Laudato si : une encyclique révolutionnaire

17 août 2015 - Posté par Alain Grandjean - ( 15 ) Commentaires

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laudato

Manifeste pour une écologie intégrale, la magnifique encyclique « Laudato si’1 »  du pape François fera certainement date. C’est un appel poignant – la référence à François d’Assise n’étant pas théorique – à la sauvegarde de la « maison commune », «  notre terre opprimée et dévastée », qui reconnaît la responsabilité de l’homme dans le changement climatique et la crise écologique.

Elle s’exprime de manière universelle (Lire par exemple les louanges de Fabrice Nicolino peu soupçonnable de complaisance avec l’Eglise catholique, qui qualifie cette encyclique de miraculeuse). Elle utilise tous les registres accessibles à l’âme humaine : le spirituel, l’esthétique, l’émotionnel et le compassionnel, le culturel et l’éducatif, mais aussi l’économique. Sa lecture est un véritable choc, par sa nouveauté, sa radicalité, sa simplicité et l’ampleur du domaine couvert. Pensée systémique et complexe comme l’apprécie Edgar Morin qui voit à juste titre dans cette encyclique un appel pour une nouvelle civilisation. L’espérance en la création et en l’ humanité qui l’anime est véritablement fortifiante.

J’en ai fait un commentaire très court et exclusivement relatif à l’économie dans Alter Eco+. Sur ce plan il est indéniable que le pape marque une rupture avec la pensée de l’Eglise, même s’il prend soin de s’inscrire dans la continuité de la pensée sociale de l’Eglise et de ses prédécesseurs . Comme le dit le philosophe Fabrice Hadjadj, il brise « l’attelage boiteux » entre les catholiques et « le monde technolibéral de la croissance illimitée ». Le troisième chapitre (la racine humaine de la crise écologique) contient en effet une critique sans concession du « paradigme technocratique », terme probablement rare dans une encyclique !

Il dénonce avec une rare vigueur les excès de la finance «  qui étouffe l’économie réelle  ». «  Sauver les banques à tout prix, en en faisant payer le prix à la population, sans la ferme décision de revoir et de réformer le système dans son ensemble, réaffirme une emprise absolue des finances qui n’a pas d’avenir et qui pourra seulement générer de nouvelles crises après une longue, coûteuse et apparente guérison». (189). Il appelle implicitement les dirigeants bancaires et financiers du monde entier à se souvenir de l’épisode du veau d’or. Ce  retour aux sources du  christianisme qui met en garde l’humanité face à la tentation d’adorer l’argent-roi et appelle à cantonner l’argent dans un rôle de serviteur est bienvenu. «  Nul ne peut servir deux maîtres  » (Matthieu 6:24). Le pape n’a pas de mots assez durs pour moderniser ce propos et  nous faire comprendre l’actualité de ce précepte moral. 

Le débat de Gaël Giraud avec le numéro 2 du MEDEF Geoffroy Roux de Bézieux éclaire magnifiquement le trajet qu’il reste à faire à nos élites économiques pour s’aligner sur cette pensée qu’elles ne peuvent discréditer aisément.

L’influence de cette encyclique et la question démographique

Même si je me sens comblé par cette encyclique, et peu enclin à émettre des réserves sur un document aussi remarquable dans sa globalité, il me semble nécessaire d’évoquer deux points de débat. Cette encyclique peut-elle avoir de l’influence (si oui, ça vaut le coup de se battre pour sa diffusion) et est-elle claire sur l’enjeu démographique, souvent présenté comme l’enjeu premier sur le plan écologique.

Sur le premier point, Odon Vallet rappelle à juste titre, en citant celle de Paul VI qui a malheureusement ralenti la contraception qu’une encyclique peut avoir une influence immense. Aux Etats-Unis, pays déterminant pour la question climatique, un quart de la population est catholique. Dans le monde 1,4 milliards d’habitants se déclarent catholiques et 2,4 milliards sont chrétiens et ne peuvent être insensibles à cette encyclique d’écriture universelle. 

