Ce que nous apprennent les fauvettes qui s’adaptent au changement climatique

Les fauvettes1 migratrices issues d’Europe centrale migrent à l’automne au-delà de la Méditerranée pour y passer l’hiver et revenir en Europe en avril. Du fait du changement climatique ce voyage long de quelques milliers de kilomètres se transforme aujourd’hui en catastrophe : lorsqu’elles rentrent, les arbres ont déjà leurs feuilles, les chrysalides sont devenues papillons et la famine les guette.


Certaines d’entre elles ont eu l’idée de partir vers les Iles britanniques. Un climat à l’arrivée maintenant suffisamment clément. Un voyage beaucoup moins long : quand revient l’heure de la nidation elles sont plus rapidement de retour sur leurs terres. Le mouvement vers ce nouveau parcours ne cesse de s’amplifier chez les fauvettes. C’est la dernière mode.

« Comment ces migrateurs nocturnes qui volent à 2000 mètres de haut et se guident aux étoiles ont-ils pu changer leur route en si peu de temps ? L’équipe de Peter Berthold au Max Planck Institute de Radolfzell près du lac de Constance en Allemagne a élevé en cage des oisillons dont les parents avaient hiberné en Angleterre. A l’heure de la migration, ceux-ci ont été placés au milieu des champs dans une boite dont le couvercle découvrait la nuit étoilée. Le sol était jonché de poudre noire. Au matin toutes les empreintes allaient vers l’ouest : preuve que les fauvettes à tête noir avaient muté. L’information s’était inscrite dans leur patrimoine génétique. Ou plus certainement dans ce champ « épigénétique » qui intéresse de plus en plus les biologistes. »2

Cette histoire me fascine à trois titres. D’une part elle3 montre que les mécanismes purement darwiniens ne sont pas les seuls à entrer en jeu dans l’histoire de la vie. D’autre part elle montre qu’il y a peut-être des capacités inconnues de résilience de la biodiversité au traumatisme climatique. Ce n’est en rien une raison pour laisser la dérive climatique s’accélérer mais cela peut nous amener quelques bonnes surprises dans l’océan de mauvaises nouvelles.


Enfin et surtout cette histoire a la vertu pédagogique de nous montrer que les choses peuvent évoluer beaucoup plus vite qu’on ne le croit et par des mécanismes que nous ignorons. Comment être certain, pour revenir à Homo Sapiens, le mal nommé, qu’il est, comme le pense par exemple l’académicien
4 Jacques Blamont, définitivement méchant ? Comment être certain qu’une « mutation épigénétique » ne va pas le transformer ?

On peut penser au contraire que la perspective qu’il est en train d’achever le monde va le métamorphoser en être humain achevé. Michel SERRES plaide en faveur de la thèse de l’émergence d’une nouvelle humanité. Nous serions en train de passer de l’humanité à « l’hominescence »5. Edgar Morin fait l’éloge de la métamorphose. 6

Comment cette mutation peut-elle se produire ? A la fois, comme pour les fauvettes, parce que c’est cela où crever. Ensuite et surtout parce que, tous comptes faits, nous sommes faits pour être heureux et pour rendre heureux. C’est quand même une motivation puissante, non ?

La fauvette est irrésistiblement attirée pendant l’hiver par des zones inconnues qui lui apporteront ce dont elle a besoin. Nous sommes irrésistiblement attirés par le bonheur, la joie, la beauté, la poésie. Le sursaut dont nous avons besoin c’est de refuser de nous laisser emporter vers les terres faméliques et violentes où nous dirigent les mécanismes financiers et économiques actuels. Il est à notre portée de les corriger pour que nous puissions construire un monde solidaire, avec nos congénères et toute la biosphère, un monde durable parce que solidaire.

Alain Grandjean

1 Comme indiqué dans mon dernier post, le dernier livre de Lorius (Voyage dans l’anthropocène) est remarquable. C’est lui qui évoque cette belle histoire. Qu’Actes sud me pardonne de la citation assez large que je vais faire maintenant pour parler des fauvettes et de ce qu’elles m’inspirent. Voir pages 124 et 125

2 Op. cité, page 125

3 La recherche sur l’ épigénétique et le fait que l’expression des gène peut être influencée par l’environnement et non pas uniquement par les gènes est très active. Andrew Fire et Craig Mello ont obtenu le prix Nobel de physiologie et de médecine pour la découverte de l’ARN interférent qui a révolutionné notre vision de la régulation de l’expression des gènes.

