert interbancaire (e.g., SWIFT) de cesser toute communication des particuliers, des sociétés françaises et de toutes leurs filiales avec les destinations mentionnées sur une liste<em> ad hoc</em>. Sans doute faudrait-il  commencer par une <em>short list </em>minimale, avant d’inclure aussi le Luxembourg, la Suisse, la Belgique et la City&#8230;</p>
<p>Cela ne sonnera pas la fin de toutes relations de nos banques avec les havres fiscaux (elles pourront en créer de nouveaux ou bien entrer en contact avec les &laquo;&nbsp;anciens&nbsp;&raquo; via des <em>hedge funds</em> complices), mais cela mettrait un frein très sérieux à la finance de l&#8217;ombre. Une telle opération, bien communiquée au public, aurait aussi, à coup sûr, un effet majeur sur le moral de la population, pour le crédit du gouvernement, et la confiance de tous dans l&#8217;aptitude de la démocratie à défendre l&#8217;intérêt général.</p>
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		<title>Pourquoi des bonus mirobolants pour les traders  et pourquoi des traders en prison ?</title>
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		<pubDate>Mon, 18 Mar 2013 11:30:08 +0000</pubDate>
		<dc:creator>admin</dc:creator>
				<category><![CDATA[A lire]]></category>
		<category><![CDATA[Crise financière]]></category>
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		<category><![CDATA[Finance]]></category>
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		<description><![CDATA[Billet invité : Nicolas Bouleau &#160; Devant les difficultés économiques et environnementales que rencontre notre époque, des interprétations globales et partielles, à profusion, s&#8217;affrontent dans les journaux et les blogs. Au delà du relevé des faits nouveaux qui pénalisent ou avantagent ceux-ci ou ceux-là, les médias ne fournissent pas les mécanismes grâce auxquels le capitalisme [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<h3></h3>
<h3>Billet invité : <strong><span style="text-decoration: underline;"><em>Nicolas Bouleau</em></span></strong></h3>
<p><a href="http://alaingrandjean.fr/wp-content/uploads/2013/03/16.jpg"><img class="alignleft size-full wp-image-2498" title="16" src="http://alaingrandjean.fr/wp-content/uploads/2013/03/16.jpg" alt="" width="150" height="150" /></a></p>
<p>&nbsp;</p>
<p>Devant les difficultés économiques et environnementales que rencontre notre époque, des interprétations globales et partielles, à profusion, s&#8217;affrontent dans les journaux et les blogs. Au delà du relevé des faits nouveaux qui pénalisent ou avantagent ceux-ci ou ceux-là, les médias ne fournissent pas les mécanismes grâce auxquels le capitalisme rend légitime certains usages dans les secteurs économiques clés. A propos de la finance, nous analysons ici la nature et les caractéristiques du risque pour les praticiens des marchés financiers afin de comprendre, et par là même de mieux situer, l&#8217;éthique sous-jacente sur laquelle s&#8217;appuie la finance néolibérale.</p>
<p>&nbsp;</p>
<h3><span style="text-decoration: underline; color: #ff9900;"><strong>A. Une situation extrême dans le monde du travail</strong></span></h3>
<p><strong> </strong></p>
<p>Commençons par quelques faits relatifs aux rémunérations et aux risques dans les métiers de la finance, rapide état des lieux de choses bien connues.</p>
<p>- Les bonus désignent la part variable de la rémunération si ce n&#8217;est proportionnelle au profit pour la banque réalisé par l&#8217;agent du moins variant dans le même sens si ce profit est positif. Les formules sont variées. Ce mode de rémunération est général pour la quasi totalité des agents responsables d&#8217;opérations de marché.</p>
<p>- En France d&#8217;après le rapport Candessus, les six principaux établissements dans lesquels l&#8217;Etat a une participation ont distribué des bonus en 2009 dont le niveau représente en moyenne 11 fois le salaire de base et pour la médiane 6 fois le salaire de base.</p>
<p>- Dans le monde, les chiffres peuvent atteindre des sommets impressionnants, certains traders recevant des bonus 100 fois supérieurs à leur salaire de base (New York Times 18/12/2008) on cite des bonus atteignant 35 millions de dollars par an et au delà.</p>
<p>- Les banques se considèrent dépendantes du risque de départ des meilleurs talents vers la concurrence et ainsi que le souligne le rapport Candessus &laquo;&nbsp;Les professionnels de marché, du fait de la rentabilité de leurs activités et du prestige de leurs fonctions au sein des établissements, jouissent, en règle générale face à leur management, d’un fort ascendant dans le processus d’évaluation de leur performance&nbsp;&raquo;.</p>
