En route vers les 4 degrés ! - Chroniques de l'Anthropocène

En route vers les 4 degrés !

13 juin 2018 - Posté par Alain Grandjean - ( 46 ) Commentaires

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J’ai planché vendredi 8 juin, à l’occasion d’un forum européen sur le thème « pétrole et gaz dans la transition énergétique », organisé par le Conseil Français de l’Energie[1]. L’assistance était surtout issue du monde pétro-gazier. Ma présentation a tenu en deux slides que je vais présenter ci-après. J’ai retiré les impressions suivantes du débat qui a suivi : les membres de l’assistance ne voyaient pas comment éviter un réchauffement d’ici 2100 de l’ordre de 4°C par rapport aux températures pré-industrielles et… cela ne leur semblait pas vraiment problématique.

Il me semble donc toujours aussi nécessaire :

  • de montrer les impacts dévastateurs du changement climatique, y compris au plan économique : il serait vraiment utile de refaire le travail qu’avait fait Nicholas Stern en 2006[2];
  • de convaincre que les solutions sont accessibles, mais qu’il nous faut une mobilisation économique forte ;
  • que cette mobilisation (d’investissements et de désinvestissements de l’ordre de quelques pourcents du PIB) est génératrice d’emplois, alors qu’elle est encore largement perçue comme contreproductive.

Je laisse pour la fin de ce post une conclusion plus globale qui me semble se dégager de la situation actuelle.

Voici, sur le fond, dans les deux premiers points, la teneur de mes propos.

1. Nous avons à faire face aujourd’hui à des risques climatiques majeurs dont l’intensité dépend de la trajectoire que nous prendrons. Aujourd’hui, nous sommes installés sur une trajectoire 4°C.

 

Slide 1 présentée pendant le forum pétrole et gaz dans la transition énergétique

Slide 1 présentée pendant le Forum européen « pétrole et gaz dans la transition énergétique » (juin 2018)

Comme le montre le graphique, les émissions historiques (courbe en noir) suivent la courbe rouge des scénarios RCP 8.5, ceux qui s’éloignent le plus d’une trajectoire 2°C compatible avec l’accord de Paris.

Plusieurs autres éléments vont dans le sens de cette conclusion :

  • les engagements pris dans l’accord de Paris, même s’ils étaient tenus, nous emmèneraient sur une hausse de température d’au moins 3°C ;
  • les émissions de gaz à effet de serre (GES) ont de nouveau augmenté en 2017, alors qu’il faudrait qu’elles plafonnent au plus tard en 2018 pour ensuite diminuer rapidement ;
  • notre budget carbone résiduel (pour rester sous les 2°C) est de l’ordre de 250 GTC pour les émissions de CO2 et nous en émettons environ 10 par an ce qui, à la vitesse actuelle, nous fait l’épuiser dans les 25 années à venir [3];
  • les pays en développement ont encore un long chemin de croissance de leur niveau de vie pour rattraper le nôtre, dans des conditions où le découplage de cette croissance et des émissions de GES est loin d’être fait ;
  • les USA deuxième pays le plus émetteur sont sortis de l’accord de Paris;
  • les niveaux des mécanismes de taxe carbone ou assimilés dans le monde sont, quand ils existent, ce qui est encore trop rare, globalement très insuffisants par rapport aux recommandations assez consensuelles (concernant leur niveau minimum)[4].

Source : Les comptes mondiaux du carbone I4CE, 2018

Source : Les comptes mondiaux du carbone I4CE, 2018

 

Plus généralement, les mesures les plus importantes à prendre pour réduire ces émissions consistent à arrêter des centrales thermiques à énergie fossile (charbon, gaz et pétrole dans certains pays) et réduire nos consommations d’énergie fossile.

Ces mesures portent avec elles un fort risque de transition[5], industriel, social, macroéconomique et systémique au plan financier. Cette prise de risque est toujours repoussée par les dirigeants politiques dans un contexte de compétition (voire guerre) économique mondiale qui les pousse à défendre les positions acquises de leurs « champions » en l’absence d’accord international (contraignant) ou de mobilisation massive des opinions publiques. Du côté des régulateurs financiers, la prudence est de mise également : s’ils œuvraient pour accélérer la transition, ils pourraient aggraver le risque de survenue d’une crise financière (car les grandes capitalisations boursières sont soit encore pleinement partie prenante de l’économie fossile, soit en sont fortement dépendantes, y compris les GAFA…).

2. Les actifs existants dans les énergies fossiles induisent d’ores et déjà (si on les laisse produire jusqu’à leur fin de vie économique) des émissions suffisantes pour élever la température de 2°C….

Les émissions induites par les infrastructures énergétiques existantes nous mettraient déjà sur une trajectoire deux degrés

Source : WEO 2011, AIE

Slide 2 présentée pendant le Forum européen « pétrole et gaz dans la transition énergétique » (juin 2018)

Le graphique ci-dessus est issu d’une simulation réalisée par l’AIE en 2011[6].

Les émissions simulées sur le graphique sont celles induites par les infrastructures existantes et en construction (centrales thermiques, industries, bâtiment, transport) :

  • en bleu l’existant en 2010,
  • en violet le surcroit lié aux émissions de nouvelles infrastructures installées entre 2010 et 2015,
  • en orange le surcroit lié aux émissions de nouveaux équipements installés entre 2015 et 2017.

Selon cette simulation, l’AIE projetait qu’en 2017 les infrastructures existantes induiraient sur leur durée de vie économique des émissions suffisantes pour nous faire atteindre 2°C (ce qui n’était pas encore le cas en 2011, ou en 2015). En clair, sans fermeture anticipée des infrastructures existantes, toute nouvelle construction après 2017 nous mettrait sur une trajectoire de réchauffement supérieure à 2°C.

Or, des infrastructures dans le des énergies fossiles se construisent encore chaque année massivement. En 2016, les énergies fossiles représentaient 57% des investissements mondiaux dans la production énergétiques (soit 825 milliards de $)[7]. Certes des centaines de milliards de dollars sont également investis dans les énergies peu carbonées (principalement les EnR[8]) mais comme nous l’avons déjà écrit, ce ne sont pas ces investissements qui réduisent ipso facto les émissions de GES. Ils permettraient de le faire si les centrales thermiques cessaient de tourner[9] .

Source : WEI 2017, AIE.

Source : WEI 2017, AIE (le graphique en ligne sur le site de l’AIE est interactif et permet donc d’avoir les chiffres exacts pour chaque type d’énergie).

 

Je me suis donc livré à un exercice de pure logique. Si nous voulons avoir une chance de rester sur une trajectoire 2°C, nous devons donc :

  • soit ne plus investir dans les énergies fossiles,
  • soit faire en sorte que tout nouvel investissement dans le domaine énergétique remplace un actif plus carboné.

Mais à ce stade, tout actif à « ferrailler » est encore rentable… La réussite de la transition énergétique passe donc nécessairement en priorité par des fermetures d’actifs rentables dans les prochaines années. L’impact économique et financier de ces dépréciations d’actifs (les « stranded assets ») serait évidemment considérable et pèserait lourdement sur les marchés boursiers, donc sur l’économie mondiale dans son ensemble.

Il est en effet peu vraisemblable que nous cessions très prochainement l’investissement dans les fossiles. Et ce pour au moins deux raisons : d’abord parce que les pays émergents en pleine croissance ont besoin d’énergie rapidement et que, malgré leur rythme de  croissance les EnR ne peuvent répondre entièrement à cette demande. D’autre part, il y a, en ce moment, un « flux » de projets arrivant à maturité qui ne pourront pas ne pas être faits pour de simples questions de droit.