4 Voir son « Introduction au siècle des menaces «  paru chez Odile Jacob en 2004.


5 Hominescence, le livre de poche, 2003.

6 Eloge de la métamorphose, par Edgar Morin,| 09.01.10 |

Fin de l’Anthropocène, bienvenue dans le Noocène

Claude Lorius, pionnier des recherches sur le climat, médaille d’or au CNRS, signe avec le journaliste Laurent Carpentier un extraordinaire « Voyage dans l’anthropocène »1 .

J’y ai appris entre mille choses que le prochain congrès mondial de stratigraphie de Brisbane (Australie) en 2012 va statuer sur la proposition faite par Paul Crutzen en 20022 de reconnaître qu’une ère géologique nouvelle est apparue il y a 3 siècles. Ce genre de décision ne se prend pas tous les matins. La dernière date de plus d’un siècle. C’est en 1885 que fut officialisée l’ère appelée Holocène, commencée avec la sédentarisation de l’homme il y a 11 500 ans.

La décision d’officialiser l’anthropocène c’est la reconnaissance par la communauté scientifique du fait que l’espèce humaine est devenue la principale force géologique, modifiant le climat, la biosphère, l’hydrosphère, la lithosphère… Je vous laisse découvrir les données scientifiques.

Mais ce qui m’a le plus frappé dans ce voyage, c’est qu’ on peut déjà prévoir la fin de cette ère à peine reconnue scientifiquement. L’anthropocène repose en effet sur la destruction accélérée des ressources physiques en quantité finie, à commencer par les énergies fossiles. Et une exponentielle finit toujours par épuiser un stock fini.

Un premier débat porte sur la date de fin : quelque part entre 2050 et 2150 ? L’histoire s’accélère vraiment. Les ères précédant le quaternaire duraient entre 50 et 250 millions d’années. Le pléistocène aura duré 2,6 millions d’années, l’holocène 12000 et l’anthropocène 400 ? Et il ne s’agit pas d’un effet d’optique lié au fait que nous avons plus d’informations sur des périodes récentes. Il s’agit bien de la vitesse avec laquelle l’ensemble des données physiques et biologiques caractérisant notre planète évolue.

L’anthropocène et après ?

Un deuxième débat qu’initie Claude Lorius avec humour et gravité c’est celui du nom de la prochaine ère. « Postanthropocène, nocène, apocalypsenowcène ? » nous propose-t-il.

On sent bien son hésitation. « La seule question qui se pose désormais à nous c’est : « que voulons-nous faire de ce monde dont nous sommes devenus dans le même temps les fossoyeurs et les gardiens ». « Serons-nous les gardiens de la Terre ou les spectateurs impuissants de notre toute-puissance ? »  Et il cite cette belle phrase d’ Edgar Morin.

« Le probable est la désintégration. L’improbable mais possible est la métamorphose ».

Mais la post-face de Michel Rocard « La force de l’amitié a sauvé l’antarctique » montre bien où son cœur penche. C’est d’ailleurs pourquoi son livre est un appel au sursaut. Quel sens aurait cet appel si la désintégration était certaine ? Mieux vaudrait alors boire un bon coup. Pour oublier.

De mon côté, je n’ai pas l’ombre d’une hésitation. La prochaine ère sera le Noocène3. Non que l’être humain soit amené à se désincarner et à se transformer en pur esprit. Mais plus simplement parce que le système de valeurs dominant aujourd’hui (assez bien illustré par le film Avatar) est à la fois létal et mortel. « Les civilisations meurent par suicide écrivait Arnold Toynbee. Non par meurtre ». Nous serions la première à commettre un meurtre contre l’ensemble de nos congénères, l’ensemble de la création et contre nous-mêmes.

Ce système de valeurs va se désintégrer. Il est en train de se désintégrer. Et nous assistons sans bien le voir car nous n’avons pas encore les mots pour le dire, donc pour le voir, à l’émergence d’une humanité …enfin humaine, dans les décombres liées à la fureur et à la bêtise crasse de cet homo appelé sapiens par antiphrase.

