Sortir du nucléaire à quel prix, suite

4 juillet 2011 - Posté par Alain Grandjean - ( 9 ) Commentaires

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Merci  à tous ceux qui ont pris le temps de lire mon précédent post sur le sujet et de me faire des commentaires critiques (postées ou non sur le blog). Je vais essayer de faire avancer la réflexion en tenant compte de ces remarques. Cela va me conduire à mieux préciser certains chiffrages et  à en corriger certains. Puis à proposer une démarche, et le scénario qui me semble le mieux tenir compte, rationnellement, des contraintes en jeu.

1 Le coût futur du nucléaire

Les estimations actuelles du coût de production de l’EPR sont de l’ordre de 60 euros le MWh ; elles sont faites selon les règles habituelles pour un coût de construction de l’ordre de 3000 euros le Kw (soit environ 5 Milliards pour 1,6 GW) et avec un taux de disponibilité de 90 %. Une provision pour déconstruction est intégrée dans ce montant pour 1 euro en ordre de grandeur.  Une provision complémentaire  pour couverture d’un risque d’’accident majeur  serait de l’ordre de 1 euro (voir post sur le sujet). Si l’on prend réduit la disponibilité à 80% le coût augmente de 7 euros le MWh. Si la construction coûte 10% de plus (pour des raisons liées à une augmentation du niveau de sûreté le surcoût au MWh est aussi de 7 euros. Le coût de 80 euros le MWh que j’ai retenu est donc plutôt majorant.

2 Le coût futur des ENR et le mix ENR

J’ai retenu dans le scénario de sortie du nucléaire un mix ENR à 2050 une production de 110 TWh d’éolien et de 60 de solaire photovoltaïque et un  coût au MWh solaire de 150 euros le MWh. Il se pourrait que le PV se développe plus  et que l’éolien plafonne. Cela s’observerait dans une hypothèse de poursuite de la baisse du coût du PV. L’éolien off-shore pourrait être moins coûteux (150 euros le MWh au lieu de 180). Mais au total cela ne changera pas l’ordre de grandeur du coût moyen de production  de l’électricité qui ressort pour  ce type de scénario dans une fourchette de 210 à  230 euros le MWhTTC (contre 180 dans le calcul tout EPR).

3 Besoins d’investissements dans le scénario ENR

Quand on raisonne en investissements cumulés comme je l’ai fait et non en investissements actualisés il faut tenir compte de la durée de vie limité des investissements dans les ENR. Le chiffre mentionné de 200 milliards d ’Euros est donc à multiplier par un facteur compris entre 1 et 2 (2 si la durée de vie des équipements est de 20 ans, 1 si elle est supérieure à 40 ).

Concernant les investissements dans les réseaux et le stockage de l’électricité l’inconnue reste grande.

4  Cout de l’efficacité énergétique dans le scénario de sortie du nucléaire

 

J’avais   choisi, en indiquant que c’était un calcul « pifométrique »,  pour valoriser ce que vont payer les usagers afin de réduire leur consommation d’électricité, de partir des coûts, à peu près connus, de l’isolation thermique du bâtiment.  J’en déduisais un coût d’investissement de 2 à 4 euros pour éviter  un KWh pendant 30 ans, soit un coût de 16 à 33 c le kWh évité. Benjamin Dessus estime de son côté que  les investissements à réaliser seraient en moyenne, de l’ordre de 5 c d’euros le kWh économisé, soit 3 à 6 fois moins . Ce faible coût serait à ses yeux d’autant plus crédible qu’il peut s’agir de kWh accessibles via des réglementations où l’Europe a un réel pouvoir et une crédibilité forte. Dit autrement, les premiers gisements d’économie d’énergie seraient plutôt à chercher dans l’électricité spécifique et dans la régulation de l’énergie que dans l’isolation thermique du bâti[1]. Je suis d’accord avec cette remarque.

Pour rappel la consommation énergétique finale française d’environ 1600 TWh se répartit comme le montre le tableau. On voit en effet que le chauffage électrique ne représente que 60 TWh soit de l’ordre de 15% de la  consommation électrique française totale et 4 % de la consommation d’énergie finale.