Il faudrait donc que les acteurs du secteur pétro-gazier comme ceux du charbon s’apprêtent à réduire rapidement leurs futurs investissements et, dans tous les cas, à passer massivement des provisions pour fermeture et démantèlement anticipés. Ce raisonnement concerne en cascade les secteurs consommateurs de ces énergies fossiles : toute l’industrie automobile mondiale par exemple  est concernée.

S’ils ne le font pas, ce qui est probable compte-tenu du modèle économique actuel (nous y reviendrons au point suivant), nous nous apprêtons à vivre dans un monde à +4°C, puis à 5°-8°C au XXII° siècle. Tous les secteurs économiques et tous les citoyens devront tenter de s’y adapter. Si on raisonne en termes purement économiques (en laissant donc de côté les désastres humains considérables que provoqueront l’augmentation des sécheresses, des inondations et des tempêtes, les pénuries en eau et aliments pour ne citer que quelques exemples), l’adaptation au réchauffement impliquera de réaliser de très gros investissements improductifs. Les conséquences économiques en seront globalement très négatives, sauf à considérer que construire des digues pour empêcher les submersions marines, investir en climatiseurs pour résister à des chaleurs insupportables sinon, etc. ce serait créateur d’emplois et compenserait les pertes de productivité induites par le changement climatique[10]… ce qui revient à remettre en cause les dogmes actuels qui font de la productivité la mère du PIB, du progrès et du bonheur…Mais pour conclure nous voyons bien qu’au plan économique il est essentiel de bien remettre en balance cet arbitrage économique entre les risques de transition et les risques physiques, exposé au §1 ci-dessus.

 

Après la présentation de ces deux slides, nous avons eu un échange avec la salle dont je ne peux rendre compte ici, sauf sur un point : la place de la finance dans cette transition. J’ai soutenu l’idée que le monde financier (à l’instar de Mark Carney) avait enfin compris le problème et commençait à s’en emparer (et j’ai donné quelques exemples). La salle s’est montrée très sceptique… J’ai utilisé un argument qui a semblé porté : la finance est capable de se déplacer très vite, contrairement à l’industrie qui dépend d’actifs physiques. Mais il n’a pas suffi à emporter l’adhésion (certes elle peut se déplacer, mais a-t-elle à ce jour, dans sa grande majorité intérêt à agir, compte-tenu de la tragédie des horizons mise en évidence par Marc Carney ?). J’en ai déduit une autre conclusion, que je n’ai pas livrée en séance et qui fait l’objet du point suivant.

3. Nous ne pouvons pas laisser aux acteurs privés (entreprises ou ménages) la responsabilité du bien commun, qui n’est pas la leur.

La réussite de la transition énergétique suppose l’abandon du modèle économique actuel dominant en Occident et nous devons acter la fin de l’hégémonie de « l’économie du tout  marché » dit autrement au fondamentalisme de marché[11].

Aucun des acteurs économiques de la chaine fossile (des extracteurs aux consommateurs en passant par les producteurs et les transporteurs) n’a d’intérêt à se sacrifier sur l’autel de la résorption du problème climatique : son « sacrifice » n’aura au mieux de son point de vue qu’un effet marginal, et au pire nul (c’est le cas par exemple quand un acteur vend une centrale au charbon, elle n’est pas fermée pour autant). C’est la célèbre tragédie des communs[12] qui s’illustre par des comportements de passagers clandestins : chacun compte sur les actions des autres mais aucun n’est prêt à « payer ». Les désinvestissements souhaitables ne peuvent se faire qu’à l’échelle collective.

De la même manière, les mécanismes d’incitation à une économie bas carbone (taxes, réglementations, interdictions) ne peuvent être installés à une échelle suffisante que par la puissance publique, seule à en avoir la légitimité et le pouvoir. Mais, comme dit plus haut, dans un contexte de compétition mondiale, les nations ont la plus grande difficulté à accepter de pénaliser leurs champions et, là aussi, leurs dirigeants peuvent se dire que ce serait un sacrifice vraiment inutile que de le faire, le problème étant mondial[13]. Enfin, nos dirigeants étant élus, ils ont évidemment le plus grand mal à imposer des mesures « contraignantes » à leurs électeurs, les citoyens, et la plus grande facilité à faire preuve de démagogie (nous vous promettons un avenir radieux, qui satisfera tous vos désirs…).

Les acteurs financiers doivent de leur côté anticiper les risques qu’ils voient poindre. Il est indispensable qu’ils les comprennent et qu’ils s’arment pour y faire face. Mais leur horizon reste très court, comme l’a rappelé Mark Carney, en parlant de la « tragédie des horizons » et là aussi leurs intérêts pas alignés sur ceux du collectif. Il serait donc périlleux de ne compter que sur cette communauté.

 

Le retour actuel du protectionnisme aux Etats-Unis, la domination de régimes autoritaires dans de nombreux grands pays (la Chine, la Russie, l’Inde…), la montée en puissance de forces politiques anti-démocratiques en Europe doivent nous alerter sur l’urgence qu’il y a à refonder le capitalisme en abandonnant la religion du marché[14] et du laisser faire, en abandonnant l’illusion de libertés sans limites tout en sauvegardant l’essentiel de nos libertés (dont la liberté d’entreprendre, mais pas sans conditions) qui font la qualité de vie dans nos pays . Cette refonte est stratégique concernant les enjeux écologiques.

 

Ne pas s’atteler à cette tâche éminente c’est se résigner consciemment ou non à des guerres militaires et civiles qui se multiplieront dans un monde totalement déréglé et dérégulé.

 Alain Grandjean

Notes

[1] Dont je remercie ici le président, Jean-Eudes Moncomble qui m’y a invité
[2] Stern Review on the Economics of Climate Change, rapport au Premier ministre et au Chancelier de l’échiquier, 2006.
[3] Ces estimations restent bien sûr marquées d’incertitude mais les ordres de grandeur sont là nous sommes en bonne voie pour « consommer notre budget carbone » résiduel, celui qui nous conduit  à une hausse supérieure à deux degrés d’ici 2050. Or, d’ici là nous n’aurons toujours pas appris  à nous passer des énergies fossiles qui représentent toujours aujourd’hui 80 % de l’énergie primaire consommée
[4] Le Rapport de la Commission de haut niveau sur les prix du carbone (2017) présidée par Nicholas Stern et Joseph Stiglitz recommande la mise en place d’un corridor de prix allant de 40-80$ par tonne en 2020 à 50-100$ en 2030.
[5] La typologie des risques financiers posés par le réchauffement climatique a été théorisée par Mark Carney, (Gouverneur de la Banque d’Angleterre et Président du Conseil de stabilité financière) dans son célèbre discours « La tragédie des horizons » prononcé par au siège de la Lloyd’s of London, en septembre 2015.
[6] World Energy Outlook 2011 (p229-234), AIE
[7] Source : World Energy investment 2017 – AIE. Les investissements mondiaux dans la production énergétique se sont élevés en 2016 à environ 1450 milliard de $. Les énergies fossiles représentaient 825 milliards de $ d’investissement (dont 117 dans les centrales thermiques, 649 pour le secteur du pétrole et du gaz et 59 pour le charbon).
[8] Environ 300 milliards de $ toujours d’après l’AIE.
[9] En toute rigueur il faudrait rajouter « ou si ou si leurs émissions de CO2 étaient captées et stockées ce qui n’est pas du tout le cas aujourd’hui et reste , vu d’aujourd’hui , loin d’être acquis d’ici 2050 du moins dans des proportions significatives.
[10] Il serait intéressant d’aller au bout de ce débat, qui tourne toujours autour de l’idée qu’un tremblement de terre, une guerre et la fin des abeilles (qui obligent à mobiliser des petites mains ou des drones) ce n’est, tous comptes faits, pas si mal pour le PIB !
[11] Il ne s’agit pas de remettre en cause l’économie de marché et de plaider au retour au collectivisme qui a fait la preuve de son inefficacité. Je plaide pour une régulation forte et intelligente du capitalisme.
[12] Voir Garrett Hardin The Tragedy of the Commons,, Science, 1968.  et une édition récente présentée et commentée par Dominique Bourg : Garret Hardin, La tragédie des communs, PUF, 2018
[13] C’est ce paradoxe qui est à l’origine de l’échec du marché européen de carbone, l’EU-ETS
[14] Voir Stéphane Foucart, Des marchés et des dieux. Comment l’économie devint religion, Grasset, 2018

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46 Responses to “En route vers les 4 degrés !”