<p>&nbsp;</p>
<p>Cette situation déclenche un grand nombre de réactions dont les plus courantes sont les suivantes :</p>
<p>- Les commentateurs sont choqués par ces montants d&#8217;autant plus que les banques remplissent mal leur fonction économique qui serait normalement de bien allouer les ressources financières. En particulier dans le cas des crises, on a la preuve que le système de gestion du risque et sa transcription dans le droit sont défaillants ou mal conçus.</p>
<p>- La presse attribue en général les fortes rémunérations au jeu de la concurrence, comme on rémunère les joueurs de football les plus habiles.</p>
<p>- Les experts que font parler médias laissent entendre, devant ces rémunérations faramineuses,  que l&#8217;économie n&#8217;est pas faite de bons sentiments depuis Adam Smith et qu&#8217;elle tient compte du fait que l&#8217;homme n&#8217;est pas bon.</p>
<p>On trouve aussi quelques réactions plus philosophiques :</p>
<p>- Que notre époque nouvelle se caractérise par une absence d&#8217;éthique, tendance lourde liée au phénomène de désenchantement. L&#8217;agir au quotidien dans le calcul économique envahit notre temps au détriment d&#8217;une conduite de long terme.</p>
<p>- C&#8217;est symptomatique de la violence du tout économique au détriment de l&#8217;environnement. Cette logique attaque irrépressiblement les &laquo;&nbsp;biens communs&nbsp;&raquo;.</p>
<p>- L&#8217;ésotérisme des mathématiques financières (couverture des options, produits dérivés, titrisation et mesures cohérentes de risque, théorie stochastique de l&#8217;arbitrage, etc.) fait que les hommes politiques ne peuvent pas comprendre — un peu comme dans le domaine du nucléaire — et sont comme des enfants devant les explications des spécialistes.</p>
<p>&nbsp;</p>
<h3><span style="text-decoration: underline;"><span style="color: #ff9900; text-decoration: underline;"><strong>B. Le cœur du questionnement : pourquoi </strong><strong>concentrer sur une seule personne ce qui permettrait d&#8217;en rémunérer une centaine ?</strong></span></span></h3>
<p><strong> </strong></p>
<p>Pour le cas des rémunérations de dirigeants d&#8217;entreprise cette question est assez classique et relève d&#8217;arguments politiques propres au néolibéralisme et notamment de la théorie dite du &laquo;&nbsp;ruissellement&nbsp;&raquo; selon laquelle un accroissement des inégalités est favorable au dynamisme de l&#8217;économie par les motivations qu&#8217;il active<a title="" href="#_ftn1">[1]</a>. Mais comme nous allons le voir il y a une spécificité de la finance qui fait que la rémunération des traders ne se coule pas dans cette analyse.</p>
<p>Pour le comprendre, il faut avoir présent à l&#8217;esprit plusieurs traits particuliers des situations aléatoires qui s&#8217;appliquent à la finance.</p>
<p><strong>a)</strong> En premier lieu les possibilités de prise de risque en finance se présentent suivant une logique très particulière qu&#8217;il faut comprendre. Cela concerne d&#8217;ailleurs non seulement la finance mais tous les jeux de hasard et d&#8217;argent. On peut expliciter ce phénomène grâce au &laquo;&nbsp;jeu de la calebasse&nbsp;&raquo; plus simple que le poker et qui montre remarquablement cette loi mathématique générale<a title="" href="#_ftn2">[2]</a>. Cent traders avec de petits portefeuilles vont perdre en face d&#8217;un trader de portefeuille cent fois plus gros.</p>
<p>Reprenons ici cet exemple : Le jeu de la calebasse se joue à deux ou plusieurs joueurs. Chaque joueur dispose de graines d&#8217;une certaine couleur et toutes les graines sont de forme identique. Autant de couleurs que de joueurs. Le principe de chaque coup est que chaque joueur met dans la calebasse un certain nombre de ses graines, autant qu&#8217;il veut. La calebasse est une sorte de gros melon creux dans laquelle on a pris soin de laisser l&#8217;amorce d&#8217;une tige intérieure sur laquelle une seule graine peut tenir. Elle est secouée jusqu&#8217;à ce qu&#8217;une des graines vienne se loger sur la tige et le joueur de la couleur correspondante remporte toutes les graines qu&#8217;elle contient.</p>
<p>Après quoi, on compte, on échange les graines pour garder sa couleur, et diverses variantes viennent compléter la règle du jeu selon que chaque joueur connaît ou non les mises des autres, etc. On peut jouer de l&#8217;argent avec des fortunes initiales identiques ou non, avec emprunts possibles ou non, avec intérêt ou non, etc.</p>
