Face au risque d’effondrement (1/2) : rester lucide mais avancer !

17 septembre 2018 - Posté par Alain Grandjean - ( 8 ) Commentaires

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Carolalune
Credit : Carolalune

Malgré une prise de conscience croissante des risques qu’encoure l’humanité, force est de constater que les mesures vraiment nécessaires pour éviter la catastrophe sont sans cesse repoussées. Cela tient certes à l’ampleur du changement à mettre en oeuvre mais aussi sans doute à l’échec du « catastrophisme écologique », à une forme de « fatigue de l’apocalypse ». S’il est important d’être lucide sur l’état de notre planète et sur l’impact de nos activités, il est, selon moi, indispensable de garder espoir en rappelant que des solutions existent,  en mettant en avant ce qui marche et en focalisant l’attention de tous sur ces solutions, plutôt que de rester « fasciné » par la catastrophe. C’est tout l’objet de ce post et du suivant. Après avoir donné de meilleures raisons d’être optimistes, je vais centrer mon propos sur les solutions et sur ce qui me semble être la réponse centrale, celle sur laquelle nous devons collectivement focaliser nos énergies : l’invention et la construction d’un nouveau modèle économique. Puis je proposerai dans un second post des pistes d’actions pour le mettre en place progressivement au niveau international, européen et national.

Rester lucide sur l’état de notre planète

Comment tout peut s'effondrer par Pablo Servigné et Raphaël Stevens

Comment tout peut s’effondrer par Pablo Servigné et Raphaël Stevens

L’effondrement de notre civilisation est possible ; presqu’un demi-siècle après la sortie du rapport Meadows au club de Rome, la thèse des « collapsologues » est bien documentée. Le changement climatique semble inéluctable[1] et manifeste durement ses effets sur les plus défavorisés, la biodiversité s’érode rapidement, les sols se désertifient, les océans se vident, se transforment en gigantesques poubelles et s’acidifient, des milliers de produits toxiques se promènent sans contrôle dans la nature[2]. Les conditions de vie de larges parties d’une humanité qui continue à croître démographiquement deviennent intenables. Au plan social, les inégalités se recreusent[3]. Du côté politique et géopolitique le tableau n’est guère plus brillant. De nombreux dirigeants semblent autistes et incapables de saisir la gravité de la situation et s’enferment dans des combats d’arrière garde ou pire. Comment oser proposer des solutions et conserver l’optimisme de croire que cela vaut le coup de se battre (les annexes à la fin de ce post répondent à une série d’objections sur l’intérêt et la possibilité d’agir dans ce contexte). ?

Quelles raisons aurions-nous de rester optimistes si ce n’est de se reposer sur une foi aveugle dans les sciences et techniques ? Une foi qui ne peut être qu’aveugle, car si elles peuvent nous apporter des solutions, elles sont à ce jour plutôt du côté du problème, en étant précisément à l’origine des dérèglements planétaires mentionnés ci-dessus. Toute la question est de les orienter vers ces solutions plutôt que vers l’aggravation de nos problèmes. Or cela ne se fait pas spontanément dans le monde économique actuel. 

De vraies raisons d’être optimistes

Rappelons qu’il y a des raisons profondes de ne pas être défaitistes, tout en restant lucides, et que dès lors être constructif n’est pas être naïf ni désinformé. Le combat à venir va aussi se tenir sur les valeurs, la confiance en soi et la volonté.

Tout d’abord nous ne sommes pas confrontés à une catastrophe naturelle ou devant une situation incompréhensible (comme lors de l’épouvantable peste qui, au milieu du XIV° siècle, a décimé en 5 ans le tiers ou la moitié des Européens). La situation est aussi très différente de celle qui a été vécue dans les tropiques à la fin du XIX° siècle qui aurait fait, en raison d’un épisode climatique extrême, 50 millions de morts[4]. Au contraire nous sommes incroyablement bien outillés pour éviter la tragédie annoncée.

  • Nous connaissons les causes (pour l’essentiel humaines) des perturbations présentes et à venir de nos socio-écosystèmes et nous disposons de travaux scientifiques avancés pour anticiper l’avenir[5].
  • Nous avons mis au point des technologies propres et bas-carbone, qui peuvent être déployées assez rapidement (car leurs coûts sont maintenant maîtrisés) à grande échelle; nous disposons de feuilles de route élaborées[6].
  • Nous sommes capables de décrire dans ses grandes lignes ce que pourrait être un système économique convenablement régulé.
  • De nombreux groupes humains, entreprises, associations, …sont engagés dans des actions de plus ou moins grande ampleur visant à « tourner la page », soit en construisant des alternatives soit en s’opposant aux projets du passé. De nombreux modes d’organisation alternatifs voient le jour, à tous les niveaux.
  • Nous savons que nous ne manquerons pas d’argent pour réussir la transition écologique.