En revanche il n’est pas facile de connaître les coûts par MWh évités, dans la pratique, car on manque de données et de recul. En particulier dans  l’industrie qui consomme un tiers de l’énergie final en ordre de grandeur (et hors transports associés) .Dans tous les cas il convient en outre d’évaluer le potentiel de réduction associé à une catégorie de mesure. Enfin le mode de calcul joue[2]

En effet les premiers KWh à économiser sont les moins chers (sans doute autour de 1c€/kWh cumac) et il y a certainement un potentiel à ce coût de l’ordre de 10 à 20 TWh , si on en a la volonté et les moyens ; mais par contre au delà des premiers TWh les opérations sont plus coûteuses, On peut se dire qu’il y a toute une gamme d’opérations qui vont de quelques centimes à 15 cEuros. Il me semble impossible d’affirmer aujourd’hui que le « bon » chiffre est à 5 mais il est en effet probablement inférieur à 15.

L’estimation de la charge annuelle serait donc inférieure  au chiffre que j’avais indiqué ( 30 à 60 milliards). Prenons pour l’exemple 10 c le kWh. Sur 170 TWh cela conduirait à un surcoût annuel de l’ordre de 20 Milliards. Du coup les factures des deux scénarios ressortent à parité (en gros 70 milliards annuels, pour 500 TWh consommés côté tout EPR et pour 310 TWH coté MDE/EPR).

Il n’est donc pas impossible que les coûts supportés in fine chaque année par le consommateur soient du même ordre de grandeur. Rappelons cependant que la question du stockage, des réseaux et de l’intermittence restent une inconnue de ce scénario, et que les coûts associés sont donc à ce stade estimés aussi « au doigt mouillé ».

Cependant cela n’empêche pas qu’il faille par ailleurs, au nom de la lutte contre le changement climatique, procéder aux rénovations lourdes. Le logement (résidentiel et tertiaire) est en effet  responsable de 20 à 25 % des émissions de GES en France et de plus de 40 % de la consommation d’énergie.  S’il est donc inexact d’attribuer la charge de l’investissement total de la rénovation thermique à une éventuelle sortie du nucléaire,  il faut  avoir à l’esprit que cette charge sera bien présente et sans doute prioritaire si les coûts des énergies fossiles continuent à augmenter ce qui est probable. Il faut également avoir à l’esprit que beaucoup de ces opérations ne sont pas assez rentables par les ménages (et par les entreprises) pour être entreprises aujourd’hui sans une incitation forte voire une obligation.

Enfin ne déduisons pas de cette analyse-ci qu’il faudrait nécessairement commencer par les opérations peu coûteuses d’efficacité thermique , qui seraient suffisantes pour se passer à terme du nucléaire. La priorité pourrait être, du fait du Peak Oil, d’accélérer la sortie du pétrole et d’effectuer de ce fait plus rapidement les rénovations thermiques lourdes.

5 Réalisme des objectifs de réduction de la consommation d’énergie.

 

J’ai pris pour illustrer le propos un objectif à 2050 de réduction de la consommation d’électricité de 30%. Il n’est pas possible de dire quatre décennies à l’avance si c’est réaliste ou pas. Pas facile non plus de savoir si cet objectif est atteint à « iso-confort ». Ce chiffre de 30 % me paraît un majorant de ce qu’il est possible aujourd’hui de se donner comme objectif. Il nécessite une vraie politique maîtrise de la demande qu’on ne constate pas aujourd’hui malgré le Grenelle et malgré la crise financière. Certains commentateurs me trouvent bien optimistes, (ou décroissantistes) d’autres bien prudents…Je me dis qu’il faut procéder par étapes et faire des essais en vraie grandeur : que donne une politique de la demande sérieuse accompagnée de coûts croissants de l’énergie ?

6 Transfert  de modes énergétiques

 

La limite la plus importante à l’approche  choisie c’est bien sûr d’avoir raisonné à modes énergétiques constants. Or il est possible que des usages aujourd’hui satisfaits directement par des énergies fossiles le soient demain par l’électricité. François Dauphin estime ce report à 100 à 150 TWh. Cela suppose une transition énergétique qui soit centrée d’abord sur le développement des usages électriques, ce qui n’est clairement pas compatible avec un scénario de sortir du nucléaire rapide ou moyennement rapide. Les études sur la voiture électrique montre que son intérêt est discutable[3]. Il est donc très difficile de trancher.