<p>Comme on s&#8217;en convainc aisément, le jeu est équitable, chaque joueur a une espérance de gain nulle à chaque partie. Deux stratégies viennent immédiatement à l&#8217;esprit. La première prudente (apparemment) consiste à limiter les pertes possibles. Jouer très peu afin, pense-t-on, de tenir le coup longtemps. C&#8217;est une stratégie d&#8217;aversion du risque. La seconde est de tenter d&#8217;emblée le tout pour le tout, stratégie de propension au risque.</p>
<p>Le rapport de force en finance résulte du constat crucial que <em>la stratégie prudente est catastrophique si le joueur adverse a beaucoup de graines et s&#8217;il suit la stratégie audacieuse</em>. Le joueur prudent mesure en effet, en payant, combien les événements rares sont rares !</p>
<p>Quelles que soient les stratégies des joueurs, si l’on part de fortunes égales, le jeu se déséquilibre rapidement, et il est clair que celui qui a le plus de graines a un avantage. Ne serait-ce que parce que tant qu’un joueur a plus de graine que son adversaire, il a à sa disposition plus de stratégies que lui puisqu’il peut mettre plus de graines s’il le souhaite. Une pratique du jeu enseigne mieux que de longs discours qu&#8217;en fait <em>son avantage réside dans la possibilité de pouvoir prendre plus de risques</em> que son adversaire.</p>
<p>La notion de &laquo;&nbsp;risque&nbsp;&raquo; est à prendre en un sens particulier qui n&#8217;est pas qualifié par le premier moment (l&#8217;espérance) ni le deuxième moment (la variance) mais plutôt par le troisième moment, ou par d&#8217;autres grandeurs qui lui sont liées, nous renvoyons pour plus de détail à la référence citée.</p>
<p>Donc nous voyons que comme au poker le joueur le plus riche a un avantage mais nous voyons aussi plus précisément que le joueur dont nous avons dit qu&#8217;il était avantagé parce qu&#8217;il mise un grand nombre de graines par rapport à l&#8217;autre, a pour son gain une loi de probabilité très déséquilibrée : il perd beaucoup avec une très faible probabilité et gagne peu avec une probabilité proche de 1. Cette configuration du risque a une grande importance sur les comportements.</p>
<p>&nbsp;</p>
<p><strong>b)</strong> Il y a, bien sûr, du hasard dans les transactions financières, il n&#8217;est que de regarder le cours instantané des devises ou des autres grandeurs cotées pour s&#8217;en convaincre. Ce hasard n&#8217;est pas le résultat des fantaisies de chaque trader particulier mais un phénomène général. Donc <em>a priori</em> on peut trouver normal de récompenser un trader pour des gains selon le principe de gestion de faire profiter ses employés à une bonne fortune, en revanche on ne voit pas pourquoi le sanctionner pour des pertes, puisqu&#8217;il n&#8217;est pas responsable de la présence d&#8217;aléa.</p>
<p>Ce qu&#8217;on observe cependant n&#8217;est pas une répartition équilibrée des pertes et des gains, c&#8217;est assez surprenant et tout à fait typique du milieu de la finance : sur le nombre immense de transactions qui sont faites le bilan est que les pertes pèsent à peu près autant que les gains (avec un léger avantage pour les gains dans les périodes de croissance) mais ce bilan global cache le fait que la plupart des salles des marchés sont gagnantes et sauf certaines qui font d&#8217;énormes pertes mais très rares. Ces pertes gigantesques parsemées ont été méticuleusement répertoriées, nous renvoyons au site http://fr.wikipedia.org/wiki/Liste_de_pertes_de_trading. Déjà un de plus a été noté depuis le cas Kerviel.</p>
<p>La raison de cette situation est que tous les traders <em>configurent leurs risques. </em>Compte tenu de l&#8217;immense variété d&#8217;instruments qui sont maintenant à leur disposition (notamment options, dérivés de taux, dérivés de crédit), chacun d&#8217;entre eux choisit autant que faire se peut la forme de la loi de probabilité qui — selon les instruments de mesure à sa disposition et selon les probabilités subjectives qu&#8217;il construit — gouverne sa position : il vaut mieux gagner peu avec 99% de chances que gagner beaucoup avec une chance sur 100. Certes il y a des traders qui font des &laquo;&nbsp;coups&nbsp;&raquo; mais ce n&#8217;est pas l&#8217;ordinaire du travail. Pourquoi préférer 99% de chances de gagner peu ? Pour une raison mathématique et pour une raison stratégique. D&#8217;abord le hasard pur n&#8217;a pas de mémoire et s&#8217;il est tombé hier dans les 99% il a encore 99% de chances d&#8217;y tomber aujourd&#8217;hui et le &laquo;&nbsp;temps de retour&nbsp;&raquo; du cas de malchance est très long et peut se compter en décennies pour un portefeuille bien configuré. Et, second argument, si le &laquo;&nbsp;pas de chance&nbsp;&raquo; advient, le trader aura maintes raisons pour montrer qu&#8217;il s&#8217;agit là de circonstances tout à fait imprévisibles.</p>
