Premières leçons d’économie à tirer de la guerre menée par Vladimir Poutine

23 mars 2022 - Posté par Alain Grandjean - ( 5 ) Commentaires

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Face à l’invasion de l’Ukraine, nos réactions sont passées de la stupeur et de la peur à l’aide et l’accueil des ukrainiens. Si la guerre et ses souffrances insondables sont loin d’être finies, la morale ne doit pas nous interdire de réfléchir et de tenter de comprendre. Au plan géopolitique, les analyses vont bon train. Quelles sont les moteurs de l’action de Vladimir Poutine [1] ? Jusqu’où va-t-il aller dans l’usage des armes de destruction massive (biologiques ou nucléaire) et dans l’extension géographique de son action (vers le Moyen-Orient ou l’Europe ?). Que font vraiment les américains et pourquoi ? Et que fait et va faire la Chine ?  Je ne m’aventurerai pas sur ce terrain. Il me semble en revanche possible de commencer à prendre du recul sur le plan économique.

J’ai le sentiment que sur ce plan une page de l’histoire se tourne, comme au moment de la chute du régime de soviétique qui a permis de conclure définitivement à l’inefficacité du régime collectiviste de type soviétique[2]. Il me semble de la même manière que nous ne pourrons plus penser le monde de la même façon, ni croire aux mêmes doctrines. Après la crise de la COVID, cette guerre accélère la nécessaire remise en cause de nombreuses idées reçues jusque là considérées comme allant de soi[3]. L’organisation du monde et de notre société doit être fondée sur de nouveaux postulats.

1 Climat et souveraineté énergétique font front commun : ces deux enjeux nous imposent de sortir de notre « ébriété énergétique ».

La première évidence que ce conflit a fait émerger, c’est le danger vital que fait courir à nos sociétés la dépendance aux énergies fossiles. En les achetant, nous finançons la puissance militaire de Vladimir Poutine. Nous savons par ailleurs que brûler des énergies fossiles conduit à des catastrophes climatiques d’ampleur croissante. Pour réduire cette dépendance nous devons en finir avec notre ébriété énergétique et tout faire pour consommer moins d’énergie. Les alternatives qui consistent à diversifier nos sources d’approvisionnement en énergies fossiles sont évidemment à courte vue : d’une part cela ne fait que remplacer une dépendance par une autre[4], et d’autre part cela ne contribue en rien à la lutte contre le réchauffement planétaire (au contraire si on remplace le gaz russe acheminé par gazoduc par du gaz naturel liquéfié beaucoup émissif, ou par du charbon).

Quant au remplacement des énergies fossiles par des énergies bas-carbone, qu’elles soient nucléaires ou renouvelables, le potentiel est durablement limitée[5].

La solution s’impose d’elle-même : il s’agit d’apprendre, pour de vrai, à devenir plus efficace et plus sobre, en le faisant de manière socialement juste, et économiquement réaliste. Comme l’explique Alexandre Joly chiffres à l’appui le potentiel de réduction de notre dépendance aux énergies fossiles russes via des mesures de sobriété est très important et mobilisable rapidement.

2 Plus généralement, notre prospérité doit s’accompagner d’une réduction des flux matériels et de la préservation de nos écosystèmes.

La croissance économique[6] est d’une part encore vue comme incontournable pour « financer notre modèle social ». Elle est supposée d’autre part résulter automatiquement de l’innovation et du progrès technique, sans prendre en considération le « coût écologique » de cette croissance quantitative.

Nous voyons de mieux en mieux que, dans un monde fini, une telle croissance ne peut que buter sur des contraintes majeures, des conflits d’accès aux ressources clefs et la déstabilisation du climat. La guerre actuelle nous fait voir qu’un tel contexte est propice aux dictatures et aux guerres.

La seule manière de sortir de cet engrenage est donc bien de transformer notre modèle économique et d’adopter des instruments de pilotage nous mettant sur la route d’une économie sobre en ressources naturelles, « circulaire » et bas-carbone.

3 L’agroécologie est la meilleure réponse à la crise alimentaire mondiale engendrée par la guerre en Ukraine.

La perspective d’une réduction de la production alimentaire en Ukraine[7], un des « greniers à blé de l’Europe » donne à penser que l’Union européenne doit réagir en faisant croitre sa production, quitte à laisser de côté les contraintes environnementales. C’est par exemple la rhétorique qui a été mobilisée par le ministre de l’agriculture français lors de la réunion du Conseil « agriculture et pêche » du 21 mars 2022. Plus généralement de nombreuses voix s’élèvent[8] pour demander la revue à la baisse de la stratégie européenne « De la fourche à la fourchette » qui prévoit des objectifs ambitieux en termes de réduction des intrants agricoles (pesticides, engrais) et de développement du bio.