Image issue du site du Club des juristes

Image issue du site du Club des juristes

Plus généralement l’humanité a montré plusieurs fois une réelle capacité à s’organiser mondialement face à des périls planétaires : que ce soit face au trou de l’ozone, par l’accord de Montréal en 1987, ou assez régulièrement maintenant, avec l’OMS, face aux risques d’épidémies mondiales. Il est probable que le pacte mondial pour l’environnement va être voté par l’immense majorité des pays du monde d’ici 2020. L’humanité a montré également une extraordinaire capacité d’innovation et d’invention, de remise en cause. De manière plus diffuse, les progrès que l’humanité vient de réaliser en quelques siècles et dont bénéficient une partie croissante de nos concitoyens sont proprement inouïs, même si à ce jour ils se sont faits « sur le dos de la nature » et commencent à rencontrer leurs limites.

Enfin, nous avons développé le sens de la valeur de la personne humaine et les droits qui y sont attachés. Du coup chacun d’entre nous, sur cette planète, tient à la vie et les comportements individuellement suicidaires, même s’ils sont tragiques, sont ultra-minoritaires. Il est temps de réconcilier le sens de notre existence individuelle et l’aventure collective que nous vivons aujourd’hui. Chacun de nous peut donner un sens à son existence en se consacrant à un idéal qui le dépasse et le contient (donc pas un idéal sacrificiel bien au contraire) : contribuer à une transformation sociétale pour « sauver » l’humanité, et tracer la trajectoire vers une civilisation en équilibre avec la nature. Comme l’écrit l’archevêque sud-africain Desmond Tutu, dans son article « Nous avons combattu l’apartheid. Aujourd’hui, le changement climatique est notre ennemi à tous »[7], réduire notre empreinte carbone c’est « le plus grand chantier de défense des droits de l’homme de notre époque ».

Que faire ?

La perspective de l’effondrement peut être écrasante[8], et conduire à la tétanie quand ce n’est pas plus simplement au déni. Il faut sans doute un grain de foliepour oser proposer ce qui suit…d’oser se dire que le pire n’est pas certain et que chacun d’entre nous peut prendre sa part pour l’éviter, même au plus haut niveau comme on le verra plus loin.

Le premier pas est « cognitif » : il s’agit de renverser la perspective et de voir la crise majeure actuelle comme un processus de transformation, voire de métamorphose.

« La fin est proche » titre un média grand public cet été, en consacrant 5 articles à l’effondrement. Oui, c’est bientôt la fin d’un monde, fondé sur la croissance matérielle et les énergies fossiles. Mais tout comme la chenille qui se transforme en papillon passe par une phase de chrysalide, qui ne ressemble ni au passé ni à l’avenir, mais davantage à une sorte de décomposition, nous sommes en train d’accoucher dans la douleur d’un nouveau modèle économique, d’un nouveau mode de vie en société, d’un nouveau rapport à l’autre à la nature et à soi. Si nous devenons capables de donner un sens à cette période de transition nous aurons fait le premier pas, le plus difficile. Nous saurons réaliser le changement de référentiel nécessaire pour préparer cette métamorphose sociale, économique, écologique et philosophique entre autres.

Le deuxième pas consiste, grâce à ce référentiel, à prendre conscience ici et maintenant de ce que nous pouvons faire dans notre « cercle de pouvoir » donc à nous responsabiliser.

Crédit : Carolalune

Crédit : Carolalune

Nous pouvons agir individuellement, en famille, dans nos organisations pour réduire notre empreinte écologique, limiter nos comportements et nos achats polluants, « défossiliser notre épargne » etc. pour « jouer plus collectif », pour informer nos proches sur l’ardente nécessité d’agir dès à présent, sans fatalisme. En la matière, l’éducation des nouvelles générations est essentielle pour bâtir un futur responsable au niveau environnemental. Les crèches et les écoles sont à responsabiliser au premier rang pour traiter le problème à la racine. Nous pouvons faire pression sur les entreprises vis-à-vis desquelles notre pouvoir d’achat est un pouvoir, pour qu’elles changent, vite, ce que beaucoup d’entre elles commencent à faire, même si c’est encore beaucoup trop lent. Participer à des actions collectives contre les « Grands Projets Inutiles » et en faveur des projets de la transition. Les actions possibles étant presque infinies, l’essentiel dans ce deuxième pas est le passage à l’acte, si petit soit-il.