  1. Salut Alain !

    Il fallait que quelqu’un le fasse et tu l’as fait ! B R A V O ! Il fallait que quelqu’un OSE mettre en évidence une condition nécessaire, (pas forcément suffisante…), pour avoir une chance d’éviter la « sortie de route » de l’humanité dont parle Patrick Viveret :
    « La réussite de la transition énergétique suppose l’abandon du modèle économique actuel dominant en Occident et nous devons acter la fin de l’hégémonie de « l’économie du tout marché » dit autrement au fondamentalisme de marché[11].  »

    – Tu n’es certes pas le 1er à dénoncer le « capitalisme de dérégulation à dominante financière »… comme dit Fréderic Lordon, pour caractériser cette variété particulière de capitalisme qui nous est tombée dessus, il y a presque 3 décennies, dans le sillage de la chute de l’URSS.
    – Mais tu es, il me semble, le 1er à dire que… ce n’est plus une question de choix politique relevant de la décision du « Souverain », (c. à d. la communauté nationale), que nous n’avons en réalité que le choix entre rétablir /conforter l’autorité de la puissance publique, ou … risquer la sortie de route de l’espèce humaine !
    Encore Bravo et Merci !

  2.   Denis Dupré   16 juin 2018 à 13 h 17 min

    Excellent !
    Il faut réguler vigoureusement et en urgence.
    Bravo Alain Grandjean pour l’affirmer courageusement.

    •   Alain Grandjean   17 juin 2018 à 20 h 06 min

      @Denis Merci de tes encouragements, essayons maintenant de donner du corps à tout cela! amitiés. Alain

  3. Le seul scénario qui permet de stopper le réchauffement climatique passe par le déploiement du nucléaire à l’échelle du mondecomme on l’a fait en France https://www.inderscienceonline.com/doi/abs/10.1504/IJGEI.2017.080766

    Par conséquent vouloir diminuer le nucléaire en France, n’est-ce pas jouer au pompier pyromane ?

    • Bonjour Alain,

      « de montrer les impacts dévastateurs du changement climatique, y compris au plan économique : il serait vraiment utile de refaire le travail qu’avait fait Nicholas Stern en 2006 »

      Sauf que dans tous les scénarios du Giec, le PIB par habitant est multiplié par au moins un facteur 6 d’ici 2100 en $ constants. Et jusqu’à un facteur 15 à 20 !

      Il faut vraiment lire le rapport du Giec et regarder les hypothèses des scenarios d’emissions (ce que personne ne fait).

      L’impact Stern (dont on peut critiquer entre autres le taux d’actualisation deraisonnablement faible) ne fait passer ce minimum que de x6 à x5.

    •   Alain Grandjean   17 juin 2018 à 20 h 13 min

      @Benjamin, Je pense qu’il faut refaire un travail montrant les effets dévastateurs d’une hausse de température de 4°C; les travaux précurseurs de Stern ont été critiqués pour de bonnes et de mauvaises raisons. A mon sens son choix d’un taux d’actualisation très faible est le bon et les critiques faites la-dessus le sont par des économistes persuadés que la croissance (infinie?) améliorera le sort de nos descendants d’une manière telle qu’ils pourront résoudre les pbs climatiques qu’on leur laissera…ce à quoi je ne crois pas du tout.
      Les critiques pertinentes sont relatives aux outils de modélisation utilisés (des IAM avec fonction de dommage complètement pifométrées; je peux développer mais il suffit de lire le bouquin d’Antonin Pottier pour comprendre ce qu’il en est): c’est là-dessus qu’il faut travailler. Comment rendre crédibles les conséquences économiques désastreuses du chgt climatique? Concernant les scénarios analysés par le GIEC je ne sais pas s’ils sous-entendent une croissance aussi forte; c’est dans les travaux du groupe 3? Vous pouvez m’indiquer les sources exactes? merci d’avance. Bien à vous; AG

    •   Alain Grandjean   17 juin 2018 à 20 h 22 min

      @PH, merci de la référence; il est possible que le scénario soit le seul qui permette de stopper la dérive climatique, encore faut-il qu’il soit un tout petit peu réaliste…si je comprends il envisage 20TW de puissance nuke en 2100? l’équivalent de 10 000 tranches nucléaires de 2 GW pour faire simple.j’ai un petit doute…concernant la France les calculs montrent qu’il est possible d’être zéro emissions nettes en baissant le nuke; Ce n’est pas un pb.bien à vous . AG

    • Bonjour Alain,

      Le problème c’est que tout le monde parle des impacts climatiques mais personne n’a jamais lu les hypothèses socioeconomiques des scénarios du Giec. Dans tous les scénarios du Giec, en 2100, il n’y a plus aucun pauvre !

      Voir par exemple le Technical Summary du Wg3 page 18 graphique b : http://www.ipcc.ch/pdf/assessment-report/ar5/wg3/ipcc_wg3_ar5_technical-summary.pdf

      Ici la publication de référence pour les scénarios du Giec :
      https://www.sciencedirect.com/science/article/pii/S0959378016300681?via%3Dihub
      Je vous invite à regarder les graphiques 2c et 2d. Le PIB par habitant passe d’environ 10 000$2005 par habitant en 2005 à 140 000$2005 en 2100 dans le scénario haut. Donc x14 !

      Vous avez en plus détaillé pour tous les scénarios la database consultable en ligne qu’à peu près personne ne connaît : https://tntcat.iiasa.ac.at/SspDb/dsd?Action=htmlpage&page=about

      C’est l’équivalent de la base des scénarios SRES (ceux qui ont servi pour l’AR3 et l’AR4), mais en moins pratique : http://www.ipcc.ch/ipccreports/sres/emission/data/allscen.htm Je vous laisse constater que ces scenarios étaient tout aussi ambitieux niveau PIB (sans parler des nombreux scenarios dont la consommation de pétrole était élevée et encore en croissance (!) en 2100)

      Bonne lecture

    •   Alain Grandjean   18 juin 2018 à 9 h 38 min

      @benjamin, merci bcp pour les liens (juste pour info, je n’ai pas réussi à trouer la page 18 ni le graphique b; et la publi de référence n’est pas accessible gratuitement)
      il y a en effet tout un tas de combinaisons possibles dans l’avenir entre une croissance carbonée et une décroissance décarbonée…les modèles économiques sous-jacents sont très discutables et l’on sait qu’ils intègrent mal les boucles de rétroaction (climat/PIB) et les tensions eventuelles sur certaines ressources. et qu’ils de toutes façons bien imparfaits (voir http://www.chair-energy-prosperity.org/publications/comparaison-modeles-meteorologiques-climatiques-economiques/); mais je ne crois pas que cela change les conclusions à ce stade. Mais discutons en. Bien à vous. AG

    • Bonjour Alain,

      Dans le rapport du Wg3, cherchez la figure TS.7

      Pour la publi de référence, elle est accesible gratuitement chez moi. Ci après le lien direct vers le graphique : https://ars.els-cdn.com/content/image/1-s2.0-S0959378016300681-gr2.jpg
      Votre avis sur les graphiques c et d m’intéresse.

