La croissance verte : oxymore ou voie royale vers l’avenir radieux de l’humanité ?

8 juin 2012 - Posté par Alain Grandjean - ( 16 ) Commentaires

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Voici le temps des anniversaires : 40 ans pour le rapport Meadows au club de Rome sur les limites à la croissance[1], 35 ans pour le rapport Bruntland (notre avenir  à tous) qui lançait le concept de développement durable, 20 ans pour le sommet de Rio.
C’est le moment de faire un point sur les avancées dans le domaine de l’économie verte. Au plan théorique, les débats entre experts, économistes, journalistes et blogueurs font rage.

Certains, comme Dennis Meadows, affirment que développement durable ou croissance verte sont des oxymores. La croissance ne peut que buter sur les limites d’un monde fini. Elle ne peut être verte ni durable ; la décroissance nous sera imposée de gré ou de force. La croissance verte n’est donc qu’un simple habillage du « business as usual » : le green serait pour les entreprises concernées un simple relais de croissance.

D’autres au contraire se disent que le « verdissement » des modèles économiques permettra de  régler la question des raretés, en découplant  croissance économique et consommation de ressources. C’était le pari du développement durable : la conciliation de l’économique, du social et de l’écologie.

L’incontournable Tim Jackson[2] plaide quant à lui pour une « prospérité sans croissance », nous y reviendrons plus loin.

Il me semble que dans le maquis des chiffres et des raisonnements plus ou moins teintés d’idéologie ou de préférences personnelles on peut poser quelques jalons simples pour éclairer la question.

 

La croissance du PIB mondial : à ce jour, un excellent indicateur de la destruction de la planète

 

S’il y a des débats au plan théorique,  il n’y en a malheureusement guère au plan pratique. Sauf pour les chantres du négationnisme[3] (circuler il n’y a rien à voir)  ou du « jmefoutisme » (après moi le déluge). Notre modèle économique n’est pas durable. Dennis Meadows et son équipe l’ont montré les premiers. Depuis les preuves s’accumulent et je n’y reviendrai pas ici. Il est nécessaire dès maintenant de réduire notre pression sur la biosphère[4]. La biodiversité n’est pas que la juxtaposition d’espèces ; c’est un système dynamique complexe, qui peut connaître des crises majeures (et en connaîtra dans les prochaines années). La surexploitation des poissons en un exemple typique[5].

Juste une remarque de fond : la pression qu’exerce l’humanité sur la biosphère est grosso modo fonction croissante du PIB mondial, qui se trouve être un bon indicateur… de la destruction planétaire, s’il n’est pas un indicateur du bien-être de l’humanité (ce que les comptables nationaux qui l’ont construit n’ont jamais prétendu[6]). Le problème n’est donc pas mince : ce qui est considéré comme l’indicateur phare du développement des sociétés humaines nous conduit inexorablement à l’abime. Il est donc dans tous les cas urgent de tout faire pour « verdir » cette croissance, ce qui suppose a minima, la mise en place d’outils économiques, réglementaires et financiers permettant de faire émerger des comportements et des technologies sobres en ressources et « bas-carbone ».

 

La décroissance : une impossibilité politique et économique

 

La décroissance pose trois sérieux problèmes.

Au plan politique, on n’a pas encore vu un candidat à l’élection présidentielle dans aucun pays en faire un programme de gouvernement. Les électeurs comprennent trop bien que la décroissance pourrait quand même les concerner, eux, et que cela veut dire avoir demain un pouvoir d’achat inférieur à celui d’aujourd’hui. Ils comprennent également qu’en ce moment dans nos pays cela se traduirait par une hausse du chômage.

Au plan éthique et social, il est difficile de ne pas souhaiter que des milliards de personnes cessent de  souffrir de malnutrition et/ou  de conditions de vie inacceptables. Rappelons qu’1,3 milliards de personnes n’ont pas accès à l’électricité, 900 millions n’ont pas accès à l’eau potable, 2,6 milliards n’ont pas d’assainissement, et 800 millions de personnes n’ont pas accès à des routes pendant la saison des pluies[7]. L’accès de ces personnes à un niveau de vie plus décent se traduira,  toutes choses égales par ailleurs- hypothèse sur laquelle nous reviendrons dans quelques lignes- par une hausse du PIB mondial…

Au plan économique, la décroissance pose des problèmes redoutables dans  une économie moderne qui n’est pas un système linéaire. Toute  entreprise a un « point mort » dont le franchissement (par en bas) expose à quelques soucis ; toute entreprise a une capacité d’endettement limitée et est exposée au risque de dépôt de bilan. Les expériences historiques de récession économique comme celles de 1929 montrent que les enchaînements ne sont pas doux : les difficultés de trésorerie des uns se répercutent sur celles des autres. Les dépôts de bilans s’enchaînent. Quand ils touchent les banques c’est l’économie dans son ensemble qui s’effondre. L’expérience argentine, et l’actuelle grecque ne font envie à personne et montrent bien elles aussi qu’entrer en décroissance c’est pénétrer dans l’inconnu.