Au plan démographique, François est nuancé et habile. Je le cite intégralement :

« Au lieu de résoudre les problèmes des pauvres et de penser à un monde différent, certains se contentent seulement de proposer une réduction de la natalité. Les pressions internationales sur les pays en développement ne manquent pas, conditionnant des aides économiques à certaines politiques de “santé reproductive”. Mais « s’il est vrai que la répartition inégale de la population et des ressources disponibles crée des obstacles au développement et à l’utilisation durable de l’environnement, il faut reconnaître que la croissance démographique est pleinement compatible avec un développement intégral et solidaire ».2 Accuser l’augmentation de la population et non le consumérisme extrême et sélectif de certains est une façon de ne pas affronter les problèmes. On prétend légitimer ainsi le modèle de distribution actuel où une minorité se croit le droit de consommer dans une proportion qu’il serait impossible de généraliser, parce que la planète ne pourrait même pas contenir les déchets d’une telle consommation. En outre, nous savons qu’on gaspille approximativement un tiers des aliments qui sont produits, et « que lorsque l’on jette de la nourriture, c’est comme si l’on volait la nourriture à la table du pauvre ».3 De toute façon, il est certain qu’il faut prêter attention au déséquilibre de la distribution de la population sur le territoire, tant au niveau national qu’au niveau global, parce que l’augmentation de la consommation conduirait à des situations régionales complexes, à cause des combinaisons de problèmes liés à la pollution environnementale, au transport, au traitement des déchets, à la perte de ressources et à la qualité de vie, entre autres. » (50).

Il a bien compris que la crise écologique et notamment le dérèglement climatique sont d’abord dûs aux excès des plus riches de cette planète (classes moyennes de nos pays compris) ; et que dans les toutes prochaines décennies la démographie n’est pas le levier prioritaire. Tout simplement parce qu’il est trop tard, nous serons en toute hytpohèse 9 à 10 milliards sur cette planète en 2050, or c’est d’ici là qu’il faut agir !

Quelques chiffres le montrent. Nous émettons actuellement 50 milliards de tonnes de Gaz à Effet de Serre, soit en gros 7 tonnes par habitant. Pour limiter la hausse de la température moyenne planétaire il nous faut passer à 20 milliards environ en 2050, soit 2 tonnes par habitant (les dernières projections démographiques estiment la population en 2050 à près de 10 milliards d’habitants ; (voir aussi). Or les habitants les plus pauvres de la planète émettent aujourd’hui moins de une tonne par habitant (voir graphique). C’est donc bien aux plus riches de faire l’effort. C’est d’ailleurs l’un des enjeux clefs de la COP21 !

graph

Panorama mondial des émissions de GES. CDC Climat. (http://www.cdcclimat.com/IMG//pdf/14-10_reperes_2015_fr_partie_2.pdf)

Le pape est cependant attentif à la question, et sachant qu’il marche sur des œufs, on peut apprécier sa conclusion : « De toute façon, il est certain qu’il faut prêter attention au déséquilibre de la distribution de la population sur le territoire. » On aurait certes pu souhaiter qu’il soit plus explicite, mais l’être sur un tel sujet lui aurait demandé un tel développement qu’il aurait déséquilibré l’ensemble, pour un résultat discutable.

N’est-il pas politiquement plus adroit de :

  • 1. Mettre les plus riches et puissants devant leur responsabilité
  • 2. Faire prendre conscience à la communauté catholique et probablement chrétienne (2,4 milliards d’habitants) de la cause écologique et de ses liens avec l’ensemble des valeurs de cette communauté ?

Un texte à lire et relire

Je fais rarement ici la promotion d’un livre (à ce jour il s’en est vendu 100 000 exemplaires en un mois en France, ce qui est vraiment mérité). Je me permets ici d’insister : ce texte est, sur les enjeux écologiques et leur lien consubstantiel avec les enjeux sociaux, le plus remarquable que je connaisse par sa simplicité, sa force émotionnelle, sa force de conviction, et sa profonde spiritualité.

Je terminerai en citant Nicolas Bouleau :

« Ce qui frappe dans ce texte, c’est la qualité des arguments et la justesse des analyses et des faits scientifiques pris en compte. Une image de la religion pleine d’intelligence et de lucidité. D’un seul coup on se rend compte que l’Eglise catholique, vivifiée par les jeunes et des procédures bottom-up parvient bien mieux que les politiques à un projet clair et courageux pour l’avenir. Il y a dans ce texte une sorte de « bonne leçon » de pouvoir temporel donnée aux politiciens et aux puissants. J’ai l’impression que Dieu lui-même a rajeuni. »

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[2] Conseil Pontifical «Justice et Paix», Compendium de la Doctrine Sociale de l’Église, n. 483.

[3] Catéchèse (5 juin 2013) : Insegnamenti 1/1 (2013), 280 ; ORf (5 juin 2013), n. 23, p. 3.