Ces deux premiers pas sont déjà faits par un très grand nombre de nos concitoyens, dans le monde entier ; parfois sous la contrainte (l’agriculteur australien qui subit une sécheresse majeure et longue est bien obligé de tenter de réduire la consommation d’eau de son exploitation) parfois par idéal, parfois par intérêt. De plus en plus d’entreprises en particulier voient les « opportunités business » liées à de nouveaux modèles économiques et de nouvelles formes d’organisation.

Reste le troisième pas, le pas global ou politique.

Il va de soi que les gestes individuels (même élargis comme dit plus haut) ne peuvent suffire dans un monde dont le modèle de développement est encore largement à rebours de la direction à prendre. Il faut prendre le taureau par les cornes pour « changer de système » et cela passe par le niveau le plus élevé de la politique : le droit, les institutions, les programmes politiques, etc.

C’est évidemment un âpre combat dans cette période de transition, parce que les élus ou les « autorités » à la manœuvre sur ces plans sont généralement prêts à suivre les demandes les plus faciles à satisfaire, qui sont issues du monde passé. Ce n’est pas pour rien qu’a été élaborée pour la France une proposition de « chambre du futur » donnant une existence institutionnelle aux enjeux de long terme (voir la proposition de la Fondation pour la Nature et l’Homme sur L’assemblée citoyenne du futur)

Pour autant à chaque niveau politique de la commune à l’Europe voire celui des négociations internationales, il existe des élus qui bougent et font bouger les choses. A tous ces niveaux, il est possible d’agir, toujours en fonction de ce nouveau référentiel et fonction des responsabilités et des moyens disponibles ou mobilisables, ceci n’excluant évidemment pas de débattre sur la pertinence de ces délégations de pouvoir et l’adéquation des moyens accessibles…

Le prochain post traitera des principales mesures à mettre en oeuvre

Annexes

1 Si l’effondrement est inéluctable, à quoi bon chercher à l’éviter ?

Si l’effondrement est absolument[9] certain, pourquoi chercher des solutions pour tenter de l’éviter ? Cette perspective déterministe conduit à abandonner toute action de prévention pour se concentrer prioritairement sur le fait de se préparer à vivre la catastrophe et à s’y adapter (ce qui n’est bien sûr pas sans intérêt : il est indispensable de commencer à investir dans l’adaptation au changement climatique «embarqué »). Elle a en outre un autre défaut plus subtil, dans le cas où on considère la catastrophe non pas comme certaine mais comme seulement hautement probable. Comme l’a montré Nicolas Bouleau, elle pourrait être (comme c’est le cas pour des pannes industrielles) « à imminence constante ». « On peut parfaitement croire que la cata est certaine et même proche en un certain sens, sans que ceci, en soi, implique que le temps qui s’écoule sans qu’elle se produise la rende plus imminente. Il est même possible et cohérent que la situation soit parfaitement stationnaire au sens que sa non survenue jusqu’à présent ne rende la cata ni plus lointaine ni plus proche. Il suffit pour cela de considérer qu’elle survient à un temps aléatoire qui suit une loi exponentielle. » Concrètement, comme dans le Désert des Tartares, nous pourrions passer des années à nous préparer à un événement….qui ne vient pas.

Notre premier propos ici c’est que nous pouvons et devons nous mobiliser pour éviter l’effondrement (nous ne pourrons pas nécessairement éviter les crises qui se répètent) et que, pour le faire, nous devons imaginer des solutions. Le débat autour des stratégies de mobilisation est animé : la peur (de la catastrophe, des souffrances à venir, de voir disparaître des proches, des conflits, …) ou l’amour (de nos proches, de la planète et de la beauté stupéfiante de ses paysages, …). Le « camp » de l’amour [10] préfère « jouer » sur l’imaginaire et sur l’attraction d’un monde à venir « meilleur ». Cette perspective, dans laquelle nous nous plaçons a le mérite de focaliser l’attention sur les voies de solution, sur les progrès en cours en la matière, et de donner une énergie renouvelée. Elle n’est cependant efficace que si elle est fondée sur une bonne dose de lucidité[11], afin d’éviter de prendre ses rêves pour des réalités.

