Taxer la finance pour sauver le climat, c’est pas idiot !
L’une des clefs de la négociation de Copenhague sur le climat est indiscutablement le financement des pays pauvres par les pays riches pour qu’ils puissent s’adapter au changement climatique et bénéficier de solutions “bas carbone”; aller chercher l’argent nécessaire chez les les plus riches (des pays de l’Ocde mais pas que..) est une idée équitable. Aller le chercher dans l’univers de la finance aussi, au motif que les Etats donc les contribuables ont mis beaucoup d’argent pour les sauver. C’est donc aussi une idée politiquement intelligente.
Pour autant la taxe sur les transactions financières, dite Taxe Tobin, proposée par une série de gouvernements , dont la France, n’est pas la bonne solution. Il est utile de comprendre pourquoi et de proposer une alternative.
Certains arguments “contre” sont infondés. Il n’est pas vrai qu’on ne puisse pas repérer les transactions financières, même vers les paradis fiscaux. Ces mouvements passent tous par les chambres de compensation bien connues depuis l’affaire Clear Stream. Il n’est pas vrai qu’on ne puisse pas obtenir un accord international sur un instrument mondial : les négociations post- crise sont difficiles mais pas impossibles.
Un petit tour du côté des salles de marché :
Le vrai problème est plus basique mais nécessite de comprendre une toute petite partie du travail des traders dans les salles de marché. L’une des activités des salles de marché socialement la moins discutable consiste à vendre à leurs clients des “couvertures” (de taux, de change ou autre).
Prenons le cas simple de la couverture de change. Vous êtes un entrepreneur et vous vendez des produits fabriqués en zone Euro aux USA. Votre marge dépend inévitablement de la variation du cours de change Euro/Dollar. Vous souhaitez réduire cet aléa et vous vous tournez vers votre banquier préféré. Si les montants sont suffisamment importants il vous propose des options de vente à terme à prix fixé aujourd’hui (comme ça quand votre client va vous payer en dollar, si le dollar a baissé par rapport au cours de couverture, vous pourrez quand même vendre vos dollars en euros au cours actuel et vous aurez un revenu garanti, et si le dollar a augmenté vous n’exercerez pas votre option et vous les vendrez au cours qui vous fera gagner plus d’argent que le cours de l’option.
Ces produits dérivés sont devenus accessibles aujourd’hui grâce aux développements des mathématiques financières et des pratiques des traders dans les salles de marché. Sans rentrer dans les détails, il faut juste savoir que pour que les banques puissent vendre ces « couvertures » il faut qu’elles –mêmes se couvrent et que la seule stratégie en la matière consiste à constituer des couvertures, à base de transactions financières effectuées éventuellement tous les jours et même plusieurs fois par jour. Sans cela le risque devient considérable et le service « hors de prix ». Le seul hic c’est que ces transactions viennent gonfler le total des transactions financières quotidiennes sans qu’on puisse discerner celles qui sont faites pour constituer ces couvertures et celles qui sont faites à visées spéculatives….
Le vrai problème de la taxe Tobin :
La taxe tobin même à un taux très bas rendrait impossible ces opérations de couverture. Ce serait la fin des opérations de couverture. On peut s’attendre donc à une opposition frontale de toutes les banques (et pas juste des anglo-saxonnes) puisque cela les obligerait à arrêter leur activité de banque de marché , une des plus rentables et à licencier des milliers de personne.
On pourrait se dire : pas grave, quelle est l’utilité sociale de ces activités. On se passait bien de tout cela du temps du régime de Bretton-Woods et des changes fixes.
Certes mais cela veut dire que cette petite modification de règles du jeu entraînerait une révolution qui n’est pas envisageable dans l’état actuel des rapports de force. Mieux vaut donc chercher un autre mécanisme. Je proposerai dans un prochain poste un dispositif alternatif.
Pour aller plus loin, la meilleure référence à mes yeux est le livre de Nicolas Bouleau, professeur à l’école des Ponts et chercheur au Cired
Mathématiques et risques financiers, Odile Jacob, 2009.
C’est lui qui m’a fait ouvert les yeux sur ce problème.