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15 Responses to “Laudato si : une encyclique révolutionnaire”

  1. étant curieuse de nature… j’ai édité « laudato si  » et suis en train de le lire… c’est un texte « magistral » que tout le monde devrait lire … ce n’est pas du prêchi-prêcha insipide, ce Pape avec la force de l’Église dans le monde, a acquis une « vision » planétaire de l’état réel du monde – du bas de l’échelle humaine aux puissants – l’état des connaissances scientifiques actuelles – les principes d’humanité communs à nous tous – l

  2. (j’ai été coupé) bref! lire ce texte montre l’urgence des problèmes que nous rencontrons et nous sommes en train de gaspiller notre compte à rebours ….. à ne RIEN FAIRE !! Pourvu que ça marche !!

  3. une remarque périphérique

    il est dit « Dans le monde 1,4 milliards d’habitants se déclarent catholiques ». Rien de plus faux puisque ce chiffre est basé sur les registres des baptême qui est l’archétype d’un acte sans consentement de l’intéressé. Faute d’infos, peu de gens (moi je l’ai fait) exercent ensuite leur droit de radiation (c’est l’apostasie) . Du coup les 1,4 mds de cathos c’est un chiffre bien plus gonflé que les participants à une manif de la cgt.

    sur le fond je ne pense pas que cela ait bcp d’influence (je serais d’ailleurs curieux de connaitre l’ACV du Vatican) en dehors de quelques pays mais assez peu emetteur de CO2 (afrique philippine amsud). Et puis en ce moment c’est les pasteurs protestants d’europe du nord qui exercent une influence déplorable sur certaines pensées économiques.

    fc

    •   Alain Grandjean   19 août 2015 à 18 h 47 min

      tu as raison concernant le chiffre, il est surestimé si l’on chercher à mesurer le nombre de personnes vraiment directement influencées par le pape; il n’empêche que c’est à mes yeux la personne au monde qui a le plus d’impact « moral »
      je ne suis pas sûr de comprendre »sur le fond je ne pense pas que cela ait bcp d’influence' » . cela c’est quoi dans cette phrase?
      en France les banquiers cathos sont très influents (villeroy de galhau est sans doute l’un des acteurs clefs sur les questions bancaires et si tu lis la prose de gael tu verras que les socialistes chrétiens ont été déterminants pour la France
      aux usa c’est sûr que ce sont les milieux protestants réactionnaires qui sont les plus  » graves « , mais les cathos pèsent plus qu’on ne croit
      amitiés
      ag

    • Mais alors il faut ajouter les non catholiques qui pourraient aussi être influencés par ce texte …évidemment on ne connait pas la probabilité qu’un non-catholique non déjà sensibilisé à ces sujets prenne le temps de lire ce texte (il manque son résumé en 10 tweets comme pour le livre de Piketty !). En outre l’influence peut prendre plusieurs voies – le chemin ‘démocratique’ du plus grand nombre, mais ce type de texte émanant d’une autorité religieuse peut aussi servir à la prise de conscience d’un certain nombre de membres de l’élite économico-politique (y compris les niveaux « middlle/upper » qui ont des leviers pour orienter les stratégies) – dont je suppose qu’un certain nombre relève (« culturellement ») de la tradition catholique.
      Sur un plan plus pragmatique, les Philippines c’est un petit pays, mais ça ne les empêche pas d’avoir des plans importants de développement de centrales au charbon!

    •   Alain Grandjean   20 août 2015 à 10 h 47 min

      bien d’accord avec toi Guillaume.
      côté résumé, wikipedia s’en est chargé…https://fr.wikipedia.org/wiki/Laudato_si%E2%80%99, mais c’est sans doute encore un peu long…je ne sais pas quels sont les moyens de diffusion du Vatican sur les medias sociaux. Je sais qu’elle a été traduite en 8 langues. et qu’elle fait l’objet de présentations / débats dans les paroisses et assoc chrétiennes. le texte est écrit en langage simple et direct. son positionnement très social et son ton très dur / puissants de ce monde vont permettre à bcp de personnes de se dire que l’écologie c’est pas « des efforts demandés toujours aux mêmes »…

  4. c’était un commentaire périphérique mais puisque j’y suis, sur son influence :

    – en soi, certes, il doit avoir très peu gens dans le monde qui individuellement ont autant d’impact « moral » que le pape . Mais en fait je pense que l’influence des grands leaders (en tout genres) a considérablement diminué au cours des décennies ce qui est une bonne chose. les raisons : plus d’alphabétisation, plus d’accès à l’info, démultiplication des sources d’info donc moins de « grand canaux » et encore une fois tant mieux . le pape d’il y a un siecle avec le relais dans les églises le dimanche (les gens y allaient à l’époque) avait une » part de marché » bien plus forte qu’aujourd hui

    – les cercles catho influents du monde des affaires , ce monde existe mais soyons précis sur son fonctionnement : parfaite tenue morale le dimanche matin, parfois un don caritatif le dimanche après midi mais revenu aux affaires le lundi matin il ne tiendront pas une seule seconde compte de ce qu a pu écrire le pape.