 

Consommer moins et investir plus

 

Autre évidence à contempler avec soin. Notre modèle économique n’est pas durable pour des raisons structurelles : nos infrastructures, notre urbanisme, nos machines ont été conçus comme si l’énergie et les ressources physiques de la planète étaient disponibles en quantité infinie. Il va nous falloir investir massivement pour adapter nos économies à la réalité d’un monde fini. Vouloir, en même temps, consommer toujours plus ne ferait qu’accélérer les tensions. Si certains sont d’accord pour le volet « plus », le volet « moins » les séduit moins… D’autre part, un vaste plan d’investissements dans les pays développés, aura comme conséquence inévitable si l’on n’y prend garde la reprise de la croissance… de la consommation. L’argent circule et finit dans les poches de citoyens qui ont de bonnes raisons de vouloir consommer plus. Enfin le choix des « bons » investissements est à faire avec soin : il s’agit de raisonner sur la durée de vie du dit investissement et de s’assurer que dans une logique de cycle de vie et de coût complet (dépenses d’investissement et de fonctionnement) il sera bien le plus économe en ressources et le plus « bas-carbone ».

Les pauvres ne peuvent consommer plus sans que les riches consomment moins

 

La synthèse des points précédents s’impose à l’ évidence : l’économie ne sera durable que si la consommation de ressources des « riches » (de tous les pays) baisse plus que ne croîtra celle des pauvres (de tous les pays). Il va nous falloir apprendre à partager ! En l’occurrence les « riches » de nos pays sont les classes moyennes et supérieures. Même si le PIB par habitant n’est pas exactement le revenu, il peut suffire à une simple comparaison. La moyenne du  PIB mondial est de  8000 dollars par habitant[8]. Elle est trois fois supérieure en France. Le français moyen est donc trois fois plus riche que l’habitant moyen de la planète et évidemment beaucoup plus riche que les milliards de déshérités de la planète.

Pour être acceptable par l’immense majorité des humains, la durabilité de notre économie mondiale passe par une réduction des inégalités entre les hommes, plus précisément entre leurs consommations de ressources matérielles. Prenons l’exemple des émissions  de CO2    qui sont une forme de consommation d’un bien commun  (la capacité de la biosphère à réguler la température mondiale planétaire) et qui résultent de la production et de la consommation de biens matériels. Si l’on  vise des émissions de 20 GTCOen 2050 (soit une division d’un facteur 2,5 par rapport à celles d’aujourd’hui), et si les émissions actuelles varient de quelques kgs  pour les plus pauvres à plusieurs centaines de tonnes pour les plus riches, il va bien falloir mathématiquement que ces plus riches baissent plus leurs émissions pour que les plus pauvres augmentent les leurs. Une répartition égalitaire en 2050 conduit à une émission moyenne de 2 tonnes au plus, quand  celle d’un français moyen est aujourd’hui de l’ordre de 10 tonnes. Une répartition moins égalitaire mais laissant une place à la croissance des émissions des plus pauvres conduira quand même à une réduction de celle des plus riches.

Cette baisse de consommation des ressources des plus riches peut passer par deux grands leviers : la sobriété (on peut rêver !) et l’efficacité (faire plus de prospérité  avec moins de ressources matérielles).  Mais, et c’est bien là que le développement durable ou la croissance verte peuvent être des oxymores : en aucun cas, il ne pourra suffire de verdir l’économie, sans réduire la part des riches au festin planétaire. Tim Jackson a raison de proposer une prospérité sans croissance (dans nos pays).Il substitue de fait à l’indicateur croissance du PIB celui de prospérité qui est plus qualitatif mais susceptible de déclencher un certain entrain.