<p>Mais alors si tout le monde configure son risque de cette façon que se passe-t-il ? Inutile d&#8217;invoquer de savants théorèmes, <em>il faut bien que le hasard y retrouve son compte</em>. Cela ne peut tomber tout le temps, pour tous, dans la zone de grande probabilité. Le résultat est une sorte de &laquo;&nbsp;scintillement quantique&nbsp;&raquo; : tout va bien pour tout le monde, sauf ici ou là, de temps en temps, de très graves pertes. Les marchés financiers sont ainsi. <em>L&#8217;immense flexibilité des instruments fait que les gagnants et les perdants (par rapport aux placements sans risque) ne se répartissent pas moitié-moitié, la plupart sont gagnants et les quelques perdants perdent énormément.</em></p>
<p>Dès lors, ce constat étant fait, nous imaginons que cette dissymétrie va induire une certaine organisation sociétale du risque : comment se comporter vis-à-vis des traders sur le plan économique et juridique ?</p>
<p>&nbsp;</p>
<h3><span style="text-decoration: underline;"><span style="color: #ff9900; text-decoration: underline;"><strong>C. Traduction économique et juridique de la dissymétrie du risque  </strong></span></span></h3>
<p><strong> </strong></p>
<p>Il est frappant, lorsqu&#8217;on lit les argumentations utilisées dans la plaidoirie du cas Kerviel, ou d&#8217;autres, que ce que la banque reproche à son employé — n&#8217;avoir pas informé immédiatement le back office, avoir prix des risques excessifs, etc. — sont<em> des agissements courants dont la banque ne dit mot lorsqu&#8217;elle y trouve profit</em>. Elle dit exactement à son trader &laquo;&nbsp;tu es couvert si tu gagnes, puni si tu perds&nbsp;&raquo;. Pour mieux comprendre examinons le contexte déontologique.</p>
<p>Parmi les règles comptables prudentielles les plus utilisées en matière de risque en finance, la plus courante est ce que l&#8217;on appelle <em>Value at Risk</em> notée VaR, elle représente la perte maximale qu&#8217;on a la probabilité <em>p</em> (en général <em>p</em>=95% ou <em>p</em>=99%) de ne pas dépasser à une échéance donnée. Le calcul de <em>VaR</em> pour un portefeuille d&#8217;actifs financiers ou pour un établissement bancaire présente des difficultés de diverse nature dues notamment à la fluctuation des cours (mark to market) et aux actualisations, et on lui préfère maintenant pour des raisons théoriques les <em>mesures cohérentes de risque</em> qui sont plus satisfaisantes pour les produits structurés par réunion de portefeuilles. De toute façon il faut garder à l&#8217;esprit qu&#8217;on ne voit pas sur le seul résultat si telle ou telle règle prudentielle a été suivie ou pas. Car la probabilité afférente à une situation donnée n&#8217;est pas objective mais interprétative et susceptibles de plusieurs évaluations (en particulier à cause des queues de lois et les lectures diverses des événements rares).</p>
<p>Quant aux règles prudentielles pour les banques elles-mêmes, elles sont souples, incitatives, et le plus souvent fondées sur l&#8217;idée que le mieux est que ce soit les intervenants eux-mêmes qui définissent les limites de la liberté des intervenants sur le marché car ce sont eux qui connaissent le mieux les intérêts en jeu. Ceci s&#8217;exprime par des recommandations ou des méthodes plus subtiles tel que le système <em>se conformer ou expliquer</em> (comply or explain) utilisé par la Commission européenne dès 2006, donc avant la crise, avec la directive 2006/46/CE relative aux sociétés cotées en bourse. On demande annuellement aux banques ou aux entreprises concernées soit de se conformer à une règle prudentielle ou déontologique explicite (telle que les clubs d&#8217;affaires ou fédérations professionnelles en élaborent) soit si ce n&#8217;a pas été le cas pendant une certaine période de l&#8217;année d&#8217;indiquer pourquoi ils ne l&#8217;ont pas fait et ce qu&#8217;ils ont fait alors.<a title="" href="#_ftn3">[3]</a></p>