A ce stade la bonne méthode consiste à repartir d’un scénario global traitant simultanément de tous les secteurs, et des substitutions possibles…. A suivre donc.

7 Scénarios optimaux

 

La comparaison des deux scénarios (l’un avec sortie du nucléaire à horizon 2050 et l’autre avec généralisation de l’EPR) avait essentiellement pour but de permettre une réflexion sur les coûts monétaires  et le prix futur de l’électricité. Elle a permis d’en déduire quelques premières conclusions.

  1. En dehors des coûts liés à l’efficacité énergétique le prix de l’électricité pourrait doubler dans des scénarios opposés. Les charges totales pour le consommateur (coût de l’électricité plus amortissement des dépenses d’économie d’énergie) pourraient être du même ordre dans ces deux scénarios, passant de 45 milliards annuels aujourd’hui à 70 milliards demain, soit 50% d’augmentation. Un programme d’investissements important est à prévoir de l’ordre de 300 milliards pour le scénario EPR et sans doute plus pour le scénario MDE/ENR (disons 300 pour les ENR et 150  pour l’efficacité énergétique). A ce programme d’investissements devront s’ajouter dans la même période les investissements nécessaires pour réduire notre dépendance aux énergies fossiles (pétrole et gaz).
  2. Augmenter une charge de 50 % sur une période de 40 ans se traduit par une croissance annuelle de moins de 2%. Si l’on fait le même raisonnement avec le total de la facture énergétique et si l’on constate un doublement de cette facture, sur 40 ans cela se traduit par une croissance annuelle de 2%. Rien d’impossible! Par ailleurs des investissements de l’ordre de 2% du PIB ne sont pas non plus démesurés. Si l’on raccourcit le délai cela devient évidemment plus difficile.  La question du rythme est donc  essentielle : ce qui est faisable avec un peu de temps devient héroïque dans la précipitation.
  3. La rentabilité de ces investissements pour les acteurs (que ce soit des producteurs ou pour les consommateurs) est aujourd’hui insuffisante au vu des mécanismes économiques et du faible prix du carbone. Il faut dans tous les cas revoir  la gouvernance et la régulation de l’énergie.
  4. Il y a  des incertitudes importantes sur les plans techniques et économiques tant pour ce qui concerne la France que pour son environnement international du fait notamment du peak oil mais aussi du fait de la multiplication des crises de toute nature, climatiques ou autres.

Si l’on veut ménager l’avenir, tenir compte de la dimension économique et ouvrir les possibles, la stratégie la plus cohérente consiste à favoriser des scénarios « incrémentaux » avec à la fois :

  • une hausse du prix de l’électricité (qui de toute façon est à l’ordre du jour du fait de la loi NOME)
  • le lancement d’un programme d’efficacité énergétique ambitieux
  • la reprise de l’investissement dans les ENR, en l’adaptant en fonction de  la baisse des  coûts des technologies
  • des prolongements de centrales nucléaires au-delà des 30 années minimales en fonction des besoins  à couvrir (moins de besoins, moins de fossiles, plus d’ENR conduit ou non à moins d’électricité nucléaire)
  • la construction de l’EPR comme alternative au prolongement des centrales,  pour se prémunir du risque de rupture d’approvisionnement au cas où  les programmes d’ efficacité ne marchent pas suffisamment ou pas suffisamment vite et où par ailleurs les tensions sur le pétrole obligent à des reports sur l’électricité. Et pour offrir une alternative au prolongement des centrales existantes, même si elle est bien plus coûteuse.

Dans tous les cas, ce type de scénarios doit se construire en concertation avec nos partenaires européens. La plaque européenne commence à être bien interconnectée et des insuffisances de production  liées à une sortie trop rapide du nucléaire non coordonnée (des deux côtés du Rhin) pourrait conduire à des black-outs dangereux au plan humain et industriel , et désastreux pour la crédibilité de ceux qui souhaitent de bonne foi limiter les risques encourus par les populations. Ou alors à des émissions de CO2 et une dépendance aux fossiles croissantes, ce qui n’est sans doute pas le but recherché.