Bienvenue dans le Noocène.

Alain Grandjean

1 Paru à Actes Sud en janvier 2010

2 Dans un article publié dans Nature : « geology of mankind ».

3 C’est Vladimir Vernadsky , un biogéochimiste russe, qui a créé le terme de noosphère repris et popularisé par le jésuite et paléoanthropoloue français Pierre Teilhard de Chardin.

Noos veut dire esprit en grec.

Intelligence monétaire pour une sobriété énergétique (Billet invité)

Par André Selles, en réaction au post « Sortir de la crise de l’Euro par le haut, sans sortir de l’Euro« 

André Selles

Écologiquement parlant, ou si l’on préfère, énergétiquement parlant, il est vertueux de prendre à bras le corps l’isolation des -mettons- 30 millions d’habitations en France. Pour le particulier, seul un petit nombre de personnes assez fortunées et déterminées à respecter la Terre y investit. Or ce chantier peut être vu comme vertueux à bien des points de vue : minimiser les émissions de CO² (passée la phase de production de matériaux isolants), favoriser la culture de chanvre localement,  récupération de déchets de bois, développement du travail local – une armée de formateurs et d’artisans -, favoriser donc, l’économie locale, donc les recettes fiscales, donner matière à fierté aux particuliers, le verrou apparent étant celui de la volonté et des capacités financières des particuliers à CHOISIR  cet investissement, surtout en temps de menace de récession. Une solution serait de créer la masse monétaire nécessaire, sous condition d’utilisation effective, avec un prêt remboursable seulement à proportion des réductions de dépenses énergétiques pour les moins fortunés, puis proportionnés à un prorata à définir du revenu imposable. Rien n’empêcherait de proposer d’attirer l’investissement particulier pour tous ceux qui n’apprécient que mollement les produits financiers de leur banque, en assurant, par création monétaire si besoin, un rendement fixé d’avance, et, d’ un autre côté, limiter drastiquement par voie législative tous les rendements financiers  en dessous de 02 chiffres. Conceptuellement peut être cela est-il nouveau, mais hormis bousculer violemment nos habitudes (de plus ne plus visiblement léthales ), ceci n’est-il pas bêtement possible avec la création d’établissements financiers dédiés à caractère équitables (ni forcément publics ni forcément privés) équitablement lucratifs et régulés ?

La mouvance sobre, équitable et monétairement créative est-elle en voie d’expansion sinon d’organisation ? Il me semble que le désir est là,  ainsi que la lassitude des moeurs actuelles que nous alimentons encore bien souvent, bon gré mal gré, dans nos choix ou nos obligations. Si c’est le cas, les médias dominants n’en ont pas fait une rubrique honorable à ce jour, si bien que le mouvement est peu visible au bon peuple, et donc l’éventualité d’un pilotage adapté aux besoins humains durables de la masse monétaire encore illisible. Comment voir l’ avenir de ces avancées dans la pensée pratique de l’économie ? Comment en faire mieux humer les parfums prometteurs aux foules ?

André Selles

Réforme du traité : renforcer la gouvernance pour les marchés (Billet invité)

Par Thomas Coutrot, membre du Conseil scientifique d’Attac – paru dans la revue Politis

A peine entré en vigueur depuis un an, le traité de Lisbonne va déjà devoir être réformé d’urgence. Il interdit en effet aux pays membres de la zone euro de venir en aide à un autre pays membre. Cette absurde clause de « non-sauvetage » (no bail-out) reflétait l’obsession néolibérale d’imposer aux États la discipline des marchés financiers. Depuis l’interdiction faite (depuis le traité de Maastricht) aux États de financer leur déficit auprès de la banque centrale européenne, ils sont contraints d’emprunter sur les marchés financiers. Il leur faut donc satisfaire aux critères et exigences de l’industrie financière et des agences de notation. Interdire l’aide entre États, c’est obliger chacun à respecter rigoureusement la loi des marchés : réformes fiscales favorables aux revenus du capital, baisse des dépenses publiques, contrôle des déficits… Les marchés puniront tout État « laxiste » par des taux d’intérêt élevés (la soit-disant prime de risque) qui l’obligeront à revenir dans le droit chemin.