Ce point de vue d’apparent bon sens n’est pas scientifiquement fondé[9]. Avant de chercher à produire d’avantage il faudrait commencer par réduire le gaspillage alimentaire (près d’un tiers de la production alimentaire mondiale est jetée). Par ailleurs, la sous-nutrition dans le monde n’est pas due à un problème de quantité[10] et ne sera pas résolu par des excédents agricoles européens (ni américains). Les populations du monde entier doivent pouvoir vivre prioritairement de leur propre agriculture qui est fragilisée par les importations issues des modèles très intensifs, comme les nôtres. En outre, le « productivisme agricole » nécessite des engrais (faits à partir d’énergie fossile), des produits phytosanitaires détruisant la biodiversité[11], détruit durablement nos sols, ruinant à terme notre propre capacité à produire.

La voie de l’agroécologie complétée par une évolution de notre alimentation. Moins de viande rouge c’est moins d’émissions de méthane, un puissant gaz à effet de serre. Plus de protéines végétales (dont la production permet de réduire l’apport de nitrates) c’est moins d’émissions de N2O un autre gaz à effet de serre puissant. Cette voie est la seule qui soit réaliste aux plans écologique et économique.

Au niveau européen, la stratégie « de la ferme à la fourchette » est la bonne. Elle doit être soutenue et amplifiée[12] contre les voix qui utilisent le conflit ukrainien pour demander sa remise en question.

4. Libre-échange et « doux-commerce » volent en éclat.

La mondialisation conduite depuis les années 1950 est fondée sur la doctrine du libre-échange qui sert de matrice aux accords de commerce (d’abord multilatéraux sous la houlette de l’OMC puis bilatéraux, suite à l’échec du dernier sommet multilatéral). Cette doctrine repose sur deux postulats principaux :

  • Les échanges commerciaux font faire des gains économiques aux deux parties à l’échange (il s’agit du « théorème » de Ricardo et de ses suites).
  • Le commerce est un facteur de paix (c’est la théorie du doux commerce de Montesquieu).

Ces affirmations n’ont jamais été démontrées analytiquement[13] ; leur caractère dogmatique se fracasse sur ce conflit.

Nous prenons la mesure de l’irréalisme de cette « philosophie », curieux mélange d’angélisme (d’autant plus surprenant quand on prend connaissance et conscience de la brutalité dont les Européens ont fait preuve dans leur histoire coloniale) et d’intérêt à court terme des multinationales (qui cherchent à augmenter leur profit en localisant leurs centres de production dans des pays à bas coût salarial et faible contrainte environnementale) sans considération géopolitique ou morale.

Notons à nouveau que la lutte contre le changement climatique et pour une économie « propre » nécessite aussi de revisiter ces dogmes :

  • les déplacements internationaux de marchandises sont une source significative de gaz à effet de serre et de pollutions ;
  • surtout, ils permettent la vente massive de marchandises à très haute intensité carbone, comme tout ce qui est produit en Chine ;
  • le libre-échange, par principe, suppose et induit la levée des contraintes aux échanges, y compris donc les contraintes environnementales…

La reconquête de notre souveraineté économique et d’une économie dans laquelle les échanges ne sont pas un but en soi mais doivent contribuer à la réduction des émissions de gaz à effet de serre et des pollutions sera longue et difficile.

Elle repose d’abord sur l’abandon du dogme des bienfaits du libre-échange, et des règles dépassées qui placent aujourd’hui le développement du commerce international comme un objectif majeur.

Elle n’est pas synonyme d’autarcie, de repli sur soi ou de retour en arrière. Un nouveau modèle est à inventer.

5 La planification et l’encadrement du marché sont des conditions de réussite de la transition écologique.

Le terme « planification » est sorti récemment de son « ghetto » idéologique en étant employé par le Medef et le candidat Emmanuel Macron. La « révolution doctrinale » sous-jacente c’est l’abandon de la croyance que le marché est la manière la plus efficace d’allouer des ressources et que le rôle principal de l’État est de permettre un fonctionnement optimal du marché (en interdisant les monopoles et les rentes qu’ils essaient de constituer).

Nous commençons à comprendre que, dans un monde fini, les États doivent impérativement fixer un cap et une feuille de route, bref un plan. Ils doivent intervenir- par voie réglementaire, fiscale et éventuellement par des interdictions – pour faire respecter cette feuille de route par les acteurs privés et construire des infrastructures adaptées et cohérentes avec ce cap.

