Le pic pétrolier dans 10 ans selon l’ancien président de Total

Vues divergentes sur le pic pétrolier : Le peak oil est un fait acquis pour l’ancien président de Total.

Extrait d’un article de RTE (Via Energy Bulletin) :


Conflicting views over ‘peak oil’
RTE Business
The head of Saudi oil giant Aramco has tried to ease international concerns over dwindling stocks of oil.

Khalid al Falih, Aramco’s chairman and chief executive, hit out at ‘misleading’ rhetoric that the world was weaning itself off fossil fuels, saying this did not give producers confidence to keep investing in production.

The head of the world’s biggest producer company was speaking at a World Economic Forum session on the global energy outlook in Davos. ‘We don’t believe in peak oil,’ he told reporters later.

But other petrol bosses remained unconvinced. ‘The problem of peak oil remains,’ said Thierry Desmarest, chairman of French giant Total. Mr Desmarest said it would be very difficult to raise oil production worldwide above 95 million barrels a day, which is 10% more than today’s level.

The problem is not one of insufficient reserves, but that ‘a lot of it is difficult to be produced,’ he said. Mr Desmarest told the AFP news agency that world oil production could peak in about 10 years…

Une bien jolie planète…

Une bien jolie planète, brillante de mille traits lumineux…
Cette jolie vidéo fait beaucoup plus peur quand on connaît la consommation de kérosène de l’aviation. (Pour plus d’infos, voir sur le site de Jean-Marc Jancovici le point sur la consommation des avions : http://www.manicore.com/documentation/aeroport.html)

C’est une visualisation accélérée de 24h du trafic aérien mondial :  

Convention climat, Grenelle et taxe carbone : passer la seconde ou initier des ruptures ?

Si les enjeux climatiques sont de mieux en mieux perçus par les citoyens, les initiatives pour les traiter sont à la peine. Copenhague à l’international, Grenelle et la taxe carbone en France donnent l’impression de chevaux qui se dérobent devant l’obstacle. A mes yeux, dans les trois cas, la cause profonde des difficultés est du même ordre, même si l’ampleur des sujets n’est pas la même. Le changement climatique, comme la crise financière,  comme les crises écologiques et sociales dans lesquelles le monde est plongé sont à la fois des preuves que notre modèle de croissance s ‘épuise et de fortes incitations à le changer en profondeur. Mais tout ceci s’inscrit en plus comme le dit Michel Serres1 dans une période de transformation radicale de l’humanité, de son rapport au monde et à elle-même. Il n’hésite pas à la considérer comme la fin du néolithique. « La crise actuelle vient de ce que meurent nos cultures et nos politiques sans monde. Se termine une ère immense de notre histoire ; mieux, commence notre temps d’hominescence”2.

En un mot la résolution des crises actuelles nécessite et suppose un changement de modèle économique mais plus profondément un changement de civilisation voire un changement d’ère biologique3. Pas étonnant que la transition à gérer soit un peu rock and roll et que personne n’ait vraiment les clefs de la porte de sortie.

Nous sommes dans la situation de passagers d’un TGV fonçant sans frein vers un précipice, mais dont les passagers de première classe demandent qu’il accélère et qu’on débarque les passagers de seconde qui le ralentissent. En même temps, certains voyant l’abîme demandent qu’on ralentisse, certains qu’on arrête ou qu’on fasse marche arrière. Comment, dans ce contexte, gérer la transition en raisonnant à la marge du système et, en même temps tenter d’anticiper des évolutions plus radicales ?

Copenhague, Grenelle la taxe carbone sont des entreprises tentées avec les moyens du bord (institutionnels, culturels, économiques). Comment faire autrement ? On peut toujours rêver d’un grand soir mais l’histoire a montré que les révolutions portées par une vision idéale commencent et se terminent dans un bain de sang ? La réponse me semble assez claire : nous devons bien tout faire pour faire progresser les décisions et les comportements, avec les moyens du bord et tout l’opportunisme possible et, en même temps, réanimer l’envie de concevoir et de mettre en œuvre des changements en rupture.