    •   Alain Grandjean   23 juin 2018 à 7 h 50 min

      @Benjamin, merci bcp je suis allé voir les graphiques; du coup je comprends beaucoup mieux vos remarques. Merci. En effet il apparait ici un problème que j’ai bien identifié dans la modélisation économique. LE PIB est très souvent exogène d’une part et d’autre part quand elles sont utilisées les fonctions de dommage (hausse de température vers climat) sont très souvent sans aucune valeur scientifique à ce stade, et c’est pour cela que les premières conclusions de Nordhaus étaient extravagantes (voir le bouquin d’Antonin Pottier). et aucun des modèles n’intègrent un blocage de la croissance qui serait dû à des pressions sur les ressources (fossiles ou minérales,voire biologiques). on a exactement le meme genre de remarque dans les scénarios AIE. Il serait très utile de remettre un peu de clarté dans le processus de production des conclusions et les liens entre les hypothèses sur les concentrations et les scenarios socioéco et…les structures de modèles économiques utilisés. Car là aussi il y a un énorme problème. Voir http://www.chair-energy-prosperity.org/wp-content/uploads/2017/03/publication-2017-comparaison-modeles-grandjean-giraud-1.pdf. Du coup je vais faire un post complémentaire de clarification.
      peut-on en discuter sans polémique ? cdt. AG

    • Bonjour Alain,

      Merci pour ce retour.

      En effet tout ce qui touche au climat sur internet vire souvent à la discussion enflammée. Je n’ai pas de solution miracle pour empêcher que ça arrive. C’est un peu le problème de ces discussions en ligne.

      Le post que vous proposez porterait sur deux thèmes si je comprends bien :
      – les limites économiques et « matérielles » à poser en amont de la modélisation climatique.
      – la rétroaction climat->économie (Stern, Tol, etc.)

      Je pense qu’il serait plus sage d’en faire deux posts afin de bien isoler ces deux points pour éviter que la discussion parte dans tous les sens, le deuxième point me semblant le plus susceptible de dériver.

      A vous de voir, c’est votre blog, c’est vous le maître à bord.

    •   Alain Grandjean   23 juin 2018 à 12 h 43 min

      @benjamin; ce post était surtout un témoignage ; son message principal est indépendant de la discussion que vous avez lancée avec Gilles sur le premier slide, qui n’est qu’un support à une communication visant
      à convaincre l’auditoire que nous ne sommes pas sur la route d’un scénario conduisant à limiter la hausse de la temp sous les 2°c mais sur un chemin allant vers 4°C. Le message clef c’est surtout celui qui est issu du graphique 2011 de l’ AIE sur le quel vous n’avez rien dit, et qui, s’il est exact, tend à montrer qu’ on a des « emissions embarquées » suffisantes pour « faire les 2°C ». Si c’est exact et si on veut limiter ce qui est l’accord de paris la hausse à deux degrés faut fermer des actifs rentables, ce que le marché seul ne fera pas.
      ensuite la discussion nous amène sur d’autres questions et, en effet, vous avez raison, pour les cadrer il faut les sérier; comme je travaille en ce moment sur la « fabrique » des modèles et des scénarios, j’y reviendrai
      Bien à vous. AG

  4. Superbe démonstration malheureusement. J’adhère totalement à la nécessité de sortir de l’idéologie de marché, inapte en l’état à produire des décisions conformes à l’intérêt général. Mais cette réflexion nous conduit aussi inévitablement à requestionner le modèle démocratique courant qui repose sur une réflexion individualiste face aux enjeux collectifs. Il va falloir trouver de nouvelles façons d’adresser les prises de décision.

    •   Alain Grandjean   18 juin 2018 à 9 h 32 min

      @pillard, oui nous sommes d’accord;il y a un lien entre l’idéologie « néolibérale » qui représente l’être humain ( dans ses raisonnements) une « monade » sans liens sociaux et la sacralisation de l’individualisme ; ce n’est pas pour rien je pense que la thématique des « communs » monte en puissance; ce n’est pas pour rien non plus que la recherche sur l’anthropocène est multidisciplinaire…de nombreuses dimensions de notre vie individuelle et collective sont en jeu. il me semble que les questions juridiques (et judiciaires) vont monter en puissance et que les gouvernements occidentaux vont devoir inventer de nouveaux modes de décision
      (vous avez vu peut-être les débats sur la Constitution).bien à vous. AG

  5. Je ne vois pas de questionnement autour de l’alimentation mondiale et la production de gaz issue de l’élevage industrielle

    •   Alain Grandjean   18 juin 2018 à 9 h 33 min

      @Dave, nous sommes d’accord que ce sont des sujets majeurs; mais on ne peut tout traiter dans un post….bien à vous . AG

  6. Bruno Le Maire : « L’Europe est dans un processus de décomposition. »

    Sur l’Europe, Bruno Le Maire dresse un constat alarmant.

    Le ministre de l’Économie, Bruno Le Maire, était l’invité de BFM TV mardi 19 juin.

    « L’Europe est dans un processus de décomposition sous nos yeux », s’est alarmé le ministre de l’Economie, Bruno Le Maire, sur BFM TV.

    Et de pointer du doigt « les Etats qui se replient sur eux-mêmes ». Selon lui, la question migratoire ou celle du risque financier, notamment, « ne peuvent avoir de solutions que européennes ».

    https://www.lopinion.fr/video/phrase/l-europe-bruno-maire-dresse-constat-alarmant-154052

    • L’idée que l’augmentation de la consommation d’énergie (ou la production de CO2 ) est essentiellement un effet des politiques libérales est très critiquable.

      L’essentiel de la croissance des dix dernières années est le fait de pays comme la Chine, pas particulièrement « libéraux » mais ayant fait une industrialisation à marche forcée. Qui, par ailleurs, a sorti de la pauvreté des centaines de millions de chinois. L’OCDE (et les Etats Unis) ont globalement baissé leurs émissions, mais si c’est en partie par l’exportation de leurs industries polluantes. D’autre part l’ex bloc soviétique, pas tout à fait « libéral », était catastrophique sur le plan de l’efficacité énergétique.

      La raison principale de l’augmentation de la consommation de ressources, c’est l’enrichissement de la population et l’amélioration du niveau de vie. D’où la logique des scénarios du GIEC dont il faudrait un peu, comme dit Benjamin, regarder aussi les conséquences économiques et pas seulement la production de CO2 : en gros, pour résumer, ce qu’ils disent c’est qu’on serait tous bien plus riches et qu’on aurait un peu plus chaud. Pas sur que ça gêne vraiment quand on voit ceux qui prennent leur retraite dorée sur la cote d’Azur ou au Portugal :).

      Par ailleurs d’autres hypothèses sont totalement irréalistes : ainsi la consommation de fossiles qu’il faudrait atteindre pour les scénarios à 4°C est telle que l’ensemble des réserves prouvées facilement accessible serait totalement épuisées avant la fin du siècle … mais néanmoins la production annuelle de fossiles dépasserait très largement celle d’aujourd’hui. Est ce que c’est plausible? ce n’est discuté nulle part dans la littérature climatique.