Alain Grandjean

Pour compléter cette lecture, voici les autres posts de ce dossier :

L’équation Climat-Energie après la catastrophe nucléaire de Fukushima

Sortir du nucléaire : à quel prix ?

Sortir du nucléaire : à quel rythme ?

Commentaires de Benjamin Dessus sur le prix d’une sortie du nucléaire

Couverture du risque nucléaire : qui doit payer ?

Sortir du nucléaire en France : quelle gouvernance, quel financement ?


[1] Ce qu’on appelle l’efficacité active, par opposition à l’isolation, qui est de l’efficacité passive.

[2] Les chiffres sont parfois donnés en c€/kWh cumac (cumulé actualisé) mais pas toujours et pas toujours au même taux.

[3] Voir le dernier rapport du Conseil d’analyse stratégique, http://www.strategie.gouv.fr/content/rapport-la-voiture-de-demain-carburants-et-electricite-0

Répondre à Jacques Talbot

9 Responses to “Sortir du nucléaire à quel prix, suite”

  1.   Tonton@gmail.com   4 juillet 2011 à 14 h 09 min

    Merci pour tous ces billets sur le sujet.

    Une question majeure reste sur les énergies renouvelables. Si l’on compare avec l’Allemagne, le but n’a pas seulement été de développer des filières pour l’industrie allemande, il a été pensé depuis le départ comme un modèle d’exportation. Le tout étant financé par une électricité plus chère dont les seules subventions en 2010 ont été de plus de 12 milliards (soit plus de 120 €/MWh toutes sources confondues). Dans ce cas il faudrait explorer le véritable potentiel français d’exportations : sur l’éolien nous sommes en retard mais vue le manque d’innovation majeure, il est tout à fait possible de le rattraper et notamment sur l’offshore, plus intéressant financièrement (créneau occupé par Alstom et Areva). Le PV reste si cher à ce jour (plus de 500€/MWh d’après le dernier rapport de la CRE) que les subventions maintiennent sous perfusion toute la filière qui ne s’est spécialisée que dans le montage et l’intégration au bâti. C’est déjà ça mais le plus important reste la recherche.

    Et cela n’est que pour un cadre très national. On pourrait tout aussi imaginer un scénario d’intégration européenne plus importante (la libéralisation du marché de l’électricité en serait une, paraît-il…), faisant fi des différences dans les choix énergétiques, et profitant (ce qui est déjà un peu le cas) des différents modes de productions électriques selon les pays.

    Enfin strictement sur le nucléaire et sur le thème extra-national, il faut bien imaginer qu’abandonner le nucléaire signifie que l’on n’y fait plus confiance. Or le nucléaire se vend d’Etat à Etat et la sûreté est assurée par sa légitimité et son expérience. Pourquoi vouloir sortir à tout prix du nucléaire alors que de nombreux pays continuent leur propre programmes ? C’est aussi se couper d’une source d’exportation considérable. Il faut d’ailleurs se montrer prudent sur l’efficacité énergétique car si la consommation de pétrole par unité de PIB régresse, celle de l’électricité ne cesse de progresser ; le vecteur électrique est promis à un bel avenir. Libérons nous du pétrole en électrifiant les usages et travaillons sur l’efficacité des modèles thermiques. Abandonnons le chauffage électrique mais développons la PAC (qui consomme toujours de l’électricité!) et le chauffage solaire, technologies si bien maîtrisées. Et qui sait si demain nous n’aurons pas besoin d’encore plus d’électricité pour désaliniser l’eau en grande quantité ? Londres possède déjà une unité car l’approvisionnement en eau potable est de plus en plus difficile, bien que les pertes en eau soient gigantesques, efficacité là encore.

    Autre paradoxe : abandonner le nucléaire oblige à stocker pour toujours ses déchets nucléaires… Alors que la 4ème génération offre des perspectives réalistes et intéressantes d’élimination des principaux déchets de longue vie. Je serais ravi, par un jeu de l’histoire, que la France finisse par bien vouloir reprendre les déchets allemands pour ses propres besoins d’ici la seconde partie du 21ème siècle. Et cette génération n’est pas un rêve : la France en a fait fonctionner (assez pour se concentrer sur les petites puissances), la Russie en finie de construire et veut développer une filière et a déjà eu une commande pour deux réacteurs de ce type en Chine, menant eux aussi leurs propres recherches, avec succès.