Paul Watzlawick4, un psychothérapeute « systémicien », a cherché à comprendre pourquoi « plus ça change plus c’est la même chose ». Il a distingué deux natures de changement : les changements à l’intérieur d’un cadre ou d’un système (type1) et les changements de cadre (type2). Il va nous falloir inventer des changements de type 2 (des changements de changement) et ne pas se contenter des changements de type 1.

Néanmoins les petits changements engagés ne sont pas inutiles. En l’attente de ruptures plus franches, il me semble utile que sur le terrain on commence par passer la seconde.

Alain Grandjean, économiste. http://alaingrandjean.fr/

1 Le Temps des Crises (Aubier, 2009)

2 Nicolas Hulot aime rappeler cette blague de Pierre Dac « Le chainon manquant entre le singe et l’homme c’est nous… »

3 Certains, à la suite de Paul Crutzen, parlent d’anthropocène pour désigner l’ère en cours.

4 Voir Watzlawick Paul, “ Changement et psychothérapie” Coll. Point Éditions du Seuil Paris 1980

Favoriser les expérimentations de monnaies complémentaires

Parce que l”intelligence collective sur lequel repose le web 2.0 (en), les monnaies complémentaires et les groupes de réflexion dynamiques sont une partie du nécessaire pour la transition écologique, je souhaiterais attirer l’attention sur l’appel d’Autrans, qui réunit brillamment les trois. (Les rencontres d’Autrans sont passées, mais on peut encore trouver les vidéos des conférences ainsi que d’autres ressources sur leur plate-forme)

Appel d’Autrans

Chaque année les participants des rencontres de l’internet lancent un appel aux pouvoirs publics

Favoriser les expérimentations de monnaies complémentaires

Les participants aux rencontres des acteurs de l’Internet à Autrans :

  • constatent que les monnaies complémentaires (libres, locales, régionales, sociales)se multiplient dans le monde. On en dénombre actuellement plusieurs milliers ;
  • sont sensibles au raisonnement inspiré par l’analyse de système, qui recommande la biodiversité dans le domaine monétaire comme dans les autres registres du vivant ;
  • cette diversité, si elle est suffisante, accroît la résilience de l’économie. C’est donc un rempart contre les crises et en même temps un renforcement du lien social et des pratiques d’autonomie ;
  • les plateformes libres sur Internet et sur téléphone mobile permettant la mise en place de ces monnaies seront opérationnelles en 2010, ce qui devrait induire une multiplication des initiatives à l’échelle mondiale ;

dès lors, les participants aux rencontres d’Autrans demandent instamment aux pouvoirs publics, européens, nationaux, régionaux et locaux de favoriser les expérimentations en liaison avec les initiatives d’autres pays, au Nord comme au Sud, et de ne pas faire obstacle à leur création et à leur développement.

Vous pouvez commenter et compléter cet appel sur le Wiki et poursuivre les échanges sur la liste “Monnaies complémentaires”

Taxe carbone : peut-on de la citrouille qu’a produit le conseil constitutionnel faire un carosse de la lutte contre le changement climatique?

La taxe carbone et le conseil constitutionnel

Le conseil constitutionnel a censuré le projet de taxe carbone et obligé le gouvernement à revoir sa copie. Ce pourrait être l’occasion en théorie de revoir l’ambition du projet. Ce ne sera malheureusement pas le cas et nous allons tout droit, dans le meilleur des cas, vers une complexification du dispositif sans réel gain environnemental. Il n’est pas exclu d’ailleurs qu’on aille à l’enterrement de la taxe carbone du fait de la reprise du débat à un bien mauvais moment : les régionales vont politiser le sujet, et la croissance très préoccupante du chômage va tendre les relations sociales et réduire encore l’acceptabilité de la taxe. Le conseil constitutionnel aura rendu un bien mauvais service à la cause climatique et ce pour des motifs on ne peut plus discutables. Le seul bénéfice possible à attendre de cet imbroglio ce serait que les complications introduites redonnent à l’opinion le sentiment que le nouveau dispositif est plus juste que l’ancien, mais rien n’est gagné sur ce terrain.