    •   Alain Grandjean   22 juin 2018 à 21 h 31 min

      @Gilles. je me permets de renvoyer sur ce débat du rôle du « capitalisme » et du « libéralisme » à la note assez approfondie que j’ai postée ici
      https://alaingrandjean.fr/2017/09/14/capitalisme-responsable-de-destruction-de-biosphere-de-lexplosion-inegalites/
      cela étant, et donc indépendamment de l’histoire du réchauffement climatique (des derniers siècles) il me semble indiscutable que le libéralisme actuel donne des arguments pour ne pas prendre les mesures à prendre pour limiter la dérive climatique; la documentation accessible sur la montée en puissance du climatoscepticisme montre en outre le rôle des think tanks « libéraux ».
      LA Chine et la Russie sont certes de gros émetteurs, mais les deux ont adopté en partie le capitalisme pour …y arriver (à être de gros émetteurs). Ils ne sont en effet pas très libéraux et, du coup, pour eux la question de la limitation des GES se posent très différemment de chez nous.
      Bien cdt
      AG

    • Quant à la comparaison des données actuelles avec les scénarios, elle n’a aucun sens. Les scénarios n’ont aucune valeur prédictive selon leurs auteurs mêmes, ce ne sont que des exemples d’histoires possibles, des « storylines ». On le voit par quelques bizarreries : par exemple le RCP 6 reste inférieur au RCP 4.5 jusqu’en 2050 avant de se mettre à grimper beaucoup plus ! pourquoi ? mystère, et vous n’aurez aucune explication autre que ce qui peut sortir d’une modélisation informatique arbitraire avec des lois inconnues. Est ce que ça signifie que si on baisse nos émissions maintenant à partir d’un scénario 4.5, ça veut dire qu’on va bruler plus de fossiles à la fin? bien sur que non. De façon générale les groupes différents travaillant sur les mêmes hypothèses socio économiques (A1, A2, B1, etc ..) sont sortis avec des consommations de différents combustibles qui n’avaient rien à voir avec les autres, et on en a choisi quelques unes comme illustration plus pour des raisons esthétiques que scientifiques.

      Par ailleurs un examen soigneux du graphique montre que la consommation 2014 n’est supérieure au RCP 4.5 que parce que ce dernier est déjà en dessous au départ des courbes ! et en plus qu’est ce qui dit que le début de la courbe du RCP 8.5 ne peut pas s’arrêter en 2040 avant de redescendre brutalement, par exemple par épuisement des réserves ? rien , et pourtant ce scénario n’existe pas !

      En gros, on a un ensemble de courbes sans aucune justification scientifique et on prend celle qu’on veut pour faire peur …

    • @Gilles

      Le graphique d’Alain montre les émissions annuelles, et le croisement est en effet vers 2050.

      En concentration (ppm atmopshériques), le niveau de CO2 du scénario RCP 4.5 est inférieur au scénario RCP 6 jusqu’en 2063 où ils se croisent à 558 pm (avant, le scénario RCP 4.5 est toujours supérieur au scénario RCP 6).

      Ensuite le scénario RCP 6 continue à progresser alors que le 4.5 se stabilise.

      Ceci vient du fait qu’en réalité pour chaque scénario de forçage radiatif (2.6, 4.5, 6 et 8.5) de nombreuses trajectoires socio-économiques ont été construites (voir : https://tntcat.iiasa.ac.at/SspDb/dsd?Action=htmlpage&page=series).

      De base il y a 5 trajectoires socio-économiques (SSP1…5) pour chaque scénario de forcage radiatif.

      Or les scénarios qui sont à chaque fois mis en illustration ne se basent pas du tout sur la même storyline !

      Le scénario RCP4.5 d’illustration se base sur le scénario socio-économique SSP4 (nom de code « MiniCam »).
      Le scénario RCP6 d’illustration se base sur le scénario socio-économique SSP3 (nom de code « AIM »).
      Le scénario RCP8.5 d’illustration se base sur le scénario socio-économique SSP2 (nom de code « Message »).

      Du coup forcément, on ne comprend rien aux émissions de GES de chaque RCP (et pourquoi certains sont en dessous d’autres) si l’on ne sait pas les choix d’hypothèses socioéconomiques qui se cachent derrière chacun !

      Aucun des RCP mis en illustration n’est directement comparable.

    • Pour préciser mon message précédent :

      Quand Alain écrit :
      « Comme le montre le graphique, les émissions historiques (courbe en noir) suivent la courbe rouge des scénarios RCP 8.5 »

      En fait, les différences que l’on constate aujourd’hui n’ont aucun rapport avec le climat ou le forçage radiatif. Elles viennent juste du scénario SSP qui avait été choisi.

    •   Alain Grandjean   22 juin 2018 à 21 h 33 min

      @Benjamin, ok je note ce point;à mes yeux c’est essentiellement une question de rédaction, je la corrigerai (dans ce post ou ultérieurement) ; cela ne change absolument rien aux conclusions. Bien cdt
      AG

    • Bonjour Benjamin
      oui mais les SSP sont bien plus récents que les scénarios originels avec deux vagues successives (la dernière décrite dans le SRES : https://www.ipcc.ch/pdf/special-reports/spm/sres-fr.pdf ) , puis la définition des RCP.
      Au début le GIEC est parti sur l’idée qu’on pourrait modéliser la société sur 100 ans et en déduire les émissions de divers GES. Il a défini des grandes lignes et a demandé a plusieurs groupes de travailler sur les mêmes lignes. Le résultat était comme j’ai dit … n’importe quoi, au sens où les différents groupes aboutissaient à des résultats totalement différents en terme de consommation (de manière générale, aucun n’a considéré que le montant des réserves prouvées était une contrainte, ce qui fait que c’était open bar …). Ils ont meme du faire plusieurs sous groupes du groupe A1 (A1FI, ,A1B, A1T) avec des conclusions diamétralement différentes. Bon bref ils ont obtenu ce qu’on obtient quand on croit que des gros calculs d’ordinateurs peuvent remplacer une information physique absente : garbage in, garbage out.

      Face à ce fatras, le GIEC a finalement choisi de ne garder que 4 trajectoires recouvrant plus ou moins l’éventail des simulations, en ne paramétrant que le forçage : les RCP. Mais comme c’était basé sur des scénarios variables, il reste des incongruités comme le croisement des consommations entre RCP 6 et RCP 4.5. En fait pour les climatologues, ils ont juste besoin de paramétrer les concentrations en CO2 et se fichent des hypothèses sociaux économiques derrière. Un simple paramétrage des courbes d’émissions par la date du pic aurait largement suffit.

      Et comme les économistes s’ennuyaient et n’avaient rien à faire , ils se sont mis à retravailler sur les RCP en remettant des scénarios derrière , les SSP , avec plusieurs SSP par RCP comme tu dis. Mais bon c’est toujours aussi fantaisiste et personne n’y comprend plus rien. En fait personne ne s’intéresse au détail des scénarios : la vulgate publique est juste que les scientifiques sont des gens drôlement forts qui ont des ordinateurs très puissants et sont capables de prédire ce qui va se passer au XXIe siècle à partir de la courbe de quelques années de consommation. Ce qui est bien évidemment totalement faux.