    En conclusion : prolongeons la durée de vie des centrales pour celles qui le peuvent, développons vite la quatrième génération, poussons la recherche sur les applications immédiates (PAC, solaire thermique, isolatio, efficacité) aidées par des règlements et financements ainsi que les applications plus lointaines notamment la batterie électrique et le PV dont des organismes de recherche à l’échelle européenne seraient parfaits pour consolider le projet européen.

    Ce ne sont que des grandes lignes mais tout scénario de prospective se révèle par nature éroné… Une chose qui me titlle d’ailleurs dans tous les scénarios ENR c’est d’affirmer que par nature les ENR permettent la diminution massive de la consommation d’énergie alors que le nucléaire serait toujours associé au gaspillage ! Oui le chauffage électrique n’est pas bon pour la collectivité (mais vu le prix de l’électricité il est bon individuellement) mais ça ne représente qu’une partie de son utilisation. L’électricité est un vecteur énergétique, rien de plus. Ainsi quid d’un scénario nucléaire+ajout réaliste d’ENR+économies d’énergie ? :)

    • Bonsoir Tonton
      Je partage plusieurs de vos propositions et constats. A ce stade je ne crois pas avoir pris parti pour une sortie du nucléaire. Mes posts visent essentiellement à tenter de poser les termes du débat, sans tabou donc en examinant des scénarios contrastés. Et à tenter de pousser une voie « sans regret »‘ qui consiste à se ménager le plus d’options ouvertes tant que certaines hypothèses voire hypothèques ne sont pas levées. Il est clair à mes yeux en particulier que la crise pétrolière qui est devant nous pose un défi redoutable , souvent sous-estimé par les partisans de la sortie rapide du nucléaire. Concernant la 4 eme génération il me semble un peu prématuré de parier entièrement sur elle et de dire qu’elle va éliminer les principaux déchets. Concernant l’efficacité énergétique je pense en effet qu’il faut tenir compte dans son potentiel des dispositifs de gouvernance effectivement mis en place. A ce jour ils sont très insuffisants. Mais on pourrait expérimenter des dispositifs plus puissants et c’est à mon avis la priorité numéro un indiscutablement. Pour le pV d’accord sur le fait que la France ayant raté le coche au plan industriel doit privilégier la recherche, et surveiller de très près les baisses de coût dans la filière. Pour les ENR la question clef est le stockage de l’élec, sans lequel elles se combinent avec des énergies fossiles. J’ai le sentiment après discussions avec pas mal d’experts que la voie du stockage hydro (en montagne ou ailleurs) est la plus économique. Mais il faut investir. Qui va le faire? c’est une des « hypothèques » à lever rapidement
      Bien à vous.
      AG

  2.   Jacques Talbot   5 juillet 2011 à 14 h 36 min

    Quelques réflexions à différents niveaux, du plus technique au plus politique, un peu en vrac et sans doute trop long.

    Faisabilité du scénario sortie:
    Sur un total de 349 TWh, on a 110+50+60=220 soit 63% d’intermittent, ce qui fait beaucoup. Sur quoi se base votre conviction, partagée par B.Dessus sur la « Capacité des réseaux à gérer la pointe et l’intermittence » avec les 37% restants.

    Nécessité d’un scénario énergétique global:
    vous avez tous deux soulignés qu’un scénario électrique s’inscrit dans un scénario énergétique et que des transferts vers l’électricité pour décarboner sont bienvenus. Dans ce cadre, 2050 est un bon horizon puisque tous les scénarios européens et mondiaux se basent sur cet horizon (et ce même si B.Dessus trouve 2050 trop tardif pour la sortie du nucléaire).

    Pourquoi la séquestration n’est elle pas une option? :
    Supposons qu’on sache atteindre un facteur 4″ avec du nucléaire, avec autant d’ENR et de Negawatt que possible. Ce n’est d’ailleurs pas le cas; les simulations « officielles » de scénarios 2050 datant de 2008 montrent qu’on ne sait pas faire le facteur 3,5 assigné à la France, et que 2 ça serait déjà bien. Voir http://www.strategie.gouv.fr/system/files/rapport_energie_partie5.pdf
    Sortir du nucléaire ajoute une contrainte en plus de tout le reste. Il semble difficile d’équilibrer le réseau français sans un peu plus de thermique flexible, mais qu’on est obligé de décarboner par séquestration sauf à détruire l’objectif climatique.
    Pourquoi ne pas accepter cette voie?