Les motifs du conseil sont plus que discutables

Le conseil constitutionnel ne reconnaît pas que le système européen de quotas est une charge publique pesant sur les entreprises au motif semble-t-il que ce n’est pas une charge fiscale ; il en déduit qu’il n’y a pas égalité devant l’impôt et que sont exonérés de la taxe une grande partie des entreprises qui devraient y être soumises au regard de l’objectif de la taxe carbone.

C’est un raisonnement étroitement fiscal qui s’oppose au raisonnement économique et au bon sens le plus élémentaire. Si un français était rationné , avec une pénalité en cas de dépassement de la ration allouée, il vivrait clairement cela comme une charge voire dans le vocabulaire courant comme un impôt. Les entreprises soumises à ETS (si les quotas sont assez serrés, mais ce vrai sujet n’est jamais abordé par le conseil) sont bien obligés de s’ adapter à cette contrainte et cela a un coût pour elles.

Le raisonnement du conseil est également étroitement juridique car si, dans ses attendus, la loi avait précisé que le dispositif mis en place visait, en complément des quotas , à limiter les émissions dans le secteur diffus, un spécialiste de droit constitutionnel, Guy Carcassonne, nous indique , en public1, que le texte n’aurait pu être invalidé.

Le gouvernement va compliquer le dispositif sans gain environnemental

La France ne peut pas aujourd’hui durcir sur la période 2008-2012 les quotas. Le gouvernement ne peut donc que revoir sa copie fiscale, en tenant compte de la seule observation irrévocable du conseil : la nécessité d’étendre aux entreprise soumises à l’ETS la contribution carbone. Ce faisant il ouvre néanmoins la possibilité de réduire le taux et de prévoir des compensations. C’est donc ce qui va être étudié. Naturellement le gouvernement ne va pas toucher au reste du dispositif qui , en creux, a reçu l’absolution du conseil et a, par ailleurs, fait l’objet des discussions politiquement les plus sensibles (ménages, pêcheurs, agriculteurs, transporteurs). Il va donc se limiter à compliquer le dispositif pour les entreprises soumises à ETS sans vrai gain environnemental, parce que le montant de la taxe sera réduit et que, de toute façon , les dites entreprises se montreront très peu sensibles à ce supplément fiscal. Si par hasard elles y étaient, elles pourraient en outre vendre des quotas à leurs consœurs européennes, ce qui annulerait au niveau européen les gains faits en France.

L’opinion va –t-elle s’y retrouver ?

Rien n’est moins sûr. Déjà la communication faite autour du Conseil a été une catastrophe pédagogique en ancrant dans l’opinion que les quotas européens sont en fait un cadeau aux grandes entreprises2 et qu’elles en paient rien tant qu’elles ne paient pas les quotas. Ensuite les inévitables marchandages auxquels nous allons assister vont renforcer dans l’opinion que, décidément, les lobbys nous gouvernent. Pendant ce temps là, le vrai sujet qui est celui de la nécessité de faire croître le prix du carbone et de gérer les transitions passe à la trappe. Les émissions diffuses (70% des émissions en France) croissent…

Que faire ?

La priorité serait sans doute de former aux enjeux écologiques et énergétiques les membres du conseil constitutionnel. Il serait ensuite nécessaire de prévoir (à l’occasion d’une autre révision) un toilettage de la constitution pour qu’il soit indiscutable constitutionnellement que des instruments de politique publique qui ne sont pas strictement des impôts mais jouent exactement le même rôle aient un statut équivalent au regard de l’égalité devant la charge publique.