Ce brillant raisonnement s’est effondré avec la crise financière. Celle-ci l’a démontré une nouvelle fois : les marchés financiers n’étant ni efficients ni rationnels, il est aberrant de leur confier la tutelle des politiques économiques des États. Mais loin de tirer ce bilan,  c’est encore à la finance qu’on a demandé de financer ces déficits provoqués par la finance. Le cas le plus délirant est celui de l’Irlande, avec son brutal plan d’austérité destiné à financer le renflouement des banques irlandaises pour que leurs frasques ne coûtent pas un centime d’euro à leurs créanciers, et principalement aux banques européennes.

Pour éviter de futurs dérapages, la « gouvernance européenne » va être renforcée. La Commission examinera le budget de chaque pays avant même le Parlement national (procédure dite du « semestre européen »), pour faire pression puis prendre des sanctions si les dépenses publiques ne sont pas suffisamment rabotées.

Mais faute d’avoir désarmé la finance et réduit son instabilité, chacun sait de nouvelles crises inévitables. Le traité de Lisbonne sera donc réformé en 2011 pour pérenniser le Fonds de sauvetage (le fonds européen de stabilité financière, FESF), créé en 2010 au mépris du traité pour venir en aide à la Grèce et à l’Irlande. L’aide sera décidée quand « la stabilité financière de la zone euro dans son ensemble est menacée », et sera « subordonnée à une stricte conditionnalité ».

Les dirigeants de l’Union, la Commission et le FMI ne manqueront pas de saluer dans cette réforme un pas vers une plus grande solidarité entre les pays de la zone euro. Curieuse solidarité en vérité. Loin de redonner aux États des marges de manœuvre par rapport aux  marchés financiers, cette réforme veut renforcer la discipline que les marchés n’ont pas su – de par leur totale irresponsabilité – imposer. Les traités européens voulaient imposer aux États la discipline des marchés. Maintenant que ces marchés ont montré leur incapacité à se discipliner eux-mêmes, il s’agit non de les mettre hors d’état de nuire, mais de suppléer leurs mécanismes défaillants par des mécanismes politiques (les fameuses « conditionnalités ») qui imposeront directement aux États les objectifs de la finance. Il y a bien renforcement de la solidarité, mais avec l’industrie financière, que l’Union européenne veut préserver de tout risque en renforçant les contraintes sur chaque État membre.

Désarmer la spéculation qui continue à sévir contre la Grèce, l’Irlande, le Portugal, l’Espagne ? Demander à l’Allemagne de réduire ses excédents commerciaux qui déstabilisent toute l’Europe ? Faire cesser la concurrence fiscale qui mine les recettes publiques des pays de l’Union ? Renforcer la solidarité budgétaire européenne en créant une fiscalité continentale sur les transactions financières et les énergies fossiles ? Vous n’y pensez pas ! Adopter cette réforme du traité, c’est au contraire resserrer l’étau de la finance sur l’Union européenne, c’est approuver les plans d’austérité déjà imposés et préparer leur généralisation. C’est poursuivre obstinément la course de l’Europe vers le gouffre.

Thomas Coutrot, membre du Conseil scientifique d’Attac

Interventions vidéos de Thomas Coutrot

Le site d’Attac : http://www.france.attac.org/

Le site des Economistes Atterrés : http://atterres.org/

Dossier « Investir dans un monde plus juste et plus beau » – la Revue Durable

Je vous partage cette annonce parce que la Revue Durable est un support d’excellente qualité, trop méconnu que je recommande vivement. Alain Grandjean


« Investir dans un monde plus juste et plus beau« , le numéro 40 de LaRevueDurable (décembre 2010 – janvier 2011) est paru

Plus de 1000 milliards de dollars pour maintenir les banques à flot. Plus de 3000 milliards de dollars pour relancer l’économie. Des Etats endettés jusqu’au cou. Une crise sociale et morale de première grandeur. Des déséquilibres écologiques sans précédent. Un climat au bord de la rupture. La génération présente est en train de léguer à ses enfants une maison criblée d’hypothèques, vermoulue, ouverte à tous les vents, exposée aux intempéries d’un climat déréglé, impossible à chauffer et à éclairer par manque de combustible.