    Quels scénarios comparer? :
    Ne serait il pas plus logique de comparer un scénario nucléaire et un scénario de sortie à consommation interne constante (en énergie totale et/ou en électricité). En effet, l’impératif climatique et l’engagement français de diviser les émissions de GES par 3,5 en 2050 /1990 sont la variable principale. Dans ce cadre, tous les efforts de réduction de consommation énergétiques sont pertinents.
    On peut ensuite essayer d’atteindre cet objectif avec ou sans le nucléaire. Il ne me semble pas opportun de lier les objectifs de réduction de consommation, qui impactent notre « mode de vie » et la sortie du nucléaire. Ce sont 2 problèmes qui ne sont pas totalement corrélés et les coupler pollue le débat d’une certaine manière. C’est la sortie du nucléaire qui devient la cause des efforts demandés, alors que c’est plutôt le problème énergétique global qui est la cause racine.

    Quel est le scénario actuel?
    Il est très difficile de savoir quels sont les plans du « corps des mines » à cet horizon. Normalement, il s’agit de développer une G4 RNR-Na (Superphénix ++), l’EPR n’étant qu’un intérim, mais ce n’est jamais explicité.
    Si on rajoute l’objectif /3.5 rappelé au dessus, quelle est donc la position officielle de « la France » sur ce sujet en mi 2011?

    Des scénarios pour quoi faire? :
    Il s’agit j’imagine d’élaborer des scénarios pour ensuite les mettre en œuvre. Personnellement, je rêve que le débat énergétique sorte du cercle « corps des mines » et se rapproche des citoyens; ça consisterait à proposer 2 scénarios, avec et sans nucléaire, avec les avantages et les inconvénients « objectifs », dans des termes que les citoyens intéressés, peut être 10% de la population, et les élus, peuvent comprendre. Ensuite, on pourrait imaginer un vote au parlement.
    Dans ce cadre, le seul vecteur politique possible d’un tel changement de stratégie énergétique est une alliance PS+Vert qui gagne les élections. Il s’agit donc de convaincre le PS ou le candidat que l’organisation d’un tel débat a du sens, sans doute après les élections.
    J’imagine que l’on peut être de bonne foi et s’interroger encore sur l’opportunité et la faisabilité de cette sortie du nucléaire; l’exercice des scénarios est destiné à éclairer le public.
    Il est néanmoins significatif que le directeur de l’IRSN, J.Repussart souligne il y a quelques jours que le risque de stérilisation durable d’une large portion de territoire (suite à un défaut de refroidissement) est un risque significatif et peut être le plus troublant.

  3. Bonjour M. Grandjean,

    Vous écrivez : \Concernant les investissements dans les réseaux et le stockage de l’électricité l’inconnue reste grande\. Tellement grande que vous ne vous risquez pas à en tenter l’estimation chiffrée.

    Dans ces conditions, on ne peut conclure que ceci, me semble-t-il : le coût d’un scénario de sortie du nucléaire en France, quel qu’en soit le terme, est aujourd’hui parfaitement imprévisible, même très grossièrement !

    Ce genre d’option n’est donc pas du domaine des choix rationnels, mais des convictions politico-idéologiques.

    Autant en être conscients, bien que ce soit très inquiétant de voir le parti favori pour remporter la présidentielle se croire obliger de courtiser des extrémistes minoritaires, et prêt à prendre des engagements dans une direction lourde de conséquences parfaitement imprévisibles.

  4. Vos estimations pour le coût de l’électricité EPR me semblent raisonnables.

    Cependant, deux semaines après votre article, la donne a un peu changé avec l’annonce du 20 juillet 2011 d’un retard supplémentaire de deux ans (ce qui reporte à fin 2016 la mise en service) et un coût porté à six milliards.

    Le nouveau coût estimé de l’électricité EPR est donné dans ce dossier :
    http://energeia.voila.net/nucle/nucleaire.htm

    et est de 81 euros le MWh.