Concrètement cela veut dire qu’un programme de « croissance verte » suppose l’usage de quelques gros mots : plafonnement  des revenus[9], surtaxation des consommations excessives. Mais vous allez briser la dynamique entrepreneuriale, le nerf de la guerre ! me dira-t-on.   Je ne crois pas et me permets de renvoyer à l’argumentation très claire sur ce point du livre « Facteur 12 »[10] qui milite précisément pour un plafonnement des rémunérations et explique pourquoi ce ne sera pas la fin du monde.

Un travail approfondi sur cette question délicate sera nécessaire, quoiqu’il en soit.

 

La quête du Graal : l’indicateur du bien-être durable

Si le PIB a un tel succès c’est que, dans notre société qui se croit matérialiste et athée, il a acquis un statut quasi-religieux.  La croissance du PIB est supposée résoudre tous les problèmes. La croissance réduit le chômage, permet de redistribuer plus et de réduire les inégalités, d’investir plus en Recherche et Développement et dans les projets d’avenir (dont la protection de l’environnement au sens large). La croissance du PIB c’est pour une nation la puissance et le droit à la parole dans les arènes internationales. Bref la croissance du PIB est manifestement d’essence magique ou divine.

La recherche d’alternative au PIB ne date pas d’hier. La commission Sen-Stiglitz-Fitoussi[11] l’a relancée au plus haut niveau académique. Si cette commission a brillamment fait le tour des critiques du PIB elle n’a pourtant pas vraiment réussi à faire émerger une alternative. Les difficultés théoriques et pratiques sont légion. On peut résumer en deux mots l’exposé qu’en fait Didier Blanchet[12] (rapporteur des travaux de cette commission sur le développement durable ). D’une part, même verdi, le PIB, qui est un indicateur de flux, ne peut donner  d’information sur la question centrale, celle du stock (détruisons-nous trop de capital naturel ?). D’autre part la fabrication d’un indicateur de stock pertinent  (de type « épargne nette ajustée »[13]  ) suppose qu’on fasse de la prospective et qu’on intègre des projections dans le calcul statistique, ce qui n’est pas dans le champ « normal » de la statistique publique…

Disposer de tels indicateurs sous forme d’un tableau de bord simple et compréhensible par tous les citoyens serait pourtant essentiel : nous avons besoin, me semble-t-il,  d’un idéal collectif. Le catastrophisme éclairé (par Jean-Pierre Dupuy) ou pas, ne met pas en mouvement, et un tableau de bord permet de définir plus concrètement l’avenir radieux dont nous rêvons, sans vouloir nous l’avouer, et de montrer l’avancée de la société vers cet avenir.

 

Modéliser la transition

 

La période de transition va être complexe à gérer : mieux définir où l’on veut aller collectivement, modifier les règles du  jeu pour que l’économie soit plus équitable en orientant correctement les  incitations individuelles à agir, pour que la consommation soit pénalisée et l’investissement encouragé, orienter la finance vers le financement du long terme, assurer des transitions professionnelles pour les inévitables reconversions, limiter les effets de dominos entraînés par les difficultés des entreprises « du passé »… dans un contexte international et violemment concurrentiel. Tout ceci va nécessiter de la volonté politique, de l’imagination et de la concertation.

 

Un vrai défi anthropologique

 

La transformation de notre modèle économique n’est donc pas une mince affaire. Les critiques des tentatives pour mieux en définir le chemin sont évidemment utiles. Elles ne doivent pas oublier cependant qu’elles pourraient d’abord servir les intérêts des acteurs de l’économie « noire »…L’économie minière actuelle (je déstocke les ressources naturelles sans discernement et je rejette des quantités colossales de déchets solides liquides ou gazeux) fait vivre la majorité des  entreprises actuelles et donne la majorité des emplois. Elle se défend et a de bons arguments à faire valoir.

Plus globalement  l’humanité me semble confrontée à un vrai défi anthropologique. Accepter et reconnaître les limites de la planète c’est d’une certaine manière quitter l’imaginaire de l’anthropocène. La science et la technique alliées à la consommation massive d’énergie ont conforté le sentiment diffus que nous pouvions régler tout problème et transgresser toute limite et toute frontière. Nous avons adopté une Culture No Limit, qu’il va nous falloir abandonner. C’est devenu une simple question de survie. Voilà le vrai défi de l’économie verte.

 

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[1] Donnella Meadows et Dennis Meadows, Jorgen Randers et William Behrens, Halte à la croissance ? Rapport sur les limites de la croissance, Fayard, 1973. Voir Les limites à la croissance (dans un monde fini) des mêmes auteurs traduit en français et mis à jour, chez l’éditeur rue de l’échiquier à l’occasion des 40 ans de ce rapport

[2] Tim Jackson, Prospérité sans croissance : la transition vers une économie durable, De Boeck-Etopia, 2010.