<p>Donc nous devons reconnaître qu&#8217;il y a un flou intrinsèque. La banque souhaite encourager le risque qui lui profite (incitée à cela par des modèles économiques très simples qui montrent que l&#8217;espérance croît avec la variance conformément au jeu de la calebasse). Mais elle veut dissuader le trader de faire des pertes. Globalement elles peuvent y parvenir la plupart du temps mais à la condition que rarement les pertes soient énormes.</p>
<p>Ce qui se passe alors est qu&#8217;elle se tourne contre son trader en utilisant tous les moyens juridiques disponibles. Se fondant sur la notion de préjudice subi, elle plaide en l&#8217;accablant le plus possible, à titre d&#8217;exemplarité en retournant contre lui tout le flou des probabilités à respecter.</p>
<p>Résumons. Le trader est encouragé à prendre des risques pour faire du profit. Ces risques induisent des résultats très dissymétriques pour sa hiérarchie : souvent des petits gains, rarement des grosses pertes. Donc : il est récompensé s&#8217;il apporte du profit, et mis en prison s&#8217;il fait des pertes énormes. Tout est fait par les banques pour supprimer les pertes et garder les gains mais cela ne supprime que les <em>petites</em> pertes. C&#8217;est la &laquo;&nbsp;condition humaine&nbsp;&raquo; du trader. Et par conséquent des banques. Cela va normalement se voir de plus en plus et s&#8217;amplifier. C&#8217;est un métier de roulette russe, comme pratiquent les anciens du Viet Nam dans le film <em>Voyage au bout de l&#8217;enfer</em> de Michael Cimino (1978).</p>
<p>&nbsp;</p>
<h3><span style="text-decoration: underline;"><span style="color: #ff9900; text-decoration: underline;"><strong>D. Comparaisons avec d&#8217;autres gestions humaines de situations à risque.</strong></span></span></h3>
<p><strong> </strong></p>
<p><strong>  a)</strong> Parmi les transactions commerciales à risque, on doit d&#8217;abord citer le trafic de stupéfiants qui représente d&#8217;après les estimations de l&#8217;OMS le troisième volume d&#8217;activité après le pétrole et l&#8217;alimentation juste devant les armes et les médicaments avec environ 400 milliards de dollars par an. Une certaine similarité est ici frappante avec le monde de la finance. Du point de vue strictement commercial pour l&#8217;écoulement du produit, le risque possède une configuration d&#8217;aléa très typique : si tout se passe bien pour les narcotrafiquants les bénéfices sont sûrs et quasi déterminés, le hasard n&#8217;intervient qu&#8217;au niveau des pertes par les saisies de la police, qui sont en général des captures de taille moyenne. Des principes de fonctionnement des réseaux mafieux par menace sur la vie des responsables de quantité importante de produit sont notoires, ainsi que la possession d&#8217;armes et les règlements de compte pour raisons tenues secrètes. Malgré les difficultés du recueil d&#8217;informations fiables et comparables il est reconnu que la criminalité a une de ses explications dans la tension inhérente à l&#8217;organisation du commerce de la drogue. Elle explique au moins pour partie le fait qu&#8217;en Colombie le taux d&#8217;homicides atteigne 70 pour 100000 habitants annuellement, 30 au Venezuela et en Bolivie, 25 au Brésil soit 5 fois plus qu&#8217;en France<a title="" href="#_ftn4">[4]</a>. Il semble donc que dans ce milieu le risque financier exceptionnel (négatif) soit répercuté sur les divers échelons du réseau par des menaces de mort alors que le management lui-même est rémunéré au pourcentage.</p>
<p><strong> b)</strong> Ceci est très différent de ce qui se passe dans beaucoup d&#8217;autres métiers à risque. Si nous nous tournons vers le domaine du génie civil et la construction des ouvrages d&#8217;art. Il est clair que l&#8217;ingénieur ou le bureau d&#8217;étude qui conçoit un pont ou un barrage, est aussi dans une situation où le risque est présent et ne peut être effacé. Les sollicitations résultent des conditions météorologiques et maintenant climatiques. L&#8217;usage veut que dans ces métiers, on annonce publiquement les caractéristiques des sollicitations auxquelles l&#8217;ouvrage est sensé résister, elles sont définies par des règlements. L&#8217;ingénieur n&#8217;a pas de prime si l&#8217;ouvrage se fatigue moins que prévu ni de mise en examen si une tempête vient à le rompre.</p>