Notre second propos c’est de voir dans les crises actuelles et à venir, les symptômes de la fin du monde fondé sur la croissance matérielle et les énergies fossiles, et le début d’un autre fondé sur un modèle économique à construire. Cette vision ne peut être générée par la perspective d’un effondrement inéluctable.

2 Comment résister aux bonnes raisons de ne rien faire ?

Il n’est pas facile de triompher de trois diablotins qui susurrent dans les oreilles « ce que je fais ne sert à rien, quand je vois les autres polluer bien plus que moi », « pourquoi est-ce que je me priverais quand je vois les autres en profiter ? », « de toutes façons ce sont les puissants de ce monde qui vont tirer les marrons du feu, on n’y peut rien, ils nous préparent un monde de pénurie où ils se partageront les richesses et laisseront s’enfoncer dans la misère l’immense majorité d’entre nous ».

Voici deux stratégies.

  • Répétez-vous que la contribution à la transformation en cours a plusieurs bénéfices individuels, en termes de santé (moins de voiture plus de vélo ou de marche, moins de viande plus de légumes… c’est bon pour la santé), de budget (consommer moins c’est bon pour le portefeuille), et de gratification : agir pour une cause bonne c’est gratifiant, cela donne du sens à l’existence, et encore plus quand c’est fait au sein de communautés engagées où chacun est reconnu.
  • Quant à la jalousie (les autres se goinfrent pendant que je me sers la ceinture pour sauver la planète) c’est un sentiment qui se peut se combattre, d’une part en prenant conscience de l’intérêt pour soi des actions entreprises, et en se mettant à la place d’un résistant de la deuxième guerre mondiale : était-il jaloux de ceux qui collaboraient ?

Alain Grandjean

Notes

[1] Voir par exemple la récente étude Less than 2 °C warming by 2100 unlikely parue dans la très sérieuse revue Nature climate change qui estime à 5% la probabilité de respecter la limite de 2°C . Certains prônent d’ores et déjà des solutions (très coûteuses) d’aspiration de 150 milliards de tonnes de CO2 dans le siècle. Voir aussi l’article L’appel désespéré des climatologues paru le 19 juillet 2017 dans le Journal de l’environnement. Le GIEC va sortir à l’automne son rapport sur la faisabilité de limiter la température moyenne planétaire à moins de 1,5°C de plus que la température préindustrielle. Il est vraiment douteux qu’on puisse le limiter à 2°C.
[2] Quelques références sur ces différents points : Publication Accelerated modern human–induced species losses: Entering the sixth mass extinction, Sciences Advances, 2015,  ; Publication Biological annihilation via the ongoing sixth mass extinction signaled by vertebrate population losses and declines, revue PNAS, 2017, ; Article La sixième extinction de masse des animaux s’accélère, Le Monde, 2017 ; Article Le plastique colonise les océans, Sciences et avenir, 2017 ; Livre Toxique planète – Le scandale invisible des maladies chroniques, André Cicolella, Le Seuil, 2013.
[3] Voir par exemple Rapport sur les inégalités mondiales – 2018 (Synthèse) – World inequality Lab.
[4] Voir Mike Davis, Génocides tropicaux. Catastrophes naturelles et famines coloniales. Aux origines du sous-développement, Ed. La découverte. 2003.
[5] Concernant le climat le GIEC est une mine de synthèses d’informations scientifiques, y compris au plan socio-économique. Voir www.ipcc.ch
[6] Sur le climat on peut notamment citer au niveau international les travaux de l’Energy transition commission présidée par lord Adair Turner et ceux de la New Climate Economy par Nick Stern. Dès qu’on rentre dans le concret il y a bien sûr des débats sur l’intérêt relatif de telle ou telle solution. Ces débats sont d’ordre second et il faut veiller à ce qu’ils ne nous empêchent pas d’accélérer. L’essentiel à ce stade de la réflexion c’est d’avoir en tête que nous n’avons pas besoin de ruptures technologiques majeures pour accélérer la transformation à réaliser.
[7] Dans Crime climatique stop ! L’appel de la société civile, Seuil, 2015.
[8] Voir la conférence du psychologue et économiste suédois Per Espen Stoknes : « How to transform apocalypse fatigue into action on global warming » https://bit.ly/2LZPE3b
[9] C’est pour éviter de tomber dans ce syllogisme que Jean-Pierre Dupuy recommande de faire comme si la catastrophe était inévitable, à un epsilon près. Voir son livre Pour un catastrophisme éclairé. Quand l’impossible est certain, Seuil, 2009.
[10] Et de la psychologie positive, défendue en France par Jacques Lecomte. Voir la conférence du psychologue Per Espen Stoknes
[11] C ‘est ce que le psychologue Jacques Lecomte appelle « l’optiréalisme ».