    – histoire du socialisme chrétien = a contrario beaucoup de problème dénoncés par ton blog sur le système monétaire européen résulte d’une construction effectué par un grand nombre de …démocrates chretiens

    sinon bonne chose que le pape ait écrit sur l’enjeu climat bien sur

    amts
    fc

    •   Alain Grandjean   20 août 2015 à 21 h 48 min

      sur les socialistes chrétiens je suis d’accord, je vais y revenir d’ailleurs… ok sur le fait que ce que lit un catho (comme un autre…), ce qu’il croit, ce qu’il pense et ce qu’il fait ce sont des choses différentes…sur l’influence mon point central c’est que ce texte a de la diffusion et sera lu et bossé plus que si c’était un autre auteur. Mais tout cela n’est en effet pas l’essentiel, il faut lire ce texte!
      amitiés
      ag

    • Très bel encyclique qui donne un peu d’espoir ! Recoupe étonnamment les positions de Klein du reste.
      Etonnement aussi à voir qu’on continue à expliquer (même si Hollande en intervention doute lui même….) que la COP21 est clé et qu’on négocie en sous main TAFTA qui est tout à fait incompatible d’un monde à 2°C… et Obama ainsi que les anglais autorisent de nouveaux forages.

      Merci François de la formule très bien sentie et tellement vraie !
      « – les cercles catho influents du monde des affaires , ce monde existe mais soyons précis sur son fonctionnement : parfaite tenue morale le dimanche matin, parfois un don caritatif le dimanche après midi mais revenu aux affaires le lundi matin il ne tiendront pas une seule seconde compte de ce qu a pu écrire le pape. »

    •   Alain Grandjean   21 août 2015 à 16 h 26 min

      bonjour Benoit et François
      François (le pape) appelle à une conversion écologique (216 et suivants) et à « l’amour social, clef d’un développement authentique». (231). « Il n’y aura pas de nouvelle relation avec la nature sans un être humain nouveau ». (118)…Donc bien d’accord sur la réalité des comportements actuels des cathos influents et des non-cathos qui peuvent être encore bien pires….

  5. Bonjour,+

    1- AG, il ne reste plus qu’à interviewer le Tchatcherien de bénitier Laurent Wauquiez pour connaitre l’influence de « Laudato si » sur les cathos aux affaires!
    Je serais curieux de connaitre son avis 😉
    Peut-être qu’il compte fonder l’écologie de droite mais le pape n’a-t-il pas définitivement ancré l’écologie à gauche?
    Cela couperait donc l’herbe sous les pieds des écolo-centristes Cohn-Bendit, Placé, aux verts allemands, au profit de Cécile Duflot et de LA Décroissance…

    2-Décroissance évoquée par le Pape, dont peu d’économistes de l’environnement soutiennent clairement…
    Même si la décroissance du PIB ne saurait être un objectif mais plutôt une conséquence, ce mot est un formidable slogan pour casser la pensée unique.
    La contrainte de la dette et de l’investissement dans la transition écologique semblent être les arguments techniques de la croissance.
    Mais la dette n’est -elle pas « une blague » comme le dit Picketti? Et les français ont largement les moyens de racheter leur dette.

    La transition n’est-elle pas une blague dans un contexte fiscal structurant pro-pollution et anti-emplois?

    Je m’explique: pour passer d’une société soutenable à une société non soutenable, il n’y a pas eu besoin de financer publiquement une transition, il me semble. Seule une fiscalité favorable aux échanges intercontinentaux, au kérozène, aux automatismes, au méthane, à l’informatique et au gaspillage énergétique a créé cette transition.
    Pourquoi alors l’inverse serait-il hors de prix, nécessitant les poches des Etats?

    -Observons l’économie des métaux nobles, économie circulaire établie grâce aux prix élevés ( Pas besoin de fiscalité favorable dans ce cas) Pas un bout de cuivre ne pollue le sol Français! Mais y a t-il eu besoin d’investissements publics pour ce résultat? Non, juste des prix élevés en rapport avec le coût du travail!

