L’austérité, c’est bon pour la planète et ses habitants ?

27 avril 2011 - Posté par Alain Grandjean - ( 4 ) Commentaires

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S’il est évident que l’austérité est négative au plan social, c’est moins évident sur le plan écologique.

La crise financière récente a permis de confirmer une loi empirique : dans les 50 dernières années le PIB et les émissions de GES ont été fortement corrélées au niveau mondial et la décroissance du PIB1, qu’elle soit due à une guerre ou une récession, a toujours entraîné le recul des émissions (Voir illustration ci-dessous). Les émissions mondiales de gaz à effet de serre ont ainsi légèrement diminué entre 2008 et 2009 du fait de la crise économique. Aux Etats-Unis, elles ont chuté de près de 6 % entre 2008 et 2009. A l’inverse c’est bien le décollage économique de la Chine qui l’a propulsée au « statut » de plus gros émetteur de GES de la planète.

Faut-il du coup bénir les politiques d’austérité qui s’installent en Europe, quitte à les mâtiner d’une augmentation des transferts sociaux pour faire passer la pilule ? Plus cynique encore, ne doit pas compter sur l’enchainement des crises économiques pour régler le problème écologique ? L’absence d’anticipation des gouvernements occidentaux face à l ‘envolée du pétrole en 2011 qui risque de conduire à une nouvelle récession n’est-elle pas finalement une bonne chose pour le climat et la planète ?

La réponse est clairement négative et ce pour plusieurs raisons.

L’effet de baisse de la pression anthropique est de court terme, il est conjoncturel. En revanche la récession conduit à la compression des coûts et des investissements, sans discernement, ou plutôt avec un biais contraire aux nécessités écologiques. La récession crée une forte pression en faveur du court terme et en défaveur de tout investissement dont le retour est trop long (Voir aussi le post : « la rigueur, politique de Gribouille« ). Or les investissements d’économie d’énergie ou de matières, les changements lourds de procédés sont plus durs à rentabiliser que des décisions de compression de personnel par exemple. Ce raisonnement est vrai pour les entreprises et les ménages. Quand les temps sont durs (ou vécus comme tels) on ne fait pas de gros travaux d’isolation, la préférence pour le présent s’accroit. L’épargne de précaution aussi, mais pas les dépenses d’investissement.

La récession rend également très difficile la mise en place de mesures publiques contraignantes à court terme, même si elles sont génératrices d’opportunités à moyen terme. Très concrètement, les gouvernements ne parviennent pas en période de difficultés économiques à imposer un prix du carbone suffisant (que ce soit via les quotas européens qui s’ échangent à moins de 20 euros, ou via une taxe carbone qui n’arrive pas à voir le jour – voir « L’abandon de la taxe carbone, une triple erreur« ). Le « chantage à l’emploi » et le risque politique d’une baisse du pouvoir d’achat sont des arguments trop puissants dans ce type de contexte.

Au total la période de récession ne fait que ralentir la mise en place des mesures structurelles nécessaires pour sortir de l’impasse dans lequel se trouve notre modèle économique (Ex : Le climat sacrifié sur l’autel politicienLibre échange et agriculture, l’équation de la famine« …).

Investir pour devenir plus sobre

Nous allons devoir apprendre à être plus sobres, plus économes et plus partageurs : le monde est fini et la part du gâteau matériel que vont prendre les émergents et les « enfants à naître » (nous passons de 7 à 9 milliards d’habitants d’ici 2050) va croître. La nôtre ne peut que baisser.

Mais cette sobriété ne s’installera pas toute seule. Le psychologue dira qu’on ne se désintoxique pas facilement, le sociologue dira que l’acteur n’a que peu de marges de manœuvre face au « système » qui détermine l’essentiel de sa consommation, l’économiste montrera que les incitations doivent être fortes…L’ingénieur dira que si, en 2050 nous avons réussi à stopper la dérive climatique de manière équitable, chacun de nous émettra alors chaque année 2 tonnes de CO2 équivalent. Que pouvons-nous faire aujourd’hui avec ce quota ? Nous pouvons effectuer un aller-retour Paris-New York en avion, parcourir 15 000 km en petite voiture, produire 2 tonnes de ciment (une maison moderne de 100 m2 en nécessite 10)…Il est donc évident que cela ne pourra se faire qu’avec un aménagement du territoire, des processus de production et des modes de consommation très différents de ceux d’aujourd’hui. Et ces innovations ne peuvent s’accomplir sans investissements.

La voie la plus rapide et la plus sûre consiste donc à investir rapidement et fortement maintenant pour que les structures et les infrastructures de nos économies rendent possible une sobriété acceptable si ce n’est heureuse. (Voir notre proposition d’emprunt à la banque centrale)

Et tant mieux, car un programme ambitieux d’investissements c’est plus de travail, plus de revenus qui permettront de mettre des régulations plus fortes, et c’est un projet qui a du sens pour tous et en particulier pour les jeunes !

Alain Grandjean

Voir aussi les posts :

Les relations de dépendance entre croissance économique et équilibres écologiques (pdf)

Comment peut-on manquer d’argent…pour sauver la planète ?

Le climat sauvé par la pénurie des énergies fossiles ?

« Monétiser la dette publique pour…« 

1 L’intensité mondiale du PIB est d’environ 800 kg par point de PIB. Elle varie en ordre de grandeur de 500 kg pour l’Union Européenne à 2,5 tonnes pour les pays les plus inefficaces.

Voir http://www.cdcclimat.com/-Reperes-Chiffres-cles-du-climat-.html

 

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4 Responses to “L’austérité, c’est bon pour la planète et ses habitants ?”

  1. Explications claires, rappel pertinent des faits.
    Bref, excellent billet… comme toujours.

    Reste à espérer que des dirigeants courageux, trop souvent dictés dans l’action publique par les courts rythmes électoraux plutôt que par l’intérêt général sinon global, mettent en oeuvre enfin une politique de diminution drastique des consommations d’énergie.

  2. Merci pour les encouragements!
    Oui, espérons et poursuivons nos actions citoyennes de toutes nos possibilités.
    Cordialement,
    Pablus, webmaster

  3. Bonsoir
    Je ne pense pas qu’un habitant d’une épave thermique contraint à utiliser sa voiture pour aller au boulot va voir son bien-être s’accroître dans les années qui viennent si le programme d’austérité prévu au menu se met en oeuvre, dans un contexte de renchérissement des énergies…je crois qu’on serait bien avisé de réaliser une série d’investissements dans l’urbanisme, le logement et le transport pour améliorer le sort de ce citoyen. Idem pour le cas d’un agriculteur surendetté et englué dans un modèle intensif qui l’empoisonne. Comment l’en sortir pour qu’il retrouve santé et joie de vivre?

  4. Mais si on ne parle plus de pouvoir d’achat, il n’y a plus non plus de probleme à réduire la consommation, justement avec des récessions, comme ça s’est fait en 2008. Il n’y a qu’à rendre les gens pauvres et on a réglé les problèmes !

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