  5. On peut économiser l’équivalent de 1/3 de l’énergie nucléaire.

    L’énergie électrique représente 550,3 TWh par an dont 407 TWh grâce au nucléaire.

    On peut faire 70-80% d’économie sur l’éclairage, le chauffage et la réfrigération qui consomment 180 TWh par an.

    – Les ampoules LED consomment 8 fois moins que les ampoules incandescences.
    – Une pompe à chaleur valorisant la chaleur des eaux usées consomme 6 à 7 fois moins qu’un chauffage électrique.
    – Pour la réfrigération, on peut stocker du froid la nuit ou hiver quand la température extérieure est plus basse.

    On peut ainsi économiser 140 TWh.
    Parallèlement, on pourrait économiser 200 TWh de gaz naturel sur le chauffage qui pourraient produire 120 TWh d’électricité avec des centrales à cycle combiné.

    On peut gagner 30 TWh avec l’hydraulique selon EDF.

    Au final, on peut économiser 140 TWh et produire 150 TWh supplémentaires avec l’hydraulique et le gaz naturel économisé sur le chauffage.

  6. En retournant sur le site mentionné, j’ai trouvé une information très intéressante qui remet en cause vos calculs sur le coût de l’électricité photovoltaïque.

    Vous parlez d’un prix de 150 euros le MWh d’électricité photovoltaïque en 2050 !
    Le prix moyen est déjà descendu à 180 euros le MWh en octobre 2011.
    Lire : http://energeia.voila.net/solaire/prix_moyen.htm ( Coût de l’électricité photovoltaïque : 2012 – 2020 -2030).

    Pour 2030 (pas 2050) le coût de l’électricité photovoltaïque est estimé entre 40 et 80 euros le MWh.

    Moins cher que le nucléaire EPR et sans doute (à mon avis) que le nucléaire ancien.

    Peut-être aurez-vous l’occasion, dans quelques mois, de refaire le point sur ces questions.

  7.   Jacques TALBOT   30 novembre 2011 à 10 h 45 min

    @Paul
    Les couts de rachat de l’électricité photovoltaique correspondent au prix payé au fournisseur. Ils n’incluent pas les couts du réseau (RTE et ERdF) ni les couts de distribution. Il faut donc les comparer aux prix de production de la centrale EPR – disons 8 à 12c en prenant les chiffres de B.Dessus, qui n’est pas un fan du nucléaire :-).
    Or les tarifs de rachat futur des états européens ne prouvent rien. Tous les pays se sont régulièrement trompé dans la fixation de ces tarifs. D’ailleurs, comment des bureaucrates connaitraient ils les couts de production en 2015 ou pire 2030, alors que les producteurs eux-même sont dans le flou. Les tarifs de rachat reflètent plus les considérations budgétaires des états (surtout en période de crise comme actuellement) que les couts de production. Ils baissent les tarifs pour diminuer leur charges et pas parce que le couts de production baissent. Le seul tarif significatif est le tarif à court terme (12 mois?) sur lequel des investisseurs s’engagent réellement. De plus, prolonger des baisse de cout à 4% (ou 8%) par an sur 20 ans est simpliste. Le monde réel n’est pas forcément conforme à une décroissance géométrique.
    Prédire la date de la parité réseau pour le PV en France est délicat, en tout cas beaucoup plus que pour l’éolien. Est il plus rentable de subventionner tel ou tel renouvelable, voilà la question, et un seul un modèle économétrique un peu sophistiqué (style modèle du SRU) peut répondre. La quantité de subventions étant limitée, il faut « bien choisir » entre biomasse, éolien et PV.

    • Bonsoir
      Je n’ai jamais eu la prétention de connaître les coûts à des horizons aussi lointains, et je suis d’accord avec vous sur l’incertitude relative à la parité réseau du PV. C’est pourquoi pour ce qui me concerne la stratégie optimale est une stratégie de « ménagement des options d’avenir » dans laquelle les enr et la mde doivent être développées. étape par étape on aura une meilleure information et une meilleure visibilité sur ces coûts. A ce stade il est utile néanmoins de faire des calculs économiques avec des hypothèses explicites.
      bien à vous
      Ag

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