<p>Un point commun de la finance avec la drogue est que le risque apporte du profit. Dans les deux cas, ceci induit une façon violente de gérer les responsabilités. La finance néolibérale actuelle est irrémédiablement créatrice d&#8217;aléa, il ne peut y avoir de marché où la spéculation est possible (par achat et revente libre) sans une agitation des cours, c&#8217;est elle qui produit l&#8217;aléa. Son origine est fondamentalement due à des choix d&#8217;organisation de la société humaine et non aux éléments naturels. Evidemment il n&#8217;y a pas que les traders qui subissent les conséquences désastreuses de cette agitation, également les entrepreneurs qui ne peuvent plus lire les signaux-prix des composants de leur fonction de production, ou les agriculteurs qui ne voient plus l&#8217;avenir à cause du chaos des cours mondiaux. Mais là n&#8217;est pas notre sujet. Le point philosophique que nous voulons soumettre à la réflexion du lecteur est cette curieuse légitimité de la finance et la violence qu&#8217;elle engendre qui passe inaperçue aussi bien des politiques, de la presse que du système juridique. Car ce qui est choquant, et qui révèle la miscibilité des professionnels de ces trois secteurs, c&#8217;est que <em>les banques gagnent toujours</em> : les configurations de risque que les traders prennent sont telles que le plus souvent leur banque a du profit, et que lorsqu&#8217;il y a perte, la perte est grave. Mais là il ne peut y avoir que deux cas : ou bien la banque savait ce qui se passait et l&#8217;employé n&#8217;étant qu&#8217;un salarié, elle ne peut se retourner contre lui, ou bien elle ne savait pas, et alors elle c&#8217;est qu&#8217;elle est mal gérée. La victoire juridique de la banque contre son trader est la preuve même qu&#8217;elle laisse opérer en son sein des procédures douteuses qu&#8217;elle dissimule quand tout va bien et qui lui permettent d&#8217;accabler le trublion quand il y a perte.</p>
<p>En fait, elles ne sont pas toujours gagnantes d&#8217;un point de vue comptable car les pertes rares et énormes ne peuvent être remboursées par l&#8217;individu trader. Mais elles sont toujours gagnantes juridiquement. C&#8217;est ce qui est le plus immoral d&#8217;un point de vue philosophique et éthique. L&#8217;autonomie du trader est toujours laissée suffisamment dans le flou pour qu&#8217;il puisse prendre des risques mais que si un cas rare défavorable survient, on puisse se retourner spectaculairement contre lui, en réclamant, comme vient de faire la Société Générale 4,9 milliards d&#8217;Euros de dommages et intérêts à Jérôme Kerviel condamné en première instance à cinq ans de prison dont trois fermes.</p>
<p>Comment qualifier de façon objective les usages bancaires ainsi observés ? Cela ne relève pas de la naïve et primaire corruption — que les libéraux européens soulignent à l&#8217;envi dans les pays d&#8217;Europe du Sud pour expliquer les dettes et justifier les politiques de rigueur — c&#8217;en est une forme supérieure, beaucoup plus élaborée et structurée institutionnellement, qui consiste pour la banque à se faire une probité aux yeux de l&#8217;opinion en prenant un salarié désigné par le hasard comme bouc émissaire et à l&#8217;accabler d&#8217;avoir fait ce que tout le monde fait d&#8217;ordinaire et que l&#8217;on tait quand c&#8217;est profitable.</p>
<p style="text-align: left;" align="center"><span style="color: #ff9900;">&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8211;</span></p>
<div>
<p><a title="" href="#_ftnref1">[1]</a> Cf. G. Giraud et C. Renouard <em>Le facteur 12, Pourquoi faut-il plafonner les revenus</em>, Carnets Nord 2012; H. Morel <em>La France surendettée ?</em> Les Petits Matins 2011.</p>
</div>
<div>
<p><a title="" href="#_ftnref2">[2]</a> Cf. N. Bouleau <em>Mathématiques et risques financiers</em> O. Jacob 2009.</p>
</div>
<div>
<p><a title="" href="#_ftnref3">[3]</a> Cf. J.-B. Poulle <em>Réflexions sur le droit souple et le gouvernement d&#8217;entreprise, Le principe &laquo;&nbsp;se conformer ou expliquer&nbsp;&raquo; en droit boursier.</em> L&#8217;Harmattan 2011.</p>
</div>
<div>
<p><a title="" href="#_ftnref4">[4]</a> cf. Camara M., Salama P.&nbsp;&raquo;Homicides en Amérique du Sud : les pauvres sont-ils vraiment dangereux&nbsp;&raquo; <em>Tiers-Monde</em>, 44, n174, pp. 393-416, 2003.</p>
</div>
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		</item>
		<item>
		<title>Disparition  des dinosaures et changement climatique</title>
		<link>http://alaingrandjean.fr/2013/02/19/disparition-des-dinosaures-et-changement-climatique/</link>
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		<pubDate>Tue, 19 Feb 2013 16:37:24 +0000</pubDate>
		<dc:creator>admin</dc:creator>