Enfin, à court terme, il s’agit surtout de relever le débat , de prévoir d’ores et déjà la suite : augmentation progressive du taux, élargissement de l’assiette aux autres GES, définition de l’évolution des modes de redistribution quand le taux sera plus élevé (faut-il alors passer par une baisse des charges sociales ?), compatibilité de ce dispositif avec l’évolution de la directive européenne sur l’énergie. Au travail …

Alain Grandjean, économiste, http://alaingrandjean.fr/

1 Mines Paris-Tech, débat du 20 novembre, de 18 heures à 20 heures

2 Cadeau se surajoutant dans l’opinion à la baisse de la TP

Bonne nouvelle sur le front du climato-scepticisme

Un sondage Ipsos affirme que les français croient très majoritairement (84%) au changement climatique et la plupart (77%) savent que le réchauffement climatique est scientifiquement prouvé. 

On remarque la corrélation entre l’âge et le climato-scepticisme.

Voir l’étude Ipsos complète.

Voici quelques extraits de l’étude : 

Question : Personnellement, croyez-vous au réchauffement climatique de la planète ?
rechauffement-climatique

Question : Et d’après ce que vous en savez, estimez-vous que la réalité du réchauffement climatique est aujourd’hui scientifiquement prouvée ?

image-79

A quand le prochain choc pétrolier ?

La banque d’affaire Goldman Sachs vient de publier son “2010 Commodity Outlook”. La banque d’affaire confirme les risques de tension de prix qui sont de plus en plus évidents aux yeux de ceux qui voient approcher le “peak oil”. Goldman Sachs annonce une augmentation progressive du prix du pétrole durant l’année 2010 (avec une moyenne annuelle de prix de 90$ le baril) puis la continuation de la tendance en 2011 (avec une moyenne annuelle à 110$ le baril). Les raisons en sont notamment la croissance de la demande des pays émergents qui a avancé le pic de production des pays de l’OPEP (Organisation des Pays Exportateurs de Pétrole).

courbe-petrole-goldman-sachs

Extrait du rapport de Goldman Sachs : 2010 Commodity Outlook

Jean-Marc Jancovici reviendra sur cette question lors de la prochaine édition de sa chronique hebdomadaire sur France Info, le vendredi à 22h25. (A écouter sans modération sur le site de France Info à toute heure ou à l’heure dite sur France Info)

Pour télécharger le chapitre concernant le pétrole du rapport de Goldman Sachs (en) :

Télécharger le document

Pour en savoir plus sur Jean-Marc Jancovici :

Tout ce que vous avez toujours voulu savoir sur le carbone
sans jamais oser le demander : www.manicore.com

Tout ce que vous avez toujours voulu savoir etc mais sans aimer la lecture :
www.manicore.com/documentation/articles/conferences.html

Taxe carbone : toujours indispensable

Tribune parue dans le journal Le Monde le 08/01/10

Les difficultés rencontrées à Copenhague dans la lutte contre le réchauffement climatique ne peuvent pas servir de prétexte pour ralentir les ambitions françaises dans ce domaine. Le fait que le Conseil constitutionnel censure le dispositif voté par le Parlement pour mettre en place la taxe carbone ne doit pas conduire à mettre de côté cet instrument-clé dans la réduction des émissions de gaz à effet de serre. Après trois mois d’intenses débats au Parlement et au sein du gouvernement, la mesure qui devait entrer en vigueur au 1er janvier, est ressortie affaiblie, loin du compromis du rapport de Michel Rocard et du discours du président de la République. Le nouveau texte, qui devrait entrer en vigueur le 1er juillet doit donc être l’occasion de remettre de l’ambition dans un projet fondamental pour l’équilibre social, économique et environnemental de notre société.