Ce quarantième dossier de LaRevueDurable donne des clefs pour récupérer l’argent là où il est et l’orienter pour construire un monde plus juste et plus intelligent. Comme toujours, ces solutions existent déjà et ne demandent qu’à être soutenues. Elles sont institutionnelles et individuelles, pratiques et organisationnelles, intelligentes et enthousiasmantes, souvent très simples… humaines avant tout. A signaler, une interview d’Eva Joly sur les liens entre finance et écologie.

Le contenu détaillé de ce dossier figure dans le sommaire ci-joint.

Vous voulez recevoir ce numéro et n’êtes pas abonné-e ? Commandez-le dès maintenant au prix de 9 euros en indiquant bien votre adresse postale, par retour de ce courriel.

Les envois se font uniquement après paiement, par chèque à l’ordre de Cerin Sàrl, ou par carte de crédit (appelez le +41 26 321 37 11). Nous consulter pour d’autres moyens de paiement.

Rencontrez LaRevueDurable en chair et en os:

A Grenoble, aux Assises sur l’énergie et le climat du mardi 25 au jeudi 27 janvier 2011 :  http://www.assises-energie.net
A Lyon, au Salon Primevère du vendredi 11 au dimanche 13 mars 2011: http://primevere.salon.free.fr

Nous cherchons des bénévoles
Si vous êtes disponible pour nous aider à tenir notre stand au Salon Primevère, merci de vous annoncer à susana.jourdan@larevuedurable.com

Soyez généreux-se! Faîtes connaître notre travail en diffusant ce message auprès de votre entourage, collègues et amis, pour leur plus grand bien et pour le nôtre. D’avance merci !

LaRevueDurable
Cerin sàrl
Rue de Lausanne 23
1700 Fribourg
Suisse

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Sortir de la crise de l’Euro par le haut, sans sortir de l’Euro

Suite aux attaques contre la dette irlandaise, l’Union européenne a annoncé la mise en place d’un dispositif permanent de soutien, se substituant au fonds de stabilisation financière créé pour la crise grecque. La nécessaire révision du traité de l’Union est envisagée1 et les gouvernements allemand et français ont annoncé qu’ils feraient des avancées dans l’ harmonisation des politiques sociales et économiques au sein de l’Europe. La BCE, de son côté, continue son programme non conventionnel d’achats de titres publics et a augmenté son capital.

Ces opérations sont accompagnées de plans de rigueur d’une rare sévérité, visant à rassurer les marchés sur la « qualité » de la gestion publique et la priorité donnée à la maîtrise de la dette.

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De nombreux économistes et financiers prévoient une explosion de la zone Euro. Si la spéculation attaque la dette portugaise puis espagnole, ils pensent que les montants en jeu seront supérieurs aux possibilités des gouvernements et de la BCE. Ils pensent en général aussi que les plans de rigueur rendront encore plus difficile le remboursement des dettes publiques par leurs effets récessionnistes réduisant les ressources fiscales. L’explosion de l’Euro leur semble incontournable, à horizon plus ou moins rapproché.

Marine Le Pen surfe sur cette vague et sur la peur latente des français, qui craignent une poursuite du laminage de leur pouvoir d’achat et des risques de perte d’emploi, les moins défavorisés se demandant même si leur épargne ne va pas y passer. Elle communique sur la nécessité et la manière de sortir de l’Euro et de revenir à la monnaie nationale pour pouvoir profiter ultérieurement des effets positifs d’une dévaluation compétitive.

Si l’on ne peut rationnellement exclure à terme une explosion de l’Euro, la vraie question qui est posée, c’est celle de la possibilité non d’une sortie à froid de l’Euro mais celle d’une sortie par le haut de la crise actuelle.