[3] L’amuseur public Gerondeau par exemple repart en campagne avec un pamphlet : « Ecologie, la fin. 20 ans de décisions ruineuses »…

[4] C’est l’un des intérêts de l’empreinte écologique, indicateur discutable par ailleurs, que de  permettre de visualiser de dépassement de biocapacité de la planète. Il est bien exposé scientifiquement par exemple dans l’article de J. Roström et al., Asafe operating space for humanity, Nature, 24 septembre 2009, 461, P.472-475 et son développement dans http://www.ecologyandsociety.org/vol14/iss2/art32/.

[5] Voir par exemple Philippe Cury et Yves Miserey, Une mer sans poissons, Calmann-Lévy, 2008.

[6] Voir par exemple Vanoli A., Une histoire de la comptabilité nationale, Collection repères, Ed. La découverte, 2002

[7] Voir le récent rapport de la banque mondiale Inclusive Green Growth,The Pathway to Sustainable Development dont la rédaction a été codirigée par Marianne Fay et Stéphane Hallegatte

[8] Ce simple chiffre montre qu’il est très aventureux de déclarer la nécessité d’une décroissance du PIB mondial. Si le monde était parfaitement égalitaire le niveau de chacun ne serait pas très plaisant…

[9] Sachant cependant que les riches n’ont qu’un estomac ; si leurs revenus peuvent être des milliers de fois supérieurs à ceux d’un smicard ce n’est pas le cas de leurs consommations de biens matériels.

[10] Gaël Giraud et Cécile Renouard Le facteur 12. Pourquoi il faut plafonner les revenus, par Carnets Nord-Montparnasse éditions, 2012

[12] Didier Blanchet, Les propositions du rapport stiglitz : qu’apportent –elles au pilotage de la croissance verte, Annales des Mines, Responsabilité et environnement, n°61, janvier 2011, ed. ESKA

[13] En un mot c’est l’épargne nette de la comptabilité nationale corrigée de l’accumulation du capital humain en positif, du prélèvement sur les ressources épuisables ou renouvelables et des polluants, en négatif.

Répondre à jcm

16 Responses to “La croissance verte : oxymore ou voie royale vers l’avenir radieux de l’humanité ?”

  1. Bonjour,

    Je suis assez d’accord avec les raisonnements que vous développez dans votre article mais il me semble qu’il y a là une grande absente : La Démographie.
    Comment peut-ont discuter de la capacité de la planète à supporter nos activités sans évoquer la question de notre nombre ?
    La destruction de la planète résulte pour une part du produit de nos consommations individuelles par nos effectifs. De plus, même pauvres, nous occupons les territoires des autres espèces et les éliminons de facto. Dans ce cadre il me semble essentiel de mettre la question démographique au coeur de la réflexion sur l’avenir.
    Bien cordialement.

  2. Bonjour,

    Quelque-chose m’échappe.

    Vous critiquez la décroissance en utilisant l’argument éculé qui consiste à dire qu’on ne va pas demander aux plus pauvres de décroître. Or, je n’ai jamais entendu quelqu’un défendant la décroissance dire un telle chose.

    Puis vous dîtes « il va bien falloir mathématiquement que ces plus riches baissent plus leurs émissions pour que les plus pauvres augmentent les leurs », ce qui me semble correspondre exactement à ce que disent les décroissants.

    Bref pourquoi critiquer la décroissance pour l’embrasser juste après ? Pouvez-vous m’éclairer ? Merci !