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8 Responses to “Face au risque d’effondrement (1/2) : rester lucide mais avancer !”

  1. Merci de ce post, il me redonne espoir et m’a permis de me structurer mentalement en vue d’agir personnellement et collectivement.

  2. Ce qui motive les ecologistes « hardcores », ceux qui adoptent un mode de vie intransigeant, n’est pas un point de vue moral. Ce qui les motive est le fait que la nature les prends aux tripes.

    On ne defend pas un etre cher par attitude morale, mais parce que sa mutilation nous fait profondement souffrir. Parce que, de cette relation a l’etre cher, depend la qualité de notre existence.

    Il y’a une difference d’attitude au sein de la population parce que les references esthetiques ne sont plus les memes. Beaucoup n’ont que des references industrielles ou bien artistiques. La nature n’est devenu qu’un fond d’ecran, une chose abstraite, un accessoire. Il n’ya aucun attachement viscerale a la nature qui est devenue finalement inutile (en apparence et momentanemant).

    La morale ne marche pas. Elle n’ a jamais marché, sauf a etre accompagné de sanctions cruelles qui donne corps a l’injonction. Chacun peut voir que ceux qui appellent a un comportement ecologique aujourd’hui sont de simples tartuffes (Di caprio et son jet, Al gore et sa facture d’electricite, Hulot et ses voitures etc), parce qu’on ne peut pas avoir une place mediatique dans cette societe sans en epouser les codes energetiques (transports rapides, communication electronique etc). Les gens ne s’appliqueront des restrictions, que ne s’appliquent pas l’elite, que si ils ont peur de la sanction. Cela ne peut intervenir que par la fin de la « democratie » tel qu’on la connait, et cela a ete prophetisé par de nombreux decroissants: avec la penurie la technocratie peut se transformer en dictature « verte » pour gerer les resources. Il est fort probable que ce soit l’issue de l’aventure industrielle moderne. Et ce ne sera pas une issue heureuse car elle ne fera qu’accompagner une lente descente aux enfer pour les masses.

    Ce qui peut faire changer de trajectoire a l’humain n’est pas une attitude de contrainte face a la penurie, contrainte qui gerera cette degradation mais ne l’empechera pas. Ce qui peut faire changer de chemin vers une « humanite » (ou des humanites) durable et ecologiquement prospere, c’est de reconnecter la nouvelle generation a la nature.

    Cela implique de replonger les individus dans celle ci, de leur reapprendre a s’en nourrir et de vivre dans celle ci. Les individus doivent redevenir des acteurs en son sein et non plus de lointains spectateurs.

    Une des mesures centrale est de reduire la production industrielle de nourriture et augmenter fortement le nombre de producteurs afin de renforcer ce lien. Tout ce qui est le coeur de notre vie moderne ne devrait etre qu’un accessoire. Tous les gadgets techniques massifiés n’ont pas apporté la connaissance au masse. Au contraire, jamais la curiosite n’ a ete aussi faible et le savoir faire technique des individus si tenu.

    Seul une reduction drastique de la puissance industrielle a ce qui est jugé essentiel peut sauver notre climat et eviter un effondrement cruel.

    Si vous ne croyez pas en la puissance de ce lien organique avec la nature, regardez tous ses riches du monde entier qui parcourent la planete de l’ Argentine au Groenland en passant par la Tasmanie et ‘Ecosse pour aller pecher les derniers salmonides sauvage protéges dans des pecheries exclusives.

    Il ‘y a 150 ans, avant l’explosion industriel, ces « pieces » nageaient dans nos eaux et elles peuvent encore y revenir massivement.

    La creation de reserves protegés de toute activité industrielle (agriculture comprise, elevage compris) et ou nos enfants pourront interagir avec la nature fera plus que le climat, meme si c’est de facon indirecte, que toutes les demi mesures. Elle leur donnera le gout de vivre autrement et leur fera fuir la conssommation industrielle, non pas par ideologie ou conviction morale mais parce qu’ils seront interessé par autre chose et que les sacrifices n’en seront plus pour eux.