Une contribution carbone toujours indispensable

Le Conseil constitutionnel ne s’est pas prononcé sur l’opportunité de la taxe carbone. Il a simplement rappelé que la loi votée par le Parlement n’était pas conforme à la Constitution. Trop d’exonérations ont été introduites par le législateur, rendant de fait l’instrument nettement moins efficace que la proposition initiale du rapport de Michel Rocard.

Or la logique du problème énergie-climat répond à quelques évidences physiques qui s’imposent à tous : le climat est en train de se réchauffer, tandis que pétrole et gaz sont en voie d’épuisement. Ne pas s’engager dans un effort général de réduction des consommations d’énergie et des émissions de gaz à effet de serre revient à prendre des risques considérables pour le devenir de nos sociétés. Le changement climatique nous concerne tous, car l’ensemble de nos activités émet des gaz à effet de serre. De même, la raréfaction des énergies fossiles touche tous les secteurs, et particulièrement ceux qui étaient exonérés de taxe carbone. L’agriculture, la pêche, le transport routier vont en effet connaître dans les années à venir, des mutations profondes. Or mieux vaut anticiper et choisir la mutation, plutôt que de la subir. C’est pourquoi la contribution carbone ne peut pas souffrir de multiples exonérations, dont l’inclusion dans le projet de loi de Finance ne révélait qu’une certaine difficulté à faire accepter les changements nécessaires.

Des exonérations à revoir

Dans ce contexte, le cas des entreprises déjà soumises au système européen des quotas d’émissions doit être examiné séparément. On peut regretter l’insuffisante efficacité du système actuel au niveau européen, et notamment une allocation de quotas encore parfois excessive sur la période 2008-2012. Mais ce dispositif a des mérites : il a conduit les grandes entreprises à prendre rapidement conscience du problème et à réorienter leurs stratégies, car elles doivent payer une pénalité de 100 euros la tonne de CO2 en cas de dépassement des quotas alloués. Avec le paquet climat-énergie européen, les difficultés initiales devraient être surmontées, notamment avec moins de quotas alloués aux industriels.

On ne pourra alors envisager l’instauration d’une double pénalité : les quotas plus la taxe. Et par ailleurs le choix du système des quotas pour les grands émetteurs est un choix collectif européen, sanctionné par plusieurs directives. Le Conseil constitutionnel a connaissance de ces réalités. S’il faut revoir les dispositions pour les grandes industries, il devrait être possible d’envisager une solution transitoire, dans l’attente en particulier de la mise aux enchères des quotas, à partir de 2013.

Restera la question des secteurs et des ménages les plus vulnérables. Pour les entreprises, le monde de l’agriculture et de la pêche, mieux vaut un accompagnement organisé permettant de poser les bases d’un nouveau modèle économique qu’une série d’exonérations. Plutôt que de retarder l’échéance, il convient d’organiser pour ces filières une concertation multipartite, permettant de considérer sérieusement les alternatives et l’aide de la collectivité dans leur transition écologique. Pour les ménages, on ne peut ignorer que certains sont déjà durement touchés par la hausse du prix de l’énergie. Ici aussi, il faut accompagner socialement et économiquement la transition. En finançant l’isolation des logements des plus pauvres, en développant les infrastructures de transport collectif, en soutenant l’achat de véhicules peu consommateurs, nous disposons de solutions triplement gagnantes : aux plans économique, écologique et social. Dans un contexte de crises à venir, la plus grande injustice pour les plus vulnérables serait de ne rien faire.