6 L’inflation n’est pas principalement un phénomène d’origine monétaire et naît généralement au cœur de l’économie réelle

L’inflation, au sens de hausse généralisée du prix des biens et services, est souvent considérée comme un phénomène uniquement monétaire[14]. Un excès de monnaie en circulation en serait toujours la cause ; dès lors le moyen de lutte principal contre l’inflation serait la hausse des taux d’intérêt (qui conduit à réduire l’attribution de prêts donc la création monétaire par les banques commerciales)[15] .

La Covid puis la guerre nous montrent que les hausses des prix des matières et de l’énergie sont issues de phénomènes « réels » : des pénuries en cascade liées à la baisse de production due aux fermetures d’usines et aux arrêts de travail et maintenant à la guerre et aux embargos.

Les salariés voient alors leur pouvoir d’achat amputé et demandent des hausses de salaires, qui peuvent se transmettre dans les prix et généraliser l’inflation à tous les secteurs.

Dans toute cette chaîne, la question de la quantité d’argent n’apparaît pas.

Inversement, les opérations répétées d’injection de monnaie centrale par les Banques centrales depuis la crise de 2007-2008 n’ont pas eu d’effet significatif sur les prix à la consommation.

Espérons que nos banquiers centraux tirent les leçons du passé : la réponse de la Fed à la hausse des prix due au choc pétrolier de 1973[16] (une hausse très forte des taux d’intérêt en 1979) a été particulièrement violente et inadaptée, entraînant l’Amérique du Sud dans une « décennie perdue » et le continent européen dans une spirale de dépression économique dont il n’est pas sorti.

CONCLUSION

Ce tour d’horizon très rapide tente de nous faire voir à quel point nous devons nous remettre en cause. La plateforme « The Other Economy » que j’ai lancée avec Marion Cohen vise à nous aider dans ce travail indispensable de « déconstruction » et de construction d’une autre vision de l’économie, adaptée à un monde fini.

Alain Grandjean

Notes

[1] Voir par exemple Guerre d’Ukraine : les origines du conflit, Hérodote, André Larané, 2022
[2] Le régime économique soviétique est différent du régime chinois ; L’effondrement du premier ne permet pas de conclure à l’inefficacité du second…
[3] Voir sur ce blog l’article coronavirus, première étape du combat pour une vraie transition écologique (2020) dans lequel je liste déjà nombre de ces idées reçues.
[4] Voir l’article Transition énergétique : combien de guerres avant d’agir ? Alexandre Joly 01/03/22
[5] Pour des éléments détaillés sur les limites des énergies renouvelables et nucléaires pour la France consultez le point « 3. Le potentiel de l’énergie bas-carbone est limité à horizon 2050. » de l’article Leçons tirées des travaux de prospective énergétique, paru sur ce blog en janvier 2022.
[6] Pour en savoir plus sur la croissance économique, la façon dont elle est mesurée, l’incompatibilité de cet indicateur avec les limites planétaires et le bien-être social ou encore les alternatives voir le module PIB, croissance et limites planétaires sur la plateforme The Other Economy.
[7] L’article « Pénuries agricoles, inflation, insécurité alimentaire : les répercussions de la guerre en Ukraine » de Christian de Perthuis fait un très bon état des lieux des conséquences agricoles et alimentaires de la guerre.
[8] Voir par exemple celle de la FNSEA.
[9] Voir par exemple l’article « We need a food system transformation – in the face of the Ukraine war, now more than ever » signé par plusieurs dizaines de scientifiques ; ou Guerre en Ukraine : quelles implications pour l’Europe face aux enjeux de sécurité alimentaire ? blog de l’IDDRI, mars 2022  
[10] D’après le rapport « L’Etat de la sécurité alimentaire dans le monde et de la nutrition dans le monde » 2021, les principaux facteurs qui compromettent la sécurité et la nutrition dans le monde sont : les conflits, les extrêmes climatiques, les ralentissements et fléchissements économiques, l’inaccessibilité économique des régimes alimentaires sains. Plus d’informations dans la fiche « Comment nourrir 10 milliards de personnes en 2050 ? » sur la plateforme The Other Economy
[11] Voir le livre Et le monde devint silencieux – Comment l’agrochimie a détruit les insectes -Stéphane Foucart – Le seuil – 2019. Une revue de lecture est disponible sur ce blog.
[12] Voir Lettre ouverte : 30 organisations environnementales, citoyennes et paysannes dénoncent l’instrumentalisation de la guerre en Ukraine par les tenants d’une agriculture productiviste. 10/03/2022.
[13] Voir L’épouvantail du protectionnisme, Revue Projet, Gaël Giraud, 2011
[14] Selon la célèbre formule de Milton Friedmann : « L’inflation est toujours et partout un phénomène monétaire en ce sens qu’elle est et qu’elle ne peut être générée que par une augmentation de la quantité de monnaie plus rapide que celle de la production ».
[15] Pour en savoir plus sur la création monétaire voir le module sur la monnaie de la plateforme The Other Economy
[16] Michel Lepetit a montré comment le discours académique en sciences économiques a réussi à faire disparaître de l’histoire de la crise économique et financière des années 1970 la centralité du pétrole. Voir la conférence inflation et pétrole 1970-1973