    -Observons le photovoltaïque: si la fiscalité favorisait les énergies décarbonées et si le nucléaire incluait ses externalités, il coûterait moins cher que le charbon ou pétrole. On a pu voir dans les années 2010 comme les investissements privés étaient intéressés et dynamiques durant sa période de subventionnement. Un coup de pouce fiscal couvrirait tous les toits de France grâce aux épargnes stériles françaises…

    -Observons la transition dans le transport: on sollicite des investissements ferroviaires pour quoi faire? Pour rendre le train compétitif. Or, le train coûte cher car il supporte:
    -le coût de son réseau par redevance (contrairement aux bus, camions et voitures usant nos chaussées publiques)
    -les charges sociales élevées de ses employés
    … et du fait d’une taxe carbone absente, ne tire très peu d’avantages de sa sobriété énergétique.

    Mettez en place une fiscalité verte et les trains seront pleins à des prix leur permettant d’investir. pas besoin de financer de transition ferroviaire.

    -Observez toute l’économie actuelle, qui investit chaque jour des milliards dans la transition robotique, logiciels et automatismes: a -t-elle besoin de financements publics pour cela? Observons, chez des entreprises soit-disant sans grande capacité d’investissement, les robots de traite, de remplissage, les guichets automatiques, les robots de logistique, les dônes de surveillance…
    Mon ex-société a par exemple investie plus de 100 000€ dans un robot juste pour scotcher des cartons(!!) Elle se dit pourtant limitée pour investir dans les économies d’énergie!

    Non, le contexte fiscal favorable suffit… Inventons « la main invisible de la fiscalité »!
    A ma connaissance, toutes les études de transition ne supposent jamais une fiscalité favorable au préalable.

    Combien cela coûterait à l’Etat de taxer 100 milliards le pétrole, charbon, et ressources naturelles plutôt que taxer 100 Mds le travail (la CSG, c’est déjà 85 Mds…)?

    Bref, à mon avis, la transition coûtera cher si elle se produit dans un contexte fiscal à contre-courant.
    Placez la fiscalité dans le bon sens et la transition se fera à moindre coût.

    Dès lors, la décroissance évoquée par le Pape n’est plus un problème si l’économie n’a besoin de gros investissements.

    Cordialement,
    jp Simand

    •   Alain Grandjean   30 août 2015 à 10 h 01 min

      Merci JPSimand,je réponds rapidement. L’encyclique n’est pas magique mais je pense qu’elle va susciter de salutaires débats au sein de l’eglise catholique, en rappelant des « idées » chrétiennes de base et en les reliant à la situation actuelle. Concernant la fiscalité écologique, pour avoir bcp « bataillé » sur le sujet, je sais qu’il est irréaliste politiquement de penser qu’elle sera hissée à un niveau suffisant. Il y a deux grands obstacles : les syndicats sont massivement opposés au transfert sur une assiette pollution des charges qui pèsent sur le travail. Les dirigeants politique sont tétanisés à l’idée d’augmenter un impôt mais en contrepartie d’une baisse. le signal prix (via la fiscalité et aussi via les raretés objectives) est évidemment un moyen de faire basculer les comportements mais je crains que cela ne prenne bcp trop de temps. La voie de l’investissement (public privé ) est un complément à ce nécessaire transfert, elle ne s’y susbtitue pas. Par ailleurs en période de quasi déflation c’est une excellente idée économique, sauf aux yeux de ceux qui ont peur de la dette publique ou de la garantie publique (à ce sujet cette peur n’est pas viscérale quand il s’agit de sauver les banques).
      cdt
      ag

    • Merci pour vos remarques,
      Concernant les catholiques, je suis optimiste car je constate que Laudato si est non seulement un texte montrant la voie mais également comme l’officialisation de sensibilités écologiques déjà acquise chez bien des jeunes chrétiens. Chez les scouts, on parle beaucoup nature et responsabilités et même si les connaissances écologiques sont pas parfaites, la sensibilité est là.