    • Bonjour Kervennic, je ne crois pas qu’il faille opposer un point de vue moral au fait que « la nature nous prenne aux tripes » en passant par une forme d’éducation (plonger les gens dans la nature, ou en tout cas les en rapprocher). Je suis complètement d’accord avec vous sur le fait que les changements de fond passent entre autre par un changement dans l’éducation mais alors la question reste de savoir comment celui-ci peut-être effectué, reçu, et elle ramène à celle du changement dans son ensemble. Dans ce grand virage on mêlera toujours -mais chacun à sa manière- une conscience de l’environnement apprise de nos interactions avec la nature en général et une autre liée au regard et paroles des humains qui comptent pour nous.

  3. Je suis dubitatif sur le fait de « Participer à des actions collectives contre les « Grands Projets Inutiles » « , surtout si on prends la liste qu’en fait reporterre
    En leur sein, il y a des projets et des infrastructures très utiles à la baisse de nos émissions de GES, tels que les nouvelles lignes de trains, pour faire du report modal de l’avion et la voiture vers un mode décarbonné

    De même que faire une centrale nucléaire, c’est aussi contribuer à décarbonner notre société.

    •   Alain Grandjean   6 octobre 2018 à 8 h 46 min

      @Remi; oui si j’ose dire il faut trier le bon grain de l’ivraie. ma propre liste à ce stade se limite à : montagne d’or en guyane, europacity, lyon turin, et une partie de paris -express ou le cout carbone des tunnels est enorme.je pense en effet qu’il faut faire des bilans objectifs des projets dont il est question en tenant compte des emissions induites (y c par artificialisation des sols), des émissions évitées (cas du fer) et d’autres enjeux environnementaux. Le nucléaire est un sujet spécifique car effectivement il est tres peu emtteur de CO2 donc l’arbitrage est très compliqué. Je ne suis par exemple pas du tout fan d’astrid et très peu convaincu par les EPR (attendons que flamanville soit mise en service…°
      cdt.AG

    • Oui creuser des tunnels émet du CO2, mais quand c’est pour faire passer du transport propre dedans, il faut bien voir qu’on amortit ça avec des économies de CO2 durant des siècles (l’émission de CO2 pour l’entretien d’un tunnel est peanuts, comparé à sa construction, ou alors il faudrait fermer le métro à Paris)
      Au moins quand c’est en tunnel, ça n’artificialise pas les sols….

      L’artificialisation des sols par les grands projets de train, c’est réellement peu eu égard aux autres avantages.

      Il y a souvent une sous évaluation des avantages des projets ferroviaires, ne serait ce que parceque le porteur de projet prends des risques de trafics.
      On se limite souvent au report modal « direct » (untel n’a pas pris sa voiture pour un trajet et a pris le train). On oublie que cela contribue par exemple à démotorisation des ménages (cad mieux que laisser sa voiture au garage, avoir une voiture en moins dans le ménage).
      Cela PEUT contribuer à un réaménagement durable du territoire (densification autour (=en marche à pied ou vélo)) des gares et ces actions économisent aussi du CO2…. qu’il n’est pas évident de mettre au crédit du projet ferroviaire

      En séparant le bon grain de l’ivraie, je ne crois pas qu’on puisse mettre un projet d’extraction de minerai, ou un centre commercial, sur le même plan qu’un projet ferroviaire

      Lyon Turin, passé sa phase de construction fait décroitre les émissions de CO2 (je veux bien qu’on discute que ce soit pas suffisament). Europacity va émettre du carbone pour sa construction PUIS pendant son exploitation.

      J’ajouterai que pour Lyon Turin, on a déjà emis une partie de son carbone…

  4. L’adhésion de la majorité -sinon de tous- est effectivement indispensable pour faire que le réchauffement et ses effets soient minimisés.
    En revanche, mobiliser les populations contre telle ou telle industrie ou activité peut être extrêmement dangereux. Les populistes ou certaines ONG irresponsables pourraient nous mener dans de coûteuses impasses.
    Dans cette situation, la technique et la finance sont capitales. Choisir les bonnes options au meilleur coût. C’est une affaire de spécialistes.
    Par exemple non limitatif, Kinsey édite le classement des actions à réaliser en commençant par les coûts négatifs (économies) jusqu’aux plus dispendieuses en évaluant l’économie de CO2 de chaque action.
    Ceci pourrait éviter de catastrophiques fourvoiments dans des actions peu efficaces.

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