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5 Responses to “Premières leçons d’économie à tirer de la guerre menée par Vladimir Poutine”

  1. La souveraineté est une formulation malhabile d’une ambition mal représentée. Pour simplifier les choses : si la Russie et la Chine envahissent le monde et qu’elles assurent chacune leur souveraineté, on n’aura aucune écologie ; la souveraineté ne fait pas la localité… la souveraineté a plutôt tendance à se construire contre la localité.
    La bonne idée me semble être la subsidiarité, c’est elle qui entraîne la possibilité de localité. La subsidiarité va structurellement à l’encontre de la souveraineté et même de la notion de nation, d’où les délires parce que nous voulons absolument conserver nos certitudes obsolètes.
    Spoiler : ça ne marchera pas.

    L’opposition entre l’état et le capitalisme est du même genre de délire : il s’agit d’une seule et même structure d’organisation collective. Nous ne sommes pas en train de vivre une crise marginale et temporaire de déséquilibre entre des autorités indépassables, notre crise est profonde et rend compte d’un dépassement de cet unique système composé à la fois de l’état, de l’industrie et du capitalisme (et sans doute avec, du monothéisme) : il n’y a pas d’espoir à renforcer l’un pour contrôler l’autre, ce système va chercher à se rigidifier tous azimuts . Renforcer l’état renforcera le marché, renforcer le marcher renforcera l’état (et affaiblir l’un ne permettra pas pour autant la rigidification de l’autre… encore une fois c’est notre système, il cherche d’abord les conditions de sa persistance et nous avec).

    Globalement les individus ont des idées de ce qu’il est possible de faire, même ceux qui prennent des postures conservatrices. Mais les forces de subordination nous empêchent d’agir. Il n’y a pourtant pas non plus d’espoir à avoir avec une anarchie qui reproduirait rapidement des hiérarchies. A défaut de penser tout de suite à un système social cible en pair-à-pair dans une structure réticulaire, ce qui nous est trop étranger, trop révolutionnaire, nous pouvons au moins essayer de nous projeter dans le fédéralisme, sans tomber non plus dans le territorialisme (c’est à dire sans essayer de définir des frontières uniques à des régions qui serviraient à délimiter des localités identiques quelles que soient les activités… parce que ça ne marche juste pas comme ça, les localités ne se superposent pas, et c’est le sens de la crise du système territorial qui nous a forcés à « trouver » un nouveau système, désormais lui aussi en crise).

    La souveraineté est un piège, tout comme le système de licence pour gérer la rareté. Ce mode de pensée produit exactement l’inverse de ce que nous croyons généralement (mais enfin les capitalistes, eux, savent bien de quoi il retourne, et y sont absolument favorables).
    « Ce tour d’horizon très rapide tente de nous faire voir à quel point nous devons nous remettre en cause. » : ce n’est pas l’impression que ça me donne, j’ai plutôt l’impression d’une tentative de se raccrocher aux branches.

    • Je ne saisi pas l’intérêt de vous opposer frontalement au discours d’Alain Grandjean.

      D’une part votre démonstration débute par un postulat, discutable: « Pour simplifier les choses : si la Russie et la Chine envahissent le monde et qu’elles assurent chacune leur souveraineté, on n’aura aucune écologie ; »
      La Chine fait déjà preuve d’une réflexion en profondeur sur ses capacités à réduire ses émissions. Et le pouvoir central Chinois rencontre des difficultés avec de grandes entreprises qui contournent les tentative d’encadrement des mêmes émissions.
      Au contraire à sa manière et probablement incomplète dans son approche, la Chine sera dans un futur proche écolo; mais à sa manière, de façon dictatoriale.