    •   Alain Grandjean   22 juin 2018 à 21 h 41 min

      @Gilles, votre propos est très caricatural, à la fois du travail du GIEC de celui des climatos et des économistes, et de la perception du « public »; je ne sais pas qui croit/ecrit que les scenarios du GIEC sont des prévisions? les synthèses du GIEC ne donnent pas cela à penser, il s’agit de « projections conditionnelles ». Cela étant nous sommes bien d’accord qu’il y a un gros travail de clarification et d’approfondissement sur le lien entre les ressources fossiles et les scénarios d’émissions? Le débat est beaucoup plus ici entre les géologues, les économistes et les differents acteurs du monde de l’énergie que du côté des climatos, me semble-t-il. Pour ce qui me concerne j’ai écrit ici plusieurs fois qu’il y a en ordre de grandeur bien plus de ressources fossiles que ce qu’il suffit pour dépasser les deux degrés. Même ‘il y a débat sur les ressources en question (notamment sur le pétrole) je ne vois pas d’argument convaincant pour dire l’inverse,quand on regarde les ressources en charbon. Bien à vous. AG

    • @Gilles

      Je pense que nous sommes d’accords. Pour avoir pu en discuter avec plusieurs climatologues, je peux vous confirmer qu’aucun ne connaissait les hypothèses socioeconomiques des scénarios qu’ils utilisaient. C’est vraiment le grand oublié de l’histoire.

      Quand on regarde les SRES qui intégraient chacun une hypothèse économique (et de consommation par combustible-totalement fantaisiste pour la plupart-), on se rend compte que dans tous les scénarios, l’hypothèse prise en input c’est que tout le monde devient très riche. On peut fait le calcul mais grosso modo un Somalien a en 2100 le niveau de vie d’un américain d’aujourd’hui.

      Avec ces hypothèses en input c’est dur de voir qui seront les réfugiés climatiques que l’on nous annonce en output…

      Au delà de la crédibilité de ces projections économiques, il y a en fait un vraiment problème de cohérence interne due au fait que les types qui font les projections climatiques et ceux qui en estiment les impacts (et qui annoncent les catastrophes) ne sont pas les mêmes que ceux qui ont paramétré ces inputs et ils ne savent souvent même pas que ces inputs existent ! La base SSP n’a été mise en ligne en effet que plusieurs années après la publication de l’AR5. Les près de 50 SRES ont vite été agrégés en 4 trajectoires « moyennes » qui n’avaient en fait plus aucun sens (on moyenne juste les émissions, mais en fait derrière toutes les hypothèses economiques disparaissent et ne restent que des CO2eq totalement hors sol pour jouer avec les modèles climatiques).

    • Bonjour Alain
      je ne pense pas caricaturer le travail des économistes du GIEC en expliquant ce qu’ils ont fait. Ce n’est pas de leur faute si la science prédictive de l’économie mondiale sur 100 ans n’existe pas. Deja qu’elle n’existe même pas sur 3 ans …
      Dans le document décrivant le « SSP protocole » que vous pouvez lire ici :
      https://tntcat.iiasa.ac.at/SspDb/download/iam_scenario_doc/SSP_Study_Protocol.pdf vous pouvez voir que chaque RCP a fait l’objet de 5 scénarios et que ces 5 scénarios ont été étudiés par 6 équipes différentes ce qui fait 150 trajectoires socio -économiques différentes ! autrement dit on peut dire à peu près n’importe quoi sur les scénarios et il n’y a aucune corrélation entre les hypothèses sociales et les consommations puisque chaque scénario peut donner toutes les RCP possibles !

      de toutes façons ses scénarios ne sont que des narrations et à la fin on reprend les RCP comme illustration, ces RCP étant eux mêmes les traces des anciens scénarios du SRES pris aussi un peu au hasard.

      Qui dit que ces scénarios sont des prévisions ? ben vous, implicitement, quand vous dites « Comme le montre le graphique, les émissions historiques (courbe en noir) suivent la courbe rouge des scénarios RCP 8.5, ceux qui s’éloignent le plus d’une trajectoire 2°C compatible avec l’accord de Paris. »

      Vous dites inconsciemment que si on est maintenant sur une trajectoire, ça rend probable qu’on produira dans l’avenir la quantité totale de CO2 décrite dans cette trajectoire. Si ce n’est pas lui donner un caractère prédictif, alors je me demande bien quel est le sens pour vous du mot « prédictif ». Sauf que d’après les auteurs même de cette courbe, elles n’ont rien de prédictif. Il y a aussi plein de trajectoires possibles qui commencent à monter comme la RCP 8.5, s’arrêtent à n’importe quelle date, et redescendent aussi vite que vous voulez. Ce n’est pas parce que c’est la trajectoire 8.5 qui a été choisie arbitrairement comme passant à cet endroit qui ça veut dire quoi que ce soit sur le futur : la preuve, vous n’avez pas répondu sur la bizarrerie du fait que la trajectoire RCP 6 a des émissions inférieures à celles de RCP 4.5 jusque vers 2050, ce qui fait que si on était sur la RCP 4.5 et qu’on baissait encore plus nos émissions … on se retrouverait sur la RCP 6 !!!

      Pour ce qui est des réserves : regardez les scénarios d’origine (ce que personne ne fait jamais …) , vous verrez que l’origine principale des émissions n’est souvent pas le charbon mais le pétrole et surtout le gaz, certains scénarios prévoient jusqu’à 10 fois la production annuelle de gaz alors que toutes les poches connues auront été épuisées : sans doute l’exploitation massive des hydrates de gaz ! si il faut empêcher ça, c’est assez facile, vu qu’elles n’ont même pas commencer, y a qu’a l’interdire …

      et je redis que l’origine principale des consommations n’est pas les milliards d’euros virtuels que les marchés financiers s’échangent sur les ordinateurs, mais le fait que la très grande majorité de la planète veut simplement manger à sa faim et des choses plus variées qu’un bol de riz par jour, pouvoir etre soigné correctement, habiter dans un logement assez grand et convenablement chauffé où on ne s’entasse pas à 6 par pièce, et pouvoir éventuellement se déplacer et voyager. Et oui, tout ça suffit largement pour consommer la moyenne actuelle de 2 t de C/ an / personne … et quel lecteur de ces lignes accepterait de vivre autrement ?

    •   Alain Grandjean   23 juin 2018 à 12 h 55 min

      @Gilles; ce n’est pas facile de se comprendre par internet…concernant la question de la prévision je n’ai jamais considéré ni consciemment ni inconsciemment que l’on suivait des prévisions du GIEC. je constate qu’on est sur une trajectoire qui mène à … et je renforce mon propos avec la série des arguments apportés dans le post; j’ai vaguement l’impression que vous me faites un procès d’intention…globalement à ce niveau de généralité et de synthèse la question qui se pose (et j’ai hésité sur l’illustration, car il y en a d’autres figurant les budgets carbone qui sont plus rigoureuses mais moins faciles à expliquer) c’est notre capacité à émettre plus que le « budget carbone » qui nous suffit (avec une proba de 2/3 disons) à dépasser les deux degrés et celle qui permet d’atteindre 4°C. Que les scénarios se fondent sur plus ou moins de gaz de pétrole ou de charbon, me semble une question de second ordre. J’ai suffisamment discuté avec des experts du charbon pour être bien convaincus qu’on en a sous le pied.
      Pour la remarque sur le néolibéralisme et les marchés financiers, là aussi votre redite est très curieuse; je sais comme vous ce qui est à l’origine des émissions de GES et je sais bien que ce sont des choses physiques. Mon propos se place sur un autre plan. Si on veut décarboner l’économie dans nos économies (et aussi chez les émergents) faut de la régulation publique et pas juste laisser faire les marchés; c’est quand meme un propos assez simple.
      bien à vous.
      AG

    • Alain, le problème est quand vous dites  » je n’ai jamais considéré ni consciemment ni inconsciemment que l’on suivait des prévisions du GIEC. je constate qu’on est sur une trajectoire qui mène à …  »

      vous ne comprenez pas que dire « qui mène à… » : non justement, ces trajectoires ne « mènent » nulle part , puisqu’il y n’y a pas de théorie prédictive.