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		<description><![CDATA[&#160; Vincent Courtillot célèbre géophysicien français climato sceptique proche de Claude Allègre s&#8217;est fait connaître pour son  hypothèse explicative du réchauffement climatique en cours. Il pensait avoir démontré  que l&#8217;activité solaire combinée à l action de la couverture nuageuse permettait de rendre compte du réchauffement. On doit à Édouard Bard la réfutation implacable de cette hypothèse, qui [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<div><a href="http://alaingrandjean.fr/wp-content/uploads/2013/02/meteorstrikedinosaurs.jpg"><img class="alignleft size-full wp-image-2476" title="meteorstrikedinosaurs" src="http://alaingrandjean.fr/wp-content/uploads/2013/02/meteorstrikedinosaurs.jpg" alt="" width="370" height="412" /></a></div>
<div></div>
<p>&nbsp;</p>
<div>Vincent Courtillot célèbre géophysicien français climato sceptique proche de Claude Allègre s&#8217;est fait connaître pour son  hypothèse explicative du réchauffement climatique en cours. Il pensait avoir démontré  que l&#8217;activité solaire combinée à l action de la couverture nuageuse permettait de rendre compte du réchauffement. On doit à Édouard Bard la réfutation implacable de cette hypothèse, qui va donc être balayée par l&#8217;histoire.</div>
<div></div>
<p>Voir <a href="http://sciences.blogs.liberation.fr/home/2010/09/scoop-le-match-bard-versus-courtillot-%C3%A0-lacad%C3%A9mie-des-sciences.html" target="_blank">http://sciences.blogs.<wbr>liberation.fr/home/2010/09/<wbr>scoop-le-match-bard-versus-<wbr>courtillot-%C3%A0-lacad%C3%<wbr>A9mie-des-sciences.html</wbr></wbr></wbr></wbr></a></p>
<p>&nbsp;</p>
<p>On sait moins que dans le débat sur les causes de l&#8217;extinction  des dinosaures, Vincent Courtillot à toujours soutenu la thèse &laquo;&nbsp;volcaniste&nbsp;&raquo; contre la thèse &nbsp;&raquo; météoritique &laquo;&nbsp;.</p>
<p>voir <a href="http://www.canalacademie.com/ida329-Les-eruptions-volcaniques-et-la-disparition-des-especes.html" target="_blank">http://www.canalacademie.com/<wbr>ida329-Les-eruptions-<wbr>volcaniques-et-la-disparition-<wbr>des-especes.html</wbr></wbr></wbr></a></p>
<p>&nbsp;</p>
<p>La controverse est maintenant close. La fin des dinosaures est bien liée à la chute d&#8217;une météorite.</p>
<p>Voir <a href="http://www.lemonde.fr/sciences/article/2013/02/14/la-fin-des-dinosaures-est-bel-et-bien-liee-a-une-meteorite_1832275_1650684.html" target="_blank">http://www.lemonde.fr/<wbr>sciences/article/2013/02/14/<wbr>la-fin-des-dinosaures-est-bel-<wbr>et-bien-liee-a-une-meteorite_<wbr>1832275_1650684.html</wbr></wbr></wbr></wbr></a>&gt;</p>
<p>&nbsp;</p>
<p>Comme quoi, il ne suffit pas en science d avoir une idée originale pour qu&#8217;elle soit valide ! Il ne suffit pas d&#8217;être un géophysicien compétent comme l&#8217;est Vincent Courtillot, pour être à l&#8217;abri de grosses erreurs.</p>
<div></div>
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		<title>L&#8217;Europe sous la menace du césarisme</title>
		<link>http://alaingrandjean.fr/2013/02/14/leurope-sous-la-menace-du-cesarisme/</link>
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		<pubDate>Thu, 14 Feb 2013 11:28:10 +0000</pubDate>
		<dc:creator>admin</dc:creator>
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		<category><![CDATA[Crise financière]]></category>
		<category><![CDATA[Économie]]></category>
		<category><![CDATA[Finance]]></category>
		<category><![CDATA[Opinions]]></category>

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		<description><![CDATA[Je vous signale ce livre qui n&#8217;est pas sans rapport avec quelques posts de ce site, par exemple &#160; Euro federalisme ou euro imperialisme : http://alaingrandjean.fr/2011/12/05/euro-federalisme-ou-euro-imperialisme/ Le Dogme contre la démocratie, et …l’Europe. La Grèce rejoint l’Islande ? : http://alaingrandjean.fr/2011/11/01/le-dogme-contre-la-democratie-et-%E2%80%A6l%E2%80%99europe-la-grece-rejoint-l%E2%80%99islande/ LE LIVRE L&#8217;Europe sous la menace du césarisme Il est pessimiste, et il ose le [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<div>Je vous signale ce livre qui n&#8217;est pas sans rapport avec quelques posts de ce site, par exemple</div>
<p>&nbsp;</p>
<div><strong>Euro federalisme ou euro imperialisme :</strong> <a href="http://alaingrandjean.fr/2011/12/05/euro-federalisme-ou-euro-imperialisme/" target="_blank">http://alaingrandjean.fr/2011/<wbr>12/05/euro-federalisme-ou-<wbr>euro-imperialisme/</wbr></wbr></a></div>