Faire de la contribution carbone une mesure ambitieuse

Les sages offrent une occasion de revoir la copie et de réintroduire plus d’ambition et d’équité dans la politique française de lutte contre le réchauffement climatique. Il faut revenir maintenant à un texte de loi qui se rapproche des conclusions du rapport Rocard, en particulier pour limiter les exonérations, mais aussi pour réintroduire le principe de la progressivité de la taxe. C’est un de ses volets les plus consensuels, car il donne aux agents économiques la visibilité nécessaire pour qu’ils s’organisent. Insistons à nouveau sur l’importance de la mise en place, prévue dans la loi de Finance, de la commission de suivi qui permettra d’élargir l’assiette de la contribution à d’autres gaz à effet de serre et de suivre l’évolution de son taux. C’est une commission indispensable si l’on veut, comme le demande le Conseil Constitutionnel, que la taxe réponde à l’ambition de la politique climatique française.

La censure initiale est donc l’occasion de faire mieux. D’assumer qu’en contrepartie de la mise en place d’une fiscalité environnementale, soit discuté un nouveau pacte social, qui ne laisse pas les plus vulnérables de côté dans la transition écologique. Mieux expliquée, mieux accompagnée, la taxe carbone sera plus efficace et mieux acceptée. Malgré les difficultés, il est impératif de persévérer pour un avenir énergétique et climatique plus durable.

Auteurs :

Dominique Bourg (Philosophe), Patrick Criqui (Economiste), Marc Dufumier (Agronome), Alain Grandjean (Economiste), Jean-Marc Jancovici (Ingénieur), Jean-Jouzel (Climatologue), sont membres du Comité de Veille Ecologique de la Fondation Nicolas Hulot.
Benoit Faraco est coordinateur changement climatique énergie à la Fondation Nicolas Hulot.

Pour aller plus loin :

* La FAQ de la FNH sur la taxe carbone ici

* Le communiqué de presse du Conseil Constitutionnel portant notamment sur la taxe carbone

* Le livre “Les Etats et le carbone”, de Patrick Criqui, Benoît Faraco et Alain Grandjean, Editions des PUF, novembre 2009

Croissance verte : l’économie du futur

A lire, ce rapport sur la croissance verte que nous avons rédigé dans le cadre du “Conseil Economique pour le Développement Durable“.

La question de la soutenabilité est au coeur du récent rapport de la commission Stiglitz, sur la mesure des performances économiques et du progrès social, qui en souligne les trois dimensions, économique, environnementale, et sociale.
Il observe ainsi que l’euphorie liée aux performances d’avant la crise a été entretenue par des outils de mesure qui n’intégraient pas d’évaluation de la soutenabilité, et n’accordaient pas assez d’attention à l’endettement privé croissant, par exemple. Il souligne aussi l’imminence d’une crise environnementale, tout particulièrement du fait du réchauffement planétaire.
Les améliorations des systèmes de mesure qu’il propose poursuivent l’objectif général de fournir les éléments pertinents pour concevoir, mettre en oeuvre, et évaluer les politiques destinées à accroître le bien être et favoriser le progrès social.
Mais il faut aussi, pour cela, définir ces politiques, et plus généralement les conditions de ce qu’il est convenu d’appeler une « croissance verte ». Les débats sémantiques sur cette notion montrent que ses contours sont perçus de manière très variable et peuvent être source de confusion. Les uns craignent qu’elle ne serve d’alibi pour masquer ou imposer, des coûts ou des contraintes excessifs. D’autres n’y voient qu’une opération de « green washing », ou au contraire redoutent les mutations industrielles et professionnelles à réaliser.
L’objet de ce rapport est de fournir des éléments de clarification et de cadrage pour ces débats. Le rapport commence par préciser le diagnostic sur l’épuisement de notre modèle de croissance dans ses différentes dimensions. Il analyse ensuite les contours d’un nouveau modèle de croissance dont l’une des caractéristiques serait d’entretenir une relation plus équilibrée avec l’environnement. Après avoir souligné l’insuffisance d’une politique qui prendrait l’organisation socio-économique actuelle comme donnée et qui se préoccuperait uniquement des gaz à effet de serre, il esquisse enfin un cadre d’action fondé sur la nécessité d’une vision globale du développement durable.
Loin de clore le débat, ce rapport vise au contraire à l’ouvrir, tant nous avons besoin de renouveler nos cadres d’action pour répondre à ces enjeux, car la mutation à opérer pour contenir le risque de changement climatique, pour préserver la biodiversité, et pour faire face à des tensions sur les ressources, est d’une ampleur considérable : il sera nécessaire de transformer profondément le modèle de croissance actuel, en un modèle beaucoup plus sobre en énergie et en matières premières.
Répondre à ces défis nécessite des transformations structurelles de notre modèle de croissance, combinant: des modifications de comportement réalisables avec les technologies existantes; mais également avec un recours accru aux NTIC; et un processus très puissant d’innovation et de création de nouveaux produits et services bouleversant les chaînes actuelles de valeur. Le message principal du rapport est que la remise en cause des ressorts économiques traditionnels de la croissance impose ainsi d’adopter une vision intégrée pour élaborer une nouvelle stratégie.
La synthèse de la discussion qui a eu lieu sur ce rapport au sein du Conseil Économique pour le Développement Durable est jointe en annexe sous la forme d’un résumé à l’intention des décideurs.
Elle trace les grandes lignes de ce que pourrait être une telle vision.