      Je vais prendre une comparaison : supposons que je trace 4 routes qui traversent la France , un peu au hasard, en partant de Dunkerke. Je choisis d’en tracer une qui va vers strasbourg, l’autre vers Marseille, l’autre vers Toulouse et l’autre vers Brest. Est ce parce que une voiture suit au début la route qui va vers Brest, ça veut dire qu’elle va vers Brest ? bien évidemment, non. C’est pourtant ) peu près ce que vous dites.

      Imaginons, je dis bien « imaginons » que la quantité totale de fossiles qu’on peut bruler soit fixée. Est ce que le fait d’en consommer plus maintenant veut dire qu’on va en consommer plus à la fin? ben non d’après l’hypothèse, la quantité totale est constante, ça veut simplement dire qu’on va les épuiser plus vite. Donc rien n’autorise à lier le rythme de consommation actuelle à la quantité totale … a moins de disposer d’une relation prédictive… que justement personne ne prétend avoir.

      Je remarque d’ailleurs que votre graphique s’arrête soigneusement en 2014, nonobstant le fait que la production a stagné ensuite pendant 2 ans … ce qui ne correspond plus au scénario. Ca a remonté en 2017, mais personne ne peut garantir que ça va continuer à nouveau à remonter. Une fois que le pétrole de schiste commencera à s’épuiser, le jeu ne sera plus le même. Bref il n’y a aucun information pertinente à tirer de la consommation actuelle pour prédire l’intégrale du CO2 sur le XXIe siècle.

      cordialement

    •   Alain Grandjean   24 juin 2018 à 9 h 50 min

      @Gilles; le graphique s’arrête en 2014 parce qu’il a été fait à l’époque et que je n’ai pas sa version réactualisée si elle existe…cela étant on est bien d’accord sur le fait qu’il ne s’agit pas de prévision. Ce que je veux dire tout simplement c’est que si l’on continue ainsi (ce qui suppose qu’on puisse le faire évidemment) alors on contribue à une augmentation de temp qui peut égaler les 4°C. Je comprends bien le débat sur les ressources et sur le rythme de consommation.
      Mais pour revenir au contexte et à l’information que je retiens de cette conférence, c’est l’inverse qui m’apparaît: ce que je comprends de la partie que j’ai vue de la profession pétro-gazière (et dont je ne sais pas si elle est représentative) c’est qu’elle considère qu’il n’y a pas de pb à continuer la fête. Vous pouvez considérer qu’au fond, ce n’est pas grave,car ils sont aveugles à la pénurie de fossiles qui va arriver (ou à tout un tas d’autres facteurs bloquant ou limitant, des questions géopolitiques en passant par des difficultés d’appros de tous ordres). On peut et on doit en discuter; je pense utile de mon côté de bien refaire prendre conscience des enjeux du rechauffement climatique, y c au plan économique. bien à vous.AG

    • Du point de vue de l’industrie des fossiles, je comprends qu’ils ne soient pas très inquiets pour le futur proche. Le scénario correspondant aux réserves prouvées est proche du scénario 4.5 , avec un pic arrivant vers 2040 : de leur point de vue, la pénurie n’est pas pour demain , et si le pétrole arrive en dépletion plus tôt, ça ne fera que faire augmenter les prix et donc leurs bénéfices….Néanmoins le scénario 4.5 correspond à un réchauffement entre 2 et 3°C , de plus il semble que la sensibilité réelle soit plutot dans la fourchette basse des modèles si on s’en tient aux comparaisons entre modèles et températures observées.

      (http://www.realclimate.org/index.php/climate-model-projections-compared-to-observations/ , realclimate est bien sur un site « officiel » des climatologues)

    •   Alain Grandjean   25 juin 2018 à 21 h 27 min

      @gilles, merci pour la super référence, en effet realclimate est un site où les climatos sérieux discutent sérieusement…nous reviendrons ici sur ce sujet (de la sensibilité climatique) et sur celui des contradictions éventuelles entre ce qu’on peut dire des reserves et ressources de fossiles et les scénarios conduisant aux plus fortes hausses de température. Cdt. AG

  7. Bonjour,
    Si même l’argument économique ne fonctionne pas ! Outre la stabilité financière il y a aussi peut-être la stabilité démocratique : votre texte me rappelle et l’humeur dans laquelle il semble avoir été écrit me rappelle celui-ci http://www.buchetchastel.fr/le-changement-climatique–menace-pour-la-democratie–valery-laramee-de-tannenberg-9782283030165
    Bon courage

    • Si c’est vraiment le climat qui gouverne la démocratie, pourquoi la Californie est elle aussi démocratique que l’Illinois, et la corée du Nord bien moins que la corée du Sud ? Pourquoi les régimes fascistes étaient en Allemagne et en Italie, mais pas en Suisse …
      Il faut arrêter de dire n’importe quoi !
      Après sur le niveau de vie, ce qui a permis l’accession à ce niveau de vie, c’est la consommation de fossiles. Le climat a pris déjà 1°C en même temps que cette consommation augmentait avec le PIB : il y a donc une corrélation positive entre le PIB et la consommation de fossiles (pas étonnant) mais aussi positive du PIB avec la température globale ! ce qui veut dire forcément que si l’augmentation de température a des effets négatifs, ils sont forcément moins forts que ceux, positifs, de la consommation d’énergie.

      (et franchement, si vous vous demandez honnêtement ce qui a plus changé la vie depuis le XIXe siècle, si c’est du a la variation de la consommation d’énergie ou le changement de température moyenne, vous répondez quoi ? honnêtement ?)

      Et comme le rappelle Benjamin, dans les scénarios extrêmes, le PIB total est multiplié par 5 ou 6 , et les africains deviennent aussi riches que que les américains actuels (ben oui normal pour produire beaucoup plus de CO2 que maintenant …). Donc ça veut forcément dire aussi que le réchauffement n’aurait pas eu de conséquence grave sur la société, sinon, ça fait longtemps qu’elle aurait arrêté de consommer !

      Donc finalement, on nous dit que pour éviter des inconvénients mineurs et garder notre niveau de vie, il faut supprimer la principale cause de ce niveau de vie … bizarre non ?

    •   Alain Grandjean   29 juin 2018 à 20 h 08 min

      @gilles, est- ce beaucoup vous demander de vous exprimer de manière plus courtoise? il me semble que vous attaquez un propos (en disant que c’est n’importe quoi, vous pourriez le dire plus gentiment; personne ici ne vous veut du mal…. et notre but collectif est d’essayer de comprendre, pas de s’invectiver) en plus en le caricaturant : qui a dit que le climat gouvernait la démocratie? pas doumbaya et pas moi…vous pouvez ne pas être d’accord avec l’idée que les désordres liés au chngt climatique mettent en péril la démocratie (notamment en limitant drastiquement l’accès à l’eau, qui est aussi important que la conso d’énergie) ; c’est votre droit le plus strict!
      mais c’est un peu plus précis (et opposable) qu’un lien abstrait entre démocratie et climat;cela étant votre argumentation finale (un peu moins émotionnelle) est intéressante; merci onc. Bien à vous;AG

    • Vous avez raison Alain, je retire le « n’importe quoi » et je prie Doumbaya de m’excuser, tout le monde a le droit d’exprimer ses opinions.
      Je pense néanmoins que ce qui menace le plus la démocratie, ce sont les crises économiques qui paupérisent les populations et favorisent les populismes . Mais que l’épuisement des ressources est une menace bien plus grave que le climat : des crises climatiques peuvent etre graves pour une société, mais surtout pour les sociétés pauvres (qui sont en réalité les sociétés agricoles traditionnelles ) Les sociétés riches industrielles y sont bien plus résiliantes. Il est donc clair que l’abandon, forcé ou volontaire, des fossiles ne peut qu’aggraver le risque pour l’avenir. Je suis tout à fait en opposition avec l’idée que l’abandon des fossiles signifierait la fin des problèmes pour l’humanité : bien au contraire, il signifiera le retour de tous les problèmes qu’on avait avant, qui étaient très nombreux !