      D’autre part, votre écrit est tout à fait intéressant en ce sens qu’il invite, à une réflexion systémique, et à une approche décentralisée d’un nouveau modèle d’organisation des sociétés. Préalable nécessaire à une évolution seine de l’espèce humaine.
      Néanmoins, doté d’une approche dynamique, moderne et adaptative, vous venez vous opposez à M. Grandjean en ayant un niveau de profondeur analytique, qui ne se situe tout simplement pas sur le même plan à l’instant précis.
      Lui, saisi l’actualité et y plaque son prisme de lecture écologique. Afin de faire démonstration, à juste titre, que de cette guerre et de ses corolaires, nous pouvons bénéficier d’une fenêtre vers une transition écologique, jusqu’alors inespérée.
      Tandis que vous êtes dans une analyse dézoomée, des structures sociétales et des modèles idéologiques en vigueur, soit bien au dessus de l’actualité immédiate.

      Quoi qu’il en soit merci à M. Grandjean et vous même pour ces deux textes qui poussent à réflexion.

    • @Aimstrong > Mon postulat n’est pas lié à la politique de la Russie ou de la Chine : j’ai pris ces exemples là parce que ce sont deux pays gigantesques et qui suivent la voie de la souveraineté.
      Si le monde entier était conquis par la Suisse, et que celle-ci changeait de modèle pour prendre un modèle plus basé sur la souveraineté et moins basé sur la subsidiarité, ce serait pareil.
      La banane française « souveraine » vient des Antilles, et doit être acheminée à travers des milliers de km : la souveraineté ne fait rien à l’affaire, la subsidiarité, oui, et une banane « subsidiaire » à Lille serait soit virtuelle soit viendrait d’une serre. Pour être encore plus clair : une orange espagnole est plus locale qu’une banane française quand on vit à Perpignan.

      Je m’oppose frontalement à la mode de la « souveraineté » qui se présente comme une alternative, alors que c’est au contraire un pilier fondamental de notre système, et une des principales causes de sa crise structurelle. L’écologie politique s’est construite dès le départ sur cette idée de décentralisation, de subsidiarité et de dépassement de l’industrie… le retournement actuel est lié à des réflexes réactionnaires face à une révolution contingente déjà en cours.

  2. Par contre, autant l’écrit de M Grandjean est tout à fait intéressant autant, ne citer que le medef et Macron comme proposant un retour à la planification, m’a choqué. Les premiers à l’avoir proposés sont LFI, et Roux de Bézieux le patron du médef à assumé une certaine éloge publique à l’égard du programme défendu par Mélenchon.
    J’ose espérer que cette incartade de M.Grandjean, ne témoignée pas d’un partisanisme politique.

  3. Merci, Alain, pour cet article de… « Salut public » !
    Tant par son contenu que par ses références, il vient enrichir une collection déja bien fournie !

    * A quelques jours de la publication, ce 4 avril, du 6ième Rapport du GT3 du GIEC, je me permets d’en ajouter une vers cet article:
    https://alaingrandjean.fr/2021/02/25/changement-climatique-de-pib Il montre l’urgence d’un « aggiornamento » de la pensée économique dominante (Pour ne pas dire… l’urgence d’une « conversion », comme celle que doit réaliser un skieur inexpérimenté, sur une pente trop raide pour sa technique !)

    Les 2 derniers rapports du GT3 ont, hélas, fait une large place à une approche « Couts-Bénéfices » bien mal mise en oeuvre, (notamment dans le modèle DICE de W. Nordhaus), sans pour autant accorder le même traitement à la « Stern Review », qui pointait les sévères lacunes de ces « CBA » simplistes.
    Au résultat, depuis 15 ans, le GT3 du GIEC a très peu parlé du « cout de l’inaction », et ainsi fourni aux gouvernements de superbes raisons de « ne rien faire », plutôt que de « faire » !
    Si comme, on peut le craindre, ce biais n’est pas suffisamment corrigé dans ce que nous lirons, lundi en 8, j’espère que d’autres dénonciations se joindront à la tienne !

    * Concernant ce que tu appelles souveraineté énergétique, (qui, étrangement, à pu être interprété comme une tendance… « impérialiste »), je me demande s’il ne serait pas préférable de parler d’indépendance énergétique et de « juste besoin », ces conditions nécessaires (pas forcément suffisantes), pour retrouver un peu plus de résilience vis à vis de chocs comme la Covid… l’invasion de l’Ukraine… et surtout la modification, (irréversible à vue humaine), de la composition chimique de l’atmosphère.

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