      1) A propos de la fiscalité, je pense que le résultat d’une fiscalité insuffisament verte, comme vous le suggérez, au profit d’une transition par l’investissement, serait peut être politiquement plus facile mais peut-être au résultat mitigé: les produits et services polluants resteront moins chers que les vertueux!
      Conséquences:
      -incompréhension globale: le mouton lozérien sera plus cher que le mouton néo-zélandais, le train relancé par des investissements de la transition restera structurellement plus cher que la voiture, les pièces Renault iront toujours en Asie en assemblage en avion pour revenir en France(exemple vécu)…
      -l’ investissement de la transition ne pourrait être alors transitoire pour maintenir à flot cette économie bancale.
      -il faut établir protectionnisme arbitraire et non logiquement écolo et compris par les peuples et les autres pays qui peuvent légitimement nous copier.
      -vous ne réglez que durant la transition le problème du chômage sans solution pour l’après.
      Ce serait donc s’attaquer aux causes et non aux conséquences, avec la promesse de légiférer à tout va pour remédier aux cas particuliers.

      La solution de la fiscalité verte fait de ces gros inconvénients ses atouts: principe pollueur-payeur simple et logique , dans le bon sens commun donc compris, universellement applicable.
      La Tva sociale verte reorienterait la productivité vers des optimisations écologiques et non que des optimisations humaines extrêmes comme actuellement.

      2) Sur la question Politique, je ne peux que respecter votre expérience.Je suis naïf sur la question mais je ne peux m’empêcher de partager des idées.
      J’ai fort bien constaté lors de débats avec des syndiqués que la peur de se faire berner par le système bloque beaucoup les discussions.
      Je trouvais alors que le chèque vert de Hulot était une bonne idée, pouvant séduire les syndicats. Était-ce envisageable?
      Mettre en place la taxe sur les transactions financières et leur promouvoir le protectionnisme vert en contrepartie d’une fiscalité intégrale verte pourraient aussi être un échange intéressant à leur proposer.
      Et on peut rappeler aux salariés que la montre et la fiscalité actuelle jouent contre eux:
      Les gains de productivité des machines et des logiciels , la concurrence étrangère grignotent chaque jour le marché du travail des salariés.

      Cordialement,
      Jps

    •   Alain Grandjean   31 août 2015 à 7 h 53 min

      Bonjour JPS
      je ne recommande pas une fiscalité insuffisamment verte, je me suis mal exprimé. Pour le carbone, par exemple, j’ai milité pour qu’on applique les chiffre du rapport Quinet (j’avais participé à la commission); ils ont été adoptés dans la loi sur la transition énergétique (croissance jusqu’à 100 euros la tonne de CO2 en 2030). Je pense que c’est insuffisant dans pas mal de cas pour faire basculer les choix , et que c’est politiquement difficile de faire plus, si ca tient jusque là (le baril est très bas aujourd’hui, ca rend les choses plus faciles). Quant à la TVA verte, je n’ai pas encore compris comment cela pouvait marcher en Europe dans le cadre actuel de fonctionnement des institutions. Je suis favorable aussi au protectionnisme qui est cependant en contre phase avec la pensée dominante actuelle qui est libre échangiste.
      Le chèque vert oui bien sûr c’est possible!
      Cdt
      AG

  6. Bravo pour cette célébration des avancées chrétiennes !
    Il est utile d’ajouter qu’elle est héritée en partie des progrès des théoriciens de la dite « théologie de la libération » plaçant les pauvres au cœur de la religion (cf. http://reporterre.net/La-theologie-de-la-Liberation-a-nourri-l-encyclique-du-pape-sur-l-ecologie).

    Mais il faut souligner aussi sur le coté négatif l’importance de la question démographique qui est toujours très minorée par l’Eglise (cf. ses « “il faut reconnaître que la croissance démographique est pleinement compatible avec un développement intégral et solidaire »).
    Le pape et plus généralement la chrétienté ont encore beaucoup de chemin à faire sur les questions du contrôle des naissances et de la pilule, sans parler de l’avortement.

    Or cette question est capitale. Car les bombes démographiques qui continuent à exploser en Afrique (contrairement à la théorie de la transition démographique plutôt en retard sociologique pour ce continent) sont en effet autant de bombes carbone de par leurs conséquences en terme de saccage environnemental (diffusant le méthane), en terme de fuite en avant dans l’urbanisation fortement consommatrice de béton et de ciment (fortement producteurs de CO2) et de recherches plus ou moins désespérées de supplément d’alimentation (elles aussi très émettrices de GES car bien loin des solutions agroécologiques à la P Rahbi ou à la D Bourg).
    Sans parler des développements associés de la pauvreté, lesquels entretiennent les forts taux de fécondité (d’où des rétroactions hélas fortement positives sur la démographie, et donc les GES et le climat !!!).

journal

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