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Leviers et finalités de la transition

Leviers et finalités de la transition

Posté par Alain Grandjean - ( 0 ) Commentaires

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La transition énergétique et écologique est une transformation radicale de nos manières de produire et de consommer, dans le monde entier.  Il s’agit de quitter un monde qui se détruit pour faire éclore progressivement une nouvelle vision,  de nouvelles relations à la planète et  à autrui, de nouveaux modes de production et de consommation, de nouvelles technologies, propres et sobres. Si en moyenne nos consommations (en moyenne française) entraînent des émissions de GES de l’ordre de 10 tonnes par habitant, il va falloir  limiter ces émissions à  2 en ordre de grandeur à l ‘horizon 2050 (pour que la hausse de la température mondiale planétaire ne dépasse pas 2° par rapport au XIX° siècle et dans l’hypothèse où tous les terriens le font). 

Schéma de l'économie circulaire par L'institut de l'économie circulaire

Schéma de l’économie circulaire par L’institut de l’économie circulaire

Toutes nos consommations sont visées (alimentation, biens courants, mobilité, chauffage, services) et tous nos équipements (logement, voiture, équipements Informatiques et Téléphoniques et autres). Nous ne pouvons plus continuer à détruire les écosystèmes par une agriculture certes très productive- qui délivre donc des produits à bas coût- mais très polluante (pesticides, herbicides, engrais…). Nous ne pouvons plus fermer les yeux sur les dégâts humains et planétaires des usines installées « ailleurs » . Nous ne pouvons plus espérer que le fléau du chômage sera réduit par une reprise de la croissance dont nous savons par ailleurs qu’elle est mortifère. Il va bien falloir inventer un partage du travail  et de nouvelles solidarités dans ce contexte, si nous ne voulons pas faire le nid de dictatures, les seuls régimes à même de contenir les revendications légitimes des plus défavorisées dans un monde qui serait devenu insupportable car trop inégalitaire.

Que faire concrètement ? A quel niveau ?

Cette transition suppose des investissements lourds et des financements à la hauteur, un cadre d’incitations (réglementation, fiscalité et aides diverses) refondu, de nouvelles pratiques économiques et financières.

Cela suppose surtout  l’adhésion des citoyens et la formation des acteurs, tant sur la question de enjeux que sur les nouvelles pratiques à développer dans tous les domaines. L’avenir ne se construira pas dans la tête et par l’impulsion du politique ou des technocrates. Plus que jamais, même dans un pays jacobin, le principe de subsidiarité s’impose et les décisions et initiatives prises au niveau local doivent être encouragées et valorisées. Un énorme chantier qui démarre doucement en France.

Face à l’ampleur des défis l’espoir et l’optimisme sont nécessaires pour que chacun se mobilise dans son champ d’action, du plus local au plus global quand c’est possible. Il s’agit de changer de lunettes sur le monde et son évolution en cours. Et de contribuer à ce changement en profondeur soit par des petits gestes dont la répétition crée un effet de masse (c’est l’image du colibri chère à Pierre Rhabbi) soit par des modifications de contexte substantielles qui pour être mises en œuvre demandent aussi, en démocratie, la mobilisation de chacun.

Nous avons identifié, à ce jour, quatre grandes priorités : la transition énergétique, la mise au service de l’économie de la finance, l’économie circulaire et la gestion de ressources et la mobilisation des énergies locales.

 Remettre la monnaie et la finance au service de l’économie réelle 

Trop laissée à elle-même, la finance s’est hypertrophiée, a conduit à des crises à répétition et est à l’origine d’inégalités sociales croissantes. Il est temps de la réguler et de la mettre au service de l’économie réelle, des projets de chacun et en particulier de la transition écologique. Le chantier de la régulation (voir 20 propositions pour réformer le capitalisme) a à peine été effleuré par l’ Union Européenne et par la France. En particulier l’enjeu clef de la séparation bancaire  a été  bradé. Tout  ou presque reste à faire : séparer les banques, limiter l’effet de levier ou piloter le cycle du levier, empêcher la spéculation financée par des prêts bancaires, faire la chasse aux paradis fiscaux…
La finance peut et doit être mise au service du financement du long terme et de la transition énergétique et écologique. L’une de ses vocations n’est-elle pas de collecter l’épargne (dont une partie est « longue ») pour financer l’économie (dont une partie aussi est « longue »). On verra qu’il y a de nombreuses pistes à envisager à tous les niveaux. Citons ici simplement le fait qu’il est vraiment possible de  traiter différemment les banques de long termes et les financements de la transition énergétique et écologique et les autres.

Investir massivement dans la transition énergétique

 Consommer beaucoup moins d’énergie et notamment d’énergie fossile, développer les énergies renouvelables (le solaire photovoltaïque qui décolle vraiment dans le monde notamment pour la chaleur (biomasse et solaire thermique) et le gaz (biométhane) suppose des investissements lourds mais à l’abri des folies spéculatives des opérations sans lien avec le réel et un cadre d’incitations (réglementation, fiscalité et aides diverses) refondu, l’adhésion des citoyens et la formation des acteurs. Un énorme chantier qui démarre doucement en France. Le projet de loi sur la transition énergétique en France fixe des ambitions qui vont globalement dans la bonne direction mais les moyens de tous ordres qui sont nécessaires pour les atteindre (réglementation, aides aux ENR et à l’efficacité énergétique, dispositifs de financement, formation…) ne sont pas au rendez-vous.

 Les stratégies d’économie circulaire et de gestion de la ressource

Recyclage utile : le cas du plomb - François Grosse

Recyclage utile : le cas du plomb – François Grosse

 Notre modèle est celui d’une économie linéaire, minière : en caricaturant nous extrayons des ressources naturelles pour en faire des « biens » dont nous consommons une partie et jetons le reste sous forme de déchets gazeux, solides et liquides. Nous gaspillons à toutes les étapes de ce processus des ressources et de l’énergie. Il va nous falloir apprendre à nous inspirer de la nature et trouver des modèles où nos déchets deviennent des ressources matérielles ou énergétiques. Rien d’évident dans cette mutation : les matériaux que nous utilisons sont souvent agglomérés trop finement dans les produits pour pouvoir être recyclé facilement ; ils sont parfois totalement dispersés dans la nature (comme les poussières de pneu pour ne prendre qu’un exemple parmi mille) (voir le livre  de Philippe Bouhouix). Par ailleurs François Grosse  a montré qu’un recyclage même à 80 % ne suffisait pour empêcher la disparition d’une ressource finie, si cette ressource était consommée de manière exponentiellement croissante : le recyclage ne fait que déplacer le problème dans le temps.  Gagner du temps c’est cependant utile ; l’économie circulaire est donc une voie à investiguer avec enthousiasme.

Tout un programme.

Agir localement :

La transition se fait de manière diffuse, déconcentrée, dans des réseaux. Soutenir la société civile, mieux consommer…à nous de pousser ces changements. Il y a une galaxie d’organisations engagées à soutenir. Si vous vous sentez une âme d’acteurs, voici un annuaire d’associations environnementales par thèmes.  Les 3000 assos du réseau FNE (France Nature Environnement) peuvent être retrouvées par région ici. Voir les réseau des villes en transition. Voir le magazine Terra Eco qui reflète ces mouvements.

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