    •   Alain Grandjean   30 juin 2018 à 15 h 38 min

      @gilles , merci pour ce mot d’excuses; sur le fond, ce que je comprends des effets les plus importants du changement climatique concernent bien en priorité la zone intertropicale et les populations les plus pauvres (et qui sont en effet souvent agricoles); c’est d’ailleurs une des raisons qui rendent les négociations internationales sur le climat si difficiles : les victimes ne sont pas responsables du gros des causes; cela étant les effets sont plus complexes que cela (les inondations en thailande avaient eu des conséquences économiques sur l’industrie informatique et automobile); il y a également des zones riches comme la Floride qui deviennent très sensibles. et par ailleurs le pourtour méditerranéen va vivre très prochainement des situations difficiles du fait du manque d’eau; certes l’énergie peut compenser (soit par transport soit par dessalinisation )…mais au total il est assez clair que ce ne sera pas agréable pour les pauvres de ces pays.
      là où nous sommes largement d’accord c’est sur la corrélation actuelle forte entre niveau de vie et consommation d’ énergie fossile; et sur la grande difficulté qu’il y a à réaliser le « découplage » entre entre énergie et niveau de vie. du coup on est bien d’accord que sans alternative énergétique et sans chngt de nos process la fin des fossiles ce sera très problèmatique, nous avons du ecrire cela avec JMJancovici en 2005;
      bien cdt. AG

  8. Ca commence à se dire quand même que les scénarios cataclysmiques du GIEC ne pourront pas se produire parce que les fossiles consommés dans ces scénarios n’existent pas dans la nature !
    Par exemple , ici : https://aspofrance.files.wordpress.com/2016/10/bd_evaluation_reserves_ultimes_2015.pdf

    •   Hervé LE BOULER   29 juin 2018 à 15 h 08 min

      The Shared Socioeconomic Pathways and their energy, land use, and greenhouse gas emissions implications: An overview.

      l’article est dispo gratos en ligne ici

      https://pdfs.semanticscholar.org/39c4/375cfcec9366d877e144f1a12246c08849d0.pdf

    •   Alain Grandjean   29 juin 2018 à 19 h 49 min

      @hervé;merci bcp bien à vous. AG

    •   Alain Grandjean   29 juin 2018 à 19 h 55 min

      @ricquet; l’aspo est depuis son origine porteuse du message qu’on va manquer d’énergie fossile et que c’est le plus gros pb qu’on va avoir (pour la raison que j’ai exposée il y a peu que presque tous nos progrès (sans parler du PIB) sont liés à la conso d’énergie qui est encore d’origine fossile à plus de 80%. l’aspo (et d’autres avec eux) contestent l’idée qu’on puisse jamais dépasser de plus de 2-3°C (en ordre de grandeur) la temp pré-industrielle. je vais revenir sur ce sujet à propos duquel je viens d’avoir un long échange avec un des commentateurs de ce blog; c’est une question clef; bien à vous ag

    •   Bernard Durand   12 juillet 2018 à 14 h 46 min

      @ Ricquet
      L’article que vous citez en référence, et dont je suis un des auteurs, part de la constatation que les scénarios SRES, puis RCP utilisés par le GIEC ne sont pas des scénarios qui tiennent compte de l’OFFRE géologiquement possible de combustibles fossiles, mais des scénarios de la DEMANDE possible de combustibles fossiles en fonction de scénarios économiques qui me paraissent plus le fruit d’une imagination débordante, des jeux informatiques en quelque sorte, que des images possibles de la réalité à venir. Comme il a été dit sur ce blog, si le réchauffement en cours est une catastrophe pour l’humanité, on voit difficilement pouvoir se produire des scénarios où une croissance économique continue provoquerait un tel réchauffement. Pourtant, si on lit le dernier rapport du WG 3, c’est bien une croissance continue des émissions de CO2 des combustibles fossiles, donc de l’économie, qui est envisagée par le GIEC d’ici 2100 ! En quelque sorte le GIEC, si soucieux des rétroactions physiques dans ses modèles physiques, n’envisage pas de rétroaction économique,et encore moins géologique (diminution de la disponibilité annuelle des combustibles fossiles et donc des émissions de CO2 du fait d’une exploitation forcenée) dans ses raisonnements. L’AIE procède aussi de la même façon pour faire ses prévisions, qui d’ailleurs ne sont à ma connaissance pas plus prises en considération par le GIEC.
      Le travail de l’ASPO, c’est la modélisation de l’OFFRE, et l’on constate que les résultats sont très en dessous de ceux prévus par les scénarios extrêmes, RCP 8,5 et RCP 6, que prend en compte le GIEC.
      Une interprétation est peut-être qu’il n’y a personne au GIEC ayant des connaissances sérieuses sur la géologie des combustibles fossiles. En tous cas, c’est évident pour l’AiE, où il n’y a même aucun géologue.Rien que des économistes !
      Soit dit en passant,l’ASPO est née d’une réflexion menée en 1998 par Colin Campbell et Jean Laherrère sur l’avenir du pétrole pas cher, en gros ce qu’on appelle actuellement le pétrole conventionnel (crude+condensate de l’EIA). Leur prédiction était un déclin avant 2008. Ce déclin a débuté en 2006, de l’aveu même de l’AIE. puis l’ASPO s’est intéressée au gaz, et au charbon.
      Le GIEC, et l’IIASA, auteur des scénarios SRES, ont été alertés depuis des années sur les faiblesses de leurs scénarios, sans tenir aucun compte des remarques ci-dessus.

    •   Alain Grandjean   19 juillet 2018 à 20 h 18 min

      @Bernard, merci pour ce commentaire,en effet il y a plusieurs problèmes dans les travaux des modélisations économmiques, c’est un très gros sujet, avec beaucoup de questions; et les économistes en général (mais il y a de plus en plus d’exceptions et de travaux qui associent physique et économie, comme vous le savez) ont tendance à penser que la croissance est exogène et comme l’électricité ‘sort du mur » ; c’est évidemment faux
      nous ne connaitrons evidemment pas une belle croissance exponentielle; nous rencontrons plein de pbs liés aux raretés, aux tensions géopoliltiques, aux guerres, etc. les scénarios ne sont pas des prévisions mais des représentations imaginaires de l’avenir, supposées nous aider à réfléchir, et à construire un futur désirable; merci encore bien à vous. AG

    •   Bernard Durand   20 juillet 2018 à 8 h 56 min

      @Alain Grandjean
      Les émissions de CO2 liées à l’utilisation des combustibles fossiles sont une donnée d’entrée essentielle des modélisations physiques des climatologues. Je trouve donc aberrant qu’ils soient aussi dilettantes quand il s’agit de construire des modèles de leur évolution future. Or la plupart éludent quand on évoque cette question.Je ne comprends pas pourquoi? Comme chercheur, j’ai toujours essayé de contraindre le mieux possible les paramètres d’entrée de mes modèles par des mesures aussi précises que possibles. Cet autisme du GIEC me parait antiscientifique.

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