Il s’agit de trouver une solution commune aux problèmes majeurs de la zone :

  • une faiblesse structurelle face à la puissance chinoise et demain des BRIC (Brésil, Inde et Chine) qui la conduit à se désindustrialiser (la désintégration de l’agriculture européenne n’est évitée partiellement que grâce à la PAC, dont la durée de vie est probablement limitée du fait de la permanence de la crise)
  • une divergence croissante entre les modèles économiques et leur performance, entre les pays européens
  • des balances commerciales internes qui divergent également, l’Allemagne l’Autriche et les Pays Bas étant fortement excédentaires les pays du sud étant déficitaires2.
  • des dettes publiques importantes suite à la crise économique déclenchée par la crise financière et aux plans de soutien publics lancés pour limiter la casse
  • des actifs immobiliers dont le prix va sans doute croître, aggravant la crise sociale en les rendant hors de portée des plus modestes et des étudiants tant à l’achat qu’à la location
  • une dépendance énergétique croissante et un risque élevé de choc pétrolier à très court terme
  • des sinistres écologiques croissants (dégâts des eaux, risques de canicules et de tempêtes)

Face à ce carrefour des crises, il n’est plus question de tergiverser en invoquant les doctrines et les dogmes économiques qui ont contribué à la crise. Il faut sortir des sentiers battus et accélérer la mise en œuvre d’un plan d’urgence et de grande ampleur financé directement par la BCE, et centré sur les chantiers prioritaires pour :

- créer de l’emploi et résoudre la crise européenne du logement

- réduire la balance commerciale de l’Europe les déséquilibres internes à l’Europe

- réduire la dépendance énergétique et l’empreinte carbone de l’Europe

La mise en œuvre d’une politique européenne commune, d’un programme de grands travaux centrés sur le logement, l’énergie et l’économie bas carbone s’impose. Elle permettra de redonner un sens concret à la construction européenne avant qu’il ne soit trop tard. Elle peut s’appuyer sur des champions mondiaux dans les secteurs clefs et sur la véritable force européenne dans le domaine de l’innovation.

C’est le sens de nos propositions :

http://alaingrandjean.fr/2010/11/26/la-rigueur-politique-de-gribouille/ et

http://alaingrandjean.fr/2010/05/20/reconstruire-l%E2%80%99europe-sur-3-piliers/

On peut se demander pourquoi la Chine s’est déclarée prête à acheter 4 à 5 milliards d’euros de dette portugaise et 6 milliards de dette espagnole dans les prochains mois3. N’aurait-elle pas en effet intérêt à attendre la décomposition de l’Europe pour acheter4 à vil prix les actifs extraordinaires de cette zone tant au plan forestier et agricole qu’au plan technologique ? Peut-être est-elle plus sage… et se dit que nos actifs ne valent que par la qualité du modèle social et de nos infrastructures ? Nous empêcher l’effondrement le plus complet, en nous sortant juste assez la tête de l’eau pour obtenir des contreparties de plus en plus substantielles, n’est-ce pas un excellent calcul ?


Sortir de la crise par le haut, n’est-ce pas la seule manière de devenir un interlocuteur crédible face à la Chine et aux autres émergents ?
Cette question mérite d’être posée maintenant, avant que le traité de Lisbonne ne soit modifié dans le sens des politiques de rigueur.

Alain Grandjean

1 Prévue pour être mené tambour battant dès les prochains mois

2 Rappelons que les pays exportateurs de la zone euro exportent vers un autre pays de la zone euro pour 40 à 50% de leurs exportations. Les excédents de l’Allemagne (ainsi que ceux de l’Autriche et des Pays-Bas) reposent dans la même proportion sur les déficits de l’Espagne (ainsi que sur ceux de la Grèce, de l’Irlande et du Portugal). C’est ainsi qu’à un total des excédents privés dans la zone euro de 290 milliards d’euros répond un total des déficits privés de 138 milliards d’euros, soit 48%. Autrement dit, les pays excédentaires fabriquent intégralement leurs excédents provenant de la zone euro par les déficits donc l’endettement des agents des autres pays Voir http://www.chomage-et-monnaie.org/2010/03/editorial-l%E2%80%99allemagne-pourrait-elle-etre-un-peu-moins-allemande/

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3 http://www.latribune.fr/actualites/economie/international/20110105trib000589120/la-chine-va-continuer-a-acheter-de-la-dette-espagnole.html

4 La chine semble vouloir dynamiser son marché intérieur et acheter de plus en plus d’actifs à l’extérieur que ce soit des mines des forêts ou des entreprises…