SOMMAIRE

Introduction

1. L’épuisement de notre modèle de croissance
1.1 Le défi écologique
1.1.1 Des effets globaux et irréversibles
1.1.2 L’épuisement des ressources non renouvelables
1.1.3 Les leçons à retenir
1.2 La remise en cause des moteurs de la croissance
1.2.1 La croissance fondée sur les NTIC est-elle pérenne ?
1.2.2 Le capitalisme actionnarial mondialisé : une déconnexion croissante entre économie réelle et économie financière
1.2.3 La crise financière et économique de la fin des années 2000
1.3 L’analyse économique de la croissance verte
1.3.1 Un nouveau modèle macro-économique ?
1.3.2 La complémentarité des capitaux techniques, naturel et humain au coeur de la croissance verte
1.3.3 L’ économie de la fonctionnalité : une innovation de rupture au service de la croissance verte ?

2. Les conditions de la croissance verte
2.1 Le principe pollueur payeur
2.1.1 Les instruments
2.1.2 La régulation financière des quotas à l’ordre du jour
2.2 Les mesures en faveur de la croissance verte
2.2.1 Les investissements verts
2.2.2 Les emplois verts
2.2.3 L’efficacité énergétique
2.3 Le risque d’une réponse désordonnée et incohérente
2.3.1 Les signaux-prix
2.3.2 La réponse technologique
2.3.3 Les projets et les mesures sectorielles
2.4 Travailler à un nouvel équilibre entre économie, environnement et société
2.4.1 Une approche élargie, dynamique et radicale
2.4.2 Un nouveau paradigme pour l’intervention publique

Conclusion
Références
Annexes

Télécharger le document

Croissance verte , l’économie du futur - Conseil économique pour le développement durablePatricia Crifo - Michele Debonneuil - Alain Grandjean - Novembre 2009.

Le manifeste du CIPMF, pour une politique européenne de développement humain et soutenable

J’ai eu la chance, à l’initiative de Patrick Viveret , de participer à une réflexion du Centre International Pierre Mendès France (présidé par Michel Rocard) , et de jouer le rôle du rédacteur en chef du manifeste qui suit. Ce manifeste, écrit en 2006 donc avant la crise financière, avait la noble ambition de poser le diagnostic de crise globale et de proposer des mesures structurantes au plan économique, social et écologique.

Certaines de ses mesures sont sur l’agenda politique (taxe carbone, taxe sur les transactions financières)…D’autres ont été discutées sérieusement (TVA sociale). D’autres enfin (redonner à l’Etat le bénéfice de la création monétaire) sont, à mon avis, appelées à être discutées.
Merci de me faire part de vos commentaires et suggestions si vous en avez.

Télécharger le document

Page suivante »