<div>
<p id="post-1978"><strong>Le Dogme contre la démocratie, et …l’Europe. La Grèce rejoint l’Islande ? :</strong><a href="http://alaingrandjean.fr/2011/11/01/le-dogme-contre-la-democratie-et-%E2%80%A6l%E2%80%99europe-la-grece-rejoint-l%E2%80%99islande/" target="_blank"> http://alaingrandjean.fr/2011/<wbr>11/01/le-dogme-contre-la-<wbr>democratie-et-%E2%80%A6l%E2%<wbr>80%99europe-la-grece-rejoint-<wbr>l%E2%80%99islande/</wbr></wbr></wbr></wbr></a></p>
</div>
<div></div>
<div><span style="color: #000000;"><br />
</span><strong>LE LIVRE</strong></div>
<div><a href="http://alaingrandjean.fr/wp-content/uploads/2013/02/home_208.jpg"><img class="alignleft size-full wp-image-2469" title="home_208" src="http://alaingrandjean.fr/wp-content/uploads/2013/02/home_208.jpg" alt="" width="311" height="500" /></a></div>
<div style="text-align: left;">
<p><strong><em><span style="text-decoration: underline;">L&#8217;Europe sous la menace du césarisme</span></em></strong></p>
<p><strong><em></em></strong>Il est pessimiste, et il ose le dire. Parce qu&#8217;&nbsp;&raquo; il y a des époques dansl&#8217;histoire humaine où tout optimisme n&#8217;est que lâcheté et aveuglement irresponsable &laquo;&nbsp;, écrit David Engels dans ce livre intéressant. A l&#8217;heure où les Européens peinent à se mettre d&#8217;accord sur un budget qui ne représente que 1 % du produit intérieur brut de l&#8217;Union, ce professeur d&#8217;histoire romaine à l&#8217;Université libre de Bruxelles tire le signal d&#8217;alarme. &nbsp;&raquo; L&#8217;Union européenne est en crise, écrit-il. Crise institutionnelle, crise économique, mais aussi crise identitaire. Personne ne doute que les évolutions à venir seront décisives pour sa survie en tant qu&#8217;acteur politique majeur. &nbsp;&raquo;</p>
<p>Dans l&#8217;entre-deux-guerres, le philosophe allemand Oswald Spengler prophétisait Le Déclin de l&#8217;Occident (Gallimard, 1948). Si la chute finale de la maison Europe n&#8217;est pas pour demain, David Engels propose néanmoins un parallèle stimulant entre la crise du monde romain et la situation du Vieux Continent, en ce début de XXIe siècle.</p>
<p>La République romaine a duré de la fin du VIe siècle av. J.-C. au début du règne d&#8217;Auguste (27 av. J.-C.). Au Ier siècle av. J.-C., rappelle David Engels, la République fait face à des crises structurelles interconnectées (politiques, économiques, culturelles). Ce moment, où un Etat relativement ouvert et républicain se transforme en Etat autoritaire et conservateur présente de troublantes ressemblances avec le moment que nous vivons, avance l&#8217;historien. Il affirme craindre en Europe un &nbsp;&raquo; revirement autoritaire &laquo;&nbsp;, un nouveau césarisme &nbsp;&raquo; qui semble de plus en plus inévitable et risque de renverser le processus d&#8217;émancipation de l&#8217;individu &laquo;&nbsp;.</p>
<p>La partie la plus incisive du livre réside dans la critique d&#8217;une conception désincarnée de la construction européenne. Non, affirme David Engels, l&#8217;Union européenne n&#8217;est pas une &nbsp;&raquo; nouveauté absolue &nbsp;&raquo; dont l&#8217;identité serait à construire et à définir par une réflexion rationnelle. &nbsp;&raquo; La tentative aussi désespérée qu&#8217;infructueuse de rejeter les valeurs traditionnelles du passé et de construire une nouvelle identité collective européenne basée sur des idéaux universalistes ressemble plus à un symptôme de la crise actuelle qu&#8217;à sa solution &laquo;&nbsp;, écrit-il.</p>
<p>Si le repli sur soi n&#8217;est pas la solution, l&#8217;Europe, suggère David Engels, doit assumer de façon critique son héritage et ses traditions, plutôt que de les occulter. En jargon d&#8217;aujourd&#8217;hui, cela s&#8217;appelle le &nbsp;&raquo; soft power &laquo;&nbsp;. Une autre façon de dire que l&#8217;Europe n&#8217;est ni une frontière, ni un laboratoire, mais un espace politique qu&#8217;il s&#8217;agit de penser et de bâtir.</p>
<p><span style="color: #ffcc00;">&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;-</span></p>
</div>
<div>
<p>Philippe Arnaud</p>
<p><a href="http://www.editionsdutoucan.fr/livre.php?id_livre=208">Le Déclin &#8211; La crise de l&#8217;Union européenne et la chute de la République romaine</a></p>
</div>
<div>
<p>de David Engels, éditions du Toucan,</p>
<p>384 pages, 20 euros</p>
<p>© Le Monde</p>
</div>
<div></div>
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