  3. Je serais assez tenté d’élargir la brèche entrouverte par Didier Barthès et d’ailleurs par Dennis Meadows lui-même qui déclare dans une récente interview au Monde : « Tout scientifique comprend qu’il y a des limites physiques à la croissance de la population, de la consommation énergétique, du PIB, etc ».
    Et ce d’autant plus, lorsque je lis cette phrase de votre excellent article : « l’économie ne sera durable que si la consommation de ressources des « riches » (de tous les pays) baisse plus que ne croîtra celle des pauvres (de tous les pays) ».
    En effet, que représentent les « riches » en question ? 500 millions de personnes peut-être, 1 milliard me semble déjà beaucoup. Or l’ONU vient récemment de revoir à la hausse ses projections démographiques et nous devrions être au moins 10 milliards en 2100 (c’est-à-dire demain).
    Comment, par un système de vase communiquant (qui est je le reconnais un modèle très peu fiable, mais bon), comment donc ce que l’on va (d’une certaine façon) prendre à un « riche » suffira-t-il pour subvenir aux besoins de 10 à 20 pauvres (si tant est d’ailleurs que le « riche » en question se laisse déposséder alors qu’il détient « les armes » (au sens propre, comme au figuré : le droit international).
    Cette redistribution me semble bien utopique : je ne vois pas comment on y arrivera au XXIème siècle alors qu’on n’y est pas arrivé au XXème (avec beaucoup moins de monde).
    Au final, il me semblerait plus raisonnable de coupler ces idées vertueuses de redistribution avec celles tout aussi vertueuses de maîtrise accompagnée de la natalité. Je rappelle quand même que 30% des grossesses des pays du Sud ne sont pas désirées, que les femmes qui sont concernées ne sont que peu ou pas instruites et qu’elles n’ont pas accès à la planification familiale : une politique internationale volontariste pour pallier à ces carences ne serait pourtant pas si coûteuse (financièrement) que cela.
    Bien à vous

    • @Rémi
      je partage votre sentiment; ce « partage » est bien utopique. mon propos est simpliste : si on n’y arrive pas, la dérive climatique (‘estimée à 4 degrés en ordre de grandeur pour la deuxième moitié du siècle par les climatologues) est fatale. Comme par ailleurs toutes les pressions anthropiques sont liées (et grossièrement fonction croissante du PIB mondial) on arrivera forcément au scénario collapse de Dennis Meadows, car il n’y a pas que le climat…
      L’enjeu pour moi c’est : l’humanité, face à l’abime, est-elle capable de quitter son « habitat » natal, celui de la prédation de chacun contre tous, et de venir habiter un monde « humain » de partage. c’est dit en d’autres termes ce que j’ai appelé le défi anthropologique.
      Bien à vous.
      AG
      ps et je ne redis pas ce que j’ai dit sur la démographie; oui certes mais ne parions pas sur cette action pour limiter la dérive en cours…

  4. Plus que d’un « indicateur du bien-être durable » nous avons un besoin pressant d’un indicateur donnant la mesure de notre « pouvoir de destruction », pays par pays, car il est fort élevé et ne cesse de gagner en puissance.

    Afin de relever le « défi anthropologique » que vous citez il convient d’en connaître avec assez de précision les bases et le mécanisme puisque bases et mécanisme doivent être remplacés : comment remplacer par du « meilleur » ce dont nous n’aurions pas clairement identifié les failles et défauts ?

    Dans cette optique j’ai un jour émis l’idée que nous pourrions paramétrer le PIB afin de lui faire refléter de façon plus exacte nos potentiels, d’amélioration ou de dégradation de nos situations.

    J’ai nommé cela « Du PIB au PIB+ » : http://geoclic.net/site/impact-environnemental-economique-social-actions-comptabilites-nationales-completer-pib.php

  5. Bonjour,

    +1 pour la démographie. La Chine avait pourtant fait sauter le tabou, sans que cela n’inspire l’ONU.

    Le débat sur la légitimité de consommer plus de potentiel naturel qu’un autre ouvre le débat sur l’égalité et/ou la méritocratie…

    Quand à la régression nécessaire du confort des occidentaux, Je pense que si celui-ci a du sens (qui manque aujourd’hui pour beaucoup) et expliqué, il peut être accepté par nombre d’entre nous.
    Enfin, à l’heure où le chômage est la préoccupation 1ère et la solution à bien des choses, il faut faire sauter le dogme « seul croissance = plus d’emplois » alors que fiscalités et charges sociales peuvent transformer la consommation de ressources naturelles en besoin de ressources humaines.
    Cordialement.

