« Moches, intermittentes et étrangères » sont les trois grandes critiques faites aux énergies du vent et du soleil et à leurs outils de captation que sont les éoliennes et les modules photovoltaïques. Ces trois idées reçues majeures bloquent les échanges et les débats, car elles apparaissent, pour certains, comme des caractéristiques rendant impropre le développement des énergies renouvelables, et donc tout débat.
Ce « moches, intermittentes et étrangères » constitue la première partie de mon « Plaidoyer pour la transition éolienne et solaire, réponses à 100 idées reçues » paru chez Rue de l’Echiquier. Il aurait pu constituer le titre de l’ouvrage mais ces trois qualificatifs auraient aussi pu être attribués à une compagnie de gens du spectacle, d’où un titre final plus clair, mais également plus constructif !
A titre d’exemple du contenu de la centaine d’articles, sur la question de la beauté (ou pas) des énergies renouvelables la réponse développée est triple :
1) rendre invisible la production d’énergie en général et d’électricité en particulier, comme aujourd’hui, contribue à ignorer les impacts de ces productions ; le retour de la visibilité énergétique, avec les productions locales d’énergies renouvelables, manifeste la nécessité de produire une énergie avant de pouvoir la consommer ; c’est aussi une forme de responsabilisation : on rapproche les impacts ;
2) face au bouleversement climatique, nous pouvons également être rassurés par l’arrivée de solutions pour réduire nos émissions de gaz à effet de serre ;
3) nous pouvons construire de beaux projets de paysage, comme l’exemple du parc éolien offshore de Middlegrunden, à seulement trois-quatre kilomètres au large de Copenhague, capitale du Danemark, le montre.
Autre exemple d’idée reçue traitée (la n°77) : « Le développement du photovoltaïque au sol menace notre souveraineté alimentaire ». La réponse apportée met en rapport la surface probablement consommée par le photovoltaïque au sol à l’horizon d’une quinzaine d’années avec des aménagements ou activités fortement consommateurs de surfaces agricoles :
1) les « structures closes détenant des ongulés sauvages », et consacrés donc à des chasses privées ;
2) les terrains de golf ;
3) les chevaux de loisirs ;
4) et la production d’agrocarburants destinés à faire rouler nos voitures et camions. La conclusion est que s’il y a des menaces sur la souveraineté alimentaire ou la biodiversité, elles ne viendront pas des installations photovoltaïques. De plus ces dernières, cf. l’agrivoltaïsme, sont en co-activités agricole et énergétique.
L’ouvrage est un plaidoyer (une défense passionnée) en montrant la double révolution énergétique mondiale de la production d’électricité d’une part par les éoliennes, qui a démarré au début du siècle, et d’autre part par les modules photovoltaïques, qui date vraiment d’une douzaine d’années ; une double révolution que beaucoup de Français méconnaissent.
La présentation par idée reçue permet une lecture plus aisée et d’ouvrir autant de débats. Je n’ai pas eu de mal à trouver une centaine d’idées reçues. Si j’aborde avant tout la production d’énergie, je n’omets pas l’importance de traiter également la demande en énergie avec quatre idées reçues sur la sobriété énergétique qui concluent l’ouvrage.
Les réponses aux idées reçues sont approfondies (l’ouvrage fait plus de 350 000 caractères) et sourcées (il y a 200 références bibliographiques). Et je ne peux que remercier ici les équipes de Rue de l’Echiquier qui m’ont accompagné dans ce « premier essai ». Ils m’ont laissé toute liberté pour aborder les sujets qui m’apparaissaient essentiels. Surtout, ils ont apporté une énorme plus-value pour rendre l’ouvrage plus fluide, plus précis et plus rigoureux, sans polémiques.
Ma motivation à écrire ce Plaidoyer est née face à la profusion de rumeurs et de fake news sur la transition renouvelable. Certaines idées reçues sont liées au développement rapide de ces deux énergies renouvelables variables et prévisibles ; ainsi mon plaidoyer actualise par exemple le temps de remboursement énergétique d’une installation renouvelable qui a énormément chuté ces dernières années. Avec un tour du monde (partiel) je montre que le développement des énergies renouvelables est puissant et universel, et chargé d’espoir dans le combat pour la réduction des émissions de gaz à effet de serre.
En la matière le cas de la transition énergétique en Grande-Bretagne est exemplaire et souvent ignoré. La Grande-Bretagne est sortie du charbon, pour la production d’électricité, en 2024, remplacé par les énergies renouvelables et avant tout l’éolien en mer. Désormais, la première source d’électricité outre-Manche est l’énergie éolienne, qui devance le gaz naturel.
La Grande-Bretagne est en effet le pays leader en éolien offshore en Europe ; on y recense une dizaine fois plus d’éoliennes en mer qu’en France. Ce succès s’explique par trois raisons :
- Tout d’abord, le caractère insulaire et le regard porté vers la mer depuis toujours ont permis une très bonne connaissance de la ressource et des contraintes techniques, législatives et environnementales.
- La baisse de l’activité gazière et pétrolière en mer du Nord a également représenté une nécessité de reconversion et de diversification pour de nombreuses entreprises.
- Enfin, et surtout, un consensus politique s’est maintenu dans le temps, donnant une visibilité aux acteurs et investisseurs.
Mon Plaidoyer rappelle la différence entre énergie et électricité. En particulier l’énergie que nous consommons est avant tout du gaz et du pétrole : l’électricité ne représentant qu’un quart de nos consommations d’énergie. Avec l’électrification des usages (pompes à chaleur, voitures électriques, électricités dans l’industrie), cette part devrait doubler d’ici 2050. Mais confondre, volontairement ou non, aujourd’hui l’électricité et l’énergie apparaît comme une bonne excuse pour certains pour ne pas bouger, notre électricité actuelle étant bas-carbone.
Je rappelle ainsi que l’empreinte carbone annuelle d’un Français (en tenant compte de nos importations et de nos exportations) est de 9,4 t d’équivalent CO2, alors qu’elle devrait être de seulement 2 t pour respecter l’Accord de Paris et contenir l’élévation moyenne de la température sur Terre à 1,5 °C maximum. Notre pays a également une responsabilité historique : notre contribution dans l’accumulation de gaz à effet de serre dans l’atmosphère est bien plus importante que notre poids démographique, car nous émettons depuis fort longtemps.
Je constate aussi que les énergies renouvelables, même si elles peuvent encore mieux faire, sont sans concurrence en termes de faibles émissions de gaz à effet de serre, de consommation d’eau, de pollutions limitées de l’air et des eaux, de besoins réduits en matériaux (et en combustibles), d’insertion réussie dans l’environnement et d’atteintes moindres à la biodiversité… Mais il existe une prime au premier arrivé, en l’occurrence les énergies fossiles, une prime qui favorise le conservatisme et les solutions déjà en place.
Puisse cet ouvrage contribuer à montrer la faisabilité d’un monde renouvelable qui lègue des rentes et des bienfaits aux générations futures et non des dettes et des fardeaux, et qui aide à la mise en place de cette transition.
Paul Neau



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