  6. excellent post. en vrac :

    moins 1 pt pour la démographie  » La Chine avait pourtant fait sauter le tabou » certes mais en dictature, L’inde de la fin années 1970 a essayé de faire sauter le tabou et le parti du congrès a essuyé une defaite historique aux elections. Il y a plein de façon d’inciter certains territoires a faire moins d’enfant (cela est une bonne chose), si on va au dela de l’incitation, ca s’appelle un dictature portant sur ce qui touche au coeur de l’intime

    Je pense qu’au dela de l’objectif ecologique (tjrs abordée de facon très cartésienne par alain g) la décroissance est aussi portée par une double conviction éthique : le mode de vie plus naturel et spartiate, la croissance = système complexe = oppression de l’individu (en france les décroissantistes sont souvent adeptes de jacques ellul, et il ont raison…). Dans ce cadre, on peut plaider pour des comportements décroissantistes mais on ne peut pas planifier cette decroissance car on ne planifie pas par decret un parti pris éthique

    F Carlier

  7. […] http://alaingrandjean.fr/2012/06/08/la-croissance-verte-oxymore-ou-voie-royale-vers-lavenir-radieux-… Voici le temps des anniversaires : 40 ans pour le rapport Meadows au club de Rome sur les limites à la croissance, 35 ans pour le rapport Bruntland (notre avenir  à tous) qui lançait le concept de développement durable, 20 ans pour le sommet de Rio. C’est le moment de faire un point sur les avancées dans le domaine de l’économie verte. Au plan théorique, les débats entre experts, économistes, journalistes et blogueurs font rage… .fb_iframe_widget { vertical-align: top !important; margin-left: 16px !important; } Tweet  Imprimer ce billet […]

  8.   Thierry Caminel   12 juin 2012 à 20 h 06 min

    Bobjour,

    Parmi les travaux sur les indicateurs alternatifs au PIB et la ‘prospérité sans croissance’, il faut noter ceux de la New Economic Foundation:

    http://www.neweconomics.org/programmes/well-being

    Pour la France, voir : http://www.nationalaccountsofwellbeing.org/explore/countries/fr

    Une nouvelle version avec des données récentes devrait être publié pour Rio+20 ici : http://www.happyplanetindex.org/

    Cordialement,

  9. « ps et je ne redis pas ce que j’ai dit sur la démographie »
    Je serais trés intéressé de justement connaitre votre position sur ce sujet qui me semble essentiel.
    Merci beaucoup par avance.

  10.   Aurélien Déragne   17 juin 2012 à 21 h 24 min

    Bonjour,
    Vous dites, à propos du PIB, que « ce qui est considéré comme l’indicateur phare du développement des sociétés humaines nous conduit inexorablement à l’abime ».
    Je ne crois pas qu’il faille partir du principe que la croissance du PIB est mauvaise en elle-même. Factuellement ce qui pose problème c’est la quantité de ressources naturelles qui est consommée. C’est là-dessus qu’il faut se concentrer je pense, d’ailleurs la suite de votre article le montre bien.
    Ne croyez-vous pas que vouloir limiter la croissance économique est irréaliste et surtout pas très « vendeur » auprès des populations à court terme ?

    • @aurelienderagne
      le PIB comme indicateur unique nous conduit à l’abime , car
      1 nous ne voyons pas ,avec cet indicateur, la pression sur les ressources qui, pour être vue, nécessite d’autres indicateurs.
      2 factuellement sa croissance est actuellement couplée avec cette pression sur les ressources
      Comme vous, je ne crois pas à la « décroissance » et ce pour plusieurs raisons expliquées dans ce post.
      je crois que « vendre un projet de croissance » est certes réaliste politiquement mais très dangereux pour une équipe et un parti qui veulent être réélus…le slogan de Sarkozy ‘je serai le pdt du pouvoir d’achat) ne lui a pas vraiment réussi.
      bie à vous
      AG

  11. Une itw de Dennis Meadows complète je crois, très bien l’article : http://www.liberation.fr/terre/2012/06/15/le-scenario-de-l-effondrement-l-emporte_826664

  12. Je vois une certaine contradiction entre les phrases :

    « la pression qu’exerce l’humanité sur la biosphère est grosso modo fonction croissante du PIB mondial » et « Il va nous falloir apprendre à partager »

    puis :

    « il est très aventureux de déclarer la nécessité d’une décroissance du PIB mondial. Si le monde était parfaitement égalitaire le niveau de chacun ne serait pas très plaisant »

    « l’économie ne sera durable que si la consommation de ressources des « riches » (de tous les pays) baisse plus que ne croîtra celle des pauvres (de tous les pays) »
    => une baisse globale des consommation de ressources est-elle compatible avec un hausse du PIB ??

  13. J’aime se titre : « La croissance du PIB mondial : à ce jour, un excellent indicateur de la destruction de la planète ».

    Ça dit tellement tous dans notre façon de vivre et notre futur. Hélas nos enfant et petit enfant auront bien du mal dans les prochaines décennies.

    Merci pour cette article en tous cas. 😉

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